
Les bibliothèques, qu'elles soient municipales, universitaires ou départementales, sont des organismes vivants dont les collections évoluent constamment. Cette évolution implique une pratique essentielle mais souvent méconnue du grand public : le "désherbage". Loin d'être un acte de destruction, le désherbage est une démarche réfléchie et nécessaire qui vise à maintenir l'actualité, la pertinence et la qualité des fonds documentaires. Il s'agit de retirer définitivement des documents des rayonnages qui sont abîmés, remplacés par des éditions plus récentes ou qui ne sont plus empruntés. Cependant, la question de la destination de ces documents désherbés est primordiale, et leur revalorisation est devenue un enjeu majeur, tant d'un point de vue écologique qu'économique et social.
Comprendre le désherbage : Une pratique essentielle pour les collections
Le désherbage en bibliothèque est une métaphore de jardinage qui fait référence à l'action d'éliminer des documents des collections d'une bibliothèque. Cela peut englober le retrait de livres, de CD, de DVD, de revues et d'autres supports de la bibliothèque. De plus, le désherbage ne se limite pas simplement à l'élimination des documents. C'est une pratique nécessaire qui est enracinée dans la politique documentaire de l'établissement. Il est souvent réalisé dans le cadre d'une révision plus large des collections et peut impliquer des décisions difficiles sur quels documents retirer et comment les éliminer de manière appropriée. Certains documents sont retirés en raison de leur état de dégradation, tandis que d'autres peuvent être éliminés en raison de leur contenu périmé ou incorrect.
La nécessité du désherbage est multifacette. Premièrement, il permet de libérer de l'espace sur les rayonnages, offrant ainsi la possibilité d'acquérir de nouveaux documents et de présenter une collection plus dynamique et attrayante. Deuxièmement, il contribue à l'actualisation des fonds, garantissant que les informations proposées sont à jour et pertinentes pour le public. Troisièmement, il favorise une meilleure gestion des ressources en se concentrant sur les documents les plus demandés et les plus utiles. Enfin, il participe à l'esthétique et à l'organisation des espaces de la bibliothèque, rendant l'expérience usager plus agréable et facilitant l'accès à l'information.
Pour choisir les livres à désherber, il est crucial de prendre en compte les attentes du public. Il est également important de considérer : la typologie du document (CD, DVD, livre, revues, ressources numériques) et le domaine du savoir concerné. La méthode IOUPI, initiée par la Bibliothèque Publique d'Information (BPI) de Paris, est une approche systématique qui aide à déterminer quels documents doivent être éliminés d'une collection. Cette méthode s'appuie sur des critères précis pour évaluer la pertinence et l'état des documents.
Les spécificités du désherbage selon le type de bibliothèque
Le désherbage, bien que répondant à des principes universels, s'adapte aux spécificités de chaque type de bibliothèque.
Désherbage en bibliothèque municipale
Dans le cadre du désherbage en bibliothèque municipale, l'implication et la décision de la municipalité sont essentielles. Par ailleurs, la politique de désherbage doit être intégrée à la politique documentaire de la bibliothèque, en lien avec la politique d'acquisition. Un désherbage efficace commence par une planification minutieuse. Il est essentiel de suivre des critères stricts lors de la sélection des documents à retirer, qui doivent correspondre aux missions de la bibliothèque (renouveler et actualiser ses collections, au vu des orientations générales de sa politique documentaire : art. L310-5 et L310-6 du code du patrimoine).
Désherbage en bibliothèque universitaire
Le désherbage en bibliothèque universitaire présente des spécificités dues au type de public et à la nature des collections. Il demande une préparation rigoureuse et une gestion méthodique. Commencez par planifier l'opération en tenant compte de la fréquence de désherbage, de la taille de votre collection et des ressources disponibles. Il est également indispensable de respecter les procédures administratives associées au désherbage. Les collections universitaires sont souvent plus spécialisées et demandent une expertise particulière pour évaluer la pertinence scientifique et académique des ouvrages.
Désherbage en médiathèque départementale
La médiathèque départementale de la Sarthe, connue sous le nom de Sarthe Lecture, a développé une approche particulière du désherbage. Les missions de Sarthe Lecture vont au-delà de la simple gestion des collections. Le désherbage en médiathèque départementale s'inscrit dans un contexte spécifique, notamment en termes de taille des collections et de diversité du public. Il convient de suivre des critères précis lors du désherbage pour maintenir l'adéquation de la collection avec le public. La première étape consiste à identifier quels documents doivent être retirés. Il est également crucial d'établir un plan d'action pour la gestion des documents retirés. La planification rigoureuse et la gestion méthodique sont essentielles pour une médiathèque départementale.
Le récolement : Un complément indispensable au désherbage

Le récolement en bibliothèque est une opération de contrôle physique qui vise à vérifier la présence de chaque document dans la collection de l'établissement. Le but premier du récolement est de dénombrer les documents de la collection, permettant ainsi d'identifier les lacunes et d'établir un état détaillé de la collection. Le récolement peut faciliter le processus de désherbage en aidant à identifier les documents qui ne sont plus pertinents pour la collection. En somme, le récolement peut servir de point de départ pour le désherbage en aidant à localiser les documents qui pourraient être retirés. Le récolement et le désherbage sont deux pratiques complémentaires en bibliothèque. Le récolement, qui consiste à vérifier la présence des documents dans la collection, peut aider à identifier ceux qui pourraient être retirés lors du désherbage. Naviguer dans le vaste univers des bibliothèques n'est pas toujours une tâche aisée. Qu'est-ce qu'un récolement en bibliothèque ? Le récolement en bibliothèque permet de s'assurer de l'intégrité des collections. Il s'agit de vérifier périodiquement la présence et l'état de chaque document référencé dans l'inventaire de la bibliothèque. Dans le cadre d'un plan de conservation partagée (PCP), le récolement implique également la collecte de données détaillées sur l'état de la collection.
La revalorisation des documents désherbés : Au-delà de la destruction
Cependant, le désherbage ne signifie pas nécessairement la fin pour un document. Dans de nombreux cas, les documents retirés peuvent être redistribués à d'autres institutions, vendus lors de ventes de livres d'occasion, ou même donnés à des œuvres caritatives. Le circuit des documents déstockés est totalement repensé, et la revalorisation devient la norme.
Partenariats pour la revalorisation : L'exemple de Paris et Ammareal
Grâce à la signature d'une convention entre le réseau des bibliothèques de la Ville de Paris et Ammareal, tous les documents définitivement retirés des rayonnages seront désormais revalorisés. Jusqu'ici, une partie de ce stock (7 500 documents environ) était conservée pour intégrer les collections de la réserve centrale et être prêtée aux usagers sur demande. Une autre partie (environ 28 000 documents) était redistribuée à des associations, crèches, écoles, centres de loisirs, Ehpad. Ce nouveau partenariat assure que 100 % de ces produits culturels seront revalorisés, contre seulement 10 % aujourd'hui. Ammareal triera et mettra en vente une partie de ces documents sur son site Internet, le reste étant donné à des associations, réemployé ou recyclé. Cette initiative illustre parfaitement la tendance à chercher des solutions durables pour les documents désherbés, en privilégiant la seconde vie à la destruction.
Options de revalorisation
Les options pour les documents retirés sont variées et vont bien au-delà de la destruction :
- Vente : Organisez une braderie pour vendre les livres au public. Ces ventes sont souvent très appréciées des lecteurs et permettent de générer des revenus pour la bibliothèque.
- Don : Si la vente n'est pas possible, envisagez de donner les livres à des associations, des écoles ou des institutions publiques.
- Boîtes à livres : Mettez en place des boîtes à livres dans votre ville. Cela permet de donner une seconde vie aux ouvrages tout en favorisant l'accès à la lecture.
- Recyclage : Lorsque les documents ne peuvent être ni vendus, ni donnés, le recyclage est l'option la plus écologique.
Quelle que soit l'option choisie, assurez-vous de respecter les régulations locales et les règles de votre institution.
Johann Chapoutot - Une histoire bien connue - Bertolt Brecht : La résistible ascension d'Arturo Ui
Le cadre juridique de la vente et du don de documents désherbés
La question de la revalorisation des documents désherbés, et notamment de leur vente ou de leur don, est encadrée par la loi. Il est essentiel pour les bibliothèques et les associations de bien connaître ce cadre pour agir en toute légalité.
La Loi Robert du 21 décembre 2021
La Loi n° 2021-1717 du 21 décembre 2021 relative aux bibliothèques et au développement de la lecture publique, dite "Loi Robert", a modifié plusieurs articles du code du patrimoine et du code général de la propriété des personnes publiques. L'article 13 de cette loi est particulièrement pertinent en la matière.
Cet article stipule : « Art. L. 3212-4.-Les documents appartenant aux bibliothèques de l'Etat, de ses établissements publics, des collectivités territoriales et de leurs groupements ne relevant pas de l'article L. 2112-1 et dont ces bibliothèques n'ont plus l'usage peuvent être cédés à titre gratuit à des fondations, à des associations relevant de la loi du 1er juillet 1901 relative au contrat d'association mentionnées au a du 1 de l'article 238 bis du code général des impôts et dont les ressources sont affectées à des œuvres d'assistance ou à des organisations mentionnées au II de l'article 1er de la loi n° 2014-856 du 31 juillet 2014 relative à l'économie sociale et solidaire. Par dérogation aux articles L. 3212-2 et L. 3212-3 du présent code, ces documents peuvent être cédés à titre onéreux par ces fondations, associations et organisations. »
À la lecture de cet article, on comprend que le don peut être réalisé en direction :
- De fondations.
- D'associations relevant de la loi du 1er juillet 1901 (mentionnées au « a du 1 de l'article 238 bis du code général des impôts ») et dont les ressources sont affectées à des œuvres d'assistance.
- D'organisations relatives à l'économie sociale et solidaire.
Ces trois destinataires peuvent ensuite revendre les documents. Il est important de noter que les bibliothèques ne sont pas censées donner les documents désherbés à des particuliers.
Définition d'une "œuvre d'assistance"
Pour les associations de loi 1901, la condition que les ressources soient affectées à des "œuvres d'assistance" est cruciale. Le site village-justice.com apporte cette précision : « Les activités d’assistance s’entendent des activités de secours à destination de personnes se trouvant dans des situations de détresse et de misère, en leur venant en aide pour leurs besoins indispensables. » Si l'association s'inscrit dans ce cadre, elle peut recevoir et revendre les ouvrages que lui a cédés la bibliothèque lors de son désherbage.
Il est également à noter que les associations de loi 1901 d'intérêt général au sens de l'article 238 bis-1.a du code général des impôts (recevant des dons d'entreprises déductibles de l'impôt sur le revenu ou sur les sociétés) peuvent avoir un caractère philanthropique, éducatif, scientifique, social, humanitaire, sportif, familial, culturel ou concourant à l'égalité entre les femmes et les hommes, à la mise en valeur du patrimoine artistique, à la défense de l'environnement naturel ou à la diffusion de la culture, de la langue et des connaissances scientifiques françaises.

La vente de CD et DVD désherbés : Une nuance importante
Lorsque vous envisagez d'organiser une vente des livres désherbés de votre médiathèque municipale, vous vous interrogez peut-être sur la possibilité de vendre des CD et DVD désherbés en même temps.
Les CD : Souvent inclus dans les ventes
Il semblerait qu'il soit convenu avec la collectivité lors de l'organisation de la vente que bon nombre d'établissements ont procédé en vendant livres et CD en même temps. Par exemple, la médiathèque d'Hennebont organise une vente spéciale de documents désherbés, où vous avez l'opportunité de mettre la main sur des livres, des magazines, des CD et bien plus encore, vendus entre 1€ et 2€. De même, le Département propose des livres, BD, CD et DVD pour 1 euro pendant deux jours. L'association des Amis de la Bibliothèque de la ville de Colmar s'occupe de la vente des ouvrages retirés des rayons, et tous les genres de littérature sont disponibles, ainsi que des disques compacts. Ce sont plus de 5 000 livres et 2 400 CD qui sont proposés à la vente pour le prix d'un euro pièce, sauf les beaux livres.
Les DVD : Une exception notable
Cependant, une attention particulière doit être portée aux DVD, qui ne peuvent généralement pas être vendus. Lorsqu'une bibliothèque souhaite retirer un film de sa collection, la seule solution est de le détruire. En effet, les contrats passés entre les éditeurs de DVD et les fournisseurs des films ne permettent pas de vendre ou donner les DVD. Cette restriction est une spécificité à prendre en compte lors de l'élaboration de votre politique de désherbage et de revalorisation.
La procédure et les modèles de délibération
Pour organiser une vente de documents désherbés, il est essentiel de suivre une procédure administrative rigoureuse et d'obtenir les autorisations nécessaires de la municipalité ou de la collectivité.
Nécessité d'une délibération
L'opération de désherbage et la décision de vendre ou de donner les documents nécessitent une délibération du conseil municipal ou communautaire. Il s'agit d'une étape cruciale pour officialiser la démarche et garantir sa légalité.
Exemples et ressources de modèles de délibération
Plusieurs ressources existent pour vous aider à rédiger ces délibérations :
- Mobilis Pays de la Loire propose 3 types de documents administratifs à destination des bibliothèques et de leur tutelle : des modèles de délibération de conseil municipal ou communautaire pour désherbage, collecte et réemploi de livres, dont un modèle de délibération pour désherbage.
- La Bibliothèque départementale de la Vienne propose une délibération autorisant le désherbage : un exemple de délibération permanente autorisant l'élimination des documents.
- Le Département de la Dordogne met à disposition un modèle de délibération pour autoriser et procéder au désherbage. Ce document est disponible sur le site de la BDP de la Dordogne, où l'ensemble de la procédure de désherbage est abordée.
- La ville de Lyon a également un modèle d'opérations de désherbage de la Bibliothèque municipale - approbation des modalités d'organisation d'une braderie et de tarifs et d'une convention de type de don.
Ces modèles constituent une base solide pour adapter les délibérations à votre contexte spécifique.
Formation et accompagnement au désherbage
Avant de vous lancer dans l'opération de désherbage, il est essentiel de vous former correctement à cette pratique. Ces formations visent à vous familiariser avec la méthodologie du désherbage et à vous permettre de le pratiquer sans appréhension. Il est essentiel de bien se préparer avant l'opération de désherbage. Des organismes comme l'Enssib proposent des fiches pratiques et des guides thématiques pour accompagner les professionnels des bibliothèques dans cette démarche. Des ateliers sont également régulièrement organisés sur le sujet, comme l'Atelier du livre de la BnF sur "Détruire le livre ?" ou la formation "Désherber en bibliothèque : Formation gérer organiser une bibliothèque"
Le désherbage en bibliothèque est une pratique complexe mais indispensable à la vitalité des collections. Encadré par des dispositions légales et appuyé par des méthodes éprouvées, il ouvre la voie à une revalorisation intelligente et durable des documents, contribuant ainsi à l'économie circulaire et à la diffusion de la culture.