Le terme de « semences paysannes », relatif aux semences d’origine végétale, renvoie à tout ou partie d’organe végétal (graine, tubercule, bouture…) qui est destiné à la reproduction. Ces semences sont issues de populations végétales gérées par les agriculteurs, sélectionnées, triées et conservées avant d’être semées. La sélection est l’effet conjoint de la sélection réalisée par l’agriculteur et la sélection naturelle qui survient dans ses champs. Les semences paysannes permettent donc la reproduction des variétés « paysannes » (ou variétés population). Ces semences sont la rencontre entre l’entité biologique et le savoir paysan qui lui est associé : l’agriculteur sait ainsi comment les utiliser et ce qu’il peut en attendre. Elles ne sont pas nécessairement locales et peuvent être issues d’échanges entre agriculteurs plus ou moins éloignés géographiquement.

Distinctions fondamentales et définitions
Il est essentiel de clarifier ce que ne sont pas les semences paysannes pour lever les confusions fréquentes. Les semences locales sont, en effet, rattachées à un périmètre biogéographique, mais n’ont pas été nécessairement sélectionnées. Un amalgame est aussi souvent fait entre les semences paysannes et les semences de ferme. Or, les semences de ferme sont simplement issues des variétés commerciales dont les graines sont récoltées pour réensemencer les champs l’année suivante.
Les semences de ferme ou semences fermières sont les graines récoltées à partir de semences sélectionnées par l’industrie semencière mais multipliées par l’agriculteur à la ferme par souci d’économie et d’indépendance. Elles peuvent être protégées par un Certificat d’Obtention Végétale auquel cas il n’est pas autorisé de les reproduire. De plus, les critères de commercialisation qui imposent des variétés très homogènes sont incompatibles avec la diversité des semences paysannes.
La génétique des populations face à l'industrie
L’agriculteur qui sélectionne des semences paysannes obtient une population hétérogène. Elle est composée d’individus ayant des caractères proches, mais des patrimoines génétiques différents : cette particularité leur confère un pouvoir évolutif. Elle ne leur permet pas de remplir les critères de stabilité et d’homogénéité nécessaires pour figurer au Catalogue Officiel Européen des variétés commerciales.
Pour répondre aux demandes de l'industrie agroalimentaire, les semenciers ont créé des variétés stables et homogènes, les hybrides F1, en réalisant des croisements forcés entre variétés. Elles ne sont pas reproductibles et les agriculteurs doivent les racheter chaque année. Les F1 ont été croisées pour répondre aux critères de la grande distribution : cultiver des légumes plus productifs et calibrés, qui se conservent bien, supportent les chocs, et sont adaptés aux engrais et produits phytosanitaires en général. Ce virage pris par l'agro-industrie dans les années 1940 a séparé la production de la reproduction et a changé les pratiques paysannes. Avant cela, les agriculteurs réalisaient leurs propres semences pour les échanger et les replanter. Producteur de semences n'était pas un métier. Les paysans gardaient la meilleure partie de leur récolte pour en conserver les semences.

Biodiversité et coévolution
Les semences paysannes contribuent au maintien, voire à l’augmentation de la biodiversité cultivée. Elles sont le fruit d’une coévolution avec l’environnement et les pratiques culturales. Cette coévolution conduit à leur adaptation à des systèmes de culture à faible niveau d’intrants. Elles sont de ce fait une ressource importante pour le développement des systèmes agroécologiques. Ces semences, le fruit d’un savoir transmis de génération en génération, présentent des qualités remarquables : plus nutritives, plus résistantes aux maladies ou aux risques climatiques, souvent mieux adaptées aux conditions locales que les semences industrielles.
La pression exercée par l’industrie agro-alimentaire sur les semences a provoqué la disparition de 75 % de la biodiversité cultivée en 50 ans. Pourtant, les paysans et paysannes ont toujours sélectionné et produit leurs semences à travers le monde, et ont ainsi entretenu cette biodiversité cultivée essentielle à notre alimentation. Les semences paysannes sont des variétés-population : une population rassemble des individus proches génétiquement, mais tous différents (comme une famille) : leur diversité génétique leur confère une grande adaptabilité et sont la solution d’avenir aux changements climatiques.
Enjeux sociopolitiques et culturels
Autour des semences gravitent des langues, des récits, des pratiques spirituelles et des modes de gestion collective. Face à ces enjeux, AVSF agit concrètement en Colombie, avec le projet ARRIC (Appui à la Réforme Rurale Intégrale en Colombie), lancé en 2024 dans quatre départements (Córdoba, Sucre, La Guajira et Caldas). Entre activités de plaidoyer, formations, organisation de visites et d’échanges entre différentes organisations paysannes colombiennes et françaises, une des actions du projet ARRIC est l’échange de semences paysannes. Ces foires ne sont pas que de simples espaces de troc. Ce sont des actes politiques, des mécanismes de résilience collective.
Jackelin Gil, productrice de la coopérative ASPROAL, témoigne : « Échanger nos graines, c’est vraiment important parce que ça nous permet de partager avec d’autres organisations ce que l’on prend soin de préserver, ce que l’on cultive, et c’est comme si on leur transmettait notre identité et qu’eux nous transmettaient la leur, c’est vraiment magnifique. » Chaque foire est l’occasion de découvrir, d’essayer, et d’adopter de nouvelles variétés. Ces échanges de semences donnent vie à une politique publique ambitieuse, qui, depuis 2024, reconnaît officiellement l’agrobiodiversité comme une richesse essentielle des cultures paysannes et autochtones.
FOIRE DES SEMENCES PAYSANNES : Un événement au service de l'agroécologie
Cadre légal et accès aux semences
Le terme « semence » désigne tous les organes de reproduction des végétaux comme les plants, boutures, greffons etc. Concrètement, une semence est une graine sélectionnée pour être semée. La majorité des semences sont inscrites au Catalogue Officiel des Semences et Plants sur des critères d’homogénéité (plantes identiques), distinction (variétés uniques) et stabilité (fixation génétique).
Une semence paysanne n’est pas inscrite au Catalogue Officiel des Semences et Plants et est libre de droit. Elle appartient à l’agriculteur qui la récolte, il peut alors la re-semer sans contribution financière. Leur vente en tant que semences est cependant très encadrée et se limite aux cas de l’entraide agricole (perte de récolte d’un agriculteur…) et à l’expérimentation de petites quantités initiales. Bien que l’échange et le don de semences paysannes non inscrites au catalogue officiel ne soient pas une nouveauté chez certains paysans, ces pratiques sont enfin autorisées par la loi. C’est