Acétamipride : Enjeux, Utilisations et Controverses d'un Néonicotinoïde

Structure chimique de l'acétamipride

L'acétamipride, un pesticide néonicotinoïde, est un sujet de débat intense en raison de son rôle essentiel dans l'agriculture contemporaine et des préoccupations croissantes concernant ses impacts sur la biodiversité et la santé humaine. Cette substance, classée dans le groupe IRAC 4A, agit comme un modulateur compétitif des récepteurs nicotiniques de l'acétylcholine chez les insectes, offrant une grande efficacité contre une large gamme de ravageurs suceurs. Son utilisation est toutefois au cœur de discussions réglementaires complexes, oscillant entre les impératifs agricoles et les alarmes scientifiques concernant ses effets neurotoxiques potentiels.

L'Acétamipride : Caractéristiques et Mécanisme d'Action

L'acétamipride, dont le nom chimique officiel est N-[(6-chloro-3-pyridyl)méthyl]-N'-cyano-N-méthylacétamidine, de formule moléculaire C₁₀H₁₁ClN₄ et numéro d'enregistrement CAS 135410-20-7, est un composé développé par la société japonaise Nippon Soda Co. Chimiquement, il est classé comme un néonicotinoïde de la sous-famille des chloronicotinyles.

Le mécanisme d’action de l’acétamipride repose sur sa capacité à agir comme modulateur compétitif des récepteurs nicotiniques de l’acétylcholine (nAChR) situés dans le système nerveux central des insectes cibles. Ce processus biochimique déclenche une cascade d’événements neurologiques qui commence par la dépolarisation continue des neurones postsynaptiques, aboutissant à une excitation neuronale persistante suivie d’une paralysie. La manifestation des symptômes d’empoisonnement chez les insectes traités suit un schéma temporel caractéristique et prévisible. Initialement, on observe une période d'hyperexcitation accompagnée de tremblements et de mouvements incoordonnés, qui se manifeste entre 30 minutes et 2 heures après l'exposition. Cette phase évolue progressivement vers une paralysie partielle, caractérisée par une réduction significative des capacités locomotrices et alimentaires, menant finalement à la mort de l'insecte.

Efficacité Agronomique et Spectre d'Action

L'acétamipride démontre une efficacité contre un large spectre de parasites suceurs d'importance économique. Parmi les espèces qui présentent une forte sensibilité au principe actif, on distingue : Aphis gossypii (puceron du coton), Myzus persicae (puceron vert), Bemisia tabaci (mouche blanche), Frankliniella occidentalis (thrips), Empoasca kraemeri (cicadelle verte), Rhopalosiphum maidis (puceron) et Diaphorina citri (psylle des agrumes). Il constitue un outil essentiel pour lutter contre les insectes suceurs dans des cultures stratégiques telles que le soja, le maïs, le coton, les agrumes, les tomates et divers légumes.

Cependant, certaines espèces présentent une réponse partielle au traitement, nécessitant des ajustements dans les stratégies d’application. Thrips palmi nécessite souvent des doses plus élevées que celles conventionnellement recommandées, tandis que Puceron craccivora présente une variabilité de contrôle liée aux caractéristiques spécifiques des populations locales. Les lépidoptères présentent en général une faible affinité pour les récepteurs nAChR spécifiques, ce qui limite considérablement l'efficacité du produit sur les chenilles. Les acariens tétranychides sont naturellement insensibles en raison de l'absence de récepteurs cibles spécifiques dans leur physiologie neuronale. Les coléoptères adultes font souvent preuve d’une grande tolérance, attribuée à leur système métabolique détoxifiant très développé.

Les avantages compétitifs de l’acétamipride comprennent une excellente action systémique qui offre une protection prolongée, une période résiduelle prolongée (7 à 14 jours), une très faible phytotoxicité dans les cultures homologuées et une sélectivité pour les ennemis naturels lorsqu’il est utilisé aux doses recommandées. Le positionnement stratégique de l’acétamipride dans différents systèmes agricoles nécessite une analyse spécifique des caractéristiques de chaque culture et du complexe de ravageurs associé. Non maïs, les applications visent principalement à lutter contre les pucerons et les cicadelles, en particulier dans les zones ayant des antécédents de virus transmis par les pucerons, où une lutte antivectorielle efficace est essentielle pour préserver le potentiel de production.

Recommandations d'Application et Compatibilité

Les recommandations techniques pour l’application de l’acétamipride sont basées sur une vaste base de données expérimentales qui établit des paramètres optimaux pour maximiser l’efficacité. La dose standard se situe entre 100 et 200 grammes d’ingrédient actif par hectare pour la plupart des combinaisons culture-ravageur homologuées. Le moment idéal d'application est un facteur crucial pour optimiser les résultats. La stratégie la plus efficace consiste à appliquer le produit de manière préventive ou au début de la colonisation, lorsque les populations de ravageurs sont principalement aux premiers stades, en particulier aux stades larvaires de premier et deuxième stades.

Les conditions météorologiques au moment de l’application ont une influence déterminante sur l’efficacité du traitement. Le scénario idéal est caractérisé par des températures comprises entre 20 et 28°C, une humidité relative supérieure à 50%, une vitesse du vent inférieure à 10 km/h et aucune précipitation dans les quatre heures suivant l’application. Des précipitations supérieures à 20 millimètres dans les quatre heures suivant l'application réduisent considérablement l'absorption systémique, compromettant l'efficacité attendue. Les températures extrêmes, qu'elles soient inférieures à 15 °C ou supérieures à 35 °C, affectent négativement l'activité biologique du principe actif.

L'acétamipride se caractérise par une large compatibilité physique et chimique avec la plupart des produits agrochimiques utilisés aujourd'hui, un attribut qui facilite son intégration dans des programmes d'application rationalisés. Il démontre une compatibilité consolidée avec les fongicides des classes triazole et strobilurine, les herbicides post-levée de diverses classes chimiques et d'autres insecticides complémentaires. Parmi les mélanges les plus fréquemment utilisés dans la pratique agricole, se distingue la combinaison d'acétamipride et de tébuconazole, permettant un contrôle simultané des ravageurs suceurs et des maladies fongiques, optimisant ainsi opérationnellement les programmes de protection des cultures. Cependant, certains mélanges doivent être strictement évités en raison du risque d'incompatibilité chimique et de perte d'efficacité qui en résulte.

Gestion de la Résistance

La documentation scientifique des cas de résistance à l’acétamipride, bien qu’encore limitée par rapport aux autres néonicotinoïdes, montre une tendance croissante qui exige une attention technique spécialisée. Des cas confirmés ont été identifiés dans des populations de Bemisia tabaci dans les régions de la Méditerranée, du sud des États-Unis et de certaines zones d’Asie, principalement associées à une utilisation intensive et séquentielle de néonicotinoïdes.

Les recommandations pour la gestion de la résistance reposent sur la mise en œuvre obligatoire d'une rotation avec des insecticides de différents groupes IRAC. Les groupes prioritaires pour la rotation sont les suivants : 1A/1B (organophosphorés/carbamates), 3A (pyréthroïdes), 9B (pymétrozine) et 23 (spirotétramates). La surveillance régulière des populations par bio-essais est un outil indispensable pour la détection précoce des changements de sensibilité. L’utilisation systématique de doses complètes, conformément aux recommandations techniques officielles, minimise la pression sélective sur les populations partiellement résistantes. La préservation des zones refuges sans traitement insecticide maintient des populations sensibles qui contribuent à la dilution des gènes de résistance.

La liste des insectes et acariens soupçonnés résistants au Québec inclut l'aleurode des serres, l'aleurode du tabac, l'altise des navets, la cécidomyie du chou-fleur (aucun cas de résistance confirmé mondialement), le puceron de la digitale (aucun cas de résistance confirmé mondialement), la punaise terne, le thrips de l'oignon et le thrips des petits fruits. Le groupe 4 est divisé en sous-groupes. Le mode et site d’action est agoniste/antagoniste du récepteur nicotinique de l’acétylcholine, avec fixation sur le récepteur nicotinique de l’acétylcholine, et interruption de la transmission de l’influx nerveux.

Impact des insectes pollinisateurs (abeilles, etc.) sur la production alimentaire mondiale?

Réglementation et Controverses en Europe et en France

Le statut réglementaire de l'acétamipride et des néonicotinoïdes en général est un sujet de vifs débats. En France, l’acétamipride, comme tous les produits de cette famille, a été banni depuis 2020 en raison de leur impact délétère sur les insectes pollinisateurs. Cependant, la substance a été réautorisée en 2018 en Europe jusqu’en 2033. Les élus favorables au texte, du bloc central jusqu’à l’extrême droite, ont eu de cesse de relativiser l’impact d’une telle mesure, au motif que la substance est autorisée au niveau européen, ce qui suffirait à garantir son innocuité. Une proposition de loi visant à « lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur » a d'ailleurs suscité de nombreux débats concernant la réautorisation de l'acétamipride pour plusieurs cultures, telles que la betterave à sucre et la noisette.

Ironie de la situation, c’est la France elle-même qui a soumis à la Commission européenne, à deux reprises (en 2020 et 2022), de nouvelles données justifiant, selon elle, l’interdiction de cette substance. À chaque fois, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a été saisie par Bruxelles pour les évaluer. Dans son dernier rapport, publié en mai 2024, l’agence européenne ne change pas fondamentalement sa dernière évaluation, qui a conduit à l’autorisation du produit, mais elle reconnaît « des incertitudes majeures dans l’éventail des preuves de toxicité neurodéveloppementale [toxicité pour la construction du cerveau] de l’acétamipride ».

Le règlement (CE) n°1107/2009 encadre et harmonise la mise sur le marché et le suivi post-homologation des produits phytosanitaires et des substances actives qui les composent au niveau européen. En France, seules cinq substances néonicotinoïdes sont autorisées d'usage en tant que produit phytosanitaire : l'acétamipride, la clothianidine, l'imidaclopride, le thiaméthoxame et le thiaclopride. Le règlement 485/2013 a temporairement restreint l'usage de trois substances néonicotinoïdes (imidaclopride, clothianidine et thiaméthoxame) à l'enrobage de certaines semences pour une utilisation en pleine terre (par exemple, leur utilisation est autorisée pour l'enrobage des semences de céréales d'hiver) et aux traitements foliaires post-floraison, entre autres. Ce règlement est entré en vigueur fin 2013 pour une durée de 2 ans.

Le règlement sur les produits biocides (RPB, règlement (UE) n° 528/2012) concerne la mise sur le marché et l'utilisation des produits biocides. En France, seules quatre substances néonicotinoïdes sont autorisées d'usage en tant que produit biocide : l'acétamipride, la clothianidine, l'imidaclopride et le thiaméthoxame.

Schéma de la barrière hématoencéphalique

Impacts sur la Biodiversité et la Santé Humaine

Plusieurs études récentes mettent en évidence des impacts sévères sur la biodiversité et suggèrent des effets sur le cerveau humain. Parmi les données soumises par la France figuraient des travaux suisses de 2022 indiquant que de l’acétamipride (ou son principal produit de dégradation) était retrouvé dans le liquide céphalorachidien (qui baigne le cerveau et la moelle épinière) de 13 enfants suisses, sur un échantillon de 14. Selon le biologiste Alexandre Aebi (université de Neuchâtel), coauteur de ces travaux, « La présence d’un tel produit [neurotoxique] dans le liquide céphalorachidien, ce n’est pas du tout anodin. D’autant moins que, jusqu’à la publication de nos résultats, on nous disait que les néonicotinoïdes ne pouvaient pas traverser la barrière hématoencéphalique. » Cette découverte soulève de sérieuses préoccupations quant à la capacité de l'acétamipride à franchir cette barrière protectrice du cerveau.

L’acétamipride s’est révélé très toxique pour les rats Sprague-Dawley lors d’une exposition par voie orale, faiblement toxique lors de l’exposition cutanée et légèrement toxique lors de l’exposition par inhalation. L’acétamipride s’est avéré peu irritant pour les yeux et non irritant pour la peau des lapins. Dans les études à long terme chez les rats et les souris, aucune évidence de cancérogénicité n'a été observée. Les études de toxicité chronique et subchronique de l’acétamipride n’ont donné lieu à aucune toxicité particulière à un organe. Une toxicité généralisée chez les rats, les souris et les chiens se caractérise par une perte de poids corporel, une réduction du gain de masse corporelle et de la consommation alimentaire. On constate une dilatation centrolobulaire des cellules hépatiques, de légère à minime, dans les études chez les rongeurs et une vacuolisation des cellules hépatiques dans l’étude de toxicité chronique chez les rats. Ces effets sur le foie ne sont donc pas considérés comme des effets nocifs. Les études sur le développement des rats et des lapins n'ont pas démontré de sensibilité accrue des fœtus comparativement aux mères après une exposition in utero. Par contre, une étude sur la reproduction chez les rats a révélé des signes qualitatifs de vulnérabilité accrue chez la progéniture de la deuxième génération. La taille des portées et l'indice de viabilité, entre autres, étaient affectés et on considère ces paramètres comme étant liés à la reproduction.

Les limites de qualité pour les pesticides sont fixées dans les eaux brutes et dans l'eau au robinet du consommateur par le code de la santé publique, en application des directives européennes 98/83/CE et 75/440/CEE. Ces valeurs ne sont pas spécifiques aux néonicotinoïdes mais sont communes à la quasi-totalité des produits phytosanitaires. Il est important de noter qu'au-delà de certaines concentrations dans les ressources en eaux, l'eau brute ne peut pas être utilisée pour produire de l'eau potable (sauf autorisation exceptionnelle).

Aucune des sept substances néonicotinoïdes n'est listée par la Directive cadre Eau (directive 2000/60/CE du 23 octobre 2000 ou DCE) ; ces substances ne sont ainsi pas soumises à ce texte établissant un cadre pour une politique communautaire dans le domaine de l'eau. Le thiaclopride est listé par le Règlement d'exécution (UE) n° 2015/408 du 11/03/15. Ce texte identifie les substances phytosanitaires à ce jour autorisées (c'est-à-dire inscrites à l'annexe I du règlement (CE) n°1107/2009) dont la Commission envisage la substitution. Le thiaclopride est associé à ce texte du fait de ses potentielles propriétés de perturbation du système endocrinien humain. Les néonicotinoïdes ne sont pas suivis dans le cadre du suivi des rejets des installations classées pour l'environnement, ni par l'Action Nationale de Recherche et de Réduction des Rejets de Substances Dangereuses dans les Eaux (RSDE), que ce soit pour les sites industriels ou les stations de traitement des eaux usées.

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Persistance et Mobilité Environnementale

L’acétamipride est faiblement persistant dans le sol en conditions aérobies. La biodégradation, dans ces conditions, y est la principale voie d’élimination. Dans l’eau, l’acétamipride est modérément persistant en conditions aérobies. En conditions anaérobies, la vitesse de dégradation est plus lente. Le produit n’est pas hydrolysé à la température ambiante aux pH variant de 4 à 9. L’acétamipride est très soluble dans l’eau. D’après son Koc, il est mobile dans le sol et a peu tendance à s’adsorber sur les sédiments dans l’eau. Cependant, en raison de sa faible persistance, son indice GUS calculé est faible, ce qui indique un faible potentiel de lessivage. Hors Union Européenne, au début des années 2010, les substances néonicotinoïdes étaient autorisées dans plus de 100 pays. Néanmoins, en France, que ce soit à l'échelle de la réglementation nationale ou bien européenne, ainsi que dans de nombreux autres pays, des initiatives sont en cours afin d'évaluer les risques liés à l'utilisation de ces substances voire d'en interdire l'usage.

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