L’accompagnement et le tutorat dans l’enseignement : enjeux, réalités et perspectives pédagogiques

Le métier d’enseignant, par sa nature même, repose sur une transmission constante qui ne se limite pas aux élèves. De nombreux et nombreuses collègues peuvent devenir tuteur ou tutrice d’un·e stagiaire ou d’un·e étudiant·e en MEEF dans les collèges et les lycées. S’il est bien mal rémunéré, et peu reconnu par l’institution, le tutorat est souvent apprécié par ceux et celles qui s’y consacrent. Cette mission, loin d'être une simple formalité administrative, constitue une pierre angulaire de la formation professionnelle.

Schéma illustrant le transfert de compétences entre un enseignant tuteur expérimenté et un stagiaire dans un environnement scolaire

Les échanges avec les étudiant·es ou les stagiaires ne se font jamais dans un seul sens. Ils permettent de réfléchir à son métier, et, au moment d’en expliciter davantage les règles, d’en apprécier toute la richesse. Avec les rencontres entre tuteurs et tutrices, ces moments ressemblent un peu à la formation continue entre pair·es que le SNES-FSU appelle de ses vœux. Le SNES-FSU s’efforce de développer l’accompagnement des tuteurs et tutrices, dont les situations sont en réalité très diverses et nous nous proposons ici de faire le point.

Le rôle et le statut du tuteur de terrain

Choisi·e par l’Inspection car « expérimenté, reconnu pour ses compétences didactiques et pédagogiques, son engagement dans le système éducatif », le ou la tuteur·trice de terrain est théoriquement volontaire, même si parfois l’IPR fait fortement pression sur les collègues (faute d’autres options, à cause des contraintes de berceaux etc.). Il ou elle exerce la plupart du temps dans le même établissement que le ou la stagiaire.

Les rectorats et/ou les INSPE publient parfois des guides à l’intention des tuteurs·trices de terrain. Ils détaillent notamment les procédures de suivi et d’évaluation, fondés sur le référentiel des métiers du professorat du 1er juillet 2013 et des grilles ad hoc. Cette structure garantit une certaine homogénéité dans l'accompagnement, bien que la pratique réelle soit souvent adaptée aux spécificités de chaque terrain.

Vidéo des étudiants du DU Collège de droit : Le tutorat

Il est important de noter que le SNES-FSU met en place une liste de discussion qui leur est spécifiquement destinée. Si vous êtes adhérent·e, vous pouvez vous y inscrire via votre espace adhérent jusqu’au 31/01/2025.

Cadre financier et missions des tuteurs

La question de la rémunération demeure un point de friction majeur. Pour le tutorat des étudiants, la rémunération est de 150€ par étudiant·e pour l’ensemble de ses périodes de stage d’observation et de pratique accompagnée (si l’étudiant·e a plusieurs tuteurs pendant ces périodes, ces derniers se partagent l’indemnité). Pour une année complète, la somme est de 300€ par étudiant·e, donc 150€ par étudiant·e et par semestre.

En ce qui concerne les missions, il n’y a pas de texte spécifique, en dehors de l’Arrêté du 27 août 2013 fixant le cadre national des formations dispensées au sein des masters « métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation » revu en 2019 et 2020, qui prévoit un stage de 12 semaines en M2 (18 semaines sur toute la durée du master, pour les étudiants qui ne sont pas en alternance). Il est généralement annualisé en 1/3 temps durant les 36 semaines de l’année.

Le commentaire du SNES-FSU est sans équivoque : les objectifs de formation des nouveaux M2 MEEF sont très ambitieux… puisque le Ministère n’en attend pas moins qu’à l’issue du M2 et du concours, ils et elles soient prêts à enseigner à plein temps pendant leur année de fonctionnaire-stagiaire.

Les spécificités des contrats et l'alternance

Les Étudiant·es contractuel·les alternant·es (ECA) ont en principe deux tuteurs·trices, l’un choisi dans l’équipe enseignante de l’INSPE, l’autre « désigné, sur la base du volontariat » par l’IPR ou le chef d’établissement. Ce « tuteur de terrain […] exerce les fonctions de maître d’apprentissage et conseille le contractuel alternant pendant cette première phase de professionnalisation. Identifié pour ses qualités professionnelles et son expérience, il est chargé du suivi et de l’accompagnement du contractuel alternant. Il contribue à la construction des compétences professionnelles attendues dans le référentiel des métiers du professorat du 1er juillet 2013. Il accompagne le contractuel alternant dans la mise en œuvre des apprentissages et l’évaluation des élèves et pour toutes les questions relevant de la gestion et de la conduite de la classe ».

Le commentaire du SNES-FSU souligne ici une réalité préoccupante : les missions de tuteur·trice de terrain, telles qu’elles sont définies dans la note de service du 27 novembre 2020, sont très étendues et pratiquement similaires à celles d’un·e tuteur·trice de fonctionnaire-stagiaire, pour une rémunération pourtant nettement inférieure.

Concernant l’AED en pré-professionnalisation, il s’agit d’un·e étudiant·e qui signe un contrat de 3 ans dans un établissement du second degré, et qui est censé prendre en charge des missions de plus en plus nombreuses (observation et aide aux devoirs en L2 et L3 puis prise en charge d’heures de cours en M1). Le SNES-FSU rappelle que les collègues qui s’engagent dans ce tutorat doivent être attentifs et attentives au fait qu’un AED Prépro signe un contrat de 3 ans. Attention, depuis 2024 et l’annonce d’une potentielle réforme des concours, le dispositif de recrutement des AED prépro est suspendu.

Graphique montrant l'évolution des responsabilités de l'étudiant selon son année de formation (L2 à M2)

Ressources et culture de l'accompagnement

Les INSPE et les rectorats publient parfois des guides, des mémentos et même des capsules vidéo à destination des tuteurs. Sur le site de l’INSPE de Limoges, nous trouvons le « Livret unique de l’accompagnement des professeurs et CPE stagiaires, des contractuels alternants et des étudiants en M2 SOPA » et une page sur le suivi des fonctionnaires stagiaires avec différents documents.

Cette culture de l'accompagnement dépasse d'ailleurs le cadre strict de l'Éducation nationale. Des structures comme l’Adapei 45, association du secteur médico-social, illustrent également cet engagement. Travailler en équipe au quotidien au sein d’une équipe pluridisciplinaire, c'est partager son regard de professionnel pour adapter l’accompagnement individuel et collectif. Écouter, observer, analyser sont des piliers qui, bien que situés dans un contexte différent, résonnent avec les compétences attendues chez un tuteur en milieu scolaire. L’Adapei 45 œuvre pour maintenir un accompagnement de qualité et sans rupture où la personne accueillie est au cœur de son parcours.

L’organisation du stage SOPA n’est pas la même dans tous les INSPE, qui répartissent de diverses manières les 12 semaines à temps complet que doit représenter la durée du stage. La diversité des situations exige une vigilance de chaque instant pour que le tutorat reste un levier de professionnalisation et non une simple charge supplémentaire. En comprenant mieux les enjeux institutionnels et les droits des tuteurs, les enseignants peuvent non seulement mieux accompagner les futurs professeurs, mais aussi revendiquer une reconnaissance plus juste de leur investissement pédagogique.

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