L'Alpaga : De l'entretien des paysages à la valorisation d'une fibre d'exception

L'alpaga, ce camélidé originaire des hauts plateaux andins, s'est imposé dans nos contrées comme un animal aux multiples facettes. Au-delà de son caractère docile et de son allure attachante, il représente un atout précieux pour l'entretien des espaces naturels et une source de revenus diversifiée pour les éleveurs. Entre la gestion de l'écopâturage et la récolte annuelle de sa fibre, l'élevage d'alpagas demande une rigueur technique et une compréhension fine des besoins physiologiques de l'animal.

Un troupeau d'alpagas broutant dans une prairie vallonnée

Les atouts de l'alpaga dans l'écopâturage

Portée sur l’écologie et la défense de l’environnement, de nombreux éleveurs comme Patricia Descours-Jahnke ont été tout de suite séduits par les qualités de cet animal. Bien qu’originaire des Andes, il s’adapte parfaitement au relief montagneux et au climat continental de nos régions. Sa toison dense résiste tant aux hivers rudes qu’aux étés chauds et secs.

Doté de coussinets sous les pattes, il ne détériore pas le sol, il adore les ronces et grimpe là où les hommes et les machines ne peuvent aller. Ses dents lui permettent de couper l’herbe de manière uniforme et de ne pas massacrer le terrain. Patricia Descours vient en aide aux personnes âgées et a prêté pour la première fois ses alpagas, qui ont fait un travail remarquable sur les terres souvent abruptes de la vallée. Un formidable moyen de défricher en préservant l’environnement. L’écopâturage consiste à utiliser les alpagas pour entretenir des espaces verts, des terrains agricoles ou des prairies. Ce service est particulièrement demandé dans les zones urbaines et périurbaines, où l’entretien des espaces verts est souvent coûteux.

La récolte de la fibre : un processus délicat

Entre avril et juin, la tonte bat son plein. Moutons, chèvres ou encore alpagas sont libérés de leur toison au retour du beau temps pour ne pas suffoquer, ce qui permet du même coup au propriétaire de profiter d’une laine de qualité. La fibre d’alpaga possède en effet des propriétés thermiques en plus d’être très résistante - davantage que la laine de mouton - et particulièrement douce. C’est la troisième fibre animale la plus douce après la soie et le cachemire.

Chaque alpaga tondu libère deux à trois kilos de laine. Mais seule celle qui se trouve sur le dos de l’animal - la partie la plus douce - est vraiment exploitable. Il faut compter près de trente minutes de tonte par alpaga. Il est essentiel de s'assurer que le temps soit sec le jour précédent la tonte car une toison humide est plus difficile à couper que si elle est sèche. De plus, une fibre humide enfermée dans des sacs va pourrir ou se détériorer plus rapidement ; elle deviendra inutilisable.

Eve est coiffeuse d'alpaga. Étonnant, non ?

Préparation et logistique de la journée de tonte

La tonte des alpagas requiert des conditions qui sont très différentes par rapport à d’autres animaux. Une des choses les plus importantes pour considérer de faire la tonte est la température minimale dans les jours suivant l’intervention. Idéalement, on souhaite que la température soit minimalement autour de 10 degrés la nuit.

Pour une journée réussie, plusieurs outils sont nécessaires : laisses, licous, marqueur noir, sacs transparents pour identifier la fibre sans ouvrir, et des feuilles préremplies pour noter le nom de l’animal et le poids de la fibre. Contrairement au mouton, où celui-ci n’est pas attaché pendant la tonte, l’alpaga doit être restreint dans ses mouvements. Plus gros et plus fort, il peut beaucoup plus facilement se blesser ou blesser l’équipe de tonte s’il bouge car on travaille avec des outils piquants et tranchants. On tond l’alpaga soit sur un tapis de tonte ou sur une table de tonte.

Soins post-tonte et santé animale

Une fois l’alpaga tondu, on peut généralement mieux voir les éventuels problèmes de peau. Ils sont le plus souvent causés par des parasites, même s’il y a beaucoup de problèmes de peau différents chez les alpagas. Pendant la tonte, il arrive qu’un animal soit légèrement coupé. Si la blessure est fraîche et qu’elle n’est pas contaminée, on peut simplement refermer le cuir que constitue la peau de l’alpaga avec de la colle contact. Les chirurgiens plastiques se servent aussi de colle pour éviter les points de suture.

Les alpagas fraîchement tondus n’ont généralement pas besoin d’être réchauffés. On peut parfois voir des frissons sur la peau suite à la tonte ; c’est normal puisque l’animal va vivre un choc de température sans sa grosse toison. Il ne faut pas non plus protéger les alpagas fraîchement tondus du soleil. Pourtant, la peau des alpagas est très épaisse et beaucoup plus difficile que notre propre peau à brûler. Après la tonte, il est d’ailleurs courant de voir les alpagas passer beaucoup plus de temps à l’extérieur sous le soleil.

Schéma explicatif des différentes zones de tri de la toison d'un alpaga

Rentabilité et gestion d'un élevage

La rentabilité de l’élevage d’alpagas dépend de divers facteurs, allant de l’investissement initial à la gestion des ressources et à l’exploitation des diverses sources de revenus. Le coût de démarrage peut varier considérablement en fonction de la taille de l’exploitation et des infrastructures nécessaires. Un petit élevage, comprenant environ 10 alpagas, peut nécessiter un investissement initial d’environ 15 000 € à 25 000 €.

La laine d’alpaga, la plus recherchée dans le monde, est une fibre fine très haut de gamme. Elle propose un grand choix de couleurs naturelles (blanc, noir, beige, bicolore, tricolore) soit plus de 55 nuances différentes. La production annuelle de laine d’un alpaga varie de 2 à 4 kg, avec une qualité de laine pouvant atteindre des prix élevés selon sa finesse. De plus, les jeunes alpagas, appelés crias, peuvent être vendus pour des prix allant de 500 € à 3 000 €, voire plus, si leurs parents sont de haute qualité génétique.

Pour garantir la rentabilité à long terme, il est essentiel d’investir dans la qualité des animaux et de diversifier ses sources de revenus. Cela peut inclure la vente de produits finis en laine, l’écopâturage, les visites touristiques, ou encore des ateliers de transformation de la laine. La gestion des coûts est essentielle pour assurer la rentabilité, tout comme la formation continue en gestion d’élevage et en techniques de production. L’élevage d’alpagas peut être une activité rentable et durable, à condition de bien planifier les investissements initiaux, d’adopter une gestion rigoureuse et de rester adaptable aux fluctuations du marché.

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