Les bonsaïs sont des êtres vivants et chacun est différent des autres. Cette singularité est particulièrement frappante lorsque l'on aborde la culture de l'Acer palmatum, une essence prisée pour la délicatesse de son feuillage et sa capacité à s'adapter à des formes complexes comme le double tronc (Sokan). La création d'un bonsaï en double tronc nécessite une compréhension approfondie de la physiologie de l'arbre, une patience exemplaire et une technique rigoureuse, tant sur le plan de la taille que du marcottage ou de la ligature.

Diversité des spécimens et caractéristiques morphologiques
Dans l'univers des érables, la diversité est reine. Les mensurations varient considérablement d'un spécimen à l'autre, offrant autant de défis pour le styliste. Par exemple, nous observons un bonsaï de Érable caractérisé par une hauteur sans pot de 27,5 cm, et un tronc de 1 cm, contrastant avec un autre bonsaï de Érable caractérisé par une hauteur sans pot de 55 cm, et un tronc dont le diamètre varie entre 0,5 et 2 cm. Cette variété se retrouve aussi dans les cultivars spécifiques : un Acer palmatum Kotonomai est caractérisé par une hauteur sans pot de 33,5 cm, et un tronc de 1 cm, tout comme un Acer palmatum Sigitachi-zawa qui présente également une hauteur sans pot de 33,5 cm et un tronc de 1 cm.
La puissance visuelle d'un bonsaï réside souvent dans son nebari (la base des racines). Un spécimen unique d'érable est caractérisé par une hauteur hors pot de 64 cm, un tronc d'environ 1-5 cm et une nébuleuse de 38 cm. Dans des formats plus réduits, on trouve un bonsaï d'érable caractérisé par une hauteur hors pot de 12,5 cm, un tronc de 3 cm et un nebari de 5 cm, ou encore un bonsaï d'érable caractérisé par une hauteur hors pot de 35 cm, un tronc de 2 cm et un nebari de 6 cm. Ces proportions sont essentielles pour donner une impression de maturité à l'arbre. Pour le style double tronc, il est fascinant de noter la complexité de structures comme ce bonsaï de Érable caractérisé par une hauteur sans pot de 42,5 cm, et un tronc de 1,5 et 2 cm.
Techniques fondamentales de culture et entretien
La gestion de ces arbres vivants demande une attention constante. L'arrosage est une étape cruciale : le besoin en eau est très différent pour chaque espèce d'érable. En général, les bonsaïs d'érable ne doivent pas être gardés trop au sec. En parallèle, la taille doit être effectuée avec précision. Les bonsaïs d'érable peuvent être taillés vigoureusement avec des ciseaux à bonsaï pointus, et ensuite ils vont repousser vigoureusement. Il est important de noter que de nombreux types d'érable (comme l'érable de l'amur) forment beaucoup de nouveaux bourgeons même à la base du tronc.
Le bonsaï d'érable doit être pincé régulièrement pour obtenir une bonne ramification, un processus qui permet de densifier la silhouette. Lorsque des coupes importantes sont nécessaires, le mastic cicatrisant doit être appliqué sur des grandes plaies afin qu'elles cicatrisent mieux. La ligature, quant à elle, structure l'arbre dans l'espace. En hiver (sans feuilles), le fil de ligature peut être posé facilement. Soyez prudent lorsque vous pliez les branches, car les érables peuvent être cassants.
La taille de l'érable du Japon Acer palmatum
Le cycle des saisons et l'hivernage
Pour ceux qui aiment observer les saisons sous toutes leurs facettes, les bonsaïs à feuilles caduques sont un excellent moyen de le faire, en observant le spectacle de la métamorphose dans sa fascinante version miniature. Lorsque, à l'automne, les feuilles commencent à se colorer de jaune et de rouge orangé, c'est le signe qu'elles vont bientôt tomber, laissant apparaître la silhouette du bonsaï dont nous pourrons observer plus facilement les ramifications, le tronc et le nebari.
Concernant la rusticité, tous les types d'érable sont des bonsaïs robustes et tolèrent très bien le gel. C'est une période idéale pour contempler la structure nue du tronc et des branches, préparant ainsi la vision future du style double tronc souhaité.
Étude de cas : L'histoire d'un arbre du Club Bonsaï de Belledonne
L'histoire d'un arbre du Club Bonsaï de Belledonne illustre parfaitement la persévérance nécessaire dans la création d'un double tronc. Il s'agit d'un courageux démantèlement. Cet érable du Japon, un Acer palmatum, a été acheté en 2006 chez un professionnel. Il subit notamment des greffes qui malheureusement échoueront. Seule la ramification et l’écorce avaient progressé.
À l’hiver 2021, il fut décidé de le marcotter en deux points : au-dessus du nebari et en dessous de la cime. Un troisième projet sera un double tronc, résultat de deux branches bouturées les années précédentes qui fusionnaient déjà. Le marcottage est réalisé en deux temps, tout d’abord à l’été 2022, au Bonsaï Club de Belledonne, avec les conseils des membres expérimentés en marcottage. On commença par l’opération au-dessus du nebari. Puis, au jardin, le deuxième marcottage est réalisé sous la cime. Au printemps suivant, en 2023, les deux marcottes furent sevrées. Les racines étaient très abondantes. Trois arbres prometteurs étaient nés de ces opérations.

Vers une esthétique du double tronc
La création d'un double tronc demande une sélection rigoureuse des branches. Comme on l'a vu avec le spécimen de 42,5 cm de hauteur, la variation des diamètres (1,5 et 2 cm) crée un équilibre naturel, imitant les arbres que l'on rencontre en forêt. Un autre exemple démontre la précision nécessaire : un bonsaï d'érable caractérisé par une hauteur hors pot de 41 cm, un tronc d'environ 1-1,5 cm et un nebari de 7 cm souligne combien chaque centimètre compte dans la perception visuelle.
Les bonsaïs sont des êtres vivants et chacun est différent des autres. Qu'il s'agisse d'un petit spécimen de 20 cm avec un tronc de 1 cm ou d'un grand sujet de 43,5 cm avec un tronc de 3,5 cm et un nebari de 12 cm, la quête reste la même : harmoniser la vigueur de la croissance avec la vision esthétique du créateur. La maîtrise du double tronc ne se limite pas à la technique ; elle est le résultat d'une symbiose entre le rythme biologique de l'Acer palmatum et l'intervention humaine, guidée par une observation attentive et respectueuse de la nature. Chaque plaie cicatrisée, chaque bourgeon pincé et chaque racine formée par marcottage raconte l'évolution patiente d'une œuvre d'art vivante qui se bonifie avec le temps.