L’art du soin par la nature : Comprendre et concevoir le jardin à visée thérapeutique

Dans un monde où la santé naturelle et le bien-être global prennent une place grandissante, le jardin thérapeutique s’impose comme une solution douce et efficace pour favoriser la détente, la réhabilitation et la stimulation sensorielle. Véritable espace de soin et de lien social, il combine nature, émotions et mémoire pour accompagner aussi bien les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer que les personnes âgées ou à mobilité réduite. Ces espaces verts ne sont pas de simples jardins : ils constituent de véritables outils de prise en charge thérapeutique, stimulant les cinq sens tout en renforçant les fonctions cognitives et la mémoire sensorielle.

Schéma conceptuel d'un jardin thérapeutique multisensoriel

Définition et fondements de l’approche thérapeutique

Qu’est-ce qu’un jardin à visée thérapeutique ? Un jardin à visée thérapeutique est un espace, intérieur ou extérieur, conçu pour répondre aux besoins des personnes atteintes de maladies neuro-évolutives, telles que la maladie d’Alzheimer. Il fait appel à la médiation par les plantes et l’environnement naturel pour stimuler les sens, la cognition et la motricité. L’objectif de ce type de jardin est non seulement d’améliorer le bien-être quotidien, mais également de favoriser la communication.

Il ne suffit pas qu’un jardin fasse du bien pour être qualifié de thérapeutique, pas plus qu’il ne suffit qu’il soit situé dans l’enceinte d’un hôpital. On verra que les jardins thérapeutiques dépendent surtout, pour l’être, de la manière dont ils sont conçus et entretenus, des principes de prendre-soin qu’ils respectent, des activités qui y sont menées. Le jardin thérapeutique est un espace qui doit être accessible, notamment pour les personnes à mobilité réduite. Pour qu’un jardin puisse véritablement être qualifié de thérapeutique, il faut que celui-ci soit conçu pour que des professionnels de santé puissent travailler à l’accompagnement des malades au sein du jardin.

L’hortithérapie : une discipline au service du soin

L’hortithérapie est une des principales disciplines pratiquées dans les jardins thérapeutiques. L’hortithérapie permet d’utiliser les plantes et leur soin comme une médiation thérapeutique. Cette discipline a vu le jour dans les années 50 aux États-Unis. L’hortithérapie, ou thérapie par le jardinage, est une approche thérapeutique qui utilise les activités de jardinage pour améliorer le bien-être mental, émotionnel et physique des individus. Cette pratique repose sur l’idée que le contact avec la nature et les plantes peut avoir des effets bénéfiques sur la santé globale.

Les premiers exemples documentés de l’utilisation des jardins à des fins thérapeutiques remontent à l’époque de l’Égypte ancienne et de la Grèce antique, où les espaces verts étaient considérés comme des lieux de guérison. Au XVIIIe siècle, des hôpitaux psychiatriques en Europe et aux États-Unis ont commencé à intégrer des jardins pour aider les patients à se rétablir. Le terme « hortithérapie » a été popularisé dans les années 1940 et 1950, avec la création de programmes spécifiques pour les vétérans de guerre souffrant de troubles mentaux et physiques.

La stimulation sensorielle comme levier de bien-être

La stimulation sensorielle est au centre de la philosophie des jardins thérapeutiques. Les sens (la vue, l’odorat, le toucher, l’ouïe et le goût) y sont sollicités de manière harmonieuse pour encourager le bien-être et raviver la mémoire sensorielle.

  • La stimulation visuelle et cognitive : Les couleurs des fleurs, les contrastes de lumière et les formes variées favorisent la stimulation visuelle. Cette stimulation cognitive est particulièrement bénéfique pour les malades d’Alzheimer ou les personnes souffrant de troubles de la mémoire. Elle permet de stimuler les sens tout en entretenant la curiosité et l’émerveillement.
  • L’odorat et les huiles essentielles naturelles : Les parfums des plantes aromatiques jouent un rôle clé dans la stimulation sensorielle. Certaines plantes, riches en huiles essentielles, participent à la relaxation et soutiennent les émotions positives. Ces senteurs naturelles renforcent le lien entre santé naturelle et bien-être psychique.
  • Le toucher et la mémoire sensorielle : Le contact avec la terre, les pétales ou le feuillage sollicite le toucher et réactive la mémoire sensorielle. Jardiner, semer ou simplement effleurer une plante développe la motricité fine et améliore la coordination, notamment chez les personnes à mobilité réduite.
  • L’ouïe et le lien à la nature : Le chant des oiseaux, le bruissement du vent ou le clapotis d’une fontaine favorisent la détente et apaisent l’esprit. Ces sons naturels participent à une stimulation des sens douce et continue, créant un environnement propice à la relaxation.
  • Le goût et la redécouverte du plaisir : Certains jardins thérapeutiques intègrent des potagers ou des plantes comestibles. Cueillir une fraise ou goûter une feuille de menthe permet de renouer avec la stimulation sensorielle gustative et de redonner envie de manger, un point crucial pour les personnes âgées ou souffrant de problèmes de santé.

Bienfaits physiques, psychologiques et sociaux

Les effets positifs du jardin thérapeutique vont bien au-delà du plaisir sensoriel. Ces espaces contribuent à la prise en charge globale des patients, en agissant sur le corps, l’esprit et les émotions.

Amélioration des fonctions cognitives et motricesLa stimulation des sens dans un jardin favorise la concentration, la mémoire et la coordination. Les activités de jardinage, comme arroser, planter ou tailler, sollicitent les fonctions cognitives et physiques. Pour les malades d’Alzheimer, la stimulation cognitive permet de ralentir la progression de la maladie en réactivant les souvenirs liés à la nature ou aux saisons. Les tâches comme planter des graines, tailler des branches, ou manipuler des outils de jardinage exigent une coordination et une dextérité qui renforcent les muscles des mains et des doigts, améliorant ainsi la motricité fine.

Réduction du stress et amélioration du moralLa nature agit comme un anti-stress naturel. Le simple fait de se promener dans un espace vert calme la respiration, diminue la tension artérielle et favorise la production d’endorphines. Le jardin thérapeutique devient alors un espace de réconfort et d’apaisement pour les personnes anxieuses ou dépressives. Le jardinage thérapeutique peut significativement améliorer l’humeur et diminuer les symptômes de la dépression. Engager les sens à travers les couleurs, les textures et les parfums des plantes stimule les récepteurs sensoriels et procure un sentiment de plaisir et de satisfaction.

Rétablissement du lien socialAu-delà de la stimulation des sens, le jardin thérapeutique favorise le lien social. Dans les maisons de retraite, ces espaces encouragent les échanges entre résidents, soignants et familles. Jardiner à plusieurs, échanger autour d’une fleur ou d’un souvenir crée des moments de convivialité essentiels au maintien de la motivation et de la joie de vivre. Les jardins communautaires et les programmes de jardinage en groupe créent des espaces où les individus peuvent se rencontrer, échanger des idées et travailler ensemble sur des projets communs.

Photo d'un groupe de personnes âgées jardinant ensemble dans des bacs surélevés

Conception et aménagement : une approche pluridisciplinaire

Créer un jardin thérapeutique demande une réflexion pluridisciplinaire, associant professionnels de santé, paysagistes, ergothérapeutes et psychologues. La conception doit allier esthétique, sécurité et accessibilité. Le jardin thérapeutique doit être un espace stimulant les fonctions sans générer de fatigue ou de stress.

Les principes de conception

Il est important de réfléchir à l’inscription du jardin thérapeutique dans le projet de l’établissement. Une communication adaptée est nécessaire. Ces sont quelques-uns des préalables indispensables à tout jardin thérapeutique : sans lesquels ce jardin peut souvent être créé, mais sans lesquels il échouera toujours. Créer un jardin collectif dans lequel chacun se sente « en son jardin ». Créer un jardin accessible, lisible, sans danger, où subsiste du mystère et de l’aventure.

Le défi du jardin thérapeutique est d’arriver à trouver le juste milieu entre sécurité et liberté. De ce fait, si la sécurité est réalisée en bonne intelligence, elle peut devenir source de liberté au lieu d’être vécue comme une contrainte. Le patient ne doit se sentir ni emprisonné, ni infantilisé ou surveillé. Une technique pour arriver à cela est d’attribuer plusieurs usages à un moyen de sécurité. Les chemins doivent être aménagés de manière à permettre un espace de promenade suffisant pour éviter de donner le sentiment de tourner en rond.

Diversité des espaces

Il existe une grande diversité de jardins à visée thérapeutique :

  • Le jardin sensoriel : consacré à la contemplation et à la méditation.
  • Le jardin horticole : moteur d’activité, il permet de participer à des potagers collectifs.
  • Le jardin de détente : favorise l’apaisement et le repos.
  • Le jardin social : offre un cadre propice aux échanges, avec du mobilier confortable.
  • Le jardin de marche et de sport : support pour les personnes ayant besoin d’activités physiques.

Qu'est-ce qu'un jardin thérapeutique ? Maud Ismail, Clinique Valmont

L’organisation des séances en milieu spécialisé

Au sein de structures comme LNA Santé, le jardin à visée thérapeutique constitue une composante essentielle du projet de soin et s’inscrit dans le cadre des interventions non médicamenteuses. L’architecture singulière des résidences, dotées d’espaces verts extérieurs et d’espaces dédiés en intérieur, permet d’intégrer pleinement le jardin thérapeutique.

Les séances sont coordonnées et animées par une équipe dédiée composée d’un thérapeute, soignant, ASG, CVSC (coordinateur de vie sociale et culturelle) et un référent jardin thérapeutique. Le programme s’étend sur 8 à 12 séances hebdomadaires d’une durée variant entre 30 minutes et une heure. Chaque séance débute par la présentation des participants et de l’objectif de la séance. Lors de la première séance, une réflexion est menée avec les résidents sur ce qu’ils souhaitent planter, en tenant compte de la saison. Cette activité sollicite leurs connaissances et leurs souvenirs.

Au cours des séances suivantes, diverses activités sont proposées aux résidents, telles que la plantation, la taille des plantes, l’arrosage, l’arrachage des mauvaises herbes, la décoration des bacs et du jardin, la préparation d’étiquettes pour repérer les plantations, entre autres. Des moments d’échange et de partage sont prévus à chaque session, permettant aux résidents d’exprimer leurs ressentis et leurs souvenirs, et de renforcer leur implication dans le projet. Il s’agit d’un atelier thérapeutique co-animé par l’ergothérapeute et la psychomotricienne, articulé autour de la médiation par le jardinage.

Infographie illustrant le déroulement d'une séance de jardinage thérapeutique

Vers une intégration personnalisée : de l’institution au domicile

Si un vrai jardin thérapeutique nécessite par définition l’accueil de professionnels de santé qui accompagnent les patients, il est possible d’adapter ces principes chez soi. Même un petit balcon ou une terrasse peut être transformé en un espace vert apaisant avec des plantes en pot, des fleurs colorées et des éléments décoratifs naturels.

Lors de la conception de votre espace thérapeutique chez vous, choisissez des plantes visuelles et faciles à entretenir pour ne pas créer de frustration. Les fruits et légumes pour débutants peuvent être une bonne idée si vous commencez dans le jardinage : la laitue, les pommes de terre ou les carottes peuvent être un bon choix. Incorporez d’autres éléments, comme une petite fontaine pour avoir le bruissement relaxant de l’eau, des bancs pour vous reposer et des sentiers pour pouvoir se balader dans la sécurité de son jardin.

L’idée est de développer un rituel personnel en prenant soin de vos plantes, en observant leur croissance et en vous connectant à la terre, que ce soit à travers l’arrosage quotidien, le soin apporté aux feuilles ou encore la récolte de vos premières tomates ou fleurs. L’hortithérapie peut s’intégrer dans votre routine comme une véritable pause bien-être, un moment pour soi, apaisant et gratifiant. Réservez du temps chaque jour ou chaque semaine pour vous occuper de vos plantes, en utilisant ce moment comme une pause méditative et relaxante.

Le jardin comme support de la relation soignante

Le jardin thérapeutique ne remplace pas les soins médicaux, mais vient en complément. Il s’intègre dans un projet global de santé naturelle, soutenant le bien-être physique et mental. Les professionnels de santé observent les effets de ces activités sur le comportement, la concentration et la détente des participants.

Plus qu’un espace de nature, le jardin thérapeutique a pour particularité de s’adapter aux besoins de ses visiteurs en respectant des normes bien spécifiques. « Ce que tu fais pour moi, mais sans moi, tu le fais contre moi. » Cette phrase de Gandhi, qui apparaît déjà comme une maxime du prendre-soin, peut l’être aussi pour la démarche de conception et de réalisation d’un jardin thérapeutique. Si cette démarche n’est pas participative, si elle n’est pas « centrée sur les usagers » (comme le prendre-soin est centré sur la personne), elle court à l’échec.

Le financement est certainement le point le plus « sensible » pour le développement des jardins thérapeutiques dans les hôpitaux et les maisons de retraite. Rares sont les structures qui peuvent en financer la création et surtout l’entretien. Plusieurs hôpitaux ont déjà créé des jardins thérapeutiques, parfois sur des terrasses comme Graine de vie, de l’Institut Curie, pour des patients cancéreux, ou pour des enfants autistes comme au Groupe Hospitalier Pitié Salpêtrière à Paris. Ce dernier a été nominé aux « Trophées Patients » 2013, ce qui a permis d’y faire adhérer tous les membres du personnel jusqu’alors réticents.

Une approche holistique de la santé

Le succès des jardins thérapeutiques repose sur une approche holistique : le corps, l’esprit et les émotions sont considérés dans leur globalité. Ils incarnent un retour à l’essentiel : renouer avec la nature pour retrouver équilibre, sérénité et plaisir. Dans un monde souvent rythmé par la technologie et la vitesse, le jardin thérapeutique rappelle l’importance de ralentir, respirer et simplement ressentir.

Les jardins thérapeutiques illustrent parfaitement le pouvoir de la santé naturelle. Qu’il s’agisse de malades d’Alzheimer, de personnes âgées ou à mobilité réduite, ces espaces verts offrent une alternative humaine et douce à la médecine traditionnelle. Dans un monde où les individus sont de plus en plus déconnectés de la nature et du cycle des saisons, le simple fait de prendre le temps d’être en plein air, d’observer les végétaux et de les aider à s’épanouir peut avoir de fortes vertus pour la santé mentale et physique.

Les jardins partagés en ville permettent également de s’engager dans des projets collectifs et de bénéficier des mêmes avantages thérapeutiques. Considéré comme une thérapie non-médicamenteuse, le jardin en général et le jardinage en particulier ont des effets positifs sur le corps et l’esprit. Au-delà de sa fonction nourricière, le jardin fait du bien au moral et permet le maintien d’une activité physique. L’hortithérapie est une pratique aux multiples bienfaits qui touche tant le bien-être mental, émotionnel, physique que social. En réduisant le stress et l’anxiété, en améliorant l’humeur et en favorisant la pleine conscience, elle apporte une profonde sérénité intérieure. Physiquement, elle renforce la motricité fine et grossière, tout en augmentant l’activité physique et l’endurance. Pour ceux qui n’ont pas accès à un jardin personnel, de nombreuses alternatives existent. Le jardin thérapeutique, par sa nature, demeure un vecteur puissant de résilience et de dignité, permettant à chacun de cultiver son propre chemin vers le mieux-être au rythme des saisons.

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