Le jardinage est une activité profondément ancrée dans les habitudes des Français, qu'il s'agisse d'une passion cultivée au sein de jardins privés ou d'une nécessité vivrière. Pourtant, lors de la crise sanitaire, ce secteur a été brutalement confronté à des contraintes inédites. Le confinement a transformé le rapport au végétal, révélant la vulnérabilité d'une filière horticole dont la survie dépend quasi exclusivement d'une fenêtre temporelle très courte.

Une filière horticole sous haute tension
Pour accompagner les vivaces, arbustes et grimpantes doivent être au rendez-vous. Et là, nous avons besoin de nos pépiniéristes, ces passionnés qui recherchent perpétuellement des nouvelles plantes, qui les multiplient, et les proposent, parfois en tout petits exemplaires tellement elles sont rares et difficiles à produire. C’est au printemps - car après l’hiver, les trésoreries ne sont guère vaillantes - que se font les rencontres entre passionnés, dans les fêtes des plantes qui fleurissent partout en France, et dans les pépinières, souvent jardins d’exposition.
Avec les mesures de sécurité dues au coronavirus, toutes les manifestations se sont annulées au fil des jours. Sachant que les acteurs de la filière réalisent jusqu’à 80 % de leur chiffre d’affaires au printemps, entre mars et mai, leur inquiétude est tangible. Nos pépiniéristes sont en danger, et dès que possible, il va falloir leur dire qu’on aime leur savoir-faire, leur talent et leurs plantes. La survie d’un métier et d’une filière est en jeu. Dès maintenant, joignez-les, pour voir s’ils ont des solutions à vous proposer.
La question du caractère essentiel des végétaux
Au début du confinement, la fermeture des commerces non essentiels a plongé les pépinières dans le flou, puisqu’elles ne font pas partie des établissements de première nécessité, tandis que les jardineries ont conservé leur droit d’ouvrir, car elles proposent de l’alimentation pour animaux. La situation a nécessité une intervention rapide du gouvernement pour éviter la perte totale des stocks.
La secrétaire d’Etat Agnès Pannier-Runnacher a annoncé mercredi 1er avril devant le Sénat : "Dans le cadre des arbitrages que nous venons de rendre, la vente des plants potagers est considérée comme un achat de première nécessité." Cette mesure a été saluée par la Fédération nationale des producteurs horticulteurs pépiniéristes (FNPHP). Le directeur de la FNPHP, Julien Legrix, souligne qu'en France, environ 25 % des fruits et légumes produits sont issus de jardiniers amateurs. Une famille qui gère bien son potager peut même économiser jusqu’à un SMIC par an, ce qui confère à cette activité une dimension à la fois vivrière et sociale cruciale.

Les défis logistiques de la vente de plantes
Si l'autorisation de vendre des plants potagers a offert un bol d'air, la situation reste délicate, notamment pour les plantes d'ornement. Les pépiniéristes se retrouvent dans une impasse, leurs produits étant périssables. "On ne peut pas stocker nos cultures de bégonias, d’œillets d'inde, qui sont dans des petits pots. Et comme on n'a pas de vente, on commence malheureusement à jeter nos stocks", déplore Marianne Destain, horticultrice en Haute-Garonne.
Le modèle de vente s'est donc complexifié :
- Le Drive et la vente directe : Des dispositifs de retrait de commande ont été mis en place sur le lieu de production, sous réserve de la prise préalable de rendez-vous.
- La livraison : Livrer deux plantes à 5 € à 30 ou 40 km, ce n’est pas rentable. De plus, la vente par correspondance se heurte à des délais dans les centres de tri où les végétaux peuvent stagner.
- Le Click and Collect : Certains fleuristes et pépiniéristes ont adopté ce format pour maintenir une activité minimale malgré la fermeture des points de vente physiques.
La pratique du jardinage en période de crise
Jardiner pendant le confinement, c’est possible, si vous avez la chance d’avoir un jardin. Mais encore faut-il avoir de quoi planter. Les préfectures ont progressivement donné des autorisations de réouverture sous conditions très strictes : commercialisation des plants à visée alimentaire (légumes, petits fruits, plantes aromatiques) sur les marchés ouverts ou dans les rayons des jardineries.
Pour ceux qui souhaitent tenter l'expérience avec de vieilles semences, la durée germinative est très variable et dépend fortement des conditions de conservation. Même si la date limite mentionnée sur le sachet est dépassée, tentez les semis. Les graines lèveront peut-être un peu moins, voire pas du tout, mais cela reste une opportunité à saisir.
Comment et où planter ses semis de printemps ? - Truffaut
Vers une adaptation durable des pratiques
Le décret du 23 mars 2020 a posé un cadre strict, mais la filière a dû s'adapter avec agilité. Pour les entreprises du secteur, le printemps représente une période charnière où se joue la moitié du chiffre d’affaires annuel. Une interruption prolongée représente une secousse difficilement amortissable, estimée à 10 millions d’euros de pertes par jour pour l'ensemble du secteur.
Malgré ces difficultés, le lien entre les producteurs et les citoyens s'est maintenu par l'échelon local. Certaines pépinières ont su tirer leur épingle du jeu en misant sur des sites internet bien structurés, garantissant une expédition soignée, même en période de fortes contraintes logistiques. L'enjeu, pour le futur, réside dans la pérennisation de ces canaux de distribution qui, au-delà de la crise, permettent de valoriser le travail artisanal des pépiniéristes français face à une production de masse. Le 11 mai, avec les gestes barrières nécessaires, le retour vers une liberté de choix retrouvée pour les plantes d'ornement marquera une étape importante dans la reconstruction de ce tissu économique local.
tags: #achat #jardinage #confinement