L'Affaire Hamada Gazon et ses Répercussions : Plongée dans les Enjeux de Mayotte

L'affaire Hamada Gazon, marquée par une fusillade à Ikoni ayant entraîné un décès et des blessés, est devenue un symbole des tensions et des questionnements profonds sur la justice et la gouvernance à Mayotte. Au-delà du drame humain, elle met en lumière des problématiques complexes touchant la confiance envers les institutions, la gestion des forces de l'ordre et l'équilibre social de l'île.

Contexte de l'Affaire Hamada Gazon

L'incident tragique d'Ikoni, ayant causé la mort de Hamada Said, alias Gazon, et fait plusieurs blessés, a suscité une vive émotion et un sentiment d'injustice parmi la population. Les circonstances exactes de la fusillade restent au cœur des préoccupations. Des déclarations du chef de l'État sur ce massacre ont été perçues comme ironiques, provoquant l'indignation. Ses rires et ses gestes ont été jugés déplacés face à la gravité des faits. L'idée que les victimes et le défunt "ne sont pas à chosifier" souligne la nécessité de reconnaître leur humanité et leur valeur. La notion de « seconds de parlers sans constance » évoque un manque de cohérence ou de sérieux dans les discours officiels.

Illustration de la tension sociale et du besoin de justice à Mayotte

Le silence du procureur face à cette affaire est particulièrement critiqué. Il est interpellé sur son action rapide habituelle pour identifier les coupables et son apparente inaction dans ce dossier. La question est posée : « Pourquoi, mais pourquoi cette affaire de fusillade à Ikoni, qui a fait un mort et des blessés, enregistre un grand silence du procureur pressé ? » Cette interrogation pointe du doigt une perception de justice « clanique », où des innocents seraient condamnés et des coupables libérés. La défiance envers cette justice est généralisée, et beaucoup pensent qu'il n'y aura pas de procès. Le chef de l'État est mis en garde : « les ikoniens ne sont pas dupes », même ceux qui feignent de croire.

Les Défis de la Connectivité et des Transports Maritimes à Mayotte

Mayotte fait face à des défis majeurs en matière de transport, essentiels à son développement économique et à la vie quotidienne de ses habitants. Le conseil départemental, en collaboration avec le service des transports maritimes (STM), a mis en place une simulation de transport de camions par barge entre Dzaoudzi et Longoni. Ce test, mené un lundi 26 septembre, revêt une importance capitale pour une activité économique mahoraise fortement pénalisée par les problématiques de transport.

Une Solution Maritime pour Désengorger les Routes

Le vice-président du Département, Ali Omar, en charge de l’administration générale, du transport et de la transition écologique, a déploré le temps conséquent nécessaire pour relier Dzaoudzi en Petite-Terre à Longoni par camion, estimant que cela « peut mettre une demi-journée ou une journée ». Ce constat met en évidence la difficulté du transport de matériaux ou de denrées alimentaires, avec un temps de trajet routier estimé à une heure et demie.

Face à cette situation, une proposition a été faite aux sociétés de transport : passer directement par la mer grâce à deux barges. Le gain de temps serait important pour la dizaine de poids-lourds, capacité d'une barge, puisque la durée du voyage se limiterait à une heure et dix minutes. L'élu estime qu'il serait possible de faire « trois ou quatre rotations ». Le STM prépare l'équipement nécessaire, avec les navires Safari et Maorimawa pour inaugurer ce dispositif. La mise en place effective est prévue pour janvier 2023, avec l'arrivée des Chatouilleuse et Imane la même année sur le trajet Dzaoudzi-Mamoudzou.

Le prix d’un ticket poids-lourd, variant de 75 à 122 euros selon le tonnage, devrait demeurer inchangé initialement sur ce nouveau trajet. Cependant, Ali Omar n’exclut pas une augmentation en fonction du prix du carburant. Cette initiative s'inscrit dans la volonté des élus mahorais de désengorger Mamoudzou.

Le Retour des Navettes Maritimes et les Projets Futurs

Le projet de navettes maritimes, un « vieux serpent de mer du Département », n’est pas abandonné. Ali Omar confirme la volonté de la collectivité de le développer « d’ici la fin de la mandature » en 2027. Deux millions d’euros ont déjà été dépensés pour des études. Des questions subsistent concernant les pontons nécessaires, les parkings à proximité et le type de navires.

En parallèle, des solutions innovantes sont envisagées. Mayotte pourrait voir apparaître de grandes lignes téléphériques, à l’image de villes sud-américaines, permettant de se rendre quartier par quartier en évitant la route. Lors du dernier salon du Gart (Groupement des autorités responsables de transport), le vice-président du conseil départemental a défendu ce moyen de transport « facile et rapide à mettre en place ». Il est imaginé de « se rendre des Hauts-Vallons à Mamoudzou pour faire ses courses ou aller travailler par exemple ».

Préservation de l'Environnement et Développement Durable : Le Rôle des Dispositifs de Concentration de Poissons (DCP)

La préservation de l'environnement marin est une priorité à Mayotte, notamment pour soutenir l'activité de pêche locale tout en protégeant les écosystèmes fragiles. Le Parc naturel marin a récemment achevé l’installation de quatorze dispositifs de concentration de poissons (DCP). Ce projet a un objectif triple : diminuer la pression de la pêche à l’intérieur du lagon, préserver les espèces coralliennes et permettre aux pêcheurs d’être plus économes en carburant.

Fonctionnement et Objectifs des DCP

Un an après la première installation, le quatorzième et dernier dispositif a été posé. Il s’agit d’une longue ligne de mouillage équipée de bouées et d’un ensemble de filins, appelée agrégateur, disposée sur les premières dizaines de mètres sous la surface. Au bout des cordages, un point d’ancrage d’1,5 tonne repose sur le fond marin.

Schéma explicatif d'un Dispositif de Concentration de Poissons (DCP)

La colonisation de ce système flottant par des algues, des coquillages, des micro-organismes et du plancton crée un écosystème qui attire les espèces pélagiques, comme le thon, la bonite, le porte-épée, le thazard ou le coryphène. L’un des objectifs majeurs est de « sortir les pêcheurs du lagon et ainsi diminuer la pression pêche sur les poissons récifaux qui sont vulnérables ». Cette concentration de poissons facilite également la recherche pour les professionnels et réduit drastiquement leur consommation de carburant.

Le travail du Parc naturel marin se prolonge sur terre, avec un suivi quotidien de la pêche via ses agents du système d’informations halieutiques, financé par le fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche (FEAMP). Cyrielle Jac souligne que les agents demandent aux pêcheurs s’ils ont utilisé un DCP et lequel, à la débarque. Cela permet de connaître les techniques employées, les zones les plus prisées et leur rendement. En mer, des plongeurs effectuent un comptage tous les trois mois pour identifier « la diversité des poissons présents, notamment les plus petits », car toutes les espèces ne sont pas hameçonnées.

Il faut environ six mois pour que le dispositif porte ses fruits. Pour l’heure, il est encore trop tôt pour quantifier les retours, mais l’organisme surveillera de près leur évolution « pour voir dans l’avenir si nous devons en réinstaller d’autres ».

L'Excellence Sportive et Scolaire : Un Projet pour la Jeunesse Mahoraise

L'investissement dans la jeunesse de Mayotte passe également par des initiatives combinant excellence sportive et réussite scolaire. La première promotion de la section d’excellence sportive scolaire a débuté son parcours au stade de Cavani, début septembre. Ce projet ambitieux vise à former de jeunes talents tout en assurant leur suivi éducatif.

Un Emploi du Temps Rigooureux et un Encadrement Complet

Les jeunes joueurs et joueuses de la section sportive d’excellence s'entraînent cinq ou six fois par semaine sur le terrain, pour des séances d’une heure et demie, après les cours. Le coach Maxime Lemius, conseiller technique de la ligue mahoraise de football, prévient les jeunes : « Demain, on commence à 6h45 ». Bien que l'emploi du temps soit encore en cours d'ajustement, et que le règlement intérieur et les tenues soient à finaliser, l'engagement est palpable.

La promotion actuelle comprend dix garçons et trois joueuses issues de l’école de football Le Daka, arborant les couleurs jaune et noir du club de Kani-Kéli, ainsi qu'une autre du Bandrélé Foot féminines. Il est à noter qu'aucun élément ne vient de Mamoudzou. Cette première promotion, recrutée par la ligue mahoraise de football, partage son temps entre le terrain, le collège de M’gombani, le restaurant le Voulé servant de cantine, et l’internat installé au centre Abdallah Mamy.

Le collège, situé un peu plus loin, est rejoint en groupe par les adolescents de 12 à 14 ans, dont certains connaissent peu Mamoudzou. Au collège, ils sont peu séparés, répartis en deux groupes dans des classes de quatrième et un autre. François Balédent, le principal du collège, se montre enthousiaste face à l'arrivée de ce contingent de footballeurs, les décrivant comme « très sérieux ».

Un Triptyque de Réussite : Sport, Social et Scolaire

Guillaume Brouste, directeur technique, renchérit : « C’est un projet à la fois sportif, social et scolaire ». Chaque soir, les sportifs bénéficient d'une étude pour faire leurs devoirs. En fin de semaine, les collégiens-sportifs peuvent quitter l’établissement vers midi pour « faire le dernier entraînement de la semaine dans leurs clubs respectifs, avant les matchs du week-end ». Cette initiative a d'ailleurs reçu les félicitations du directeur technique national de la FFF et ancien coach de l’Olympique lyonnais, Hubert Fournier.

Imaginée depuis longtemps par la Ligue mahoraise de football, la section a vu le jour grâce au concours du Département de Mayotte et à la mise à disposition du centre d’hébergement de Cavani. Guillaume Brouste confirme ce « triptyque de Ligue-Département-Rectorat », soulignant la pertinence rapide de cette formation. Le directeur technique explique : « Chaque année, on envoie deux jeunes au pôle espoirs de la plaine des Cafres à La Réunion. Les derniers ont été retenus en Pré-France », un groupe de 80 joueurs susceptibles d’intégrer l’équipe de France U16.

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Urbanisme et Résilience : Une Vision pour le Développement de Mayotte

Mayotte, en tant que département français, bénéficie d’investissements publics significatifs, mais doit faire face à des défis urbanistiques complexes, exacerbés par les enjeux climatiques et fonciers. Ning Liu, architecte-urbaniste spécialisée dans ces questions, pilote l’organisation d’un Atelier international prévu début 2023 sur la résilience et l’équilibrage du département. Elle nourrit une stratégie de développement pour le territoire, prenant en compte la notion de risques naturels.

Le Schéma d'Aménagement Régional et ses Lacunes

Ning Liu constate que les institutions mahoraises ont la volonté d'aller de l'avant, notamment à travers le schéma d’aménagement régional (SAR), qui fixe les orientations fondamentales à moyen terme en matière de développement durable, de mise en valeur du territoire et de protection de l’environnement, ainsi que diverses études réalisées ces dernières années. Cependant, elle déplore que le SAR manque de véritables projets urbains, malgré quelques initiatives comme Mamoudzou 2030, jugées insuffisantes.

Selon elle, Mayotte ne se résume pas uniquement à la ville chef-lieu. Le Nord, par exemple, est « très pauvre, sous-exploité et peu sécurisé », avec Koungou identifiée comme une commune stratégique mais sous-développée. Il est impératif de réfléchir à la connectivité du port. L’Ouest, avec ses villages perchés par rapport à la côte, dégage une véritable histoire d’installation, mais concentre de grands enjeux urbains et de la pression foncière. Cette partie du territoire doit s’articuler avec le Centre, où vont prochainement s’implanter plusieurs institutions. Le Sud, quant à lui, concentre le plus de biodiversité, mais c’est la zone qui subira le plus le changement climatique, entre la submersion marine et le manque de pluie. L’éco-tourisme doit impérativement prendre en compte la préservation des ressources naturelles. Chaque partie de l’île a des défis précis à relever.

L'Habitat, l'Emploi et l'Excellence Éducative au Cœur des Priorités

À la suite de l’Atelier international qu'elle a piloté à La Réunion du 27 septembre au 8 octobre 2021, Ning Liu a rédigé un article sur le changement climatique et la protection du patrimoine dans les Outre-mer. Son enquête a mis en lumière un point frappant : la condition d’habitat n’a jamais été appréhendée et mise au centre des considérations urbanistiques. Les villes, à l'origine, n'étaient pas destinées à être habitées, mais conçues comme des comptoirs commerciaux, la main-d’œuvre se trouvant à la campagne. Aujourd'hui, cette question est devenue fondamentale dans une société contemporaine.

Plan de Mayotte mettant en évidence les différentes zones et leurs enjeux spécifiques

Ning Liu a découvert la richesse de l'île et la complexité foncière de Mayotte, « en raison de l’historique particulier ». La soustraction entre l’emprise foncière et les risques laisse très peu de ressources disponibles, d'où la nécessité d'introduire de la multifonctionnalité pour inciter à l’innovation urbaine. Il y a un réel besoin d’espaces publics pour placer le vivre-ensemble aux premières loges.

Le SAR indique que le territoire a besoin de 130 000 logements aux normes d’ici 2050. Ce chiffre inclut le neuf, la rénovation et l’absorption de l’habitat indigne. Il n’existe pas de solution miracle en termes de densité et de typologie de logement, et la notion de risques, avec la submersion marine et l’émergence du volcan sous-marin, ne doit pas être oubliée.

Concernant l’emploi, Ning Liu insiste sur l'importance de cette thématique : « Dans quelle mesure les 100 000 jeunes âgés d’une dizaine d’années aujourd’hui seront-ils actifs d’ici 2040 ? » Cela doit être une priorité de l’agenda politique des élus. Les besoins en infrastructures sur l’île représentent une précieuse opportunité de créer des emplois qualifiés. Il est indispensable de profiter de ces projets structurants pour former des ingénieurs, des chefs de chantier, des architectes, etc., car l’investissement génère de nombreuses filières. Il faut réfléchir dès aujourd’hui à la formation de la jeunesse de demain et à l’excellence éducative.

Comparaison avec la Chine et la Vision de la Résilience

Lorsqu'on lui demande de comparer Mayotte et la Chine, Ning Liu précise qu’il s’agit plutôt de la « comparaison de l’incomparable » entre une île de l’océan Indien et un pays de plus d’un milliard d’habitants. Cependant, elle comprend « parfaitement l’aspiration à la modernité des Mahorais ». Les opportunités de développement peuvent ouvrir d’autres perspectives d’urbanisme, et la résilience aux risques peut être une nouvelle modalité de vivre-ensemble, où se croisent les thématiques de connectivité de territoire, de densité appropriée, de lien social et de culture dans les espaces communs. Le climat, au-delà de la météo, intègre l’environnement de vie dans sa globalité.

Optimisation des Soins de Santé et Gestion des Incidents Opérationnels

Les infrastructures de santé à Mayotte sont en constante évolution pour garantir une continuité des soins de qualité. La deuxième phase des travaux aux urgences s’effectuera en deux temps, concernant dix box. Les travaux avanceront par deux fois cinq box pour assurer la continuité des soins. Afin de conserver l’activité de stérilisation, indispensable au Centre Hospitalier de Mayotte (CHM), les travaux sont organisés en trois phases.

L’objectif de ces travaux est de retrouver et de garantir la norme ISO 7 de tous ces blocs. Cela passera par le remplacement de portes automatiques étanches, la réparation et la mise en conformité des installations électriques, la remise en peinture totale des locaux des blocs et la vérification des bons traitements d’air des blocs opératoires.

Incidents Aériens et Gestion des Flux Migratoires

En parallèle des enjeux locaux, Mayotte est confrontée à la gestion d'incidents opérationnels et de flux migratoires complexes. Un incident aérien récent a impliqué une fêlure du pare-brise au niveau du cockpit, observée en vol par le commandant de bord. Celui-ci a pris la décision d’appliquer la procédure de sécurité adéquate, en programmant un retour de l’appareil vers son aéroport de départ. Les équipes techniques ont pris en charge l’appareil pour les réparations nécessaires. Cet incident est connu et peut survenir en raison d’un différentiel thermique observé en vol.

La gestion des flux migratoires est également un défi. Deux équipages sri-lankais, arrivés début août, ont été appréhendés simultanément à Mayotte et à La Réunion. Le premier, composé de sept personnes, a été interpellé alors que le pilote souffrait de déshydratation. Les interpellés, à l'exception d'un, ont été placés au centre de rétention administrative de Pamandzi. En attente d’une demande d’asile, le pays souffrant d’une instabilité politique depuis la fuite de son président en juillet, ils ont essuyé un refus de l’administration française. Après avoir obtenu les autorisations adéquates, cette dernière a procédé au renvoi des sept hommes vers leur pays d’origine via un vol spécialement affrété un mardi 6 septembre.

Carte illustrant les flux migratoires et les routes aériennes dans la région de Mayotte

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