La tomate est un fruit incontournable de nos étés. Qu'elles soient fraîchement cueillies dans le jardin, en salade ou sur une pizza, les tomates font partie des légumes d'été les plus appréciés. Cependant, pour certaines personnes, ce plaisir estival est gâché par des réactions indésirables. Si la tomate est un fruit connu pour ses propriétés anti-cancérigènes dans les contrées méridionales, elle n'en demeure pas moins source de préoccupations immunologiques pour une fraction de la population.

Les bases moléculaires de l'allergénicité : le rôle de la profiline
Les études relatives à l’allergénicité de la tomate sont rares, mais essentielles pour comprendre pourquoi certains patients réagissent. La recherche a permis d'identifier des protéines spécifiques, véritables "clés" de ces réactions. La profiline, identifiée sous le nom Lyc e 1, est un allergène mineur de la tomate. Le cDNA de la profiline de la tomate est amplifié par transcription reverse de la polymerase (RT-PCR) à partir du RNA extrait total du fruit de la tomate mûre. Le gène est cloné par expression du plasmide dans pET101D et la protéine produite dans Escherichia coli BL21. La purification est obtenue par chromatographie d’une poly-l-proline (PLP).
L’analyse de la réactivité IgE de la profiline tomate recombinante est effectuée par immunoblot et méthode enzymatique. La profiline recombinante de la tomate comporte 131 acides aminés et ses séquences sont concordantes avec les autres allergènes et profilines alimentaires. Elle est en cause chez 11 des 50 patients allergiques vrais à la tomate (soit une prévalence de 22%).
Le phénomène des allergies croisées
Les allergies croisées expliquent certaines réactions développées par le patient vis-à-vis d’allergènes parfois très différents sur un plan taxonomique. Le système immunitaire confond alors des protéines présentes dans le pollen de bouleau qui ressemblent à celles présentes dans les tomates. Les patients allergiques à la tomate et aux multiples sensibilisations alimentaires et aux pollens de bouleau présentent des IgE dirigées contre la profiline de la tomate avec une forte réactivité croisée avec les profilines issues d’autres plantes et du pollen de bouleau.
Outre les tomates, d'autres fruits tels que les pommes, les cerises ou les pêches peuvent également occasionner des allergies croisées. Il existe également des allergies croisées entre la tomate, le latex et certains pollens. La tomate appartient à la famille des solanacées, qui regroupe aussi le poivron, le piment, le paprika, l’aubergine ou encore la pomme de terre. Réagir à l’un d’eux augmente ainsi les risques d’allergie aux autres : prudence lors de leur consommation.
Diversité des allergènes : au-delà de la profiline
La complexité de l'allergie à la tomate ne s'arrête pas à la profiline. Lyc e 2 est une béta fructo-furanosidase. Fötisch et Kondo ont montré qu’une polygalacturonase de 46 kDa ("PG2A") et une pectinestérase étaient IgE-réactives. Palomares a décrit une fraction 48 kDa qui présentait une réactivité croisée avec le domaine N-Terminal d’Ole e 9. Cette fraction pourrait donc correspondre à une β 1,3 glucanase. Une thaumatine-like IgE-réactive serait logique, à l’instar de celle trouvée dans une autre Solanacée, le poivron. De fait, une réactivité de type CCD est souvent notée avec la tomate. Fötisch a montré cet effet chez quelques sujets allergiques à la tomate avec Lyc e 2. Les graines de tomate sont elles aussi IgE-réactives : un extrait de ces graines a donné en test cutané des réponses égales ou supérieures à celles relevées pour la tomate elle-même.

Symptômes et manifestations cliniques
L'allergie à la tomate se manifeste par une variété de signes, allant de la réaction locale à l'urgence vitale. Les signes les plus fréquents sont des rougeurs autour de la bouche, des démangeaisons, des vomissements ou des troubles digestifs dans les heures suivant l'ingestion. Vous pouvez également observer des plaques d'urticaire sur le corps, un gonflement des lèvres ou de la langue, ou encore des douleurs abdominales.
Le syndrome d'allergie orale (SAO) est la forme la plus courante : il se manifeste par des démangeaisons, des brûlures ou des picotements dans la bouche, les lèvres, la langue et la gorge. Dans les formes les plus sévères, un œdème de Quincke peut apparaître : le visage gonfle, la personne a du mal à respirer et à déglutir. Un choc anaphylactique peut également survenir : la circulation sanguine s’interrompt brutalement, la respiration est difficile parce que les voies aériennes sont bouchées par l’inflammation.
Chez le nourrisson, la question de l'allergie à la tomate ne se pose qu'après la diversification alimentaire. Des parents peuvent fortuitement observer des lésions de grattage sur la peau au moment du repas ou juste après. Il arrive que votre bébé présente des rougeurs autour de la bouche après avoir mangé de la tomate sans qu'il s'agisse d'une véritable allergie. Contrairement à l'allergie vraie, cette sensibilité provoque généralement des symptômes limités et localisés : rougeurs péribuccales qui disparaissent rapidement après nettoyage de la peau, légères démangeaisons sans autres manifestations.
Diagnostic : le rôle crucial de l'allergologue
Si vous remarquez des symptômes allergiques après avoir consommé des tomates, consultez un·e allergologue. Un diagnostic complet aide à éviter les symptômes et à profiter au maximum de l'été. L’entretien détaillé est la première étape des investigations. Des tests cutanés (prick-tests) permettent de confirmer le diagnostic s’ils sont en accord avec les données de l’interrogatoire. Le test cutané consiste à déposer une goutte d'extrait de tomate sur la peau de l'avant-bras et à piquer légèrement la surface pour observer une éventuelle réaction dans les 15 à 20 minutes.
Le dosage sanguin des immunoglobulines E spécifiques à la tomate permet quant à lui de mesurer précisément la sensibilisation. Dans certains cas, un test de provocation orale peut être envisagé. Il s’agit d’ingérer de petites quantités de tomate sous surveillance médicale, afin de confirmer le lien de cause à effet.
Le depistage d'une allergie
Influence de la préparation sur l'allergénicité
La manière dont la tomate est préparée joue un rôle déterminant. Une étude a montré que les tomates séchées au four ou au soleil contiennent nettement moins d'allergènes. La cuisson peut détruire une partie des protéines allergènes dites « thermolabiles », ce qui explique pourquoi certaines personnes allergiques aux tomates les tolèrent mieux en sauce ou en plat mijoté. Les températures élevées désactivent notamment la profiline et d'autres protéines sensibles à la chaleur. Cependant, la couleur de la tomate (rouge, jaune, verte, etc.) n'est en revanche pas un indicateur fiable de la teneur en allergènes.
Stratégies de prévention et vie quotidienne
La première consigne est d'éviter tout contact avec la tomate, y compris dans les sauces, les soupes, les pizzas ou les plats cuisinés industriels. Lisez attentivement les étiquettes des produits alimentaires, car la tomate se cache sous différentes formes : concentré de tomate, coulis, purée, ketchup, sauce bolognaise ou même jus de légumes.
Informez systématiquement les personnes qui s'occupent de votre enfant (crèche, nounou, grands-parents, école) de cette allergie pour éviter toute exposition accidentelle. Au restaurant, n'hésitez pas à préciser l'allergie au serveur et à demander la composition des plats. La première étape consiste à comprendre l’importance d’un traitement adapté. Vous devrez par la suite être muni(e) d’un stylo auto-injecteur d’adrénaline si vous avez déjà eu une réaction sévère ou un risque d’anaphylaxie. Une immunothérapie orale peut aussi être envisagée en cas d’allergie sévère.

Différencier allergie et intolérance
Il est essentiel de distinguer l'allergie réelle de l'intolérance. L’allergie alimentaire est une réaction inappropriée du système immunitaire. L’organisme prend une protéine de la tomate pour un danger et déclenche une cascade de réactions : libération d’histamine, inflammation, démangeaisons, rougeurs. L’intolérance alimentaire, elle, n’implique pas le système immunitaire. C’est simplement le système digestif qui a du mal à traiter certains composants de l’aliment. Autrement dit : toutes les personnes qui « ne digèrent pas bien » les tomates ne sont pas allergiques.
Les tomates sont naturellement riches en histamine et peuvent également agir comme libérateurs d’histamine. Les cellules responsables de l'immunité du corps, c'est-à-dire les basophiles et les mastocytes, considèrent les protéines de la tomate comme des substances dangereuses. Ils produisent alors de l’histamine qui cause les gênes après l'ingestion de l'aliment.
Évolution de la sensibilisation
L'allergie à la tomate est-elle définitive ? Pas toujours. Certaines allergies disparaissent avec l'âge, surtout si elles sont légères et diagnostiquées tôt. Un suivi régulier chez l'allergologue est important pour évaluer l'évolution de la tolérance de votre enfant. La maturation du système immunitaire de l'enfant peut parfois permettre une tolérance progressive à la tomate, notamment lorsqu'il s'agit d'une allergie liée à la profiline. Dans certains cas, il est préférable de maintenir de très petites expositions tolérées sous contrôle médical.
Perspectives de recherche et contexte élargi
Les recherches continuent d'explorer les nuances de cette pathologie. Par exemple, l'amélioration de la réactivité cutanée avec des tomates transgéniques restait partielle, et rien ne prouve qu’elle apporterait une solution pour les patients allergiques à la tomate et sensibilisés aux LTP. Il est important de comprendre que l'allergie à la tomate peut s'inscrire dans un contexte plus large de sensibilités alimentaires.
Bien que les allergies alimentaires soient un phénomène de plus en plus courant dans la société moderne, l'allergie à la tomate reste une forme rare d'hypersensibilité, même si c'est un aliment couramment consommé. La gravité d’une réaction allergique ne dépend pas de l’aliment en lui-même. Tout dépend du système immunitaire et du seuil de tolérance de chaque personne. Identifier l'allergie et ajuster votre alimentation vous permettra d'éviter les symptômes désagréables et de maintenir une vie pleine sans complications de santé. Rappelez-vous qu'avec les mesures et les alternatives appropriées, vous pouvez continuer à savourer une large gamme de plats délicieux.

Le monde des allergies est vaste et parfois complexe, comme en témoignent d'autres pathologies émergentes. Une allergie à la viande après une piqûre de tique, appelée syndrome alpha-gal, peut provoquer des démangeaisons, des maux de ventre ou même des difficultés respiratoires quelques heures après avoir consommé un plat à base de viande. Parallèlement, la floraison des graminées commence tôt chaque année, marquant une période éprouvante pour environ 70 pour cent des personnes souffrant du rhume des foins. La vigilance reste donc de mise, tant pour la tomate que pour d'autres allergènes environnementaux ou alimentaires.