L'analyse de la contribution potentielle des plantations forestières à la satisfaction des besoins futurs en bois nécessite un examen approfondi des tendances passées, présentes et futures en matière de boisement. La superficie d'arbres déjà plantés détermine la production du futur proche. Cependant, les données relatives aux plantations forestières nationales sont souvent incomplètes, voire inexistantes dans le domaine public à l'échelle mondiale, en partie à cause des difficultés à distinguer les forêts naturelles des forêts plantées. Le terme "plantations" lui-même recèle diverses significations, et même lorsqu'une définition précise existe, elle n'est pas universellement applicable. La qualification de "plantation forestière" dépend du degré d'intervention humaine, créant un continuum entre les forêts semi-naturelles et les forêts plantées, où la distinction peut devenir arbitraire en raison de la variété des pratiques sylvicoles.

Aperçu Mondial des Plantations Forestières
En 1995, les plantations forestières représentaient une très faible proportion du couvert forestier mondial, estimé à environ 3,6 % de la superficie forestière totale. L'Asie domine largement ce paysage, détenant près de 50 % des forêts plantées. Une concentration remarquable est observée : cinq pays - la Chine, les États-Unis, la Fédération de Russie, l'Inde et le Japon - totalisent 65 % des forêts plantées mondiales. Seuls 13 autres pays dépassent le million d'hectares, portant à 18 le nombre de pays détenant 87 % des plantations forestières planétaires.
Les plantations peuvent être globalement divisées en catégories tropicales et subtropicales, et en catégories tempérées et boréales. En 1995, les plantations tropicales et subtropicales couvraient 55,4 millions d'hectares, dominées par les feuillus (56,7 %). Les plantations tempérées et boréales représentaient 68,3 millions d'hectares, avec une nette prédominance des conifères (88,9 %).
Espèces Dominantes et Distribution Géographique
Dans les zones tropicales, les genres Eucalyptus et Pinus sont prédominants, représentant à eux seuls 43,4 % des superficies plantées. D'autres essences importantes incluent Acacia spp., Tectona grandis (teck) et Gmelina arborea. Cependant, plus de 100 essences différentes sont utilisées dans les plantations tropicales et subtropicales, les "autres conifères" et "autres feuillus" représentant une part significative, potentiellement en raison d'espèces de pins et d'eucalyptus non identifiées. La Chine, avec ses vastes plantations de Cunninghamia lanceolata, constitue une exception notable.
Les Eucalyptus sont communs dans les plantations tropicales, particulièrement dans les régions subtropicales. Les pins à croissance rapide, comme Pinus caribaea, sont également plantés sur de grandes surfaces. Les plantations de Pinus radiata sont dominantes au Chili, en Australie et en Afrique du Sud. Pinus patula couvre plus d'un million d'hectares dans le sud-est africain. Les Acacias sont principalement plantés en Afrique, en Indonésie et dans le sous-continent indien. Le teck est cultivé en Inde, en Asie du Sud-Est et dans certaines régions d'Amérique centrale et des Caraïbes. Les mahoganis exotiques (Swietenia macrophylla) sont présents en Indonésie et aux Fidji.
Dans les zones tempérées et boréales, les conifères dominent largement, notamment les Épicéas, Pins et Sapins, représentant 66,9 % des plantations. Les pins sont les plus répandus, avec des ressources abondantes aux États-Unis et dans les pays de l'ex-URSS. Les épicéas et les pins sont également dominants en Russie et aux États-Unis. Le Japon se distingue par ses plantations de cyprès, cèdres et mélèzes, ainsi que par d'importantes ressources de Sugi (Cryptomeria japonica) et Hinoki (Chamaecyparis obtusa). Les genres Quercus et Fagus constituent les principaux groupes d'espèces feuillues tempérées et boréales.
Évolutions et Défis des Boisements
La superficie des plantations forestières évolue différemment selon les années et les pays. À long terme, une diminution absolue des nouveaux boisements est attendue à mesure que les pays atteignent un point de saturation. Cependant, des variations à court terme peuvent survenir en raison de changements économiques ou de perceptions des investisseurs, comme l'a montré une revalorisation des plantations en Nouvelle-Zélande. Les facteurs sociaux et environnementaux peuvent également influencer ces tendances.
Les données historiques sur les plantations forestières mondiales sont difficiles à comparer en raison des problèmes de définition, de classification et des lacunes dans les données sur les boisements, les reboisements et la mortalité. Même les estimations récentes présentent des variations notables. Les projections antérieures, comme celles de Lanly et Clément (1979) pour les plantations industrielles tropicales, se sont avérées remarquablement précises.
Des pays comme le Japon et la Corée ont reconstitué leurs domaines forestiers déclinants, réduisant leurs taux de boisement une fois leurs objectifs atteints. À l'inverse, le Myanmar a connu une accélération significative de ses boisements grâce à un programme centralisé. Les taux annuels de boisement dans les pays tropicaux et subtropicaux étaient estimés à un peu plus de 4 millions d'hectares en 1995.
En zone tempérée et boréale, une tradition plus ancienne d'établissement de plantations existe, bien que les statistiques mondiales cumulées soient rares. Les plantations dans les pays développés diffèrent de celles des pays en développement, utilisant souvent des espèces indigènes, sauf exceptions comme l'Australie, la Nouvelle-Zélande, le Portugal, l'Espagne et le Royaume-Uni.
Mais, où est l’eau ?
Enjeux Socio-Culturels et Environnementaux en Afrique du Sud
Au-delà des aspects purement quantitatifs, les plantations industrielles, notamment d'eucalyptus et de pins, soulèvent des questions critiques quant à leur impact sur les communautés locales, leurs cultures et l'environnement. En Afrique du Sud, les effets négatifs les plus fréquemment mentionnés incluent les conflits territoriaux, la diminution des réserves d'eau, le manque d'opportunités de travail et la destruction des économies locales.
Un aspect souvent négligé est l'impact sur la culture. Par exemple, en Afrique du Sud, l'expansion des plantations industrielles restreint l'accès des guérisseurs traditionnels aux espèces d'arbres indigènes essentielles à la médecine traditionnelle. Cette situation met en péril des pratiques culturelles ancestrales, profondément liées à l'identité et au bien-être des communautés. Les grandes entreprises de plantations, par le biais de la monoculture, tentent d'introduire une "culture de la consommation", promue comme synonyme de développement et de progrès, une vision fortement critiquée par les guérisseurs traditionnels qui fondent leurs activités sur la connaissance et le respect de la nature.
Des ONG comme Geasphere soutiennent les guérisseurs traditionnels dans leur lutte contre l'expansion des plantations industrielles, soulignant le rôle crucial de leur participation dans la construction d'un mouvement des communautés affectées.
L'Eau : Un Débat Controversé
La question de l'utilisation de l'eau par les plantations forestières est particulièrement sensible, surtout dans des régions comme l'Afrique du Sud, sujette à des pénuries d'eau. Des affirmations circulent selon lesquelles les eucalyptus consomment plus d'eau que les pins. Cependant, des recherches récentes indiquent un manque de preuves scientifiques solides pour étayer ces différences de manière systématique. L'utilisation de l'eau par les arbres semble davantage influencée par les caractéristiques du sol, l'environnement et le climat que par le genre planté.
Il est crucial de comparer l'utilisation de l'eau sur des périodes de développement de couronne similaires, et non sur des âges communs. Sur des rotations plus longues, les différences d'utilisation de l'eau entre pins et eucalyptus ne sont pas statistiquement significatives. Certaines études suggèrent même que l'utilisation de l'eau dans les plantations très anciennes revient aux niveaux observés dans la végétation naturelle préexistante.
Les mesures de consommation d'eau, souvent basées sur des études limitées à quelques arbres ou peuplements, peuvent introduire des erreurs importantes. L'efficacité de l'utilisation de l'eau (EUE), mesurée par la production de bois par unité d'eau consommée, varie considérablement. Les eucalyptus tendent à être plus efficaces en termes d'utilisation de l'eau par masse ou volume de bois produit, notamment les génotypes à croissance rapide.
Malgré ces nuances, des préoccupations persistent quant à la conversion de plantations de pins en eucalyptus sans autorisation, comme cela a été observé autour de l'usine de Sappi à Ngodwana, en Afrique du Sud. Les résidents craignent une augmentation de la consommation d'eau, d'autant que les eucalyptus ont des cycles de rotation plus rapides. Les autorités gouvernementales continuent d'examiner la situation, tandis que des plaintes ont été enregistrées auprès du système de certification FSC.
Le Cas Spécifique du Congo
Dans le sud-ouest du Congo, des plantations industrielles d'Eucalyptus ont été développées à partir de 1978 sur des savanes sableuses pauvres. L'essor de ces plantations a été rendu possible par l'apparition d'hybrides plus performants et la mise au point de techniques de bouturage industriel. Ces plantations, gérées par ECO.SA, couvrent 42 000 hectares et sont situées à proximité de Pointe-Noire.
La régénération est assurée par taillis et replantation, avec une pépinière capable de produire plus de 5,7 millions de plants par an. De 1986 à 2000, ces forêts ont fourni une quantité importante de bois de pâte pour l'exportation, ainsi que des poteaux pour les infrastructures. Les résidus de bois sont utilisés pour l'énergie de Pointe-Noire, contribuant à préserver les forêts galeries environnantes.
Ces opérations nécessitent une main-d'œuvre considérable, favorisant l'émergence d'un capitalisme local par l'externalisation. Une redevance annuelle est versée aux communautés, finançant des projets socio-économiques. Des observations indiquent une évolution positive du sous-bois d'eucalyptus, avec l'apparition de nouvelles espèces forestières, et un engouement des populations pour cultiver sur d'anciennes plantations abandonnées.
Le débat sur les eucalyptus porte sur la gestion de l'eau et l'appauvrissement des sols. Les études récentes et les observations de terrain suggèrent que, dans des zones comme le Congo, la gestion de l'eau peut être acceptable, et que les sols sous eucalyptus évoluent positivement, voire que la macrofaune du sol s'améliore par rapport à la savane d'origine. La végétation sous eucalyptus tend également vers l'apparition d'espèces forestières.
L'entreprise verse une rente foncière annuelle, dont une partie a financé des projets communautaires. Les plantations industrielles, bien que suscitant des convoitises et des conflits fonciers, contribuent à la satisfaction des besoins énergétiques de Pointe-Noire, réduisant la pression sur les forêts naturelles. La gestion rigoureuse de ces plantations laisse présager une transition vers une gestion durable des forêts naturelles, une tendance observée dans d'autres régions du monde.

tags: #afriqe #du #sud #plantations #sapins #eucalyptus