Impacts sanitaires et environnementaux de l’ammoniac et des infrastructures de gestion des matières organiques

Le débat contemporain sur les pollutions atmosphériques et la santé publique met en lumière des enjeux complexes, allant des émissions d'ammoniac issues du secteur agro-industriel aux controverses entourant les installations de méthanisation et le remplacement des surfaces naturelles par des gazons synthétiques. Ces problématiques, bien que distinctes dans leurs mécanismes, convergent vers une question centrale : la gestion de notre environnement et la préservation de la santé humaine face aux pressions anthropiques.

Schéma illustrant le cycle de l'ammoniac dans l'environnement agricole

Les dynamiques des émissions d’ammoniac agricole

Les émissions d’ammoniac sont à 95 % d’origine agricole, dont 80 % proviennent de l’élevage. L’ammoniac est un gaz irritant pouvant être incriminé dans l’apparition de certaines maladies (asthme, bronchites chroniques) chez les éleveurs et chez les animaux et également dans la diminution des performances zootechniques. Les retours de l’ammoniac à la biosphère se font sous forme sèche ou humide, soit à proximité du lieu d’émission, soit après avoir parcouru de longues distances notamment pour l’ammonium dont le temps de résidence dans l’air est plus long que celui de l’ammoniac.

L’ammoniac (NH3), bien qu’il ne soit pas un gaz à effet de serre, est un précurseur de particules fines, à l’origine de nombreuses pathologies. Les pics d’ammoniac ménagent peu de doute quant à leur origine agricole puisque l’agriculture est responsable de 94% des émissions d’ammoniac, selon le Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (CITEPA). Dans le détail, 29% sont liées à l’épandage des engrais minéraux, 21% à l’épandage d’engrais organiques et 9% aux épandages à la pâture, le solde étant le fait des bâtiments d’élevage, des fosses et des fumières.

L’ammoniac est un gaz produit en milieu naturel au cours de la transformation de l’urée des produits organiques en ion ammonium sous l’action de microorganismes. C’est la synthèse, par ces bactéries et levures, d’une enzyme : l’uréase, qui permet cette production. Cette volatilisation de l’ammoniac dans l’air sera plus ou moins rapide en fonction du pH du sol (ralentie en sol acide) et de la température. Plus la température sera élevée (été, climat tropical) plus la production d’ammoniaque sera élevée. Outre l’industrie chimique, notamment lors de la fabrication d’engrais, c’est l’intensification des méthodes de production agricole qui est à l’origine de la majorité des émissions d’ammoniac.

Réglementation, transparence et enjeux sanitaires

Dans un rapport publié en 2020, consacré aux politiques de lutte contre la pollution de l’air, la Cour des comptes avait abordé le cas de l’ammoniac, avec le constat suivant : « bien que des solutions existent et soient mises en œuvre depuis de nombreuses années dans plusieurs pays européens, la prise de conscience en France a été particulièrement tardive, et peu de mesures contraignantes sont actuellement mises en œuvre ».

L'ammoniac menace la santé humaine. À forte dose, c'est un gaz toxique aux effets dévastateurs sur la santé : il irrite gravement les voies respiratoires, les yeux et la peau, et peut causer des brûlures chimiques et des lésions pulmonaires. Ses émissions quotidiennes contribuent à la formation de particules fines (PM2.5), responsables, selon Santé Publique France, de plus de 40.000 décès prématurés chaque année en France métropolitaine. Une exposition répétée, même à faible dose, aux particules fines provoquent des pathologies respiratoires (asthmes, bronchites chroniques) et cardiovasculaires, et aggravent les risques de mortalité prématurée, particulièrement chez les personnes vulnérables. Les populations rurales et les travailleurs et travailleuses agricoles sont en première ligne.

ADEME- La Recherche/SCIENCES et AVENIR : Ammoniac et qualité de l’air - Sophie Genermont

La non-publication des données sur les émissions d’ammoniac est contraire aux textes qui imposent aux États membres de garantir la transparence et la disponibilité des informations environnementales, notamment la Directive 2003/4/CE relative à l’accès à l’information en matière d’environnement, la Convention d’Aarhus et l’article 7 de la Charte de l’environnement.

La méthanisation : entre promesses énergétiques et impacts environnementaux

La biométhanisation est le processus par lequel on épure le biogaz afin de le transformer en biométhane. Elle consiste à stocker la matière organique dans une cuve hermétique, afin de priver les matières organiques d’oxygène. C’est au sein de cette cuve que l’action des bactéries transforme les déchets organiques en biogaz. Si d’aucuns affirment que le biogaz est dangereux pour la santé, c’est à cause de la présence des sulfures d’hydrogène, du CO2 et de l’eau. On peut considérer que le biogaz est dangereux pour la santé à cause des dangers liés à sa production. Une pression mal gérée peut entraîner des fuites de gaz. Enfin, le digestat contient des micro-organismes capables de transmettre des maladies à l’homme.

Le digestat n’est pas le fertilisant idéal tant vanté. La fermentation génère un résidu riche en azote, le digestat ; c’est une matière solide ou pâteuse qui représente de 70 à 90 % de la masse introduite dans le digesteur. Selon la nature des intrants, les digestats peuvent aussi contenir des métaux lourds et des microorganismes pathogènes (virus, bactéries, parasites). Lorsque le digestat est épandu, il est absorbé par le sol et s’infiltre vers les cours d’eau et les nappes phréatiques, notamment dans les sols calcaires. Plusieurs cas de pollution des nappes phréatiques par les bactéries du digesteur ou par le digestat épandu ont été relevés en France.

Gazon synthétique et îlots de chaleur : une réflexion sur l'aménagement urbain

L'installation de terrains en gazon artificiel entraîne une augmentation significative des températures au sol et en surface. Les diverses études sur le sujet rapportent une élévation pouvant aller jusqu’à 10 degrés Celsius par rapport aux températures environnantes, et jusqu’à 16 °C par rapport au gazon naturel. Ce phénomène, baptisé « îlot de chaleur intra-urbain », a été reconnu et documenté. La présence d’îlots de chaleur peut en effet aggraver les effets nocifs de la chaleur élevée pendant la période estivale, notamment sur les joueurs.

Ces îlots de chaleur exercent aussi une pression accrue sur l’environnement : contribution à la formation de smog, diminution de la qualité de l’air dans les endroits clos, besoins plus grands en climatisation des bâtiments à proximité, émanations de gaz à effet de serre (des climatiseurs) et hausse de la demande en eau potable. Rappelons que les terrains constitués de gazon naturel, au contraire, contribuent par l’évaporation des eaux pluviales et aussi par l’évapotranspiration de la végétation, au rafraîchissement de l’air ambiant.

Graphique comparatif des températures au sol entre gazon naturel et synthétique

Une troisième conséquence sanitaire des terrains synthétiques, dont il est également question dans plusieurs études, est la fréquence et l’intensité des blessures subies par les sportifs sur ce type de sol, notamment par traction rotationnelle accrue. Un autre rapport fait mention d’un autre type de problèmes de santé associés à la stérilité des fibres artificielles. Cette stérilité contribuerait à la prolifération de bactéries de type staphylocoque. La combinaison de chaleur, d’humidité, de sueur, de salive et de sang en situation de jeu sur le terrain artificiel augmenterait fortement les probabilités d’infection en cas de blessures ouvertes. Le gazon naturel agirait plutôt comme un « autonettoyant » et limiterait ainsi ce risque.

Pour les questions de ce genre, qui concernent à la fois les domaines de l’environnement et de la santé, l’analyse des cycles de vie des terrains artificiels comme des terrains naturels semble l’outil le plus approprié pour effectuer une recherche sérieuse et en tirer des conclusions concrètes. Dans la littérature, les avis sont partagés sur la question, mais les analyses des cycles de vie révèlent toutefois que le gazon naturel reste le meilleur choix environnemental, sanitaire et financier.

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