
Le purin d'ortie, également connu sous l'appellation moins péjorative d'extrait fermenté d'ortie, est une préparation naturelle plébiscitée par de nombreux jardiniers pour ses multiples vertus au jardin. Cet engrais biologique, insecticide, fongicide et même désherbant, est un pilier de l'agriculture biologique et du jardinage au naturel en France. Sa popularité est telle qu'il a fait l'objet de controverses et a même été interdit entre 2006 et 2011, avant d'être réhabilité par le décret du 25 juin 2011 et classé parmi les Préparations Naturelles Peu Préoccupantes (PNPP), ne nécessitant pas d'Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) pour sa commercialisation et son utilisation.
L'ortie (Urtica dioica), plante annuelle et vivace répandue dans toute l'Europe, est une plante nitrophile, c'est-à-dire qu'elle aime les sols riches en matière organique, en azote et en fer, qu'elle absorbe et fixe dans ses tissus. Cette richesse exceptionnelle en azote, en fer, en potassium, en calcium et en oligo-éléments est non seulement conservée mais amplifiée lors du processus de fermentation par macération, qui libère les composés actifs dans l'eau et les rend directement assimilables par les plantes. C'est ce qui confère au purin d'ortie ses propriétés remarquables.
La fabrication du purin d'ortie : Un processus simple et économique
La recette du purin d'ortie est relativement simple et économique, nécessitant principalement des orties fraîches et de l'eau. Pour récolter les tiges d'ortie sans se piquer, il est impératif de porter une paire de gants épais (gants de jardinage ou gants en cuir) et des vêtements qui protègent bien les bras. Il est conseillé de privilégier les jeunes feuilles situées en bout de tige, car elles sont les plus riches en principes actifs. Il faut éviter les tiges montées en graines, reconnaissables à leurs petites fleurs pendantes, car les graines risquent de germer dans le jardin lors de l'épandage. Une petite astuce pour soulager une piqûre d'ortie est de frotter immédiatement la zone avec des feuilles de plantain lancéolé, une plante qui pousse souvent à proximité des orties.

Une fois les orties récoltées, la préparation peut commencer. La recette de base demande 1 kg d'orties fraîches (feuilles et tiges) pour 10 litres d'eau. Il est recommandé d'utiliser de l'eau de pluie, car elle est non calcaire et non chlorée, ce qui pourrait neutraliser les effets des principes actifs de la plante. Si l'eau de pluie n'est pas disponible, de l'eau du robinet que l'on aura laissé décanter pendant une journée pour que le chlore s'évapore peut être utilisée.
Les orties doivent être coupées en deux ou trois bouts ou même hachées finement. Plus les morceaux d'ortie sont petits, plus la fermentation sera rapide et complète. Elles sont ensuite placées dans un récipient non métallique, comme un seau ou une poubelle en plastique, car les orties oxydent le métal. Le récipient doit être rempli d'eau, et le mélange doit être remué tous les jours avec un bâton en bois pour bien immerger toute la matière végétale et oxygéner le mélange, ce qui accélère la fermentation et limite les mauvaises odeurs.
Le récipient doit être couvert d'un torchon ou d'un tissu opaque, maintenu par un élastique ou une ficelle, mais sans être fermé hermétiquement. Ce couvercle perméable protège le mélange des impuretés tout en laissant les gaz de fermentation s'échapper. Il faut éviter de placer le récipient dans un endroit de passage, car le purin d'ortie dégage une odeur particulièrement nauséabonde pendant la fermentation. Un emplacement à l'ombre et éloigné de la maison est idéal, car à l'ombre, la température monte moins vite et la fermentation est plus lente et moins odorante.
Pas à pas : fabriquer un purin d'orties
La durée de fermentation dépend directement de la température ambiante. Pour une fermentation rapide, la température idéale doit être comprise entre 15 °C et 25 °C. À environ 20 °C, le purin est prêt en 5 à 7 jours. En dessous de 15 °C, il faut compter 10 à 14 jours, voire un mois en hiver. Au-delà de 25 °C, la fermentation s'emballe et le mélange risque de pourrir plutôt que de fermenter, dégageant alors une odeur putride et insupportable. La fermentation est terminée lorsqu'il n'y a presque plus de bulles à la surface du liquide. Un purin bien fermenté dégage une odeur comparable à celle du purin de vache, désagréable mais caractéristique.
Une fois la fermentation terminée, le purin doit être filtré très finement à travers un tamis fin (1 mm) ou un vieux collant pour séparer le liquide des résidus solides. Les résidus végétaux solides peuvent être directement compostés ou enfouis au pied des plantes comme paillis nutritif, car ils constituent un très bon activateur de compost.
Le purin filtré doit être conservé dans des récipients hermétiques en plastique, opaques et à l'abri de la chaleur, du gel et de la lumière. Un endroit frais et sombre comme une cave, un garage ou un abri de jardin ombragé est idéal. Dans ces conditions, le purin d'ortie bien conservé reste pleinement efficace pendant 3 à 6 mois, et même jusqu'à un an après une filtration fine et à l'abri de l'air, de la chaleur et de la lumière. Après ouverture, le purin se conserve environ 3 semaines.
Les multiples utilisations du purin d'ortie au jardin
Le purin d'ortie est un outil polyvalent pour le jardinier, offrant une gamme d'applications allant de la fertilisation à la protection des plantes.
Un engrais naturel et biostimulant puissant

Le purin d'ortie est un engrais « génial », bio, naturel et gratuit. Il est naturellement riche en azote, oligo-éléments, vitamines et minéraux bénéfiques pour les plantes. L'azote est l'élément nutritif qui gouverne la croissance des parties vertes (tiges, feuilles) et la vigueur générale du plant. Le purin d'ortie apporte également du fer, indispensable à la synthèse de la chlorophylle, ainsi que de la potasse et du magnésium. Cet engrais favorise la croissance des plantes en stimulant le développement des feuilles et des tiges, et en améliorant le système chlorophyllien.
En arrosage au pied, le purin d'ortie est utilisé dilué à 10% (soit 1 litre de purin pour 10 litres d'eau). Il est particulièrement utile pour fertiliser les fraisiers, les arbres fruitiers (pommiers, poiriers, cerisiers), les arbustes fruitiers (groseilliers, cassis, framboisiers), et de nombreuses plantes du potager comme les salades, épinards, tomates, courgettes, aubergines et poireaux. Il s'utilise dès la plantation ou le semis et ceci jusqu'à l'apparition des premières fleurs. L'apport régulier de purin d'ortie dilué redonne rapidement de la vigueur aux plants, notamment ceux qui montrent des signes de chlorose (jaunissement des feuilles) due à une carence en fer ou à un sol pauvre en matière organique.
Il est important de ne pas abuser du purin d'ortie, car un excès d'azote peut nuire aux cultures et attirer certains parasites. En gros, il s'utilise en période de croissance des plantes et jamais en période de floraison, car l'azote favorise la croissance végétative au détriment des fleurs et des fruits. Il est préférable de stopper son utilisation dès la floraison des légumes-fruits. Quant aux légumes-racines, il est préférable de les fertiliser avec un autre purin.
Un répulsif naturel et un allié contre les maladies

Le purin d'ortie est connu pour ses vertus répulsives au jardin. Il est un bon traitement préventif contre les attaques de parasites, tels que les pucerons, les araignées rouges, les aleurodes (mouches blanches), les mites et les doryphores. Son action répulsive repose sur son odeur forte et sur les composés volatils libérés par la fermentation, qui perturbent les insectes et les incitent à quitter les plantes traitées.
En pulvérisation foliaire, le purin d'ortie est dilué à 2-5% (soit 2 à 5 cl de purin pour 1 litre d'eau). Pour un effet répulsif optimal, pulvérisez directement sur le feuillage, le matin ou le soir (jamais en plein soleil pour éviter les brûlures foliaires), en veillant à bien imprégner la face inférieure des feuilles où les insectes se réfugient. Cette application peut être effectuée toutes les 1 à 2 semaines en prévention.
Le purin d'ortie joue également un rôle dans la lutte contre les attaques cryptogamiques au jardin. Il est reconnu comme un stimulateur des défenses naturelles des plantes, renforçant leur résistance contre les maladies fongiques, notamment le mildiou et l'oïdium. Cette action antifongique est préventive : elle n'éradique pas une maladie déjà installée, mais réduit significativement les risques d'apparition lorsqu'elle est appliquée régulièrement tout au long de la saison. En cas d'attaque virulente, le purin d'ortie peut être associé à de la bouillie bordelaise en très petite quantité pour une certaine efficacité contre le mildiou. Cependant, il est plus sage d'appliquer les deux produits séparément, d'autant qu'ils n'ont pas du tout le même usage. La bouillie bordelaise est un antifongique utilisé seulement en cas de maladie.
Il est important de noter que si le purin d'ortie est efficace en préventif contre les pucerons, il faut arrêter les extraits fermentés en cas d'attaque avérée, car un surdosage pourrait au contraire les attirer. Dans ce cas, il est préférable d'utiliser des préparations curatives comme la macération d'ail ou l'infusion de feuilles d'orties.
Un désherbant naturel et un activateur de compost

Utilisé pur ou très concentré, le purin d'ortie peut servir de désherbant naturel. Sa forte concentration en composés actifs, notamment en azote, brûle les végétaux sur lesquels il est appliqué directement. Cette utilisation doit donc rester ciblée et ponctuelle. Il peut être pulvérisé entre les dalles, dans un escalier, ou dans tous ces endroits où il est difficile d'attraper la racine des adventices, en évitant tout contact avec les plantes cultivées et en veillant à ne pas imprégner le sol en excès pour préserver les nappes phréatiques.
Le purin d'ortie est également un excellent activateur de compost. Les résidus d'orties récupérés lors de la filtration sont riches en matière organique et en nutriments et peuvent être directement incorporés au compost. De plus, arroser le compost avec du purin d'ortie pur, ou même non filtré, ou avec les restes des filtrations, permet d'augmenter la température du compost et de le nourrir grâce aux bactéries et à l'azote qu'il contient, accélérant ainsi sa décomposition.
Autres applications spécifiques
Le purin d'ortie est aussi utilisé pour d'autres applications spécifiques au jardin :
- Revigorant : Le manque d'azote chez un végétal se traduit par un feuillage plus clair que la normale et par un développement réduit. La teneur en azote du purin d'ortie donne un coup de fouet à la plante en arrosage. Il s'utilise également lors du repiquage de jeunes plants.
- Anti-chlorose : La haute teneur en fer du purin d'ortie permet de l'utiliser pour les plantes atteintes de chlorose ferrique. Des pulvérisations d'une dilution à 5% sur le feuillage peuvent être pratiquées, mais cela ne remplace pas un amendement du sol pour contrecarrer cette carence.
- Trempage de racines : Pour renforcer le système racinaire et prévenir les maladies, de nombreux jardiniers utilisent le purin d'ortie en faisant tremper les racines des plants (de poireaux, de choux, de salades, etc.) pendant environ ½ heure dans du purin d'ortie dilué à 20% avant repiquage ou transplantation.
Précautions et considérations importantes

Bien que le purin d'ortie soit un produit naturel et bénéfique, son utilisation requiert quelques précautions et une bonne compréhension de ses mécanismes.
Dosage et fréquence d'application
Le purin d'ortie doit toujours être utilisé dilué sur les plantes cultivées. Les dosages sont donnés à titre indicatif et peuvent varier selon les besoins spécifiques des plantes et les conditions environnementales.
| Mode d'application | Dilution | Préparation pratique | Fréquence conseillée |
|---|---|---|---|
| Pulvérisation foliaire | 2 à 5 % | 2 à 5 cl de purin pour 1 litre d’eau | Toutes les 1 à 2 semaines en prévention |
| Arrosage au pied | 10 % | 1 litre de purin pour 10 litres d’eau (1 arrosoir) | Toutes les 2 à 3 semaines en phase de croissance |
| Goutte-à-goutte | 1 à 3 % | 1 à 3 cl de purin pour 1 litre d’eau | Hebdomadaire en saison |
| Trempage de racines | 20 % | 200 ml de purin pour 1 litre d’eau | Ponctuellement, avant repiquage ou transplantation |
| Désherbant ciblé | Pur | Purin non dilué, appliqué directement | Ponctuellement, par temps sec et ensoleillé |
Il est crucial de ne pas surdoser le purin d'ortie. Un excès d'azote peut avoir l'effet inverse, en favorisant les maladies et en attirant les insectes. Par exemple, une préparation dosée à 20% pour combattre les pucerons risque en réalité de les attirer, car ils raffolent des sucs contenus dans la préparation.
Moment de l'application
Le printemps, lorsque les végétaux sont en pleine croissance, est la période d'utilisation idéale du purin d'ortie. Il peut être utilisé au début de l'été pour donner un coup de fouet et favoriser la croissance. Certains jardiniers l'utilisent également à l'automne comme traitement de fond.
Il faut éviter de pulvériser en plein soleil, car les gouttelettes concentrent la lumière et peuvent provoquer des brûlures foliaires. Il est conseillé d'arroser la terre avant l'application si le sol est sec, afin que les plantes puissent mieux assimiler les nutriments.
Compatibilité avec d'autres plantes et produits
Le purin d'ortie est compatible avec la quasi-totalité des plantes du potager, du verger et du jardin d'ornement. Cependant, il faut éviter les légumineuses (haricots, pois, fèves, lentilles, pois chiches) car elles fixent naturellement l'azote atmosphérique grâce à leurs nodosités racinaires. Un apport supplémentaire en azote favoriserait la croissance du feuillage au détriment des gousses et des graines.
Par principe, il est préférable de ne jamais mélanger deux produits, car ils peuvent réagir chimiquement entre eux et donner des composés aux réactions inconnues, ou leurs effets bénéfiques pourraient se trouver neutralisés. Cette règle s'applique à la bouillie bordelaise et au purin d'ortie, qui, malgré leur compatibilité à petites doses, sont généralement utilisés séparément en raison de leurs usages différents.
Purin d'ortie et purin de consoude : Une complémentarité bénéfique
Le purin d'ortie et le purin de consoude sont souvent considérés comme complémentaires et se succèdent dans le calendrier cultural. Le purin d'ortie, riche en azote, stimule la croissance végétative et s'utilise du semis jusqu'aux premiers boutons floraux. Le purin de consoude, quant à lui, est riche en potasse et en phosphore, et prend le relais à la floraison pour favoriser la production de fleurs et de fruits. Dans la pratique, on arrose au purin d'ortie en début de saison, puis on passe au purin de consoude dès l'apparition des premiers boutons floraux. Il est également possible de fabriquer un purin en mélangeant, moitié-moitié, des feuilles d'ortie et de consoude pour obtenir un engrais complet, l'azote provenant de l'ortie et la potasse, le bore et l'allantoïne de la consoude.
L'ortie dans le jardin : Un atout au-delà du purin

Avoir des orties dans le jardin ou autour de la maison est un atout réel. L'ortie pousse naturellement dans les zones riches en azote, apprécie les sols frais et riches en matière organique. Laisser pousser un carré d'orties dans une zone écartée du jardin présente plusieurs avantages :
- Assainissement des sols : L'ortie assainit les sols trop riches en nitrates, en phosphates ou en calcaire.
- Biodiversité : Elle accueille la ponte de plusieurs espèces de papillons (petite tortue, paon-du-jour, vulcain) dont les chenilles se développent exclusivement sur ses feuilles. Elle attire également les coccinelles, qui sont des prédatrices naturelles des pucerons. Les graines d'ortie sont une source alimentaire pour de nombreux oiseaux des jardins.
- Source de matériaux : Elle permet de récolter facilement les feuilles pour réaliser un purin de qualité.
Le purin d'ortie : Une alternative aux pesticides
Le purin d'ortie est une alternative aux pesticides chimiques. Il fait partie des Préparations Naturelles Peu Préoccupantes (PNPP) et est autorisé en agriculture conventionnelle et biologique. Il est une solution naturelle, gratuite et respectueuse de l'environnement pour nourrir les plantes, renforcer leurs défenses immunitaires et prévenir les attaques de parasites et de maladies. Il ne faut pas le prendre comme LE produit miracle qui va résoudre tous les problèmes du jardinier, mais il est un outil précieux qui, en association avec d'autres bonnes pratiques au jardin, rend celui-ci plus sain et mieux portant.
Mythes et réalités
Plusieurs questions et confusions entourent l'utilisation du purin d'ortie.
- Orties en fleurs : Il est possible de faire du purin avec des orties en fleurs. L'important est de ne pas confondre fleur et graine, car ce sont les graines qui se ressèment. La fermentation de l'ortie détruit le pouvoir germinatif des graines, donc le risque de ressemer des graines intactes est faible, surtout si le purin est utilisé rapidement. Cependant, les jeunes orties contiennent plus d'azote, ce qui rend le purin meilleur.
- Purin d'ortie et dangerosité : Le purin d'ortie n'est pas dangereux pour les plantes (sauf en cas de surdosage), ni pour les animaux comme les chats (l'odeur les repousse). Il n'est pas interdit et ne nécessite pas d'AMM. Il n'est pas non plus dangereux pour la consommation humaine après une filtration très fine et une dilution (bien que cela ne soit pas son usage premier).
- Purin d'ortie : Engrais ou biostimulant ? Si le purin d'ortie est riche en azote et en oligo-éléments, sa composition en NPK (azote, phosphore, potasse) montre qu'il n'est pas un engrais complet au sens strict. Son rôle est davantage celui d'un biostimulant, car il permet à la plante d'aller chercher encore plus les éléments dont elle a besoin dans le sol et de mieux les assimiler, en favorisant la vie microbienne des sols.
- Aération du purin : Il existe une controverse sur l'aération du purin. Certains préconisent de l'aérer régulièrement pour apporter de l'oxygène, tandis que d'autres suggèrent un milieu étanche et anaérobie pour éviter d'inverser ses qualités et d'apporter des maladies. Le brassage régulier recommandé lors de la fabrication maintient le mélange oxygéné, favorisant une fermentation aérobie moins malodorante.
Le purin d'ortie est une solution simple, efficace et écologique pour enrichir le jardin et protéger les cultures. Sa fabrication maison permet de faire des économies et d'éviter l'utilisation d'engrais chimiques, contribuant ainsi à la protection de la nature.