Le plantoir ancien et l'évolution des outils de jardinage : Histoire et usages

Illustration d'un plantoir conique traditionnel en bois et d'un plantoir automatique moderne

Le jardinage, qu'il soit maraîcher, viticole ou domestique, est une activité millénaire qui a toujours nécessité une panoplie d'outils spécifiques. Parmi eux, le plantoir se distingue comme l'un des plus fondamentaux, un instrument à la simplicité parfois trompeuse, dont l'histoire et l'évolution témoignent de la constance des gestes du jardinier à travers les âges. Du simple bâton pointu à ses incarnations plus sophistiquées, le plantoir incarne l'ingéniosité humaine pour faciliter la mise en terre des graines et des jeunes plants.

La préparation du sol : Fondement de toute culture

Avant même de songer à planter, la préparation du sol est une étape cruciale qui a vu l'émergence d'une diversité d'outils, chacun adapté à des tâches et des terrains spécifiques. Les outils de percussion posée et lancée sont des catégories distinctes qui illustrent les différentes approches pour travailler la terre.

Les outils de percussion posée : La bêche et ses variantes

La bêche est la charrue du jardinier, un outil dont l'importance est universellement reconnue. Elle est définie comme une lame de fer en carré long, renforcée d'une arête en dessous, munie d'une douille par en haut pour recevoir un manche en bois long d'environ un mètre, et acérée et tranchante par en bas. Sa fonction principale est de labourer, retourner et diviser la terre jusqu'à une profondeur de 8 à 10 pouces (22 à 28 centimètres). Il existe des bêches de différentes grandeurs et qualités, proportionnées aux forces de celui ou de celle qui les emploie.

La bêche est le plus utile de tous les instruments du jardinier. Il sert à creuser et remuer la terre. En retournant la couche superficielle du sol, le bêchage aère la terre, détruit les mauvaises herbes, enfouit les engrais, facilite la germination et la pénétration des racines des plantes. C'est un outil en fer trempé, de forme trapézoïdale, mince du bas, plus épais du haut, emmanché verticalement sur un manche. Le fer est plus ou moins concave afin de pouvoir plus facilement retourner les terres bien remuées. Le fer est large et court pour travailler un sol léger et sablonneux. Il est long et étroit pour les sols lourds et argileux. Une traverse au-dessus de la lame permet d’appuyer le pied de façon à doubler la force du bras par celle du poids du corps. La bêche est nommée aussi louchet dans quelques provinces.

Une variante notable est la bêche fourchue ou crochet plat, qui sert à remuer les terres argileuses et tenaces, caillouteuses, dures et collantes où il pénètre mieux que la bêche. Elle autorise aussi un bêchage délicat entre arbustes et arbres fruitiers sans abîmer les racines. La bêche se décline en une version plus petite avec le bêchelon ou la houlette transplantoir.

Dans l'agriculture de montagne, comme à Vallorcine, où la terre est compacte et caillouteuse, la traïn, une fourche-bêche à quatre ou cinq dents recourbées en métal, est préférée à la bêche classique car ses dents pénètrent plus facilement dans le sol. Elle est utilisée pour épandre le fumier sur le champ, apporté soit en hiver avec une luge, soit à l'automne ou au printemps avec une hotte (bnéte).

Schéma illustrant les différentes parties d'une bêche et ses variantes

Les outils de percussion lancée : Houes, pioches et serfouettes

Les outils à percussion lancée, tels que les houes et les pioches, sont projetés pour attaquer le sol, leur lame formant un angle avec le manche. Les houes ont un rôle important et varié : elles coupent la terre, l'émiettent, la retournent (sans ramener en surface les couches profondes du sol, à la différence de ce que peut faire la bêche). Elles égalisent le sol, tracent des raies, dressent des buttes. Il existe de nombreuses variantes en fonction de la forme et des dimensions des parties travaillantes, de l'angle formé par ces parties et le manche, et de la longueur de celui-ci, dont dépendent certaines attitudes de travail de l'utilisateur. Elles peuvent posséder une ou deux parties travaillantes.

La houe est un instrument coudé à long manche, armé d’une lame de fer emmanchée obliquement. Cet instrument de terrassier et de cultivateur est généralement formé d’une partie pointue, le pic, et d’une partie large et coupante, la panne, toutes les deux reliées par un œil où s’adapte le manche. La pioche sert pour le défoncement. Parfois, la panne est remplacée par deux ou trois dents. Elle s’utilise alors pour les labours légers et les binages. Le binage est utile pour ameublir le sol superficiellement, sarcler la terre en surface pour l’aérer et couper les herbes indésirables. S’il est fait régulièrement, il maintient le sol humide en freinant l’évaporation de l’eau et empêche la germination des mauvaises herbes.

Très légère, la binette est un outil de petite dimension muni d’un fer mince et plat ou de dents relié au manche à l’aide d’une douille en forme de col de cygne. Le sarclage, c’est l’enlèvement des herbes nuisibles qui s’accompagne d’un ameublissement du sol en surface. Les plantes qui réclament de fréquents sarclages sont les pommes de terre, betteraves, rutabagas, topinambours, carottes, navets, panais, choux et citrouilles. Le sarcloir possède une lame plate plus ou moins large munie d’un manche long ou court.

La serfouette se compose d’un manche en bois enchâssé dans une douille de fer portant d’un côté une lame étroite et plate et de l’autre une, deux ou trois dents. Le côté fourchu sert à émietter le sol ou à lutter contre les mauvaises herbes à racines profondes. La lame sert à scarifier les cultures. Elle coupe les mauvaises herbes au ras du sol. L’outil est bien adapté à un léger binage autour des plantes très serrées comme les salades ou les oignons dans le potager.

À Vallorcine, le solévieu est utilisé pour soulever la terre sans la retourner, l'ameublissant avant de la finir avec le fasseu. Pour les champs en pente, la "teppe" est une technique spécifique consistant à découper et remonter des mottes de terre ("teppes") pour éviter l'accumulation vers le bas. La delabre est utilisée pour découper les mottes, le solévieu pour les soulever, et la bnête, placée sur un trépied (le tsardjieu), permet de les transporter au sommet du champ. Enfin, le betcheu ameublit la motte transportée avant de déposer la terre pelletée.

Le plantoir : L'outil essentiel pour la mise en terre

Le plantoir, les mauvais outils du potager

Le plantoir est l’un des outils essentiels du jardinier. Et au printemps, saisons des plantations, il devient tout simplement l’indispensable du jardin ! Il permet de creuser facilement des trous pour planter avec précision les semis, bulbes et jeunes plants. Utile au potager comme au jardin d’ornement, le plantoir est de forme conique ou cylindrique, manuel ou automatique. Bien l’utiliser vous permet de gagner du temps dans vos plantations et repiquages et d’assurer une prise réussie de vos plantes et semis.

Hormis nos doigts, cet outil est certainement le plus basique de la panoplie du jardinier. Un simple bâton pointu suffit à trouer le sol pour y placer des graines ou divers plants. Les bricoleurs le fabriquent sur mesure avec une poignée chevillée en L ou en T, parfois en D, selon l’idée que l’on se fait du confort d’utilisation de cet instrument. Leur pointe est quelquefois enrobée d’un cône métallique, souvent en acier ou en laiton, plus rarement en cuivre. La patine que cet objet prend à force d’être empoigné et fiché en terre lui donne un certain charme. Quand on a « trouvé le bon à sa main », ce morceau de bois serait presque attachant.

Depuis le 19e siècle, ère industrielle oblige, les plantoirs en fer font leur apparition dans le commerce ; l’ergonomie et la robustesse sont les arguments de vente. Les plantoirs sont des morceaux de bois ronds de 4 centimètres d'épaisseur, longs d'environ 26 centimètres, terminés en pointe émoussée par en bas, courbés en bec à corbin par en haut, avec lesquels nous plantons nos salades, oignons, et tout ce qui n'est pas trop délicat à la reprise. Après avoir fait le trou avec le plantoir et y avoir fait entrer les racines de la plante, on les fixe convenablement en pressant de la terre contre par un autre coup de plantoir.

Le plantoir conique traditionnel est un cône en métal équipé d’une poignée. Le plantoir cylindrique automatique est un cylindre en métal plus large, équipé d’un crantage à son extrémité et d’une poignée automatique. Le plantoir conique s’enfonce dans la terre dans un mouvement droit pour créer un trou à la profondeur voulue. Le plantoir à bulbe est doté de dents pour s’enfoncer dans la terre très facilement. Un mécanisme retient la motte de terre lorsqu’on le ressort du sol, laissant apparaître le trou.

Le printemps est la saison des plantations, un plantoir vous sera d’une grande utilité. Et après avoir été rangé quelque temps, vous le ressortirez à l’automne. Le plantoir permet de contrôler facilement l’espacement entre les bulbes ou les semis. En creusant un trou par pression à la verticale, le plantoir ne retourne pas la terre et n’abîme pas les petits organismes y vivant. Le trou étant très localisé, il ne perturbe pas la structure environnante. Le plantoir, bien utilisé, permet de gagner du temps lors de vos sessions de plantations ou repiquages.

Côté pratique, certains jardiniers reprochent au plantoir, plus à raison dans les sols durs, de compacter la terre sous le pied du plant et de nuire à son développement. Sachant cela, les adeptes de cet instrument éviteront un tassement excessif et borneront soigneusement les racines de la plante. Pour les plantes plus volumineuses, on utilise un transplantoir qui ressemble à une petite pelle.

En viticulture, des outils spécifiques ont également été développés. La "plantadoira" était utilisée pour creuser des trous à l'intersection des lignes.

Autres outils essentiels du jardinier : Une collection variée

L'inventaire d’une collection d’outils de jardin peut paraître austère, mais «la beauté des outils de jardin est indissociable du savoir-faire du jardinier.» Du Moyen-Âge jusqu’au milieu du siècle passé, la tâche du jardinier a peu évolué. Il doit bêcher, ratisser, sarcler, tailler, semer, récolter… La plupart des outils en bois sont fabriqués par le jardinier lui-même tandis que le forgeron lui taille les lames de son outillage. Certains sont même ornés de fleurs, feuilles, cœurs, ou marqués aux initiales de son propriétaire.

Outils de manutention et de transport

La pelle est constituée d’une plaque de tôle d’acier. L’outil sert à la manutention de la terre, du charbon, du terreau ou du sable. Il est utile dans les travaux de terrassement, pour le transport des pommes de terre et des betteraves et pour la réalisation des sentiers de jardin. La pelle à grains est en bois. Tout le monde connaît la forme d'une pelle de bois ; il y en a de plus ou moins grandes : la moyenne convient aux maraîchers ; elle leur sert particulièrement pour charger de terre les couches qu'ils font dans des tranchées, quelquefois aussi pour charger quelques-unes de celles qu'ils font sur terre, pour charger un hottriau, une brouette de terreau, de fumier consommé, enfin pour ramasser en tas toute sorte de débris. La pelle en fer, ayant sa lame en fer battu et assez poli, est plus commode que la pelle en bois pour manier la terre et le terreau.

La brouette est formée d'une roue en bois et de deux longs mancherons joints par plusieurs barres transversales qui lui font un fond à jour ; elle n'a rien sur les côtés, mais seulement une ridelle par devant ; elle sert à transporter ce qui a un gros volume et peu de poids, tel que fumier neuf. Celle-ci est moins longue que l'autre. La civière se compose de deux bras longs de 2 mètres 66 centimètres, assemblés par quatre barrettes longues de 70 à 80 centimètres, placées au centre, à 16 centimètres l'une de l'autre. Dans nos marais, la civière sert particulièrement à transporter les châssis du hangar sur les coffres et des coffres sous le hangar.

Les hottes des maraîchers sont à claire-voie et moins grandes que les hottes ordinaires ; il en faut au moins deux douzaines dans la plupart des établissements maraîchers. C'est sur ces hottes que l'on arrange, avec un certain art, les légumes qui doivent aller à la halle, et, quand une hotte est ainsi chargée de légumes, le tout se nomme voie : ainsi on dit une voie de choux-fleurs, une voie de melons. Un maraîcher dira : « J'ai envoyé aujourd'hui vingt voies de marchandises à la halle ». Les femmes sont plus adroites que les hommes pour monter avec goût la marchandise sur une hotte ; aussi ce sont presque toujours elles qui font ce travail. Une hotte coûte de 2 fr (8 €) à 2,50 fr (10,0 €) ; terme moyen. Le mot hottriau, qui semble un diminutif de hotte et devoir signifier une petite hotte, désigne, au contraire, une hotte deux ou trois fois plus grande que les autres.

Les mannes sont des espèces de corbeilles ou paniers sans anses ; elles sont plus ou moins grandes et profondes, et construites en osier. On doit en posséder un certain nombre dans un établissement maraîcher. Elles servent à mettre différents légumes, particulièrement des herbages, pour porter à la halle.

Outils d'arrosage et d'irrigation

Quoique l'on fasse des arrosoirs zinc, en fer-blanc, en cuivre jaune, les maraîchers ne se servent que d'arrosoirs en cuivre rouge, plus lourds et plus chers, mais plus solides et de plus longue durée. Un arrosoir ordinaire pèse, étant vide, 2 kilogrammes, et contient 10 litres d'eau. La perfection d'un arrosoir consiste surtout dans l'inclinaison de sa pomme, dans le nombre et la largeur des trous dont elle est percée.

Les plus anciens arrosoirs étaient en terre cuite. Ils étaient aussi lourds que fragiles. Au 18e siècle, les arrosoirs des belles demeures brillent de tout leur cuivre. Ils varient surtout par la taille et la forme de leur anse. Plus tard, dans les fermes de nos campagnes, les arrosoirs seront en zinc, en tôle ou en fer. L’arrosoir est plus ou moins ventru ou aplati sur les côtés pourvu d’une anse arrondie en demi-cercle.

Pour l'approvisionnement en eau, on appelle ainsi, dans les marais, trois morceaux de bois plantés en triangle autour d'un puits, hauts de 5 mètres, réunis par en haut d'où pend une poulie sur laquelle passe une corde ayant à chaque bout un seau qu'un homme fait monter et descendre à force de bras. On appelle ainsi, dans les jardins, un appareil en forte charpente, servant à tirer l'eau d'un puits au moyen d'un cheval. Il y a des manèges plus ou moins compliqués, en raison des fortunes et des besoins. Aux deux côtés opposés de la margelle d'un puits, on plante et on scelle debout, à 2 mètres au moins de distance l'un de l'autre et solidement, deux forts morceaux de bois équarris, hauts d'environ 3 mètres sur 22 centimètres d'équarrissage : on les joint au sommet par une traverse de même équarrissage ; ensuite on place une seconde traverse de même diamètre à environ 90 centimètres au-dessous de la première, et il en résulte un cadre ou châssis que l'on divise en trois parties égales par deux forts morceaux de bois équarris, ajustés à mortaise dans les deux traverses : ces deux morceaux de bois sont percés et évidés au milieu, pour recevoir chacun une poulie. Juste en face et à 5 ou 6 mètres du puits, on plante un autre morceau de bois de mêmes hauteur et diamètre, et on le joint au premier bâti par une traverse qui donne de la solidité au tout. On se pourvoit, ensuite, de deux fortes cordes, assez longues pour que, après avoir été attachées au tambour par un bout, l'une dans le bas, l'autre dans le haut, et avoir passé sur les poulies, elles puissent descendre jusque dans l'eau du puits et qu'elles aient encore 6 à 7 mètres de longueur, pour rester enroulées, l'une à droite, l'autre à gauche, sur le tambour. Ensuite on attache à chaque bout un grand seau de la contenance de 80 à 100 litres, et, quand le cheval fait tourner le tambour, un seau vide descend dans le puits et l'autre remonte plein d'eau. Dans plusieurs marais, une personne est là pour verser l'eau dans une auge ou réservoir ; mais, dans quelques autres, un crochet arrête le seau et le force à se vider de lui-même.

Les pompes sont des appareils encore nouveaux dans les jardins maraîchers de Paris, et il n'y en a encore que peu d'établis, sans doute à cause de leur prix élevé ; mais nous ne doutons pas qu'ils ne se multiplient rapidement, car leurs avantages sont incontestables : ils sont d'ailleurs plus ou moins compliqués, sans doute en raison de la profondeur du puits et de la hauteur où ils poussent l'eau au-dessus du niveau du sol. Les plus simples coûtent de 1 500 fr (6 000 €) à 1 600 fr (6 400 €), et il y en a qui coûtent jusqu’à 2 600 fr (10 400 €) ; terme moyen. Le coût d'un puits peut varier considérablement en fonction de sa profondeur, des difficultés rencontrées lors de la fouille et des exigences de bâtisse.

Outils de coupe et de taille

La hache est un outil ancestral monté sur un manche en bois. Initialement en pierre taillée, c’était une arme de combat rapproché. Elle est aujourd’hui formée d’une lame en fer ou en métal. On l’utilise pour couper du bois. La cognée sert à abattre les arbres ou à fendre du bois.

La scie est formée d’une lame d’acier mince dans laquelle sont taillées des petites dents. Les branches des arbustes sont taillées avec une serpe ou une serpette. La serpe est une sorte de couteau à manche épais, droit ou arqué, dont la lame unique est tranchante, cintrée et pointue. Cet instrument produit une section bien nette en évitant tout écrasement du côté opposé à la lame comme le ferait une cisaille ou un sécateur. L’émondage consiste à supprimer les jeunes branches inutiles et nuisibles d’un arbre fruitier ou d’ornement. Bordé de plusieurs parties tranchantes, il permet de couper les branches en hauteur sous différents angles. Un crochet est quelquefois ajouté pour dégager les branches émondées et les rabattre vers le sol. À partir de 1860, certains vignerons remplacent la serpe à dos tranchant par la scie égoïne pour enlever les bois morts. Le travail de rognage consiste à couper les extrémités des hauts sarments.

Habille mélange entre des ciseaux et des tenailles, le sécateur est une sorte de cisaille bien aiguisée qui sert à couper les tiges des plantes herbacées et les petites branches des buissons. Le sécateur à ressort se manie d’une seule main. L’une des mâchoires en forme de croissant sert de point d’appui au rameau, tandis que la lame tranchante, qui constitue l’autre mâchoire, permet de le sectionner assez franchement. Un ressort à boudin ou à spirale commande l’écartement des mâchoires. Le sécateur élagueur se manœuvre à deux mains pour couper de gros rameaux. La cisaille est utilisée pour tailler les topiaires, les haies et les bordures de buis.

La faucille est formée d’une lame en acier courbée en forme de croissant. On s’en sert pour couper des céréales ou faucher des herbes. La faucille se manie de la main droite, tandis que la main gauche maintient les herbes réunies en un faisceau. La faux se compose de deux parties. La lame sectionne les tiges et le manche en bois sert à la fois à transmettre l’effort et à guider le mouvement de la lame. Celle-ci est une tôle d’acier mince, tranchante par un de ses bords et renforcée par une nervure sur le bord opposé au tranchant. Lorsque la faux est armée, on ajoute au manche une armature en bois destinée à recueillir les tiges coupées et à faciliter leur dépôt régulier sur le sol. On affûte la lame par battage, c’est-à-dire par martelage à froid sur une enclumette. L’affilage se fait au cours du travail à l’aide d’un couteau ou d’une pierre que le faucheur porte dans un coffin.

Outils de désherbage et d'ameublissement

Munie de 2 à 5 dents rassemblées en une griffe étroite, on utilise la griffe pour le surfaçage. Elle permet par un mouvement de rotation de biner les terrains légers, d’enfouir les engrais et de déloger les mauvaises herbes. Les dents laissent passer les cailloux. On enlève les gros mais on laisse les petits car ils aèrent la terre. Il existe des modèles de griffes à manche court pour le travail en jardinière.

Le cultivateur est muni de 3 à 5 dents recourbées et terminées par de petits éperons qui pénètrent dans le sol comme une herse lorsqu’on le tire. On l’utilise pour émietter et égaliser le sol après le bêchage. C’est un outil à double usage avec un fer étroit et un côté fourchu.

Un râteau est composé d'un morceau de bois, appelé tête, long d'environ 52 à 45 centimètres, dans lequel sont placées douze ou seize dents en fer. Cette tête de râteau est percée dans son milieu d'un trou dans lequel on insère le bout d'un long manche. Monté sur un manche en bois avec dents en bois, en fer ou tout en fer, le râteau sert à émietter la terre et éliminer les petits cailloux, avant d’effectuer les semis ou les plantations. Le râteau à dents de fer permet de pulvériser les mottes superficielles de la terre fraîchement labourée, d’en niveler la superficie, d’enterrer les graines semées à la volée, de ramasser les pierres, les racines et autres éléments gênants que le labour à la bêche a amenées à la surface. Les râteaux à une rangée et à manche droit servent à râteler, ramasser, rassembler (fourrage dispersé après le fanage, paille éparse qu'il faut réunir pour la mise en meules ou pour le chargement, feuilles tombées encombrant un champ ou un jardin). Tout en fer, il sert pour le jardinage ; en particulier à égaliser la terre meuble.

Il y a des ratissoires à pousser et des ratissoires à tirer ; il y en a en fer forgé et en fer de faux : celles à pousser sont composées d'une lame large de 7 centimètres et longue de 27 centimètres, ayant une douille au milieu pour recevoir un long manche. La ratissoire à pousser sert pour sarcler d'une manière expéditive dans les grandes plantations, comme dans un carré de choux ; la ratissoire à tirer n'en diffère qu'en ce qu'elle est plus courte et que sa douille est courbée en demi-cercle, pour qu'on puisse la tirer à soi en travaillant, elle sert à ratisser les sentiers et les endroits durs.

Illustration d'une serfouette double et d'une serfouette simple

Outils polyvalents et accessoires

Le bordoir est un bout de planche en bois, long d'environ 1 mètre et large de 20 centimètres, muni, dans son milieu, d'un côté, d'un petit manche rond en bois, long de 12 centimètres : cet outil sert à border le terreau des couches à cloches ou qui n'ont pas de coffre ; pour s'en servir, on le pose de champ sur le bord du fumier de la couche, on attire et on presse le terreau contre le bordoir, pour donner de la consistance et de la solidité au terreau. Avec cet outil, un seul homme peut border une couche ; au moyen de son manche, il peut encore battre et affaisser le terreau de la couche quand elle en est garnie, pour qu'il soit moins creux et s'affaisse moins.

Les brise-vent sont de forts paillassons qui, au lieu d'être cousus en ficelle, sont tenus par trois rangs de lattes attachées avec de l'osier ; ils servent à clore les marais qui n'ont ni murs ni haie, et à faire des abris pour certains semis et plantations : on les plante debout soutenus par de forts piquets. Le plus convenable à clore un marais, du côté du levant, du nord et du couchant, doit avoir 6 à 7 pieds (2 mètres à 2 mètres 53 centimètres) de hauteur, non compris le chaperon qui le surmonte, et 15 pouces (40 centimètres d'épaisseur). Partout les jardiniers font leurs paillassons eux-mêmes : il y en a de plusieurs grandeurs et épaisseurs ; les nôtres ne sont pas très grands ni très-épais, afin qu'ils ne soient pas trop lourds et qu'ils sèchent promptement après avoir été mouillés par la pluie ; leur longueur est de 2 mètres et leur largeur de 1 mètre 55 centimètres. Nous nous en servons pour couvrir nos couches, nos cloches, nos châssis contre le froid et contre la grêle, et quelquefois contre le soleil ; nous en employons toujours un très-grand nombre. La fabrication d'un paillasson de jardinier implique de fixer deux planches sur un sol uni pour former un "métier à paillasson", d'y tendre de la ficelle, puis d'y déposer de la paille de seigle épurée et de la coudre.

Un cordeau est indispensable avec le double mètre, pour dresser convenablement les planches et les sentiers. Quant à la grosseur, elle est assez arbitraire. Le cordeau sert à tracer les alignements des planches, des sentiers et des plates-bandes et sert de guide pour semer et planter en ligne droite. Nous avons remplacé la toise par le double mètre, qui a à peu près la même longueur ; il nous sert pour mesurer la largeur de nos planches, afin qu'elles aient de l'uniformité. Quant au tracé des rayons dans une planche avec le bout du double mètre, pour planter des salades, de l'oignon, etc., il n'est pas en usage chez nous.

Un fléau se compose d'un manche long de 1 mètre 50 centimètres, au bout duquel est jointe par des courroies une latte ou batte de moitié plus courte et beaucoup plus grosse que le manche. Outil indispensable pour charger et décharger du fumier, pour façonner des couches et briser les mottes de terre sur les planches labourées. Le fléau sert au battage des céréales. Il est formé d’une batte en bois dur relié par un lien en cuir souple à un manche.

La fourche est en fer, composée de trois grandes dents pointues, un peu coudées près de leur origine, pour leur donner la direction convenable à leur usage. Le côté opposé aux dents a une douille pour recevoir un fort manche en bois long de 1 mètre 50 centimètres. Le prix d'une bonne fourche est de 5 fr (20 €) à 5,50 fr (22 €) ; terme moyen. En bois ou en fer, à deux ou plusieurs dents, la fourche sert à la manipulation des fourrages, fumier, paille ou compost. La fourche en bois est faite d’un seul morceau en bois de frêne, d’orme ou de châtaignier. Proche du croc ou d’une houe à fortes dents recourbées, la fourche crochue est un outil puissant mais assez lourd à manier qui permet de niveler les terrains en profondeur avant les semis. Les fourches à dents pointues conviennent aux terrains pierreux. Les fourches à dents larges et égales aux bonnes terres de jardin.

Tableau comparatif des différents types de fourches et leurs usages

Les structures de protection et de culture forcée

Les châssis et panneaux de châssis sont synonymes. C'est un carré en bois de chêne, peint de deux couches à l'huile, qui a 1 mètre 53 centimètres sur chaque face et est divisé en quatre par trois petits bois pour soutenir le verre ; les châssis sont indispensables en culture forcée, en ce qu'ils maintiennent la chaleur et l'humidité de la couche, et que la lumière du jour, la chaleur du soleil pénétrant au travers du verre, tient les plantes qui sont dessous dans une température favorable à leur croissance ; quand on juge la chaleur trop grande ou que l'on veut faire un peu durcir les plantes, on leur donne de l'air en levant plus ou moins le châssis par derrière.

Il y a des coffres à un ou deux châssis, mais dans nos marais ils sont presque tous à trois châssis. Un coffre à trois panneaux de châssis est un carré long de 4 mètres, large de 1 mètre 35 centimètres, construit en planches de sapin et qui se pose sur une couche ; le derrière est haut de 27 à 30 centimètres, et le devant de 19 à 22 centimètres : nous le préférons en sapin, parce qu'il est moins lourd et moins cher qu'en chêne ; nous ne le peignons pas, parce que la peinture à l'huile peut nuire aux racines des plantes. Le devant du coffre est muni de petits taquets, pour empêcher les châssis de couler, et le dessus est garni de trois traverses fixées à queue d'aronde, pour maintenir l'écartement et soutenir le bord des châssis. Nos coffres n'ont ni la profondeur ni l'inclinaison de ceux des jardins bourgeois, parce que nous voulons que les plantes soient près du verre ; mais, si nous voulions forcer plus longtemps les plantes qui deviennent hautes, telles que tomates, aubergines, choux-fleurs, nous mettrions deux coffres l'un sur l'autre.

Les cloches à maraîchers ont 40 centimètres de diamètre à la base, environ 20 centimètres dans le haut, et leur hauteur est de 36 à 37 centimètres. Autrefois les cloches étaient d'un verre plus vert qu'aujourd'hui ; les maraîchers s'en sont plaints, et maintenant elles sont d'un verre plus blanc, mais plus fragile. L'utilité des cloches dans la culture des primeurs est moins efficace que celle des châssis, mais leur usage est plus général en ce qu'il est moins dispendieux.

Diagramme illustrant la conception d'un châssis et d'un coffre de maraîcher

L'inventaire des outils de jardin : Un patrimoine à préserver

Dans des régions comme Vallorcine, où l'agriculture de montagne a diminué, les outils traditionnels sont des témoins précieux d'une époque révolue. L'étude de ces outils, à travers des témoignages et des collections, permet de comprendre l'évolution des pratiques agricoles et l'ingéniosité des artisans. Le Jardin de Marie à Troyes, par exemple, met en valeur un jardin médiéval, témoignant de l'histoire des outils et des techniques.

La collection de Guillaume Pellerin dans le Cotentin, riche de près de quatre mille outils artisanaux, ainsi que celle de Georges-Patrick Speeckaert en Belgique, avec ses deux mille objets, soulignent l'importance de préserver ce patrimoine matériel. Ces collections, comprenant des bêches, plantoirs, cisailles, sécateurs, mais aussi des outils de la ferme et de la vie d’un village d’autrefois, offrent un aperçu unique de l'évolution de l'outillage et des savoir-faire.

Photographie d'une collection d'outils de jardin anciens exposés

Évolutions et innovations

Malgré l'avènement de l'ère industrielle et la mécanisation de l'agriculture, certains outils manuels ont traversé les siècles, évoluant dans leur conception et leurs matériaux. L'araire, utilisé universellement pendant des millénaires, ne retourne pas le sol mais effectue un travail d’ouverture peu profonde de la terre pour préparer l’ensemencement dans les cultures céréalières et pour nettoyer et aérer le sol dans les vignobles. Au XVIIIe siècle, le soc en bois est remplacé par un soc entièrement en fer, appelé reille. Les reilles les plus anciennes sont forgées d’une seule pièce.

Le pal en cuivre et fer, par exemple, était une innovation face à l'oïdium, un champignon d'origine américaine apparu vers 1847-1850, qui desséchait les parties vertes de la vigne. Les vignerons ont dû s'adapter et développer de nouveaux outils et techniques pour protéger leurs cultures.

Le tire-bouchon ou tire bonde était utilisé pour ouvrir le tonneau. Ils datent du XIXe et du début du XXe siècle. La varlope est un grand rabot de 70 à 74 cm de long et de 6 à 8 cm d’épaisseur et de 10 cm de hauteur. Son fût est muni d’une poignée en bois à son extrémité, poignée destinée à pousser la varlope. L’ouverture du fond du tonneau pour soutirer se fait soit à l’aide d’un vilebrequin tel que celui utilisé par les menuisiers soit par un outil spécifique à la tonnellerie appelé « mèche à manche ».

Pour finir, et cela vous concerne peut-être, sachez qu’en vieux français (dictionnaires du début du 20e siècle) le « plantomane » a la manie des plantations, et de ce fait, est atteint de « plantomanie ». Cela souligne l'attachement profond et parfois obsessionnel que les jardiniers peuvent développer envers leur passion et leurs outils.

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