L'impact des aléas climatiques sur les abricotiers de Rivesaltes : un écosystème en péril

Le paysage agricole des Pyrénées-Orientales, et plus particulièrement celui de Rivesaltes, traverse une période de turbulences sans précédent. Entre sécheresses chroniques et épisodes météorologiques extrêmes, les arboriculteurs font face à une réalité qui menace la pérennité de l'abricot du Roussillon. Ce fruit, emblématique de la région, devient le symbole d'une lutte acharnée entre les traditions ancestrales et les impératifs d'adaptation imposés par un climat en pleine mutation.

Verger d'abricotiers sous un soleil intense dans les Pyrénées-Orientales

La sécheresse : un ennemi invisible et persistant

Les habitants des Pyrénées-Orientales s'attendent à de nouvelles mesures de crise pour lutter contre un manque d'eau sans précédent. Chaque jour, Vincent Banyuls, arboriculteur d'Espira-de-L'Agly, doit se rendre à l’évidence en observant ses vergers : « C’est un arbre à l’agonie, se désole l'arboriculteur en attrapant une branche asséchée. On voit qu'il n'a pas d'eau. Et tout ce qu'il a à donner à l'abricot, il le reprend. Il reprend notamment la sève et le peu d'eau qu'il avait. Il commence à sécher d'en haut jusqu'en bas ».

Comme la majorité des arboriculteurs des Pyrénées-Orientales, accablés par la sécheresse, Vincent se prépare au pire : « La récolte pour cette année, elle est foutue ». Cette détresse est partagée par de nombreux professionnels, comme Jean et Sébastien Pratx, du Verger Bio de Véronique à Rivesaltes. Confrontés à une sécheresse intense depuis de longs mois, ils voient leurs arbres souffrir. L’été dernier, 5 à 10 % des abricotiers sont morts de soif. Pour ces agriculteurs, des solutions existent, comme dresser par exemple des ouvrages dans le lit de la rivière pour capter l’eau de pluie, bien que l'incertitude demeure : « Tant que l’Agly ne coule pas, on ne sait pas où on va ».

L'impact des canicules sur le développement des fruits

Outre le manque d'eau, le thermomètre devient un facteur critique. Dans les Pyrénées-Orientales, du côté de Rivesaltes, les vergers d'abricotiers du Roussillon n'ont pas résisté aux 42 degrés du 28 juin dernier. La canicule a littéralement brûlé arbres et fruits. Ce 28 juin 2019, il a fait près de 42 degrés sur le Pays Catalan, une canicule sans précédent dont on mesure à présent les dégâts.

Les conséquences sont immédiates : pour les variétés déjà en cours de récolte, on voit des dégâts sur les fruits. Quarante hectares ont été endommagés et les dégâts pourraient s'avérer plus importants. Rien ne permet de savoir si les abricotiers vont pouvoir se remettre de ce terrible coup de chaud. Ces derniers sont donc inquiets pour l'avenir, d'autant que cet épisode climatique, à caractère exceptionnel certes, s'inscrit dans une série d'événements climatiques alternant canicule, violents orages et grêle.

Graphique montrant l'évolution des températures estivales et le stress hydrique des arbres

La grêle : une destruction soudaine et totale

Si la sécheresse et la chaleur affaiblissent les vergers sur le long terme, les épisodes de grêle agissent comme un couperet brutal. Un épisode de grêle très violent s’est abattu mercredi soir sur le secteur de Rivesaltes. Les productions d’abricots sont détruites en intégralité et la vigne a subi de lourdes pertes. « C’est catastrophique ! Les vergers du Rivesaltais sont touchés à 100% ».

Ludovic Battle, expert auprès d’une assurance, parcourt les exploitations : « Tout est à jeter ! C’est une année noire ». Les grêlons, bien que ne dépassant pas un centimètre de diamètre, sont tombés en telle quantité qu'ils rebondissaient à deux mètres de haut, touchant les fruits sur toutes leurs faces. Bruno Colange, directeur du domaine du lycée agricole de Rivesaltes, souligne l'étendue des dégâts : « Les vergers du Rivesaltais sont touchés à 100% ».

Vers une mutation des cultures et des pratiques

Face à ce constat, l’assureur AXA révélait que, d’ici 2030, 60% des zones de production françaises d’abricots seront en danger à cause des aléas climatiques. Les producteurs ne restent pas inactifs. Sébastien Pratx envisage de changer sa production : les abricotiers pourraient laisser place à des grenadiers, un arbre plutôt résistant à la sécheresse. Début 2024, l’association Avenir Productions Agricoles Résilientes Méditerranéennes (APARM) a même organisé un achat groupé de 1 700 plants de pistachiers.

L’émission Le Monde de Jamy sur France 3 s'est penchée sur cette question cruciale : nos produits du terroir vont-ils résister au réchauffement climatique et à la sécheresse ? Jamy Gourmaud a parcouru la France et fait une étape à Rivesaltes pour évoquer l’avenir du célèbre abricot du Roussillon. Cette réflexion s'étend à l'ensemble du monde agricole local, où vignerons et arboriculteurs observent le bouleversement des cycles naturels.

Comprendre l'adaptation au changement climatique

L'espoir fragile des précipitations irrégulières

Parfois, le retour de la pluie redonne un souffle temporaire aux terres assoiffées. Dans le département frontalier de l’Espagne où sévit une sécheresse historique depuis près de trois ans, les récentes précipitations ont été accueillies avec soulagement. « Grâce à cette pluie, nos arbres vont avoir une bouffée d’oxygène, nos fruits vont gagner en calibre et nous, on reprend espoir ! » s’enthousiasme Jean Pratx.

Cependant, les experts tempèrent cet optimisme. L’ingénieur agronome Serge Zaka rappelle qu’il ne s’agit que d’une « pause dans la sécheresse » et que ces précipitations auront peu ou pas d’impact sur les nappes phréatiques. Jean Bertrand, responsable eau à la chambre d’agriculture, évoque un « sentiment de gâchis » car une partie de cette eau repart très vite à la mer. Malgré ces incertitudes, la passion des cultivateurs continue de les pousser à poursuivre l'exploitation, dans l'attente de mesures de crise et d'une stratégie durable pour préserver le patrimoine agricole du Roussillon.

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