L'idée de cultiver un potager en ville est à portée de main pour améliorer la qualité de vie, offrant une multitude de bénéfices. Le jardinage urbain aide à réduire la pollution, à améliorer l’alimentation et à apporter une touche de nature à l’environnement. Créer son propre potager constitue une démarche pour diminuer son empreinte écologique et renouer avec la nature, un besoin essentiel dans un monde urbanisé. Les bienfaits psychologiques de la connexion à la nature ne sont plus à prouver, et les plantes ont la capacité de purifier l’air en absorbant le dioxyde de carbone et en dégageant de l’oxygène.

Pourquoi opter pour un potager en ville ?
L’aménagement d’espaces verts constitue un enjeu majeur de la politique d’urbanisme de nombreuses villes afin de lutter contre les pics de chaleur et la pollution. Chacun peut aussi agir à son niveau et contribuer à verdir le paysage urbain en végétalisant son balcon, sa devanture ou encore sa terrasse. L'agriculture urbaine offre de nombreux avantages : renouer avec la nature, améliorer sa qualité de vie et contribuer à la réduction de la pollution. C'est une manière durable, créative et accessible de verdir la ville. Cultiver ses légumes, c’est savourer des produits ultra-frais, riches en nutriments, et retrouver le goût authentique des variétés anciennes.
Les différents visages du potager urbain
La notion de potager urbain recouvre bien des définitions. On peut le concevoir comme “partagé”, c’est-à-dire cultiver collectivement une parcelle, entre voisins ou à l’échelle d’un quartier par exemple. On peut intégrer un jardin dit “ouvrier” et louer une parcelle individuelle à l’intérieur d’un ensemble collectif où se partage généralement savoir, connaissances, matériels et bonne humeur. On peut également tenter de trouver des solutions individuelles, à l’échelle du foyer, sur un balcon, dans une véranda ou sur le rebord d’une fenêtre.
Même un petit balcon peut accueillir un vrai jardin. Utilisez des sacs de plantation suspendus, des étagères à pots, ou des jardinières verticales pour maximiser l’espace. Les potagers composteurs en terre cuite, comme ceux proposés par Ceercle, sont parfaits pour les petits espaces. Ils permettent de faire pousser des plantes tout en valorisant les déchets organiques via le lombricompostage. Si vous avez une cour bétonnée, installez des bacs mobiles (en bois, zinc, tissu…). Si vous avez accès à un toit plat, pourquoi ne pas le transformer en jardin ? Pas d’espace chez vous ? Rejoignez un jardin partagé ! Ces lieux collectifs permettent de cultiver ensemble, d’apprendre, d’échanger, et de partager les récoltes.
Prérequis pour l'installation d'un potager urbain
Avant d’installer un potager urbain, l’emplacement est crucial pour sa réussite. Est-ce que vous disposez d’un grand espace ou d’un espace plutôt restreint ? Cela impactera le choix des plantes à installer. Même si vous ne disposez pas d’un jardin, n’abandonnez pas votre idée.
L'importance de l'exposition solaire
L’exposition est un facteur déterminant. L’endroit est considéré comme ensoleillé lorsqu’il reçoit du soleil direct au moins six heures par jour. La zone est semi-ombragée si elle reçoit un minimum de 4h d’ensoleillement par jour ou si le soleil est filtré par des arbres. L’emplacement est ombragé s’il reçoit moins de 4h d’ensoleillement direct par jour. Pour une exposition profitant de 6 à 8 h de soleil par jour, des légumes, des fruits et des herbes aromatiques spécifiques se plairont, comme l'aubergine, la betterave, le navet, les haricots, la courge et le concombre.
Comprendre la terre de son potager
Le choix des plantes dépend du type de sol. Pour espérer y faire pousser les végétaux et obtenir des récoltes satisfaisantes, il est important d’adapter les plantes en fonction du sol. Un bon sol est essentiel pour la production alimentaire. Sans sol sain, pas de nourriture saine. Support de la vie terrestre, il est notre matrice nourricière. Il est bien plus qu’un amas de terre et de cailloux, c'est un écosystème vivant. Vers, champignons, bactéries, microorganismes… Tous ces êtres vivants construisent des réseaux alimentaires. Ils vont dégrader la matière organique et la transformer en humus, qui nourrira ensuite le sol. On comprend donc que préserver son sol et ses habitants est indispensable à de bonnes récoltes, dans la durée.
- Sol argileux : Il est humide et riche. Vous pouvez faire une boule lorsque vous le malaxez.
- Sol calcaire : Il est léger, facile à travailler, mais pauvre. Il se dessèche facilement en été.
- Sol humifère : Il est riche en humus et se reconnaît à sa couleur noire. Il est facile à travailler et renferme les nutriments nécessaires aux végétaux. Ce type de sol est acide et ne convient pas à toutes les plantes. Il constitue toutefois une terre de prédilection pour les légumes.
L’idéal est d’adapter les plantes en fonction du type de sol. Dans tous les cas, quel que soit le type de sol, il est nécessaire de le préparer. La terre doit être travaillée (pour l’aérer, faciliter la germination et favoriser l’enracinement des plantes) et amendée (pour améliorer ses propriétés physiques et biologiques).

Techniques d'agriculture urbaine
La culture hors-sol n’a pas fini de vous séduire et de vous surprendre avec sa multitude de possibilités et ses méthodes ultra adaptables. Un rebord de fenêtre, un balconnet, une véranda ouverte, un petit toit terrasse, autant de lieux où vous pourrez développer un jardin à l’échelle.
Pots, sacs et contenants variés
Pour un espace restreint, le jardin vertical constitue une solution idéale pour cultiver un maximum de plantes et pour que chacune profite de la lumière disponible. Cette solution est adaptée aux potagers au balcon ou en terrasse. Les plantes sont installées dans des pots en terre cuite, en bois ou encore en plastique. Optez pour des pots que vous organiserez en fonction de la surface au sol disponible. On les choisit les plus grands possibles suivant le type de plante, pour permettre un bon enracinement et minimiser l’assèchement de la motte et donc l’arrosage. Quand l’endroit le permet, on choisit des matières naturelles respirantes qui favoriseront le drainage et l’aération, de la terre cuite par exemple. On pose les pots à ras du sol, sur un roule-plante ou un chariot roulant pour les plus encombrants, en ligne sur une série d’étagères, en dégradé de hauteur sur une échelle décorative, ou dans des porte-pots muraux.
La culture en sac est également très utilisée en agriculture urbaine. Cette solution se distingue par son efficacité et sa praticité. Les sacs sont plus légers que les pots en terre cuite ou en bois. Par ailleurs, ils répondent au besoin de limiter le poids dans le cas d’un potager au balcon. Si vous êtes sur un balcon ou même un toit terrasse, assurez-vous qu’une telle charge peut-être tolérée, ou tournez-vous vers des alternatives comme la culture en sac de jute, sac de plantation ou pots en feutre.
Carrés et bacs potagers : la solution tout-terrain
À chaque espace, configuration, ambition et envie, son carré potager. De la classique planche de culture d’1 m x 1 m plus ou moins profonde à la structure en escalier. De systèmes modulables au potager sur pied, en bois ou en acier galvanisé. Le potager en carrés est une méthode de culture originale qui permet de récolter des légumes frais toute l’année sur peu d’espace. Esthétique, économique, plus facile d’entretien que le potager en ligne et plus productif, il s'installe partout : terrasse, balcon, sur un coin de mauvaise terre, sur une ancienne dalle de béton… La terre d’un potager en carrés se réchauffe vite et on obtient rapidement de bons légumes. Cinq minutes par jour suffisent à son entretien, finie la corvée de désherbage, finis les traitements et le travail du sol. C’est une merveilleuse méthode pour initier les enfants au jardinage ou redonner envie aux personnes plus âgées.
CARRÉS POTAGERS - Installation / Coût / Remplissage / Terre végétale
Avantages de la culture en bacs surélevés
Avec la culture en bac, plus de campagnols ! L'utilisation des tôles perforées sur le fond du bac et un barrage à l’extérieur règle ce problème. Un autre avantage est qu’on n’a pas besoin de se baisser pour jardiner, car tout est à la bonne hauteur, ce qui est particulièrement appréciable pour les personnes ayant des problèmes de dos. Seul inconvénient, c’est l’investissement des bacs, mais si on compare avec les avantages, on va vite comprendre.
Pour résister dans le temps, il est très important de choisir le bon matériau pour le bac, qui va garantir sa longévité. Il faut donc éviter de prendre des planches en bois, des bacs pas cher, qui peuvent casser ou pourrir en 2 à 3 ans. Des bacs en bois massif très résistant sont conseillés pour la culture en permaculture dans des bacs, certains modèles étant fabriqués depuis plus de 25 ans. Les bacs en aluminium, d'une épaisseur de 3 mm par exemple, ne rouillent pas et ne nécessitent pas d'entretien. L’aluminium est le matériau idéal pour une utilisation dans votre jardin, ou en milieu public et urbain. Pour ces potagers en carré en permaculture, il faut une hauteur minimum de 350 mm, pour pouvoir mettre plusieurs couches.
Le potager d'intérieur : cultiver sans extérieur
Dans le cas où vous ne disposeriez ni d’un jardin, ni d’un balcon, ni d’une terrasse, le potager d’intérieur est la solution adaptée pour concrétiser votre projet. Un potager d’intérieur permet de cultiver chez soi des plantes à tout moment de l’année. Des potagers d’intérieur sont conçus pour être prêts à être installés et se composent d’éléments soigneusement choisis. Un kit peut inclure une structure compacte avec ou sans vitre, un panneau LED basse consommation, un ventilateur, un boîtier électronique qui se connecte en Bluetooth, et un réservoir avec une plaque de culture et 16 godets pour placer les cultures. Certains modèles sont autonomes, avec tous les réglages tels que la température, la luminosité et l’irrigation qui se déclenchent automatiquement sans intervention. Il suffit d’installer les mottes de culture, de remplir le réservoir et de brancher le potager à une prise électrique. Ces systèmes fonctionnent avec des mottes de culture sous la forme d’un cylindre en fibres végétales comprenant le substrat, les graines et les nutriments optimisés selon les besoins des variétés. Il est possible de cultiver 16 plants simultanément, dont des légumes, des fruits et des herbes aromatiques, comme du basilic, des tomates, des radis ou encore des carottes tout au long de l’année.
Optimisation de la culture et entretien
L'art de la permaculture et de la culture en lasagnes
Certains contenants vous permettront de mettre en œuvre les préceptes du potager en carrés, de l’association des plantes potagères et fleuries, de la rotation des cultures. Vous pourrez également explorer des alternatives, comme la culture sur une botte de paille ou le concept de permaculture. La technique lasagne est un mode de culture particulièrement adapté au potager urbain. Cette technique permet de recycler les déchets en même temps que de produire de nouvelles cultures puisqu’il s’agit de composter directement dans un pot, un bac, un carré, une jardinière.
Pour résumer, on dépose en couches successives matières brunes (feuilles mortes broyées, brindilles, fleurs séchées, etc.) et matières vertes (épluchures, déchets de fruits et légumes, etc.) jusqu’à remplir le contenant aux 2/3. Après un repos de quelques jours (2 ou 3 au moins), placez de 5 à 10 cm de terreau… Votre substrat est prêt, il ne vous reste plus qu’à planter !
La fertilité de la butte en permaculture est délivrée par des troncs, branches préalablement coupées quelques mois ou années auparavant. Au fur et à mesure que les troncs vont se décomposer, les racines des plantes, au-dessus, vont s’implanter plus profondément dans la butte pour y puiser toujours plus d’éléments fertiles. Les nutriments organiques sont délivrés ici par de gros éléments qui mettront plusieurs années à se décomposer.
Le paillage : un allié précieux
Le paillage en couches épargne beaucoup de travail et économise beaucoup d’eau, tout en utilisant des matériaux que l’on a l’habitude de jeter et en produisant un excellent sol qui produira de succulents légumes, herbes et salades. Un autre avantage de ce système est qu’il ne nécessite aucun outil et supprime toutes les mauvaises herbes existantes : lierre, chiendent, pissenlit, etc., voire même les ronces ! Le gros bénéfice du paillage pour les légumes, c’est que cela leur évite un stress qui varie en permanence entre pas assez d’eau et trop d’eau. Autre avantage : le paillis va retarder le refroidissement du sol à l’automne au contact de l’air plus frais. Il protège la microfaune et son cortège de bactéries, champignons et autres arthropodes du gel, du soleil, du dessèchement et de l’érosion. Le paillis végétal en automne est le plus intéressant, car il apporte des éléments nutritifs à la microfaune et au sol et va améliorer votre fertilité et donc votre rendement.
Le non-travail du sol est la méthode de remplissage la plus utilisée et la plus courante pour le potager surélevé. Ce sont une juxtaposition de couches d’éléments riches en carbone (foin, feuilles sèches, mulch) et d’éléments riches en azote (tonte de pelouse, déchets de cuisines, feuilles vertes, compost).
Arrosage et fertilisation
Pour éviter le gaspillage d’eau et faciliter l’arrosage des plantes, optez pour l’arrosage localisé en mettant en place un système goutte à goutte lorsque c’est possible. Cette méthode permet d’arroser directement les racines, réduisant considérablement la consommation d’eau. Pour les plantes en conteneur, vous pouvez utiliser des jardinières à réserve d’eau ou des bacs à subirrigation qui garantissent un approvisionnement constant tout en prévenant les excès d’eau. Arrosez plutôt le soir par temps chaud pour éviter que l'eau ne s'évapore trop vite ou que les jeunes plants ne brûlent à cause de l’effet loupe.
Pour entretenir la fertilité du sol de manière écologique, mieux vaut utiliser des engrais organiques (matière végétale et animale sur et dans le sol, vivante ou morte) comme le compost. Ce dernier offrira une bonne structure au sol, qui conservera les nutriments pour les libérer au fur et à mesure des besoins de la plante. Ne recourez pas aux engrais artificiels. Ils agissent rapidement mais cessent aussi leur action très vite. Les surplus, comme les nitrates, disparaissent dans les couches les plus profondes du sol, où ils polluent les eaux souterraines. Les engrais chimiques peuvent contenir des métaux lourds (plomb, mercure, cadmium) qui, s'ils sont absorbés par les légumes, peuvent contaminer toute la chaîne alimentaire.
Rotation des cultures et plantes compagnes
Pour gérer ses potagers en carrés, il est conseillé d’appliquer le principe de rotation des cultures. La rotation des cultures consiste à gérer la succession des cultures sur un même emplacement au fil des saisons en variant les variétés cultivées. Cette technique qui résulte de l’observation des paysans au fil des siècles est très bien expliquée aujourd’hui par la science. Tous les légumes n’ont pas les mêmes besoins nutritifs : certains sont très gourmands alors que d’autres se satisfont de peu. Cultiver plusieurs années de suite le même légume au même endroit va appauvrir le sol, spécialement en un élément particulier. La rotation des cultures permet d’atténuer cet appauvrissement. Enfin, tous les légumes n’exploitent pas les mêmes couches du sol : certains ont des systèmes racinaires profonds (carottes), d’autres superficiels (mâche).
Certaines plantes repoussent les nuisibles ou, au contraire, les attirent et donc les éloignent de vos légumes. On entend souvent dire “le poireau préfère les fraises” ou bien “la carotte et l’oignon se protègent de leur mouche”. Les parasites survivent d’une année sur l’autre sur leur espèce de prédilection, mais sont freinés dans leur développement s’ils ne retrouvent plus leur plante hôte à la saison suivante.

Quels légumes et fruits cultiver en ville ?
Le succès d’un potager urbain dépend du choix de légumes et de fruits adaptés à l’emplacement, au type de sol et au climat de votre région. Privilégiez des variétés adaptées à la culture en pot et qui n'exigent pas trop de place. Inutile d’être un grand spécialiste : certains fruits et légumes sont vraiment peu exigeants et à la portée de tous.
Légumes pour les petits espaces
Pour les contenants les moins profonds, choisissez des plantes à faible enracinement. Les salades, des mélanges mesclun qu’on cueille à la feuille, des assortiments de laitues à couper. Des radis que l’on choisira ronds ou demi-longs comme le Flamboyant ou le radis de 18 jours. Des carottes courtes. Des tomates naines en particulier certaines variétés de tomates cerises. Optez d’ailleurs le plus possible pour des variétés naines de légumes aussi variés que les haricots ou encore les pois. Faites grimper ou courir des légumes sarmenteux, des melons, des variétés non coureuses de courgettes comme la Verte non coureuse des Maraîchers ou la Ronde de Nice, des aubergines et plus particulièrement la Blanche Ronde à œufs qui en plus d’être très décorative sera particulièrement adaptée aux petits espaces et à la culture en pot. Pour votre premier potager, commencez par des légumes peu exigeants, faciles à cultiver : salades, haricots, courgettes, céleri, radis, oignons blancs, navets, épinards, cresson, tomates cerises. Même en ville, certaines cultures continuent en hiver: mâche, cresson, épinard.
Fruits gourmands pour balcons et terrasses
Ne vous privez pas de pures gourmandises, de fraisiers dont toutes les variétés se prêtent à la culture en contenant tant le système racinaire est superficiel ; et de tout un tas de petits fruits rouges. Si l’espace vous le permet, osez la vigne que vous palisserez et taillerez avec minutie.
Herbes aromatiques et fleurs utiles
Les herbes et aromates seront parfaitement à leur aise. En plus de rejoindre avec délice vos préparations culinaires, elles seront décoratives et des compagnes bien utiles pour vos plantes potagères. Par exemple, le basilic, que vous choisirez de préférence ‘Fin Vert’ ou ‘Grand Vert’, se place à proximité des courgettes, concombres, melons et tomates, et repousse les pucerons. Le thym - que vous préférerez commun, d’hiver ou serpolet - fera fuir la piéride du chou. Pour une exposition à la mi-ombre, préférez la menthe et l’une de ses innombrables variétés, toutes puissamment répulsives pour de nombreux ravageurs. Ou encore le persil qui se plaira même à l’ombre et protégera la carotte de sa mouche. Des aromates vivaces comme la ciboulette, le thym et le romarin sont également adaptés.
Les fleurs ont plus que jamais leur place dans le paysage urbain. Tantôt répulsives, tantôt amies, toujours décoratives et, qui plus est, précieuses pour les butineurs. On citera pêle-mêle le souci, fleur utile s’il en est, qui éloigne mouches blanches et pucerons. La capucine qui attirera à elle pucerons noirs et éloignera bon nombre de ravageurs. Répulsif puissant, la lavande tiendra éloignée les pucerons mais également les fourmis souvent présentes en milieu urbain.
La question de la pollution en agriculture urbaine
Cultiver des légumes au pied du périphérique… La question qui se pose lorsqu’on évoque la production en ville est évidemment celle de la pollution : la présence de contaminants chimiques et de polluants dans l’air, l’eau et les sols rend-elle les aliments produits en zone urbaine et périurbaine plus pollués que ceux provenant d’autres endroits ? La pollution qui menace l’agriculture urbaine provient généralement de l’activité humaine, actuelle et passée, localisée sur le site concerné ou aux alentours : circulation routière, activités industrielles, chauffage des habitations, utilisation de remblais… L’eau, l’air et surtout les sols peuvent alors contenir des éléments-traces métalliques : plomb, cadmium, mercure, cuivre, zinc et, dans une moindre mesure, arsenic, chrome et sélénium. Autres polluants traqués en agriculture urbaine, les hydrocarbures, en particulier les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) rejetés dans l’air à l’issue de combustions incomplètes et dont la source est principalement le chauffage au bois et le trafic routier. À signaler également, la pollution due aux lubrifiants et huiles diverses provenant des machines agricoles utilisées ou encore les nitrates liés à un excès de fertilisation causé notamment par des apports excessifs de composts.
Impact de la pollution de l'air sur les cultures
Si l’air qui entoure les cultures est pollué, est-ce que les légumes sont pollués à leur tour ? Cela dépend bien sûr du niveau de pollution de l’air mais aussi du type de légume cultivé. Les salades, par exemple, qui ont une grande surface de feuilles sont plus exposées aux polluants et, de ce fait, les absorbent davantage. Les cultures qui accumulent le plus de polluants sont les herbes aromatiques, plus particulièrement le persil. En Europe, les émissions de polluants atmosphériques ont diminué et la présence d’éléments-traces métalliques dans l’air respecte généralement les seuils réglementaires.
Une étude menée sur 10 potagers installés sur des toits à Paris et en région parisienne montre que les teneurs en plomb, cadmium et mercure des fruits et légumes (tomates, carottes, radis, fraises, laitues, blettes, choux et poivrons) étaient, pour l’ensemble des sites étudiés, en moyenne 3 à 5 fois sous les seuils réglementaires européens. Les concentrations en BAP (benzo(a)pyrène) et HAP4 (sommes des concentrations de 4 molécules d’hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP)) mesurées dans les légumes feuilles (batavias et blettes) sur les toits de l’immeuble de la RATP et d’AgroParisTech sont elles aussi en dessous des seuils réglementaires fixés par la Commission européenne. Les données montrent que plus on s’éloigne du niveau du sol, plus la teneur en contaminants diminue.
La qualité des sols en milieu urbain
La pollution des sols est une préoccupation importante pour les projets d’agriculture urbaine en pleine terre. L’analyse des sols de certaines microfermes urbaines qui emploient ce mode de culture a révélé la présence de polluants, notamment d’éléments-traces métalliques, avec des concentrations plus élevées que celles habituellement rencontrées dans des sols agricoles ruraux. Le guide Refuge développé par INRAE et AgroParisTech propose une méthode en trois étapes :
- Caractériser le danger pour évaluer les risques : étudier l’histoire des usages des sols concernés et réaliser des analyses de sol pour caractériser la contamination.
- Gérer les risques : en cas d’absence de contamination, le projet peut continuer. Si la contamination dépasse les valeurs de référence, les porteurs de projet devront revoir l’usage du site ou arrêter leur projet. Dans le cas de situations intermédiaires, où l’activité agricole est possible, il faudra élaborer un Plan de maîtrise sanitaire et identifier les moyens à mettre en œuvre afin de prévenir ou limiter les risques sanitaires.
- Accompagner les porteurs de projets : pour mettre en place et appliquer les mesures de gestion des risques sanitaires, les porteurs de projet disposent d’un deuxième guide, le Plan de maîtrise sanitaire-Agricultures urbaines (PMS-AU). Il donne des informations réglementaires et de nombreuses recommandations (lister les dangers, mener des analyses chimiques, tenir des registres pour la traçabilité des produits récoltés, etc.).
Le projet transdisciplinaire JASSUR a étudié les jardins associatifs de sept grandes villes françaises selon plusieurs critères, dont la pollution. Le projet révèle que les terres des jardins étudiés ont des teneurs en plomb, zinc, cuivre, cadmium, HAP ainsi qu’en phosphore assimilable plus élevées que celles de terres agricoles ou forestières. L’influence de la pollution atmosphérique sur la contamination des sols et des végétaux a été mise en évidence sur les sites situés à proximité immédiate de routes à trafic important.
Potentiel et réalités de l'agriculture urbaine
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2050, la FAO estime qu’il y aura 9,7 milliards d’humains sur Terre, dont 70 % vivront en ville. L’agriculture en ville pourrait-elle à elle seule les nourrir ? Assurément non. Peut-elle y contribuer ? Oui, un petit peu.
Une étude projette qu’avec le développement de l’agriculture urbaine sur les toits de la ville de Bologne, la production pourrait satisfaire 77 % des besoins de la ville en fruits et légumes. Une autre étude donne des chiffres plus pessimistes : le développement massif de l’agriculture urbaine pourrait couvrir les besoins en légumes frais de la ville de Toronto à hauteur de 10 % seulement. À Paris, ville dense et disposant de 80 hectares de toits plats, la production avec des rendements aussi élevés que ceux atteints par le potager expérimental sur le toit d’AgroParisTech n’atteindrait même pas les 10 % des besoins annuels en fruits et légumes des Parisiens. La raison de chiffres aussi différents ? La surface disponible dans une ville, la capacité des toits à porter une culture, le rendement estimé et la densité de population. Car si la théorie prend en compte tous les espaces disponibles et toutes les surfaces de toits qui pourraient être dédiées à l’agriculture, la réalité est tout autre : tous les toits, même plats, ne sont pas propices à la culture, les coûts d’investissement pour les transformer en toits productifs peuvent être très élevés, et enfin les espaces verts non cultivés sont aussi nécessaires à une ville !
Un potentiel non négligeable
Il y a tout de même des formes d’agricultures urbaines et périurbaines qui tirent leur épingle du jeu. C’est le cas par exemple des jardins privés. À Paris, certains jardiniers amateurs parviennent à produire les fruits et légumes qu’ils consomment au sein de leur foyer à l’année, soit en moyenne 182 kg de fruits et légumes. À Rennes, Caen et Alençon, les potagers privés permettent d’assurer respectivement 5,1 %, 8,1 % et 18,1 % de la consommation de légumes des habitants de ces trois villes. À Cuba, à la fin des années 1990, près de 100 000 jardins urbains de taille moyenne couvrant au total plus de 30 000 hectares produisaient plus de 3 millions de tonnes de légumes par an pour 11 millions de personnes. Une forte production qui a entraîné l’adoption de meilleures habitudes alimentaires des Cubains au sein de leur foyer, mais aussi dans les écoles et sur les lieux de travail. En 2001, l’agriculture urbaine représentait près de 60 % des légumes et une forte proportion des œufs et de la viande de volaille consommés à Cuba. Dans les pays du Sud, on estime entre 60 et 100 % la proportion de produits frais (légumes, fruits, œufs, lait) fournis aux urbains par l’agriculture intra-urbaine et de proximité immédiate.
À Paris, les scientifiques ont montré que les niveaux de production des bacs des potagers sur les toits sont supérieurs à ceux de jardins familiaux en pleine terre. Ces niveaux sont d’ailleurs comparables, même parfois supérieurs, à ceux de maraîchers professionnels en agriculture biologique. Les rendements sont assez similaires selon les modalités testées, les technosols constitués de déchets urbains compostés étant aussi voire plus fertiles que le terreau du commerce. Autre avantage de ces agricultures : produire des cultures exotiques introuvables en frais ou très chères à acheminer, qui alimentent des populations aux cultures culinaires éloignées.
Christine Aubry voit aujourd’hui un enjeu de taille à « redévelopper une agriculture périurbaine pour nourrir la ville. Cette agriculture a été morcelée du fait de l’urbanisation, mais c’est bien cette agriculture qui a la capacité à nourrir la ville ». Par exemple, pour nourrir Paris en fruits et légumes, il faudrait 11 000 hectares… et 16 000 hectares pour nourrir en plus ceux qui y travaillent mais n’y habitent pas… soit 1,5 fois la surface de la ville intra-muros !
Une réalité contrastée en Afrique
En Afrique, les expansions urbaines sont bien supérieures à celles que nous connaissons dans les pays industrialisés. Si on ajoute à cela des politiques d’urbanisme peu formalisées ou inexistantes, l’agriculture urbaine, formellement interdite dans certains pays et pourtant bien présente, peine à maintenir sa place dans les espaces urbains et périurbains soumis à une forte concurrence d’usages. Et pourtant, 40 % des ménages urbains ont des activités agricoles en ville. Les formes d’agriculture urbaine sont principalement du maraîchage (légumes feuilles, légumes fruits ou racines), qui s’insère dans les interstices de la ville, mais aussi la production d’œufs et de poulets. À Dakar, 70 % de la production avicole se fait en ville, 90 % à Antananarivo (Madagascar). En effet, pour répondre à une forte demande en produits animaux, il n’est pas rare de croiser bœufs, moutons, chèvres et poules dans les rues des villes africaines, même si pour les ruminants cela implique un approvisionnement en fourrage compliqué.
Si dans certains pays africains l’agriculture urbaine se développe, la réalité est très contrastée. Par exemple, la surface dédiée au maraîchage périurbain à Dakar diminue au profit de l’urbanisation, mais la production de salades à l’intérieur de la ville dans des microjardins représente aujourd’hui plus de la moitié de la consommation de la capitale sénégalaise. « À Bobo-Dioulasso, deuxième ville du Burkina Faso, lorsqu’un espace urbain se libère, l’agriculture n’est pas prioritaire, c’est le bâti qui prend le dessus dans le processus informel d’occupation de l’espace », explique Ophélie Robineau, qui a mené sa thèse au sein de l’unité INRAE Innovation à Montpellier sur l’agriculture dans la ville africaine. Ses travaux pointent les conditions pour que se maintiennent les activités agricoles en ville. Ainsi, leurs rôles économique (création d’emplois, productions destinées à être vendues localement ou exportées) et alimentaire font que les pouvoirs publics les tolèrent. Autres avantages de ces activités, leur capacité à recycler les déchets urbains, avec l’élevage des porcs, par exemple, qui se nourrissent des drêches de brasserie, ou les déjections animales utilisées comme fumure organique pour le maraîchage. Des atouts qui peuvent devenir des inconvénients, en matière de risque sanitaire et environnemental. En effet l’utilisation d’eaux usées pour l’irrigation, le risque de transmission de maladies des animaux d’élevage à l’homme ou encore l’usage peu réglementé de produits phytosanitaires questionnent.
