Le lierre, cette plante ligneuse grimpante à grandes feuilles persistantes, est tout sauf une plante ordinaire. Objet de fascination et de méfiance, il a longtemps été au cœur de débats passionnés concernant son impact sur les arbres et les structures qu'il colonise. Des préjugés tenaces ont forgé sa réputation, le présentant souvent comme un parasite redoutable. Pourtant, la littérature spécialisée et les études scientifiques modernes nuancent grandement cette vision, révélant une interaction complexe, souvent bénéfique, qui contribue à la richesse des écosystèmes. Explorer la nature du lierre, ses différentes formes et ses relations avec son environnement permet de dissiper bien des malentendus et d'apprécier pleinement son rôle écologique.
Le Lierre Commun (Hedera helix) : Une Plante Robuste et Adaptable
Le lierre (Hedera helix), plante de la famille des Araliaceae, est une espèce caractéristique des forêts de feuillus à feuilles caduques en Europe centrale, de la plaine à l’étage submontagnard. Cette espèce océanique a son centre de répartition dans les régions humides et douces en hiver d’Europe centrale. Son aire de répartition naturelle continue s’étend de la péninsule ibérique, de l’Italie, de la Grèce, et de la Turquie vers le nord jusqu’aux îles Britanniques et au sud-est de la Scandinavie. La frontière orientale s’étend des pays baltes à la mer Noire en passant par les Carpates. Le lierre préfère les sols riches en nutriments et bien alimentés en eau, mais il colonise également les substrats légèrement acides. Il est désormais considéré comme naturalisé dans le sud-est des États-Unis, où il a été introduit en 1750.
Son aspect est celui d'une plante ligneuse grimpante à grandes feuilles persistantes, tolérant l’ombre et résistant au froid. Ses feuilles vertes alternes changent de forme avec l’âge, passant de trilobées à ovales. Les fleurs apparaissent en ombelles de septembre à octobre, et les fruits sont mûrs en hiver et au printemps. Le lierre peut vivre jusqu’à 400-500 ans. Après une dizaine d’années, le lierre change d’aspect extérieur et atteint sa forme mature. Les feuilles qui étaient d’abord à 3-5 lobes deviennent alors non lobées et ovales. Après une vingtaine d’années, le lierre porte des fleurs en ombelles et produit des baies. Le lierre est très fréquent dans les forêts, les ruines ou les carrières, et également très présent dans les zones urbaines, où la plante se plaît sur les façades des maisons, dans les cimetières ou dans les coins ombragés des parcs.

Le lierre existe sous deux formes complètement différentes : une forme rampante au sol et une forme grimpante ou buissonnante dressée. La forme rampante, qualifiée de juvénile, donne des tapis denses et inextricables qui s’enracinent à l’aide de racines adventives au contact des tiges avec le sol. Ces tiges juvéniles rampantes recherchent les situations ombragées et prospèrent notamment dans les sous-bois, ayant la capacité de se diriger vers le secteur le plus sombre présent à l’horizon, un phénomène appelé skototropisme. La forme grimpante ou buissonnante, dite adulte, s’accroche sur un support (mur, arbre, paroi rocheuse) à l’aide de racines-crampons et donne de véritables troncs collés au support, puis des branches ramifiées quand il atteint la cime et la lumière. Seule la forme adulte peut fleurir et produire des fruits en situation éclairée. Les feuilles de la forme adulte sont grandes, disposées selon une spirale, ovales et entières. Tout pied de lierre a pour origine, au départ, la germination d’une graine. Cependant, il devient très vite impossible de savoir « d’où il est parti » quand ses tiges se mettent à courir en tous sens et à s’étaler. La jeune plantule présente d’abord deux cotylédons ovales entiers avant de développer les premières feuilles lobées puis des rameaux latéraux qui vont s’étaler au sol.
Le Lierre Arbustif : Hedera helix 'Arborescens'
Contrairement aux autres variétés de lierre comme l'Hedera 'Eva' ou l'Hedera 'Wonder', l'Hedera helix 'Arborescens' est un lierre pas tout à fait comme les autres, car il ne grimpe pas. Cette plante de la famille des Araliaceae se distingue des autres variétés par son port et par la forme de ses feuilles. Il forme un buisson au port touffu de deux mètres de haut pour autant d'envergure. Ses feuilles coriaces sont entières. Ovales, parfois cordiformes, elles arborent un vert vif brillant et des nervures plus claires. Ce feuillage persistant habille la plante toute l'année. Les fleurs apparaissent à la fin de l'été, d'août à octobre, se parant de corymbes de fleurs jaunes ou crème. L'hiver, elles cèdent leur place à des grappes de fruits. Ces baies noires contiennent les graines. Bien que parfois vendus comme plantes d'intérieur, les Hedera 'Arborescens' sont en réalité des plantes d'extérieur rustiques et résistantes, au point qu'elles peuvent devenir envahissantes. Il est donc recommandé de réfléchir soigneusement avant de planter un spécimen.

Toxicité et Usages Historiques
Si le lierre est très apprécié des oiseaux et des insectes, c'est une plante toxique pour les êtres humains et les mammifères. Les feuilles de lierre fraîches ou la sève peuvent provoquer des inflammations allergiques en cas de contact avec la peau. Les baies sont particulièrement toxiques, surtout pour les enfants, et peuvent provoquer des diarrhées, des nausées et des vomissements. Malgré cela, le lierre a été utilisé comme plante médicinale de l’Antiquité à nos jours, étant même nommée plante médicinale de l’année en 2010.
Lierre et Arbres : Un Débat Séculaire et des Idées Reçues
La relation entre le lierre et l'arbre est un sujet qui alimente les discussions depuis l'Antiquité. Les propriétaires d’arbres se demandent souvent si le lierre est inoffensif pour l’arbre ou plutôt à considérer comme nuisible. Les avis sont assez partagés à ce sujet et les préjugés sont tenaces. Dès 77 après Jésus-Christ, Pline l’Ancien assurait au livre XVI de son Histoire naturelle « Le lierre tue les arbres ». Le ton était donné et ce discours va perdurer au cours des siècles qui suivent : le lierre est un parasite ou un nuisible pour les arbres. Cette perception persiste encore de nos jours, comme en témoignent tristement les nombreux troncs de lierre rageusement sectionnés, une pratique très enracinée à la campagne et dans le milieu des forestiers.
Pourtant, il faudra attendre l’aube du vingtième siècle pour entendre des voix modératrices dire « peut-être que ce n’est pas si simple et que même le lierre aurait des effets bénéfiques ». L'Office national des forêts, par exemple, alertait en octobre 2023 sur le nombre de personnes coupant les tiges de lierres en forêt, privant ainsi les écosystèmes d’une plante jouant plusieurs rôles bénéfiques. La littérature spécialisée ne mentionne généralement pas ce « problème », ou les opinions qui prévalent sont que le lierre est inoffensif pour la plupart des arbres et ne représente un danger que pour quelques-uns. Bien qu’il puisse être une menace pour certains arbres, la plupart des hypothèses ne sont pas fondées, comme le prouvent les études scientifiques. Il est souvent difficile d'évaluer la balance bénéfice-risque de sa présence sur le long terme et dans différents cas de figure, ce qui rend les débats particulièrement vifs.
Le lierre : utile ou nuisible ?
Le Lierre n'est Pas un Parasite : Un Support, Pas une Source de Nutriments
Une des plus grandes idées reçues est que le lierre est un parasite qui puise la sève et les nutriments de l'arbre. C'est une liane, il n’a donc pas de tronc et, incapable de porter son propre poids, il a besoin d’un support. Il rampe ainsi au sol pendant la première partie de sa vie, puis s’approche de la lumière en grimpant sur un support, arbre ou autre, et seulement alors il fleurit et fructifie.
Contrairement aux parasites des arbres comme le gui (Viscum album), qui s’enracinent directement sur les branches de leurs plantes hôtes pour s'en nourrir, le lierre utilise les arbres uniquement comme support pour grimper vers la lumière. Les racines de lierre grimpant le long des troncs sont des racines adhérentes ou crampons. Sur les arbres âgés, elles n’adhèrent que superficiellement et ne pénètrent pas dans le bois, n’étranglent pas l’arbre et ne le privent pas de nutriments. Ces petites racines collantes, courtes et brunes, ne se transforment pas en racines nourricières et n'absorbent ni eau ni nourriture de l'arbre. Les racines souterraines ou nourricières du lierre servent à l’ancrer dans le sol et à lui fournir de l’eau et des nutriments. Le lierre ne prive donc pas les arbres de nutriments, ce n’est pas une plante parasite.
Il arrive très occasionnellement que de jeunes racines adhérentes, en contact avec l’eau ou le sol, se transforment en racines nourricières. Cela leur permet de pousser dans des fissures de roches humides ou dans des arbres morts. En cas de fissures dans l’écorce vitale d’un arbre, il est également possible que les racines poussent vers la zone humide à l’intérieur, mais cela reste marginal et ne constitue pas un comportement parasitaire généralisé. Le lierre n’enserre pas non plus les arbres à la manière d’un figuier étrangleur, car ses tiges qui grimpent sur un même tronc sont peu liées les unes aux autres. Les figuiers dits étrangleurs, eux, vivent dans la forêt équatoriale, où la compétition pour la lumière est beaucoup plus intense que dans la forêt tempérée, et peuvent soutenir leur propre poids après la mort de l'arbre hôte. Le lierre, au contraire, a tout à perdre de la mort de son support, puisqu’il se retrouve alors, sauf exception, précipité à terre et dans l’impossibilité de continuer son cycle de croissance et de reproduction.

Compétition pour les Ressources : Lumière, Eau et Nutriments
La question de la compétition pour les ressources est un autre point central du débat sur la présence du lierre.
Concurrence pour la lumière
C’est la lumière qui permet la photosynthèse, unique source de matière et d’énergie des plantes. Les feuilles des arbres et celles du lierre sont en compétition pour la lumière dans les parties hautes des arbres. Le lierre pousse en direction du soleil le long du tronc et parfois jusqu’à la couronne. Le lierre grimpe de préférence sur des individus de grande taille, avec des couronnes étalées. Ses feuilles s’implantent principalement là où la plupart des rayons du soleil parviennent. Cela est particulièrement important pour la photosynthèse du lierre. Cependant, le lierre, dont les feuilles sont plutôt situées près du tronc et des grosses branches de l’arbre, supporte en outre très bien l’ombre. Les feuilles de l’arbre sont davantage situées sur les extrémités des rameaux, en pleine lumière. Ainsi, la plante n’entre que rarement en concurrence avec l’arbre hôte pour la lumière sur les gros arbres de soutien aux couronnes étalées. La photosynthèse de l’arbre se déroule principalement sur les branches fines et sur les côtés de la couronne, et le lierre pousse principalement sur le tronc et sur les grosses branches porteuses, laissant souvent la couronne de l’arbre à feuilles caduques libre et sa photosynthèse non affectée.
La situation est légèrement différente pour les arbres plus petits ou les jeunes arbres dont la couronne n’est pas étalée, car le lierre peut alors envahir toute la couronne, ce qui peut entraîner la mort de l’arbre. Même si l’arbre meurt, le squelette mort de l’arbre reste un support pour le lierre pendant des années. Plus la couronne d’un arbre est clairsemée, plus il est facile pour le lierre de grimper. En revanche, les couronnes denses créent beaucoup d’ombre et ralentissent la croissance du lierre. Les conifères sont donc nettement moins souvent envahis par le lierre que les feuillus à grande couronne. Les espèces d’arbustes telles que l’aubépine, qui se développe en petits arbres forestiers, ou les essences de petite taille telles que le saule marsault (Salix caprea) ou le bouleau pendant (Betula pendula) peuvent être endommagées par le lierre. Les espèces d’arbres à couronne étroite comme le poirier (Pyrus sp.) ou le bouleau pendant sont menacés par l’assombrissement. En ce qui concerne les grandes espèces d’arbres indigènes comme le chêne (Quercus sp.), le frêne (Fraxinus excelsior) ou l’érable des montagnes (Acer pseudoplatanus), les connaissances actuelles ne permettent pas de penser que le lierre puisse nuire à l’arbre par concurrence lumineuse.
Certains observateurs, comme un paysagiste et agriculteur, rapportent cependant que lorsque le lierre atteint les branches des plus hauts chênes, le feuillage de ces derniers se réduit d'autant. Ceci suggère que, une fois une certaine hauteur atteinte et que le lierre a suffisamment de lumière, ses lianes peuvent enrouler les branches de l'arbre et les rabattre vers le bas, déformant l'arbre et affectant sa beauté. Cependant, une étude menée dans la vallée alluviale du Rhin, milieu très favorable au lierre, montre que le rythme de croissance des arbres (estimé avec les cernes de croissance) porteurs de lierre ou pas, côte à côte, était identique, indiquant donc un effet neutre au minimum.
Concurrence pour l'eau et les sels minéraux du sol
Le lierre puise l’eau et les sels minéraux par les racines de sa partie rampante qui, contrairement aux racines de la partie grimpante, ne sont pas transformées en crampons. Il pourrait donc être en compétition avec les arbres dans le sol pour ces ressources. Mais le lierre garde son feuillage toute l’année, et une étude a montré qu’il utilise l’eau surtout lors des journées douces de fin d’hiver et de printemps, quand les arbres à feuilles caduques n’en ont pas besoin parce qu’ils sont en repos hivernal. Si les conditions de la station sont mauvaises, il pourrait seulement y avoir une concurrence entre les racines du lierre et celles de l’arbre hôte, puisqu’elles se retrouvent côte à côte dans le sol. Toutefois, il est prouvé qu’un arbre couvert de lierre pousse souvent mieux que ses voisins exempts de lierre, car le feuillage du lierre ne possède pratiquement pas de substances inhibitrices de décomposition et exerce donc une influence positive sur le renouvellement des substances dans le sol.

Impact Physique sur l'Arbre : Poids, Vent et Neige
Le lierre peut-il nuire aux arbres, même s’il ne s’en nourrit pas ? La force physique que représente cette masse végétale est une préoccupation légitime.
L'effet d'étranglement
Contrairement à la croyance populaire, le lierre ne va pas étrangler l'arbre hôte. Le lierre pousse généralement d’un seul côté du tronc porteur, vers le haut, et non pas en s’enroulant autour du tronc, comme d’autres plantes (par exemple le chèvrefeuille) qui peuvent étrangler leur hôte. Dans les forêts, le lierre pousse souvent d’un seul côté des troncs, car la lumière pénètre principalement d’un seul côté et la plante pousse ainsi à l’opposé de la lumière. Pour démontrer un éventuel effet d’étranglement du lierre, il faudrait le prouver par les cernes annuels. Or, dans de nombreux cas où cette opinion est défendue, une telle vérification n’a jamais eu lieu. Lorsque l’effet d’étranglement par le lierre a été vérifié, une limitation de la croissance en épaisseur n’a jamais pu être confirmée. Il arrive parfois que les arbres enveloppent les tiges de lierre comme des corps étrangers, ce qui peut éventuellement affaiblir la stabilité de l’arbre, car sa croissance en épaisseur n’est pas constante, mais ce n'est pas un étranglement direct.

Poids et Prise au Vent
Le lierre peut peser très lourd, contraignant l’arbre à produire davantage de bois, ce qui lui coûte des ressources. Et la présence de lierre augmente beaucoup la surface de feuillage sur laquelle le vent appuie, comme sur une voile : cette prise au vent peut devenir importante au point de briser ou déraciner l’arbre. Le risque est encore plus fort avec les essences à bois tendre (peupliers, saules, frênes) ou avec les arbres âgés. Dans les ripisylves ou forêts alluviales où le lierre prospère, plusieurs d’entre eux peuvent souvent coloniser un même arbre, créant alors un risque encore plus fort de casse. Ainsi se créent des vides provoqués par les coups de vent (des chablis), sièges idéaux pour la régénération naturelle, où des semences d’arbres pourront germer et renouveler la population. Une étude menée en France en 2006 dans des forêts alluviales à bois dur a montré qu’un risque plus important n’existe que pour les arbustes ou les jeunes arbres dans la strate arbustive, l’effet de voile de la végétation de lierre étant proportionnellement plus élevé lorsque l’arbre couvert est petit. En hiver, le lierre peut retenir la neige et son poids peut, le cas échéant, provoquer la rupture de branches.
Les Multiples Bienfaits du Lierre pour l'Écosystème et l'Arbre Hôte
Malgré les inquiétudes, le lierre apporte une contribution significative à la biodiversité et peut même offrir des avantages à ses hôtes.
Un Habitat et une Source de Nourriture Indispensables
Le lierre offre un habitat pour les insectes ainsi que des sites de nidification et de la nourriture pour diverses espèces d’oiseaux et de chauves-souris. Plus le lierre est vieux, plus il est riche en biodiversité. Comme le lierre fleurit tardivement, d'octobre à novembre, il constitue une source de nourriture importante pour les insectes tels que les coléoptères, les punaises, les papillons, les abeilles, les guêpes ou les syrphes, car il n’y a qu’une vingtaine d’autres espèces de plantes qui fleurissent également à cette période. Dernière plante à fleurir avant l’hiver dans bien des endroits, le lierre favorise la survie hivernale de très nombreux insectes pollinisateurs, dont une visiteuse spécialisée, l’abeille du lierre. Pierre Deom dans La Hulotte rapporte qu’au moins 200 espèces d’insectes se nourrissent du nectar des fleurs du lierre. En automne, le lierre peut constituer jusqu’à 90 % des ressources alimentaires des abeilles.

Outre ces espèces qui se nourrissent de lierre, il existe également de nombreuses espèces d’insectes chasseurs ou parasites qui, à leur tour, augmentent la nourriture disponible pour les oiseaux et les chauves-souris. Après la floraison vient la fructification, toujours à contre-saison par rapport aux plantes dominantes : les fruits sont à maturité en décembre-janvier, voire de janvier à avril. Ils sont comestibles pour les oiseaux, bien que pas très recherchés. Mais quand l’hiver est rude et que les autres sources de nourriture sont épuisées, ces baies servent de nourriture à de nombreuses espèces d’oiseaux (>17) comme le bruant zizi, le rouge-gorge, le rougequeue à front blanc, l’étourneau sansonnet, le merle noir, la fauvette à tête noire et les grives, car les baies sont alors rares.
Refuge et Site de Nidification
Le lierre recouvre les troncs d’un entrelacs dense qui s’épaissit avec l’âge, créant ainsi des possibilités de nidification protégées. Une étude menée dans une forêt de protection du Bade-Wurtemberg a montré que le grimpereau des bois, la fauvette à tête noire, le merle noir, la grive musicienne, le troglodyte mignon, le roitelet huppé, le roitelet à triple bandeau, l’orite à longue queue, le pigeon ramier et le geai des chênes utilisaient le lierre comme site de reproduction. Les oiseaux trouvent également dans le lierre des abris pour dormir pendant l’hiver, se protégeant du froid. De plus, le lierre abrite près de 50 espèces de champignons, contribuant à la complexité de l'écosystème.
Protection et Régulation Climatique
Le lierre peut protéger les troncs d’arbres comme le hêtre (Fagus sylvaticus), le frêne (Fraxinus excelsior) ou le charme (Carpinus betulus) par son ombrage contre les coups de soleil (brûlure de l’écorce), en particulier lorsque les arbres ont grandi à l’ombre d’autres arbres et sont soudainement dégagés par l’abattage de ces arbres. En outre, le lierre peut protéger les troncs des fissures causées par le gel en hiver, car il atténue les variations de température. Des observations en Angleterre ont même noté que pendant le pic d’épidémie de graphiose de l’orme, les arbres couverts de lierre étaient moins atteints, peut-être moins accessibles aux scolytes foreurs d’écorce qui transmettent la maladie. On pourrait aussi penser que cela protège les arbres contre les attaques des pics ou entretient contre le tronc la présence de toute une faune d’insectes dont une partie pourrait bénéficier à la protection des arbres. Certains suggèrent un effet positif thermique du lierre installé sur un arbre, protégeant le tronc des effets de froid excessif en hiver et le rafraîchissant en cas d’épisode caniculaire en été, prévenant ainsi certains effets délétères de tels épisodes appelés à s’intensifier. Le manchon de lierre jouerait donc un rôle de régulateur thermique vis-à-vis de l’arbre.
Les plantes ligneuses, dont le lierre fait partie, stockent le CO2 et peuvent donc apporter une contribution précieuse au climat et à la régulation climatique dans les villes. De plus, elles libèrent de l’oxygène, ce qui améliore la qualité de l’air. La présence accrue de lierre en zone urbaine est une contribution précieuse à la protection du climat et des insectes. Des études récentes soulignent en outre l’importance du lierre en tant que bio-indicateur du changement climatique en Europe centrale. Une augmentation significative des peuplements à certains endroits au cours des dernières années est interprétée comme une indication de l’augmentation des hivers doux. Outre la propagation végétative au sol, où le lierre est souvent protégé des dommages causés par le gel par des couches de neige, c’est surtout une formation accrue de la forme grimpante et arborescente qui doit être interprétée comme un signe de réchauffement climatique, car le lierre grimpant peut provoquer des dommages plus importants que la forme au sol.

Gestion et Entretien du Lierre
La question de savoir s'il faut laisser le lierre sur les arbres ou au contraire s'en débarrasser fait débat depuis longtemps. Certains voient le lierre comme un bon partenaire, un allié de l’arbre et de la faune. D’autres le considèrent comme un opportuniste envahissant.
Quand Intervenir ?
Si le lierre ne pose généralement pas de problème en forêt, il en va tout autrement en zone urbaine ou dans des jardins spécifiques. Les arbres couverts de lierre ne sont pas faciles à contrôler lors d’une évaluation de la sécurité, car les points faibles sont moins visibles. Si le lierre pousse sur les branches, l’arbre reçoit moins de lumière et les branches peuvent dépérir. Les jeunes arbres malades pourraient éventuellement être endommagés par le lierre. L'expérience montre que des arbres en bonne santé peuvent être envahis, et des témoignages de personnes ayant "libéré" des arbres ont montré que ces derniers retrouvaient alors un feuillage dense.
Il est rarement responsable de l’affaiblissement de son support. Si l'on note qu’un arbre recouvert de lierre est mourant ou mort, c’est qu’il l’était avant ou que le lierre n’a fait au plus qu’accélérer un processus déjà en marche, une fragilité déjà présente. Cependant, le lierre peut aussi fragiliser par son poids et ses enlacements quelque peu envahissants les sujets les plus jeunes et les espèces les plus frêles. Il est donc sage de ne pas le laisser pousser sur des arbres jeunes et affaiblis dont l’écorce est endommagée si l’on veut les préserver. Certes, les racines du lierre ne pénètrent pas dans l’écorce, mais les champignons trouvent sous le lierre un climat parfait, ce qui peut poser problème pour un arbre déjà fragilisé.
Comment Gérer la Croissance du Lierre ?
Ne pas laisser le lierre envahir la couronne est une précaution essentielle. Il est recommandé de supprimer régulièrement les pousses pour que les effets positifs du lierre soient conservés et la survie des deux plantes soit assurée. Si la couronne d’un arbre est effectivement envahie, la ou le propriétaire doit faire un choix entre l’arbre et le lierre. Si l’arbre a la priorité, le lierre peut être taillé à la base de la couronne. Il n’est en aucun cas nécessaire de le retirer complètement, car ainsi, le lierre peut continuer à remplir ses autres fonctions importantes dans l’écosystème.
Pour maîtriser l'évolution du lierre, en particulier sur les arbres fruitiers où il est observé que l'écorce est protégée, il faut couper au moment de la taille les pousses qui s'aventurent un peu trop haut. Taillez-le à hauteur d’homme - une hauteur de 2 m pas plus facilite l’entretien. Renouvelez cette taille chaque printemps et désépaississez-le avec une cisaille tout aussi régulièrement. Si vous décidez de supprimer le lierre sur le tronc, il est conseillé de ne pas l'arracher brutalement. Détachez aisément à la main les plus jeunes lianes en commençant à la base et en montant sans vous presser aussi haut que possible. Procédez de même mais au sécateur pour les lianes les plus épaisses, en prenant garde de ne pas blesser l’écorce. Une méthode plus simple et moins physique consiste, l'hiver venu, à sectionner l’ensemble des lianes au sécateur au pied de l’arbre. Elles sécheront en quelques semaines et, dès le printemps suivant, il sera possible de les détacher plus facilement. Pour les parties hautes et inaccessibles, coupées de leur racine, elles se dessécheront et peu à peu se détacheront.
Entretien de l'Hedera helix 'Arborescens'
Pour la variété 'Arborescens', l'entretien est spécifique :
- Arrosage : Arrosez lorsque le substrat est sec en surface, sur environ trois centimètres.
- Rempotage : Choisissez un pot percé d’une taille supérieure au précédent (deux centimètres de diamètre et de profondeur de plus suffisent). Garnissez le fond avec des billes d’argile ou des graviers pour optimiser le drainage. Versez une couche de terreau universel, plantez votre Hedera 'Arborescens' et ajoutez du substrat.
- Taille : Votre Hedera 'Arborescens' est une plante à croissance rapide. Vous devez la tailler pour contrôler son étalement et éviter qu’elle ne vous envahisse. Retirez les branches mortes en coupant à leur base et raccourcissez les rameaux devenus trop longs en sectionnant juste au-dessus d’un nœud, avec un outil propre et tranchant (ciseaux ou sécateur selon le diamètre des tiges).
- Plantation : Lorsque les risques de gelées sont écartés, mettez la motte à tremper dans un seau d’eau à température ambiante. Pendant ce temps, creusez un trou deux fois plus grand que la motte. Plantez votre Hedera 'Arborescens' sans enterrer le collet. Rebouchez avec votre terre de jardin et arrosez.
- Bouturage : Le bouturage s’effectue lors de la phase de forte croissance, généralement au printemps et au début de l’été. Avec un outil propre et affûté, prélevez une tige de dix à quinze centimètres, coupez entre deux nœuds et retirez les feuilles pour ne garder que la paire supérieure. Dans un pot percé, versez une couche de billes d’argile pour le drainage.
Le Lierre en Milieu Urbain et sur les Structures
Le lierre est également un élément architectural et écologique important, notamment en milieu urbain. Son pouvoir couvrant et son feuillage persistant lui confèrent des qualités esthétiques exceptionnelles, capable d'habiller un végétal disgracieux, un petit bosquet d'arbres morts, ou de redonner vie à un endroit triste du jardin.
L'Allié des Façades : Isolation et Esthétique Gothique
Des études récentes sur l’usage des murs végétaux comme moyen d’isolation thermique et de réduire les demandes en air conditionné ont conduit à s’intéresser évidemment au lierre pour sa capacité à coloniser les murs. Ainsi, sur une façade en briques, on a comparé l’effet thermique en hiver entre les zones couvertes de lierre et celles non couvertes. La température externe du mur augmente de 0,5°C quand il y a du lierre qui amortit les fluctuations ; la nuit, les murs couverts étaient en moyenne 1,4°C plus chauds que les autres, mais au milieu de la journée, ils étaient 1,7°C plus frais. Le lierre installé sur une façade agit donc comme un bon manteau isolant, hiver comme été, et contribue à réduire les déperditions de chaleur en hiver.

Contrairement à une idée reçue tenace, le lierre ne pénètre pas dans la maçonnerie. Ses racines-crampons se contentent d’adhérer en surface, le rendant un choix idéal pour donner un charme d'antan, presque gothique, aux vieilles pierres sans les endommager. Son pouvoir couvrant permet de créer des parois végétales denses, qui filtrent le bruit et la pollution, contribuant à un environnement urbain plus sain et plus agréable. Les anciennes constructions, comme les bâtiments du Moyen Âge, sont souvent associées à des plantes grimpantes. Historiquement, le palissage de vignes sur les murs était une question pratique : près d'un mur protecteur de monastère, d'un mur de soutènement en pierre sèche ou d'un mur de maison, la vigne recevait la chaleur emmagasinée par la pierre, le raisin mûrissait mieux et devenait plus sucré. Le lierre, avec ses capacités d'adhérence et d'isolation, prolonge cette tradition d'intégration de la végétation aux structures bâties.