La culture des arbres fruitiers occupe une place centrale dans le paysage et l'économie de la Polynésie française. Qu'ils ornent les bords de route, les forêts sauvages, les jardins privés, les parcs entretenus, les abords des marae ou les sentiers de randonnée, ces végétaux sont essentiels dans la transition alimentaire en cours. Pour le consommateur, les fruitiers sont les végétaux qui donnent des fruits de préférence en Polynésie charnus, sucrés et peu acidulés. Bananiers, papayers, avocatiers, arbre à pain fournissent, en échange d’un minimum d’attention et d’entretien, de délicieux produits.

Le Limettier de Perse (Citrus latifolia) : Le grand citron vert
Le grand citron vert, connu sous le nom scientifique Citrus latifolia de la famille des Rutacées, est le limettier le plus couramment cultivé et son grand citron vert est le plus représenté sur les étals. Son origine est trouble, car le limettier de Perse ne provient ni de Perse, ni de Tahiti, mais d’une hybridation naturelle entre un citron jaune haploïdes, Citrus lemon à l’ADN non doublé, avec un citron vert ou limette, diploïdes Citrus aurantifolia avec un ADN ordinaire (doublé). Ces deux espèces sont originaires d’Asie, mais ont fait le tour du monde afin d’être cultivées.
Caractéristiques botaniques et morphologiques
Le limettier de Perse est un hybride triploïde, solide et productif, stérile (sans graines), dont le fruit a ses propres caractéristiques. Citrus latifolia produit un petit arbre, haut d’environ 2 m, au tronc unique, mais rapidement ramifié, quelque peu épineux. L’arbre est vigoureux, le port étalé et retombant. Les fleurs peuvent se développer toute l’année, avec deux saisons privilégiées le printemps et l’automne. Elles mesurent 5 cm de large et sont légèrement parfumées, la corolle dispose de 5 pétales blanc rosé et cireux.
Le fruit est plus petit que le citron et plus gros que la lime acide. Il mesure 5 à 6 cm de diamètre, sans pépins. Il est caractérisé par une peau aromatique fine, difficile à éplucher et une chair juteuse, moins acide et nettement plus gros que le citron vert de Citrus aurantifolia.
Exigences de culture et environnement
En milieu tropical, les conditions environnementales et les porte-greffes affectent fortement la quantité de jus contenu dans le fruit. Le citron Volkamer est le porte-greffe qui donne les meilleurs résultats en grande culture. Le fruit est sans pépin. Il apprécie les terrains neutres à légèrement acides, non calcaires. Selon le porte-greffe qui est utilisé, il sera plus ou moins résistant au froid et plus ou moins tolérant vis-à-vis du calcaire.
Citrus latifolia est plus vigoureux et plus tolérant que Citrus aurantifolia. Il se prête bien à la culture en conteneur, ce qui permet de le cultiver ailleurs que sur la Côte d’Azur. Cultivé en extérieur pendant la belle saison, il sera remisé dans une pièce lumineuse, en véranda ou en serre. Il se propage par greffage sur Poncirus ou un autre agrume, mais éventuellement aussi par marcottage. Le Citrus latifolia ne peut être reproduit que par clonage.
🍊La MULTIPLICATION des AGRUMES🍋par SEMIS, BOUTURAGE ou GREFFAGE
Diversité fruitière en Polynésie
En Polynésie, différentes espèces de fruitiers « communs » existent, ce sont principalement le bananier, le papayer, le manguier, l’arbre à pain (uru), l’avocatier, le cocotier, les agrumes (pamplemousses et citrons), le pitaya qui a connu un essor rapide ces dernières années, mis à la mode pour les qualités nutritives de son fruit. D’autres espèces poussent aisément, mais ils sont un peu moins représentés : figuier, ramboutan, pomme étoile, abiu, longane et récemment durian. « Il y a une très grande diversité d’espèces dont certaines restent à développer », constate Karima Miri, ingénieure responsable de la filière agrumiculture et fruits.
La notion d'espèce et de variété
D’un point de vue plus scientifique, l’espèce se définit comme unité de base de la classification des êtres vivants. Ses individus peuvent se reproduire entre eux et leur descendance peut également se reproduire. Toutefois, il est évident qu’au sein d’une même espèce peut exister un large éventail de plantes très différentes. Les agriculteurs et les producteurs ont besoin de végétaux présentant des caractères précis, qui soient adaptés à l’environnement dans lequel ils sont cultivés ainsi qu’aux méthodes de culture employées.
Une variété végétale représente donc un groupe de plantes défini de façon plus précise, sélectionné à partir d’une espèce et doté d’un ensemble de caractères communs. Les bananiers sont cultivés dans plus de 120 pays, sur les 5 continents, ils comptent 1 000 à 1 500 variétés. Au fenua il y en aurait une trentaine. Originaire de Nouvelle-Guinée il y a plus de 3 500 ans, l’arbre à pain (uru) a été diffusé dans tout le Pacifique lors des migrations polynésiennes et se rencontre dans la plupart des îles à proximité des zones habitées. Étant la base de la nourriture, des dizaines de variétés de uru ont été sélectionnées et reconnues à partir de la seule espèce : Artocarpus altilis.

Pratiques de plantation et entretien
Les arbres fruitiers sont plantés en plein soleil, à l’exception de quelques espèces comme le ramboutan, le mangoustanier et le cacaoyer. Celles-ci préfèrent un ombrage, au moins les premières années. Attention, mieux vaut éviter de planter des fruitiers à proximité d’une haie, d’un arbre de grande taille ou d’une forêt ; ils risqueraient de manquer de lumière, et de se développer anormalement. Respectez les distances de plantation minimales car il existe une concurrence spatiale visible (les branches) et invisible (les racines).
Étapes de mise en terre
Pour celles et ceux qui veulent se lancer, voici les étapes à suivre. Creusez un trou de 1m3 soit (1 m x 1 m x 1 m). Si vous rencontrez une couche trop dure (argile, tuf), il faudra un trou plus large et moins profond. Rebouchez le trou en incorporant au fur et à mesure : une brouette (50 L) de fumier bien décomposé ou de terreau, 3 kg de chaux magnésienne, 1 kg de super phosphate et 1 kg de sulfate de potasse. Confectionnez une butte de 30 cm de hauteur et de 1 m de diamètre pour préserver les racines des excès d’eau. Pour conserver le plant en motte, enlevez le pot en tapant sur les parois pour décoller celles-ci de la motte. Éliminez au sécateur les racines qui se sont enroulées au fond du pot ou qui sont abîmées.
Tuteurage et soins précoces
Il est conseillé de tuteurer les jeunes plants. Choisissez comme tuteur une variété qui ne pourrit pas rapidement et qui ne se ré-enracine pas facilement afin de ne pas concurrencer le jeune plant. Fixez le plant à son tuteur avec par exemple un raphia naturel. Ne serrez pas afin d’éviter les risques d’étranglement quand l’arbre se développera. Une ligature lâche en forme de 8 est recommandée. Posez le tuteur en biais, face aux vents dominants. Enfin, éliminez le tuteur quelques mois après plantation : votre arbre devrait alors être assez vigoureux.

Gestion de la taille et productivité
Tout au long de la vie des arbres, il vous faudra les tailler. Il existe différents types de tailles qui ont, chacune, différentes fonctions comme : garantir un bon état sanitaire, obtenir des arbres dont les branches bénéficient du maximum d’ensoleillement pour une fructification homogène, limiter la hauteur et faciliter la récolte et les entretiens, éviter que les branches mortes prennent la lumière et que les branches tombent sous le poids des fruits, réduire l’ombrage des autres plants et la prise au vent de l’arbre, améliorer la pénétration de la lumière et les mouvements de l’air qui réduisent les maladies, faciliter la floraison et la production de fruit.
Techniques de taille
« Les tailles, et notamment la taille de fructification est technique », prévient Raimoana Oito. Aussi, il peut être intéressant de demander conseil à un technicien la première fois. En effet, une erreur peut freiner de manière importante la croissance du plant. Il faut disposer d’outils aiguisés et tailler proprement les plans afin qu’elle n’impacte pas la santé de la plante. Les coupes doivent être nettes et précises. Retenez d’ores et déjà que, si la taille d’un arbre ne vous semble pas nécessaire, alors ne le taillez pas ! En Polynésie française, la taille est à privilégier de février à septembre. Taillez de préférence juste après la récolte, pendant la phase dite « de repos ».
Recommandations de hauteur par espèce
La Chambre de l’agriculture et la pêche lagonaire conseille pour les orangers, mandariniers, limettiers, pamplemoussiers, pomelos, ramboutan un espace de 7 m x 8 m correspondant à leur besoin de développement, pour les manguiers ou avocatiers, de 8 m x 8 m ; les fruitiers tropicaux (grands arbres) de 10 m x 10 m, les goyaviers de 6 m x 6 m.
Pour simplifier l'entretien et la récolte, voici quelques tailles maximales à ne pas dépasser :
- Abiu : 2,4 à 3,6 m
- Avocatier : 3 à 4,5 m
- Citronnier : 3 à 4,2 m
- Goyavier : 0,9 à 3,6 m
- Manguier : 1,8 à 4,5 m
- Corossolier : 2,4 à 3,6 m
- Pomme cannelle : 2,4 à 3,6 m

Qualité nutritionnelle et sanitaire
Les fruitiers, au-delà de l’aspect gourmand, offrent des aliments d’une très grande qualité nutritionnelle. Ils apportent des féculents comme le ‘uru, mais aussi beaucoup de minéraux et vitamines. Ils comptent parmi les essentiels d’une nourriture saine et équilibrée. Ils font partie de l’alimentation traditionnelle dans tout le Pacifique, de l’histoire de l’Océanie. Concernant les soins à apporter, ils varient selon le sol mais aussi l’état sanitaire du plan, il est possible en cas de besoin d’apporter un fertilisant. La pulvérisation de pesticides n’est pas nécessaire. Des pièges à mouche du fruit peuvent en revanche être installés pour prévenir les attaques.
À la question : « combien de temps faut-il attendre avant de pouvoir se régaler des fruits de son jardin ? » La réponse est : « tout dépend ! » Le délai varie notamment du point de départ (allez-vous planter une graine ou bien un plan déjà formé ?) et de l’espèce. Si vous plantez des graines de papayer, vous pourrez envisager une tarte tatin à la papaye au bout de quelques mois. La Direction de l’agriculture ne travaille plus sur la sélection de variétés de fruitiers, il n’y a pas de besoins identifiés en ce sens, elle s’est orientée sur la mise en place de collections et la multiplication.