Les Plantations Esclavagistes d'Amérique du Sud : Un Pilier de l'Économie et de la Société

Pendant les deux siècles et demi qui s'écoulèrent entre l'arrivée d'une vingtaine d'Africains en Virginie, en 1619, et les derniers coups de canon de la guerre de Sécession, en 1865, l'esclavage occupa une position centrale dans la société et l'économie des États-Unis. Il constitua une réponse à une demande pressante en main-d'œuvre, en particulier dans le sud du pays, où de grandes plantations de tabac, de canne à sucre, de coton apparurent dès le XVIIe siècle. Ce système de travail forcé fut étroitement associé à ces plantations, bien adaptées à un travail enrégimenté et à la culture coloniale à grande échelle. En ce sens, il représenta le moteur principal de la colonisation du continent nord-américain par les Européens.

Définition et Caractéristiques des Plantations du Sud

Les plantations du Sud des États-Unis sont des exploitations agricoles, étroitement associées à l'esclavagisme qui a sévi dans cette partie des États-Unis. Apparues avant le début de la guerre civile américaine (1861-1865), ces plantations furent établies dans le Sud des États-Unis sur un sol fertile jouissant d'un climat subtropical humide et recevant d'abondantes précipitations. Un individu qui possédait ou exploitait une plantation était désigné comme un « planteur ». Les historiens spécialistes de l'époque avant la guerre civile américaine définissent un « planteur » comme une personne qui détient des terres et au moins 20 esclaves. Les planteurs les plus riches, comme les First Families of Virginia (des familles de propriétaires d'origine britannique qui vivaient dans la Colonie de Virginie), exploitaient des plantations près de la James River et contrôlaient plus de terres et d'esclaves que les autres agriculteurs.

Le développement ultérieur de la culture du coton et de la canne à sucre dans le Sud profond au début du XVIIIe siècle a mené à la création de grandes plantations qui exploitaient des centaines d'esclaves. La majorité des agriculteurs du Sud avaient moins de cinq esclaves ou aucun. Dans les États de l'Alabama et du Mississippi, parties de la Black Belt, les mots « planteur » (planter) et « agriculteur » (farmer) étaient souvent synonymes, mais un « planteur » était souvent un agriculteur qui possédait plusieurs esclaves. Même si la plupart des agriculteurs du Sud profond ne possédaient pas d'esclaves et que la majorité des propriétaires d'esclaves contrôlaient dix esclaves ou moins, les planteurs possédaient un grand nombre d'esclaves, surtout utilisés pour l'agriculture.

Les historiens Robert Fogel et Stanley Engerman définissent comme grands planteurs les propriétaires de plus de 50 esclaves, alors que les planteurs propriétaires de 16 à 50 esclaves sont dits de taille moyenne. L'historien David Williams suggère que l'exigence minimale pour être considéré comme un planteur est de 20 esclaves noirs, ce qui est surtout vrai pour un exploitant agricole du Sud qui pouvait être exempté du service militaire sur la base d'un homme blanc pour 20 esclaves. Dans son étude des counties de la Black Belt en Alabama, Jonathan Weiner définit un planteur selon ses propriétés foncières plutôt que les esclaves. Pour Weiner, un planteur détient au moins 10 000 $US en 1832 ou 32 000 $US en 1860 de biens fonciers. Selon cette définition, environ 8 % des propriétaires terriens les plus riches entrent dans la catégorie des planteurs. Dans son étude du sud-ouest de la Géorgie, Lee Formwalt définit les planteurs selon la taille de leurs propriétés plutôt que le nombre d'esclaves. Selon ses critères, les planteurs représentent 4,5 % des propriétaires terriens de cet État, ce qui se traduit par 6 000 $US ou plus de biens en 1850, 24 000 $US ou plus en 1860 et 11 000 $US ou plus en 1870. Dans son étude du Harrison County au Texas, Randolph B. Campbell catégorise les exploitants en deux classes : les grands planteurs détiennent 20 esclaves et les petits, entre 10 et 19 esclaves. Pour les counties de Chicot et Phillips en Arkansas, Carl H.

Carte des plantations de coton du Sud des États-Unis

Les Cultures Principales et l'Économie des Plantations

Les plantations d'avant la Guerre civile américaine cultivaient le coton, le tabac, la canne à sucre, l'indigo des teinturiers, le riz et, dans une moindre mesure, l'okra, l'igname, la patate douce, l'arachide et la pastèque. La principale culture d'exportation du pays était le coton. La demande de coton était telle qu'il y eut, dans les années 1820, une explosion des surfaces cultivées, et donc du nombre d'esclaves, dans les États du Sud.

L'historien Nicolas Barreyre revient sur le vif débat à propos du rôle de l'esclavage dans l'essor du capitalisme américain. Il décrit les querelles qui opposent les historiens aux États-Unis sur ce que le développement du capitalisme doit à l'esclavage au début du XIXe siècle. Dans les années 1970, la conception dominante chez les historiens, comme chez les économistes, était que le Sud esclavagiste vivait dans une économie précapitaliste inefficace et peu rentable qui ne pouvait survivre face au Nord, engagé dès le début du XIXe siècle dans la révolution industrielle et capitaliste. Mais après la crise de 2008, les historiens se sont à nouveau intéressés aux origines du système économique américain, forgeant ce que l'on a appelé « la nouvelle histoire du capitalisme ». L'idée est que l'économie esclavagiste du Sud était bien capitaliste, qu'elle a fortement contribué à l'essor du capitalisme dans le Nord, dont les usines « tournaient » avec le coton du Sud ou fournissaient les machines agricoles des plantations, et dont les banques assuraient le financement et l'expansion.

Les Systèmes de Travail : Task System et Gang System

Le système des plantations américaines employait principalement deux méthodes d'organisation du travail : le task system et le gang system.

Le Task System

Dans le Sud et de la Géorgie, le task system consistait à assigner à chaque esclave un travail donné. Une fois la tâche acquittée, l'esclave était libre de vaquer à ses occupations personnelles. Ce système était souvent considéré comme moins contraignant que le gang system, car il offrait une certaine autonomie aux esclaves une fois leur travail accompli. Il était particulièrement adapté aux cultures où le travail pouvait être divisé en unités distinctes, comme la récolte du riz.

Le Gang System

Le gang system, en revanche, ressemblait davantage à un travail à la chaîne dans le domaine agricole. Les esclaves étaient organisés en équipes sous la supervision directe d'un propriétaire sur le terrain et d'un "driver". Le driver, qui conduisait les équipes, était lui-même un esclave, mais il bénéficiait d'une position de pouvoir relative par rapport aux autres esclaves. Ce système était particulièrement utilisé pour les cultures nécessitant une main-d'œuvre intensive et coordonnée, comme la culture du coton et de la canne à sucre. Il permettait une spécialisation des tâches au sein des équipes.

Illustration d'esclaves travaillant dans un champ de coton

La Vie et les Conditions des Esclaves

La dégradation des conditions de vie des esclaves tenait à de nombreux facteurs. Les esclaves nouvellement arrivés étaient particulièrement vulnérables, subissant de nombreuses blessures et maladies dues aux conditions de transport et à l'adaptation à un nouvel environnement. Les propriétaires cherchaient à maximiser leur profit, ce qui entraînait souvent une exploitation excessive de la main-d'œuvre esclave.

La Hiérarchie au Sein de la Plantation

Malgré l'oppression générale, une certaine hiérarchie existait au sein de la population esclave. Certains esclaves, notamment ceux affectés à des tâches domestiques ou artisanales, pouvaient bénéficier de conditions légèrement meilleures que ceux affectés aux travaux des champs. Les esclaves domestiques, par exemple, étaient souvent mieux considérés que les autres, bien que cette ligne ne fût pas toujours inamovible et qu'ils fussent tout aussi soumis à l'arbitraire de leurs propriétaires.

La Vente d'Esclaves et le Marché

Le commerce des esclaves était une composante essentielle de l'économie des plantations. Les années 1840 virent l'émergence du plus grand marché d'esclaves du pays, où la demande portait principalement sur les esclaves en force de l'âge, représentant les deux tiers de la demande. La vente d'esclaves, souvent séparant les familles, ajoutait une couche supplémentaire de souffrance à la vie déjà précaire des personnes asservies. Le trafic d'esclaves à l'intérieur des États-Unis fut intensifié après l'interdiction de la traite transatlantique en 1808. En 1860, on dénombrait quatre millions d’esclaves dans le pays.

La dame de la plantation qui procréa des esclaves avec ses propres fils : le secret de Géorgie 1847

L'Architecture des Plantations

Après la guerre civile, des auteurs sudistes ont décrit avec nostalgie la vie dans les plantations. Par exemple, James Battle Avirett (en), qui a vécu dans la plantation Avirett-Stephens en Caroline du Nord et était un chapelain épiscopal de l'armée confédérée, a publié The Old Plantation: How We Lived in Great House and Cabin before the War en 1901. L'architecture d'avant la guerre civile transparaît dans les anciennes « maisons de planteurs », de grandes résidences où vivaient les planteurs et leur famille. Cette architecture a émergé avec les années, inspirée des colons et leurs descendants qui se sont établis dans cette région. Les premiers exemples de cette architecture sont apparus dans le Sud de la Louisiane, colonisée par les Français. S'inspirant des styles et des concepts appris dans les Caraïbes, les Français ont construit plusieurs grandes maisons à proximité de la Nouvelle-Orléans. Dans le Lowcountry de la Caroline du Sud et la Géorgie, les maisons de style Dogtrot comprenaient un large passage central destiné à faciliter la circulation de l'air (breezeway), ce qui réduisait la température d'intérieur. Les planteurs les plus aisés de la Virginie coloniale ont fait construire des manoirs de style georgien. Le style Greek Revival de la demeure de maître de la plantation Millford.

Les aménagements paysagers des plantations du Sud comprenaient des Quercus virginiana (chênes) et des magnolias à grandes fleurs, des plantes indigènes du Sud des États-Unis et symboles du vieux Sud. Les Quercus virginiana, habituellement drapés de mousse espagnole, étaient plantés sur les bords de longs chemins ou de longs sentiers pédestres qui menaient à la résidence principale, ce qui donnait une impression de grandeur. Les aménagements paysagers étaient régulièrement entretenus. Les planteurs supervisaient le travail accompli par les esclaves et des employés. Les planteurs cultivaient également de petits jardins potagers ou décoratifs.

L'Héritage des Plantations Esclavagistes

La grande plantation esclavagiste - connue aux îles d’Amérique sous divers noms (habitation, estate, plantation, ingenio…) - a laissé aux Antilles sa marque indélébile dans les délicates réalités actuelles. Elle a été et reste le fondement économique, culturel et identitaire des sociétés caribéennes, à la fois unité de base de la production et premier lieu de rencontre et de reconnaissance sociale. Rares ont pourtant été les tentatives visant à en étudier les aspects les plus notables, autant dans leurs similitudes que dans leurs différences, à travers des mises en perspective qui pourraient permettre d’établir un lien significatif entre ses trois principales aires d’expansion dans des îles restées aujourd’hui, en fonction de leurs histoires particulières, francophones, anglophones ou hispanophones. Ces études concernent donc l’esclavage et son corollaire de la traite transatlantique, les débuts de la traite, les premières sociétés abolitionnistes, et les abolitions, plus ou moins tardives selon les pays. Une approche comparative des contextes coloniaux dans les dépendances caraïbes des trois puissances européennes : Grande-Bretagne, France, Espagne.

L'esclavage fut aboli aux États-Unis avec le 13e amendement de la Constitution américaine, adopté en 1865, à la suite de la guerre de Sécession. Cependant, les conséquences sociales et économiques de ce système ont perduré pendant des décennies, façonnant durablement le paysage social et politique du Sud des États-Unis. L'étude des plantations esclavagistes reste essentielle pour comprendre les origines de nombreuses inégalités et structures sociales qui persistent encore aujourd'hui.

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