Le jardin est un lieu de vie foisonnant, où la biodiversité est essentielle à l'équilibre naturel. Cependant, certains hôtes indésirables peuvent causer des ravages importants dans nos potagers et sur nos cultures : les rongeurs fouisseurs. Souvent méconnus ou confondus, il est crucial de savoir les identifier pour adopter les stratégies de lutte les plus adaptées et respectueuses de l'environnement.

Le campagnol terrestre, un ravageur redouté
Parfois confondu avec la souris, le campagnol terrestre, également appelé rat taupier, est un rongeur très présent en France. C'est une espèce de rongeur de la famille des Cricétidés qui figure parmi les plus vastes sous-espèces de la grande espèce des campagnols. Très commun en Europe et en Asie, il s’est grandement développé du fait de la raréfaction de ses prédateurs. Ce végétarien est un ravageur de cultures agricoles et de potagers qui est bien difficile à réguler. On lui donne de nombreux noms : campagnol terrestre, grand campagnol, rat taupier, rat d’eau, campagnol nageur.
Description physique et habitat
On reconnaît bien le campagnol terrestre à son corps ramassé, plutôt arrondi. Il est doté d’un pelage brun clair ou brun roux, plus foncé sur le dessus, et plutôt gris-beige au niveau du ventre et des flancs. Ses yeux sont noirs et bien ronds, ses oreilles sont petites, son museau est relativement arrondi et sa queue courte. Il peut mesurer entre 15 cm et 25 cm (dont 6 cm à 10 cm de queue) et peser entre 100 g et 300 g.
Le campagnol terrestre est très présent en France, notamment dans le Nord et dans l’Est du pays, jusqu’à 2 000 mètres d’altitude. Ce petit animal vit sous terre, dans les prairies, les vergers, les potagers et les jardins d’agrément, car la nourriture y est abondante. Il creuse des galeries et des terriers souterrains et se nourrit des racines qu'il rencontre sur son chemin, causant de gros dégâts dans les champs cultivés et dans les potagers. Bien souvent, il s’installe en colonisant les galeries des taupes, mais il peut tout aussi bien construire son propre réseau, bien moins organisé toutefois. En surface, on note de petits tas qui évoquent les taupinières, mais plus fins et plus éparpillés.
Régime alimentaire et mode de vie
Le campagnol terrestre est un animal strictement végétarien. Il ne consomme donc que des plantes, en particulier leurs parties souterraines. Il se délecte ainsi de racines, de bulbes et de tubercules. Les racines des arbres fruitiers ? Même pas peur ! La racine principale est taillée en pointe, comme un crayon, provoquant la mort rapide de la plante.
Le campagnol terrestre est un rongeur à la durée de vie très courte, de l’ordre de 6 à 8 mois seulement. Il vit en couple et il se reproduit beaucoup. La femelle - gestante pendant trois semaines - peut avoir jusqu’à six portées au cours de sa vie, à raison de deux à huit petits à chaque fois. Les bébés atteignent très vite leur autonomie, après quatre semaines de vie tout au plus. Il leur faut ensuite attendre l’âge de deux mois pour être sexuellement matures. Néanmoins, lorsque les prédateurs sont nombreux, très peu parviennent à cet âge. Avec 600 à 1 200 individus par hectares dans certaines régions, les ravages ne sont pas négligeables ! Le “problème” dans un jardin en permaculture, sans travail du sol, est sa prolifération. À partir de deux individus au printemps, leur descendance théorique est de 100 à 200 individus à la fin de la saison. Ainsi le potentiel de multiplication des populations est de 50 par saison. Plus que prolifiques, les rats taupiers grignotent les racines des plantes.
Le campagnol creuse ses galeries avec ses dents, contrairement à la taupe qui se sert surtout de ses pattes avant. Souvent peu profondes, leurs galeries peuvent se distinguer de celles de la taupe : outre le fait que les galeries de campagnols ont une fâcheuse tendance à suivre les rangées de légumes, leur section est un peu plus haute que large - c’est l’inverse pour la taupe - et les puits d’accès sont obliques et non verticaux.
Le campagnol provençal
Plus petit que le campagnol terrestre, le campagnol provençal (Pitymys duodecimcostatus) infeste la région méditerranéenne. Il mesure de 8 à 10 centimètres de long sans la queue, et commet de gros dégâts sur les cultures légumières et dans les vergers. Un peu moins prolifique que le campagnol terrestre, il ne fait que deux à trois petits par portée, mais on comprend que, même à ce rythme, les pullulations soient possibles.
Les autres rongeurs des jardins et leurs impacts
Outre le campagnol terrestre, d'autres rongeurs peuvent fréquenter nos jardins et potagers. Il est essentiel de bien les distinguer, car leurs régimes alimentaires et leurs modes de vie diffèrent, ce qui implique des stratégies de lutte spécifiques.
La taupe : une alliée méconnue
La taupe (Talpa europaea) est un petit mammifère insectivore qui vit sous terre. Contrairement à une idée reçue, elle ne mange pas les racines des plantes. Son alimentation est composée à 90 % de vers de terre, larves, insectes et petits invertébrés. Si elle peut avoir un effet bénéfique en régulant les populations d’insectes nuisibles et en aérant le sol, son activité devient problématique lorsqu'elle déstructure les racines, dérange les plantations ou provoque l’affaissement du sol dans les pelouses. Une seule taupe peut aussi être responsable d’environ 40 taupinières.
La taupe vit quasi tout le temps sous terre, et elle ne met presque pas le nez dehors car elle déteste la lumière et les courants d’air. Cela veut dire que jamais une taupe ne laissera un trou de sortie vers l’extérieur. La taupe est presqu’aveugle mais son odorat et son ouïe sont extrêmement développés. Elle n’hiverne pas et est active toute l’année, car elle ne sait pas faire de réserve de graisse.
Les galeries des taupes sont plus profondes, car elles dépendent du niveau où les vers se trouvent. Par temps sec, les vers de terre et les limaces s’enfoncent dans le sol, et la taupe aussi. Les monticules des campagnols sont moins réguliers que les taupinières, qui sont coniques. La galerie d’une taupe part verticalement du centre de la taupinière, tandis que celle d’un campagnol commence de biais puis continue horizontalement.

Le campagnol des champs
Le campagnol des champs est un petit rongeur, mesurant entre 9 et 12 cm. Il creuse des galeries dans l’herbe et évite les prairies très humides et les grandes herbes. Son poil a une teinte brun roux, il a de petites oreilles rondes et un museau allongé. Il apprécie peu les températures basses et l’humidité du nord de la France, ni les sols trop arides du sud. Il est installé partout ailleurs. Les femelles ont jusqu’à 6 portées dans une année, avec au plus 5 bébés par portée. Ce campagnol ne vit pas plus d’un an et atteint sa maturité sexuelle à 30 jours.
Ce petit rongeur se trouve dans les milieux ouverts de type prairies, champs cultivés, terrains enherbés, et près des habitations durant l’hiver. Il creuse des galeries dans le sol qui relient des terriers et qui débouchent en surface via des coulées où il dépose ses déjections. Ces galeries peuvent être tracées à la surface, notamment lorsque la population est importante. Il sort de sa tanière le jour comme la nuit, alternant des périodes d’activités et de repos. Son alimentation se constitue principalement de graines, qu’il trouve sur le sol, et de végétaux. Il apprécie dans les champs les céréales, les endives, les chicorées et autres salades, les bulbes, les pommes tombées au sol. Lorsqu’il y a des arbres, il va également consommer l’écorce à la base du tronc. Il est capable d’y grimper.
Le mulot
Le mulot, également appelé souris de terre, mesure entre 7 et 15 cm avec une queue de 10 cm. Présent dans presque toutes les zones boisées d’Europe, il se retrouve également dans les haies, champs, parcs et jardins. Il a l’aspect d’une grosse souris aux grands yeux. Il creuse en général un terrier peu profond mais profite des terriers des taupes ou des campagnols existants. Il se nourrit exclusivement de graines, de bourgeons, de fruits et de divers invertébrés. Le mulot sylvestre est souvent confondu avec la souris, il se reconnaît à son pelage fauve sur le dos et blanc sur le ventre, ses longues oreilles arrondies et ses grands yeux. Il est de petite taille (8 à 12 cm pour un poids de 15 à 30 gr) et possède une queue nue presque aussi longue que son corps (7 à 10 cm). Nocturne, il creuse en général un terrier peu profond dans le sol des jardins et des champs mais peut aussi trouver refuge dans nos greniers ou dans des cavités existantes (trou dans un mur, nichoir, …).
DIFFÉRENCE DE réglage du piège à taupe putange pour taupe et rat taupier ( campagnol )
Les rats : des opportunistes omnivores
Les rats peuvent être un vrai fléau dans un potager. Il existe deux types de rats que l’on peut retrouver au jardin : les rats des champs (Rattus rattus, aussi appelé rat noir ou rat des greniers) et les rats des villes (Rattus norvegicus, ou rat d’égout, rat brun). Le rat brun est celui que l’on observe le plus en zone urbaine. De façon générale, les rats sont attirés par la nourriture facile, en surface. Un compost accessible avec des restes gourmands de nourriture saura les attirer. Ils repèrent très bien les restes animaux et les produits laitiers. Les rats sont des opportunistes. S’ils trouvent de la nourriture chez vous, ils risquent de venir s’y approvisionner régulièrement. Et ils savent se servir ! Ils peuvent s’attaquer à la plupart des légumes et faire bien des ravages. On a observé des tomates grignotées jusqu’à 1m50 de hauteur.
Le rat brun est un rongeur au pelage hirsute brun fauve à noirâtre sur le dos et gris blanc sur le ventre. Il mesure entre 18 et 26 cm pour un poids de 200 à 500 gr et possède une longue queue écailleuse légèrement plus courte que le corps (16 à 20 cm). Ses oreilles sont rondes et couvertes de poils ras. Il vit dans les lieux humides et creuse des galeries où il passe ses journées. C’est un animal nocturne omnivore opportuniste qui peut provoquer de gros dégâts au niveau des cultures s’il y établit ses galeries mais aussi au niveau des habitations où il risque de grignoter les structures, canalisations ou les câbles ainsi que de voler et de contaminer la nourriture. On remarquera vite la présence de ses galeries dont le trou d’entrée peut être impressionnant tant par son diamètre que par la quantité de terre et de pierres évacuées à l’entrée ainsi que par la présence de ses crottes en forme de gélules ellipsoïdales, complètement lisses et arrondies des deux côtés, longues de 15 mm.
La souris
Les souris fréquentent les endroits secs de nos habitations et nos dépendances où elles trouvent leur nourriture et laissent une odeur d’urine caractéristique. On remarquera leur présence par l’odeur, les restes de grignotages et les petites crottes de 5 mm de long, de petits « grains de riz » noirs dont un côté est pointu. Historiquement, les souris mangeaient essentiellement le grain, mais elles raffolent également des noix, noisettes, courges, patates douces. Si les souris s’attaquent peu aux cultures, elles peuvent néanmoins faire des dégâts à la maison.
Ondatra et ragondin
L’ondatra ou rat musqué (Ondatra zibethicus) et le myocastor ou ragondin (Myocastor coypus) sont deux gros rongeurs (50cm à 65cm pour un poids entre 500g et 2kg pour le rat musqué et de 60cm à 1m pour un poids entre 6 et 10 kg pour le ragondin) qui ont été introduits pour leur fourrures (évasions d’élevages et lâchés clandestins). Ils fréquentent les bords des cours d’eau, étangs et marais où ils creusent des terriers et provoquent parfois l’effondrement des berges.
Impact des rongeurs sur le potager et les cultures
Les campagnols s’attaquent uniquement aux parties souterraines des plantes (racines et tubercules essentiellement). Le campagnol mange les racines des plantes du jardin, les légumes ou les jeunes arbres. La racine principale est taillée en pointe, comme un crayon, provoquant la mort rapide de la plante. Non contents de dévorer nos légumes par les racines (carottes, betteraves, pommes de terre, poireaux, asperges et laitues…), le campagnol terrestre s’en prend également aux racines des arbres fruitiers ou d’ornement qu’il fait dépérir. De jeunes plants d’arbres qui dépérissent rapidement en sont également, sans racines il est difficile de survivre. Les arbres adultes sont moins touchés de par des racines puissantes, étendues et nombreuses, néanmoins ils peuvent montrer des signes d’affaiblissement et être attaqués par des pathogènes.
Outre les ravages sur les cultures agricoles et dans les potagers, ces rongeurs sont également de potentiels porteurs de maladies dangereuses pour l’homme. La présence des campagnols est en grande partie liée aux pratiques agricoles modernes et aux chasseurs qui considèrent à tort leurs prédateurs comme des nuisibles. Lorsqu’on interfère dans le cours naturel des événements, on entraîne des déséquilibres ! En supprimant les prédateurs, on laisse la place aux campagnols terrestres qui ne sont plus menacés et dont le développement provoque de véritables dégâts.

Signes de présence et identification des galeries
Vous vous demandez si des campagnols terrestres se sont installés chez vous ? Vous allez très vite le constater, si tel est le cas. Ces rongeurs laissent en surface des monticules de terre qui ressemblent aux taupinières, mais plus fins et plus éparpillés. Autre signe : vos végétaux ! Les campagnols rongent les racines des légumes, les bulbes, les tubercules, les racines d’arbres, etc. Les plantes se flétrissent soudainement, car leurs racines ont été sectionnées, et des arbres peuvent basculer sans cause apparente.
Les campagnols creusent des galeries dans le sol à 30-50 cm de profondeur et la terre est rejetée en tas irréguliers. Vous pourrez également apercevoir un trou dans le sol donnant sur une galerie ouverte et oblique, avec des déjections sur le côté, nid du campagnol des champs, ou bien un trou qui s’enfonce à l’oblique dans le sol avec un monticule de terre qui bouche légèrement l’entrée, nid d’un rat taupier.
Les monticules des campagnols sont moins réguliers que les taupinières, qui sont coniques. La galerie d’une taupe part verticalement du centre de la taupinière, tandis que celle d’un campagnol commence de biais puis continue horizontalement. Si vous vous enfoncez brutalement dans le sol dans une galerie en surface, il s’agit certainement d’un mulot ou d’un campagnol. Ces rongeurs herbivores restent souvent en surface, là où la nourriture se trouve : bulbes, racines, légumes, pas besoin de creuser très profond (sauf si les mulots colonisent les galeries des taupes !).
Stratégies de lutte et de prévention
Pour protéger vos jardins des rongeurs, une combinaison de méthodes préventives et de lutte active est essentielle. L'objectif n'est pas d'éradiquer, mais de réguler intelligemment les populations de rongeurs, tout en favorisant la biodiversité.
Favoriser les prédateurs naturels
La meilleure stratégie de lutte biologique repose sur les prédateurs naturels des taupes et campagnols. Loup, lynx, belette, renard, hermine, putois, rapaces… ils sont de plus en plus rares dans les espaces au sein desquels les campagnols évoluent. Pourtant, en réaménageant des structures paysagères, notamment des haies variées, favorables à l’installation de prédateurs naturels, et en cessant de détruire ces derniers, on peut grandement limiter les pullulations.
Vous pouvez installer des nichoirs à rapaces et garder un tas de bois ou de pierres au fond de votre jardin afin que des petits mustélidés viennent s’y loger. Des perchoirs proches de votre potager peuvent également attirer les rapaces. Les belettes et les hermines préféreront des tas de pierre pour venir s’y nicher. Les hautes herbes leur sont favorables car elles les dissimulent aux yeux des prédateurs. Tondez court et évitez le paillage et les zones en friche ou en prairie fleurie, même si c’est dommage par ailleurs ! Dans le cadre d’un jardin en permaculture, tondez et supprimez les paillages seulement en cas d’invasion.
Les haies, le plus diversifiées possible, les îlots d’arbustes, permettent aux mammifères ou aux oiseaux prédateurs d’être présents dans le jardin. Il en va de même pour tous les tas de pierre ou de bois, les arbustes. Les chats peuvent aussi être de bons prédateurs selon les races et leurs conditions de vie. Même les hérissons s’autorisent l’un ou l’autre petit rongeur au menu ! Pour les accueillir, installez un ou plusieurs tas de pierres (pour les belettes et les fouines), des tas de bois et de feuilles mortes (pour les hérissons qui vous débarrasseront également de nombreuses limaces), ainsi qu’éventuellement des abris spécifiques pour ces différentes espèces.
Enfin, les serpents sont également des alliés de choix pour nous débarrasser de nombreux rongeurs. Nous avons 3 espèces en Belgique : la vipère péliade, la couleuvre à collier et la coronelle lisse. Tous les trois consomment des rongeurs et particulièrement les vipères qui raffolent des campagnols. Pour les accueillir, offrez-leur des zones où ils peuvent profiter du soleil (murs en pierres sèches, tas de pierres, …) et d’autres où ils peuvent s’en prémunir (hautes herbes, haies, …).
Répulsifs naturels et barrières physiques
Plusieurs répulsifs naturels peuvent être envisagés pour éloigner les rongeurs. Pulvériser du purin de sureau autour de vos légumes racines et de vos fruitiers pourra être une piste à suivre. Ce répulsif se prépare à l’aide de 100 g de feuilles de sureau fraiches et d’un litre d’eau. Mettez les feuilles à tremper durant une journée, puis faites bouillir une demi-heure. Le tourteau de ricin, répulsif et toxique, peut quant à lui être enfoui dans la terre de sorte qu'il soit au plus près des galeries des campagnols et qu'il ne soit plus à disposition des animaux qui se promènent au dessus. Cendre à disperser autour du jardin, copeaux de thuyas, purin d’ail… d’autres répulsifs sont envisageables. La décoction d’ail est aussi efficace. En verser dans les taupinières est déjà efficace. La décoction de sureau est aussi très efficace, ainsi que les poils ou les excréments du chien. Si vous avez un chien ou un chat, pensez en le brossant à récupérer des touffes de poils que vous déposerez soigneusement dans la galerie du rongeur. Une dissuasion assez efficace !
Lors de la plantation d’arbres et arbustes, entourez la motte avec un morceau de grillage à poule. Pensez à bien laisser le grillage dépasser du sol afin d’empêcher les rongeurs de s’attaquer à l’écorce. Les salades peuvent être plantées dans des carrés potagers au fond habillé par ce même type de grillage. Leurs racines peu profondes ne dépasseront pas du grillage.
Perturbations sonores et olfactives
La taupe déteste les vibrations. Les vibrations de la tondeuse par exemple. En période de tonte, les taupes se font beaucoup plus discrètes, et c’est à partir de novembre qu’elles reviennent. Et donc, les ultrasons fonctionnent bien pour éloigner les taupes. Les campagnols ont une ouïe redoutable et sont sensibles aux ultrasons. Vous pouvez planter des émetteurs à vibrations répulsives dans le sol. Pour les campagnols, plantez des tiges en fer tout au long des galeries avec une bouteille retournée dessus, les ondes sonores provoquées par les cognements de la bouteille contre la tige métallique ont le don de déranger les rongeurs. Vous pouvez aussi les assourdir en plaçant à chaque entrée de galerie une bouteille en plastique dont le fond a été découpé, le vent s’engouffrera dans les galeries via les bouteilles et offrira un concerto en RE-pulsif aux rongeurs y habitant. Il est conseillé de déplacer l’éolienne régulièrement pour éviter que l’animal ne s’y habitue.
De nombreuses odeurs sont naturellement répulsives pour ces petits animaux. Le traitement naturel anti-taupes Iriso exploite cette stratégie en diffusant des extraits végétaux désagréables dans les galeries. Il est aussi possible de placer dans les galeries des boules de naphtaline végétale, de l’ail écrasé ou du purin de sureau, tous reconnus pour leur effet répulsif. Un paillis bien choisi peut aussi jouer un rôle de répulsif naturel. Les copeaux de bois de thuya, de cèdre ou de lavande ont un parfum persistant qui dérange les rongeurs. Certains végétaux émettent des composés naturels répulsifs. La fritillaire impériale, par exemple, dégage une odeur forte qui repousse les taupes.
Piégeage et gestion des galeries
Le principal moyen de lutte, associé à certaines mesures préventives, reste le piégeage. Pour les cas d’invasion persistante, il existe des pièges de capture non létaux. Ces dispositifs permettent d’attraper l’animal vivant afin de le relâcher dans une zone non cultivée, loin des habitations. L’utilisation de pièges mécaniques comme les tunnels à double entrée doit être accompagnée d’une surveillance régulière afin d’éviter le stress prolongé de l’animal captif.
Des essais comparatifs ont montré la nette supériorité du piège suisse Topcat, à la fois simple, fiable et au déclenchement extrêmement sensible (l’animal est tué sur le coup). Seule contrainte : il faut relever les pièges plusieurs fois dans la journée. Moins efficaces, mais très appréciés des jardiniers du Centre Terre vivante, les pièges Neudorff permettent également de nombreuses prises.
Dès que vous constatez l’apparition d’une nouvelle galerie ou taupinière, rebouchez ou détruisez-la. Selon l’endroit où elle se situe, utilisez une fourche bêche pour la faire s’effondrer ou comblez-la avec la terre évacuée mais aussi des pierres, branches épineuses, bogues de datura, … bref, tout ce qui pourra gêner le foreur fou dans la reconstruction de sa galerie. Sachez cependant que vous ne pourrez pas détruire l’ensemble de leur réseau souterrain car celui-ci peut s’étendre sur plusieurs dizaines de mètres en longueur comme en profondeur.
Les pratiques culturales à adapter
Évitez l’excès d’arrosage, surtout en automne et au printemps, périodes où les taupes sont plus actives. Les campagnols évitent les zones dégagées, de peur d’être à découvert. Si vous avez des arbres fruitiers, ramassez les fruits tombés au sol pour éviter de les attirer avec de la nourriture facile. Stockez vos graines dans des récipients correctement fermés (celles pour vos semis mais aussi et surtout celles pour nourrir vos volailles et autres animaux). Préférez les distributeurs de graines anti-nuisibles plutôt qu’une vieille casserole pour distribuer la pitance de vos gallinacées et distribuez les rations en petites quantités pour que les écuelles soient vides la nuit (ou alors rentrez-les en lieux sûr).
Pour protéger les vergers contre les dégâts du campagnol provençal, il est efficace de travailler du sol autour des arbres (ne pas laisser de paillage en hiver), tout en apportant de l’ail sous forme d’extrait ou même de déchets de récolte qu’on incorpore au sol.

Quand faire appel à un professionnel ?
Si l’invasion est trop forte et que toutes les stratégies mises en place n’ont pas suffi, il est parfois nécessaire de faire appel à un taupier ou piégeur professionnel. Cela peut être dû à un hiver particulièrement doux, une négligence (comme un sac de grains éventré laissé accessible durant tout l’hiver), un chamboulement qui a obligé une colonie pas si lointaine à déménager chez vous (comme la construction de maison sur une ancienne prairie), un pic de population naturel. Dans ce cas, il faut faire appel à un bon dératiseur (par bon, on entend efficace, mais aussi respectueux et à l’écoute) et corriger immédiatement les erreurs que l’on a éventuellement commises. Il est important d'admettre quand on est dépassé par la situation.
La cohabitation avec la nature
Comme toujours dans la nature, rien n’est tout blanc ni tout noir. La cohabitation avec des rongeurs peut très bien se passer tant que les bénéfices de leur présence équilibrent leurs dégâts et que leur population ne pullule pas de trop. Après tout, quelques campagnols des champs ou mulots sylvestres payeront les graines consommées en limaces dégustées. Mais il en va tout autre quand l’envahisseur est le campagnol terrestre ou le rat brun. Un paradis pour les oiseaux et les insectes le sera aussi pour d’autres animaux, y compris les rongeurs. Un nouvel écosystème se met en place et il lui faut du temps pour s’équilibrer. La présence de quelques taupes peut d’ailleurs avoir des effets bénéfiques, comme l’aération du sol ou la consommation de vers nuisibles. Agir en amont est la meilleure stratégie pour limiter durablement la prolifération des taupes et campagnols. Un jardin sain, vivant, diversifié et bien pensé devient naturellement plus résistant aux invasions.