Le monde abrite aujourd'hui 8 milliards de personnes, et les défis auxquels l'humanité est confrontée pour se nourrir sont colossaux. Le modèle agricole actuel repose sur la logique du productivisme, entraînant l'épuisement des ressources naturelles. Face à cette situation, l'agroécologie et la permaculture émergent comme des voies prometteuses pour concilier alimentation et protection des écosystèmes.

Le Problème du Modèle Agricole Intensif et ses Conséquences
L'agriculture intensive transforme des terres naturelles pour un usage agricole, très souvent de monoculture, faisant ainsi disparaître une partie de la biodiversité. Cette pratique, qui consiste à cultiver une seule espèce, engendre une fragilisation des écosystèmes et une dépendance accrue aux intrants chimiques. Le bilan carbone de l'agriculture est conséquent : en France, elle est la deuxième source d'émission de gaz à effet de serre (GES) après le transport. L'agriculture participe activement au réchauffement climatique avec l'émission de gaz méthane, mais aussi à la déforestation, notamment pour l'élevage de bétail.
Alors que les ressources de la planète suffiraient à nourrir douze milliards d'êtres humains, la pauvreté dans le monde s’accroît, la nature, considérée comme un bien matériel, est pillée, et les écosystèmes se meurent. Le dogme d’une croissance infinie dans un monde fini est dépassé. Il est urgent de changer de paradigme, de reconsidérer le lien qui nous unit à la terre, et de valoriser la coopération plutôt que la compétition pour le bien-être de l'humanité dans son ensemble. L'agroécologie offre cette possibilité.
Impact de l'agriculture intensive sur la pollinisation
Qu'est-ce que l'Agroécologie ? Une Approche Multidimensionnelle
L'agroécologie est un modèle agricole souvent cité comme la voie pour une agriculture écologiquement et socialement plus responsable. Elle est à la fois une discipline scientifique (recherche), un mouvement (comme les sans-terre au Brésil par exemple) et une pratique (techniques agricoles). Selon Miquel A. Olivier De Schutter, rapporteur des Nations unies du droit à l’alimentation, l'agroécologie est un « ensemble de pratiques agricoles » qui « recherche des moyens d’améliorer les systèmes agricoles en imitant les processus naturels, créant ainsi des interactions et synergies biologiques bénéfiques entre les composantes de l’agroécosystème ».
L’agroécologie se veut aussi productive et autonome en utilisant les ressources humaines et naturelles locales. Elle constitue une réponse concrète à la réduction des pesticides dans l’agriculture. Elle s’inscrit dans la continuité de modèles comme l’agriculture biologique, en s’appuyant sur des pratiques qui excluent les produits chimiques de synthèse. Il n’existe pas de cahier des charges officiel de l’agroécologie, mais elle incarne une agriculture durable, respectueuse des équilibres environnementaux. Cette politique de production agricole a pour vocation d’optimiser la production alimentaire sans mettre en danger la nature. Le but de l’agriculture raisonnée et d’une réglementation de l’agriculture biologique est bien de nourrir le monde, mais pas à n’importe quel prix.

Une exploitation agricole qui pratique l’agroécologie pratique aussi l’agriculture bio afin de limiter les impacts de l’activité humaine et l’accélération du changement climatique, le réchauffement climatique. Le respect de l’environnement (gestion de la ressource en eau, préservation de la qualité de l’eau, de la qualité des nappes phréatiques…) est ancré dans la démarche de l’agroécologie. En favorisant des systèmes alimentaires plus autonomes et diversifiés, l’agroécologie rejoint d’autres démarches vertueuses comme les fermes bio ou les fermes en permaculture, tout en respectant le cahier des charges du bio. L’agriculture biologique suit un cahier des charges certifié. Certains pesticides se retrouvent d’ailleurs dans l’eau potable.
En tant que technique agronomique et écologique, elle s’inspire des connaissances scientifiques les plus récentes, des processus biologiques sur lesquels se fondent la dynamique et la continuité du vivant sur l’ensemble de la biosphère. Elle promeut une gestion pérenne et une réhabilitation durable des environnements. Elle est garante d’une production alimentaire de qualité, source de santé et de bien-être. Elle favorise la reconstruction des liens sociaux en revalorisant le rôle des producteurs locaux et en encourageant une économie de proximité. Elle vise à redonner de l’indépendance aux micro-fermes et entend retourner à des productions agricoles à taille humaine.
L’agroécologie présente de nombreux avantages dont le premier est de préserver l’environnement et la santé des Hommes. L’agroécologie est une agriculture dite en polyculture. La polyculture accroît la résilience d’une exploitation, attire différentes espèces et limite les ravages agricoles. De cette manière, l'agroécologie réduit les pertes agricoles, économiques et augmente la résilience des exploitations en assurant une stabilité économique. En limitant l’usage de produits phytosanitaires et en pensant la nature comme facteur de production, l’agroécologie réduit la dépendance aux phytosanitaires, qui à long terme dégradent la qualité intrinsèque des sols. L’agroécologie maintient la sécurité alimentaire, puisqu'elle prend en compte le système agricole dans son ensemble afin de prévenir les épidémies. En pensant le terrain agricole dans son ensemble, de manière systémique, l’agroécologie prête une attention particulière aux caractéristiques du sol, bio géochimiques et du cycle de l’eau. Cette technique peut produire une variété d'aliments et restaure également les sols.
Impact de l'agriculture intensive sur la pollinisation
La Permaculture : Conception d'Écosystèmes Autonomes
Qu’est-ce que la permaculture ? La permaculture est une forme d’agriculture et un système culturel intégré inspiré des écosystèmes naturels. Bien plus qu’une nouvelle approche de l’aménagement paysager, la permaculture est synonyme d’agriculture permanente. Autrement dit, le professionnel ou le particulier aura à cœur de réaliser un écosystème complètement autonome, productif et capable de se régénérer. Tout ceci en favorisant le respect de la nature et de ses résidents. La permaculture est née dans les années 1970 en réaction aux pratiques de l'agriculture traditionnelle. Elle se fonde sur des valeurs clés : prendre soin de la terre, prendre soin de l'humain, créer l'abondance et partager les surplus. La permaculture va au-delà des techniques agricoles, englobant également nos modes de consommation, comme le choix d'une banque éthique.
La permaculture est une approche de conception durable qui vise à créer des systèmes auto-suffisants et respectueux de l'environnement en utilisant des principes éthiques et écologiques. Les principes fondamentaux de la permaculture reposent sur la biodiversité, la gestion intelligente et rationnelle dans le temps et l'espace des ressources naturelles, les cycles fermés d'énergie et de production de matières en interne sur les fermes. La permaculture va observer la nature et s'inspirer des écosystèmes naturels existants pour les reproduire sur une petite structure. En permaculture, on tient beaucoup compte de l’histoire agricole du terrain et de la géographie des parcelles, entre autres pour optimiser les trajets au sein de la ferme et réfléchir à une rotation des cultures intelligente. La permaculture est souvent une approche sur mesure non reproductible.

Les Points Communs et les Différences entre Permaculture et Agroécologie
La permaculture et l’agroécologie sont deux mouvements qui portent des valeurs et des objectifs semblables, malgré leurs origines géographiques, historiques ou sociales différentes. Les deux s’inspirent des équilibres naturels pour les recréer dans les zones de culture. Les deux prônent une vision à la fois philosophique et technique pour remettre l’humain au cœur des écosystèmes. Ils développent une vision globale pour un projet de société plus cohérent, équitable, durable et abondant ; ils portent en eux une philosophie de vie respectueuse du vivant dans son ensemble. Enfin, la permaculture et l’agroécologie offrent l’une comme l’autre un éventail de pratiques et techniques agricoles servant la démarche. Il s’agit d’une façon de pratiquer l’agriculture en s’appuyant sur les écosystèmes et en s’en inspirant largement. Le but est de s’inspirer de la nature dans son plein potentiel, pour produire de la nourriture en impactant un minimum sur l’environnement. Les techniques appliquées vont ainsi permettre d’éviter le recours aux produits phytosanitaires, d’éviter de trop travailler les sols, ou encore de gérer l’eau avec bonne intelligence.
Bien que la permaculture et l'agroécologie aient toutes deux pour but de créer des systèmes agricoles qui préservent la santé des sols, de l’eau et des êtres vivants, il existe quelques différences notables entre les deux :
- Approche : La permaculture est avant tout une approche de conception qui utilise des principes éthiques et écologiques pour créer des systèmes durables de taille modeste. L'agroécologie, quant à elle, est une discipline scientifique qui utilise une méthodologie rigoureuse pour étudier les systèmes agricoles.
- Échelle : La permaculture peut s'appliquer à des systèmes allant d'un jardin familial à une ferme paysanne et va optimiser le fonctionnement interne de la ferme. L'agroécologie peut être utilisée à une échelle bien plus large, couvrant des régions agricoles entières.
- Techniques : La permaculture encourage l'utilisation de techniques telles que la rotation des cultures, la gestion intégrée des ravageurs, la culture en association, l’agroforesterie et la restauration de la biodiversité et réfléchit à l'optimisation de l'énergie dévolue aux transports. L'agroécologie aborde également ces techniques, mais se concentre sur des questions de plus grande envergure telles que la sécurité alimentaire, les systèmes de production durables et inclut aussi la justice sociale, le commerce équitable dans les systèmes de production à plus grande échelle où la distance entre le producteur et le consommateur peut être importante.

En résumé, l’idée globale est de concevoir des systèmes agricoles durables qui produisent de la nourriture tout en préservant la biodiversité et en réduisant les impacts négatifs sur l'environnement.
Philosophes et Praticiens de l'Agroécologie
Pierre Rabhi est un écrivain, conférencier et agriculteur français d’origine algérienne. Il est le pionnier du modèle d’agriculture biologique en France. Il quitte très tôt son emploi dans une banque française pour exploiter une ferme agricole en Ardèche. Il acquiert un grand savoir-faire agronomique et se destine à le transmettre en Europe et Afrique autour de multiples conférences. Après des années d’expérience, l’ONU reconnaît Pierre Rabhi comme expert en sécurité et salubrité alimentaire et se voit engagé pour l'ONU afin de lutter contre la désertification. En 2021, il décède à la suite d'une hémorragie cérébrale.
Julie Murez, animatrice en agroécologie, présente les spécificités de chaque approche et leurs applications concrètes. Son intérêt pour l'agriculture régénérative, notamment la régénération des sols, l'a menée vers la permaculture puis l'agroécologie. Cette dernière intègre une dimension sociale forte, en plus de l'aspect agricole. L'agroécologie vise la protection du vivant et la régénération des ressources. Pour Julie Murez, "la pauvreté de nos sols" est un constat marquant qui a renforcé ses convictions.
Eric, le fondateur de Biovie, est agronome de formation et travaille avec cette approche durable depuis 30 ans maintenant. C’est pour cette raison que la permaculture et l’agroécologie sont au cœur de leurs préoccupations chez Biovie.
Au cœur des programmes et actions de Terre et Humanisme, nous appuyons aussi une démarche d’accompagnement des porteurs de projets, ou des néo-paysans, pour favoriser l’installation de micro-fermes sur les territoires. Nous soulignons la vigilance à avoir quant au mot “fourre-tout” que peut être l’agroécologie, car on l’entend aujourd’hui à toutes les sauces. La dimension agricole de la permaculture est assez semblable à celle de l’agroécologie. On peut ainsi dire que pour Terre & Humanisme, l’agroécologie et la permaculture sont deux concepts, deux mots de vocabulaire pour définir une même démarche. Nous pensons qu’il n’est pas forcément nécessaire de choisir un terme plus que l’autre. Chez Terre & Humanisme, nous avons choisi de défendre la transmission et la diffusion de l’agroécologie depuis plus de 25 ans, grâce à l’initiative de Pîerre Rabhi. Nous transmettons les techniques agroécologiques en France et à l’international, dans le cadre de nos programmes d’actions, mais aussi des formations que nous dispensons au Mas de Beaulieu, en Ardèche, et dans 8 lieux partenaires en France.
Impact de l'agriculture intensive sur la pollinisation
Transition et Défis de la Généralisation
La mise en place de modèles agroécologiques implique de passer de modèles intensifs basés sur la rentabilité à des modèles plus matures basés sur les cycles naturels. Quant à ce dernier point, cela conduit à des rendements réduits. En fait, nous produisons actuellement à une vitesse vertigineuse que la nature ne peut pas suivre. À cela s'ajoute le temps nécessaire à la formation. Cette transition est un investissement. Donner de son temps et des moyens d'assurer une transition plus proche des principes agroécologiques est un pas que certains agriculteurs hésitent à franchir. Mais ceux qui s'accrochent à ces modèles de monoculture intensive doivent d'abord changer les premiers.
Comment passer de la monoculture à la polyculture ? Cela signifie qu'il faut repenser à un modèle économique… En termes de connaissance, l'agroécologie se développe localement, sur le terrain. Se former à l’agroécologie peut se faire de manière autodidacte ou accompagnée.
Les défis de la généralisation de ces pratiques sont notables. La permaculture et l'agroécologie sont principalement adaptées aux petites surfaces, car elles nécessitent une connaissance approfondie de chaque parcelle et de son environnement. Chaque sol étant unique, il doit être traité différemment, ce qui contraste avec les modèles systématiques souvent enseignés. Bien que des expérimentations existent sur de plus grandes surfaces, la duplication à grande échelle reste complexe en l'absence d'outils adaptés.
L'Agroforesterie en Complément
L'agroforesterie, autre approche abordée, consiste à planter des arbres au milieu des cultures. Cette pratique favorise la biodiversité et réduit la monoculture, en intégrant des éléments arborés dans les systèmes agricoles. Pour en savoir plus sur ces pratiques, l'École des jardiniers de Saint-Brice-Courcel propose des ressources complémentaires.

Quand Utiliser la Permaculture ou l'Agroécologie ?
La permaculture et l'agroécologie sont des approches durables en agriculture qui se concentrent sur la production alimentaire écologique. La permaculture met l'accent sur les relations interdépendantes et la conception de systèmes autonomes, tandis que l'agroécologie utilise une approche scientifique pour comprendre les interactions complexes.
La permaculture :
- Convient à la production alimentaire à petite échelle.
- Est utile pour la restauration écologique rapide de sols éprouvés par des techniques intensives, pour la mise en place de jardins familiaux, de fermes de petite taille ou de systèmes agricoles communautaires.
- Est particulièrement pertinente pour les petits producteurs et les agriculteurs en développement ou qui démarrent.
- Pour la production de nourriture durable avec peu de ressources, dans des pays émergents en zone tropicale par exemple.
Tandis que l'agroécologie :
- Convient à la production alimentaire à grande échelle.
- Est utile pour la recherche scientifique sur les systèmes agricoles à long terme.
- Permet de former des agriculteurs, d’organiser la planification territoriale, la politique publique agricole.
- Est particulièrement utilisée pour les gouvernements et les organisations publiques ou para publiques.
- Est une voie d’avenir pour développer des systèmes alimentaires durables à grande échelle.
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