
Le monde de l'arboriculture fruitière regorge de termes techniques et de méthodes de culture spécifiques, dont l'un des plus intrigants est sans doute le concept de "spur". Qu'est-ce qu'un arbre fruitier "spur", et pourquoi cette caractéristique est-elle si prisée, notamment dans les petits jardins ? Cette forme de croissance particulière est le fruit d'une sélection rigoureuse et offre des avantages significatifs en termes de productivité et d'encombrement.
Comprendre le "Spur" : une définition botanique
En botanique, le terme "spur" (qui signifie "éperon" en anglais) désigne au départ un rameau court, souvent de moins d'une dizaine de centimètres, qui porte un bouquet de fleurs à son extrémité et, par conséquent, des fruits plus tard dans la saison. L'aspect visuel de ces rameaux évoque celui des éperons que les cavaliers fixent à l'arrière de leurs bottes, avec une étoile au bout d'une courte tige métallique. Ces formations apparaissent directement sur les branches charpentières de l'arbre, lui conférant un aspect caractéristique lorsqu'il est couvert de fleurs ou de fruits.
Ce phénomène, bien que rare à l'état naturel, est intrinsèquement lié à un gène récessif, ce qui le rend transmissible lors de la reproduction sexuée. Les arbres fruitiers de type "spur" que l'on trouve aujourd'hui dans le commerce sont le résultat de croisements et de sélections draconiennes. Ces efforts ont visé à fixer cette propriété, à l'isoler et à la transmettre de génération en génération. Pour assurer leur développement optimal, ces variétés sont généralement propagées par greffe, associées à un porte-greffe vigoureux afin de compenser leur faible croissance intrinsèque.
Caractéristiques et avantages des arbres "Spur"
Les arbres fruitiers "spur" se distinguent par plusieurs caractéristiques remarquables. Leur croissance végétative est peu vigoureuse, principalement due à des entre-nœuds courts. Les branches se concentrent sur la formation annuelle de bourgeons floraux, ce qui limite fortement leur allongement. Il en résulte des arbres d'au moins un tiers plus compacts que leurs homologues traditionnels.
Malgré un gabarit inférieur, cette compacité ne signifie en aucun cas une réduction de la productivité. Bien au contraire, la production reste relativement identique, tant en termes de nombre de fruits que de leur calibre. Cette efficacité est un atout majeur, particulièrement pour les jardiniers disposant d'un espace limité.
Le pommier Red Spur : un exemple emblématique
Le pommier Red Spur est une variété qui illustre parfaitement les qualités des arbres de type "spur". Arrivant à maturité fin septembre-début octobre, il produit des pommes avec un bel épiderme rouge, strié sur au moins les trois quarts de la surface du fruit. Le calibre est bon, la chair est tendre, et sa saveur est moyenne, bien qu'elle puisse devenir un peu farineuse en fin de conservation.

Red Spur, comme tous les pommiers "Spur", présente un port à tendance basitone et une vigueur assez faible, ce qui est considéré comme correcte à bonne pour un spur. Sa ramification est importante, rigide et érigée, ce qui contribue à sa forme compacte et à sa facilité de gestion. L'histoire des pommiers du groupe Rouge Delicious (ou Red Delicious) est fascinante. Depuis la découverte aux USA des premiers spécimens, Richared Delicious en 1915 et Starking Delicious en 1921, de très nombreuses mutations ont été repérées puis diffusées dans le monde entier, donnant naissance à des variétés comme Red Spur.
Différentes formes d'arbres fruitiers et leurs implications
La conduite de l'arbre, qui consiste à lui donner une forme architecturale précise pour contrôler sa croissance et sa mise à fruit, est une pratique ancestrale. Cette tradition, datant du XVIIe siècle et développée sous l'impulsion de Jean-Baptiste de La Quintinie par les jardiniers des châteaux et des monastères pour des raisons avant tout esthétiques, a évolué au fil du temps.
Formes traditionnelles et leurs défis
La taille trigemme, qui consiste à tailler les rameaux en ne laissant que trois yeux, était souvent utilisée en France pour ce genre de taille traditionnelle. Cependant, aucun arbre, aucune variété n'est semblable à l'autre, ce qui rend difficile l'utilisation d'une méthode unique.
Les formes basse tige ou coniques comprennent le gobelet, qui permet de créer un "puits de lumière" au centre de l'arbre (selon l'angle des branches, le gobelet s'appelle vase, entonnoir ou cylindre), et la pyramide (selon la position des naissances des charpentières, la pyramide s'appelle fuseau, cône, quenouille, toupie ou colonne).
Les formes en espalier (ou plates, palissées, dirigées ou en palmettes) sont également des techniques anciennes. Elles incluent la haie, la palmette (conduite contre un mur en horizontal, vertical ou oblique), le contre-espalier (palmette conduite sans mur mais avec treillis), le palissage en V (tatura), le candélabre, le drapeau et le cordon. Un exemple est le poirier formé en palmette Verrier, un type de forme qui n'est plus utilisée que par les jardiniers amateurs. Ces formes sont de moins en moins employées aujourd'hui car elles sont considérées comme non naturelles et exigent beaucoup d'entretien et d'expertise.

L'évolution vers des formes moins artificielles
Les techniques de taille ont aujourd'hui évolué vers des formes beaucoup moins artificielles, cherchant à respecter davantage le fonctionnement physiologique de l'arbre.
L'axe vertical
Jean-Marie Lespinasse, spécialiste du pommier à l'INRA, a proposé en 1975 "l'axe vertical". Cette méthode consiste en un axe (tronc) autour duquel se développent librement les branches fruitières selon le type de fructification de la variété. Alors que dans les anciens vergers, les organes fructifères étaient maintenus par une taille courte sur des rameaux vieillissants, J-M. Lespinasse a préconisé la taille de renouvellement.
Le Solen
À partir des années 1980, la technique du "Solen" a permis de limiter la hauteur des arbres. Le scion (première pousse verticale d'un jeune arbre de pépinière) est rabattu à hauteur d'homme afin d'obtenir deux pousses qui sont croisées et arquées à l'horizontale. Cependant, cette technique a été mal acceptée par les arboriculteurs en raison de sa forte contrainte en main-d'œuvre, tant en temps qu'en technicité.
Le Solaxe
En 1990, Lespinasse a proposé le "Solaxe" (Solen + Axe), un mélange des deux premières techniques. Cette méthode consiste à laisser pousser l'axe sans jamais le tailler, mais en le maintenant toujours à l'horizontale par arcure.
La taille centrifuge et l'extinction
À partir de 1995, le "MAFCOT" (collectif informel réunissant des ingénieurs Inra pour la Maîtrise de la Fructification - Concepts et Techniques) a décidé de gérer simultanément le problème de la taille et de l'alternance. Le groupe a proposé une conduite dite "centrifuge". L'extinction est un type de taille pratiquée à un stade ultérieur du développement de l'arbre, sur les organes directement engagés dans la fructification. Elle se différencie des tailles classiques qui agissent sur la structure de l'arbre, le tronc (taille de formation) ou les branches (taille de renouvellement). Ces dernières n'ont pas d'équivalent dans le fonctionnement physiologique normal de l'arbre, qui par conséquent réagit en réitérant le tronc ou la branche taillé.
L'extinction permet de maîtriser l'alternance et d'éclairer de manière plus optimale et homogène l'ensemble de l'arbre. Pour ce faire, un puits de lumière ou cheminée est créé après extinction systématique au centre de l'arbre. "L'arbre est davantage vu comme un ensemble de branches imbriquées en tuile, qui sont autant de capteurs hémisphériques de la lumière. Seule la partie périphérique est fructifère." L'extinction se produit naturellement à partir du centre de l'arbre et progresse de façon centrifuge quand l'arbre vieillit.
Cours de taille des arbres fruitiers - la taille trigemme
La floraison et la fructification des arbres fruitiers
La floraison constitue une phase cruciale pour la production des arbres fruitiers. De nombreux facteurs influencent la réussite de cette étape, notamment la pollinisation.
La pollinisation et l'auto-incompatibilité
La plupart des arbres fruitiers sont généralement auto-incompatibles, ce qui signifie qu'ils nécessitent une pollinisation croisée par une source génétique différente pour la nouaison. Les pommiers sont un exemple où la pollinisation croisée est quasi-obligatoire. Le pommier Reine des Reinettes, par exemple, fournit une pomme de très bonne conservation et est un excellent agent de pollinisation. Les fleurs de pommier peuvent être formées la première saison sur des rameaux d'au moins un an, et les fruits apparaissent la saison suivante. Seuls les rameaux courts fructifient efficacement, et les branches atteignent les plus hauts rendements sur cinq à six ans.
Les cerisiers sont rarement plantés dans les petits jardins, car seuls les arbres en haute tige donnent une belle récolte. Les poiriers fleurissent avant les pommiers, et les pruniers encore plus tôt. Les fleurs de poirier sont blanches et contrastent avec l'anthère brun foncé. En plus de leurs fleurs et de la beauté des fruits, les poiriers ont un joli feuillage ; les feuilles de l'excellente variété Beurre Hardy deviennent rouge brillant en automne, celles de Joséphine de Malines jaune vif. Les pruniers, qui produisent des prunes de table, exigent une exposition ensoleillée, en particulier les espèces Reines-Claude, qui sont les plus délicieuses de tous les fruits à manger crus lorsqu'elles sont cueillies à un stade de maturité parfaite. Les arbres à noyaux (pruniers, pêchers) portent des fruits sur des rameaux de l'année précédente. Pour ces arbres, on n'agit que pour la production de l'année à venir, en respectant le potentiel de développement des arbres, car les bourgeons latents de ceux-ci perdent en quelques années la faculté de se développer.
Parthénocarpie et apomixie
La parthénocarpie est un phénomène où les fruits se développent sans fécondation, ce qui résulte en des fruits sans graines. Elle est observée chez certains cultivars de vigne (comme 'Bedana Seedless') et peut être induite par des hormones. Chez les figues, la parthénocarpie est un mécanisme important pour la première récolte (figues fleurs) des types Communs et parfois la deuxième récolte des San Pedro.
L'apomixie, quant à elle, est la production de graines sans fécondation sexuée. Elle est très répandue dans l'agrégat Rubus fruticosus (mûres sauvages et certains cultivars) et conduit à des lignées clonales. L'apomixie pseudogame, où la pollinisation est nécessaire pour l'endosperme mais l'embryon est maternel, est courante chez les formes polyploïdes de Sorbus.
Exigences spécifiques par type d'arbre
- Pommiers : Généralement auto-incompatibles (AIG), nécessitent pollinisation croisée. Certains cultivars "spur-type" ont une forte proportion de floraison sur dards.
- Poiriers : Majorité des cultivars auto-incompatibles (AIG), nécessitant pollinisation croisée par un cultivar compatible. Certains cultivars (ex: 'Conférence') peuvent produire des fruits parthénocarpiques, surtout en conditions fraîches.
- Pruniers européens (Prunus domestica) : Généralement auto-incompatibles (AIG), nécessitent pollinisation croisée par un autre cultivar compatible. Faible parthénocarpie chez certains cultivars ('Hosui').
- Pruniers japonais (Prunus salicina) : Beaucoup de cultivars sont auto-incompatibles, mais une proportion plus élevée est autofertile ou partiellement autofertile comparé aux pruniers européens. La pollinisation croisée est souvent bénéfique.
- Cerisiers doux (Prunus avium) : Majorité des cultivars auto-incompatibles (AIG), nécessitant pollinisation croisée par un cultivar compatible. Parthénocarpie possible chez certains cultivars (ex: 'Spencer Seedless').
- Cerisiers acides (Prunus cerasus) : Beaucoup de cultivars sont auto-incompatibles ou partiellement auto-incompatibles, nécessitant pollinisation croisée. Certains sont autofertiles.
- Pêchers (Prunus persica) : La plupart des cultivars sont autofertiles. Quelques exceptions existent (ex: 'J.H. Hale' est mâle-stérile et nécessite pollinisation croisée).
- Noyers (Juglans regia) : Considéré comme autofertile, pollinisation par insectes (abeilles). Les fleurs femelles se trouvent à l'extrémité des pousses de l'année en cours.
- Noisetiers (Corylus avellana) : Monoïque. Fleurs mâles en longs chatons pendants. Pollinisation par le vent. La pollinisation est requise pour le développement de la noisette.
- Figuiers (Ficus carica) : Gynodioïque (fonctionnellement dioïque). La fructification dépend du type de figuier et de la récolte. Les figues de type Commun sont parthénocarpiques pour la première récolte.
- Vignes (Vitis vinifera) : La plupart des cultivars cultivés ont des fleurs hermaphrodites et sont autofertiles, s'autopollinisant efficacement.
- Groseilliers (Ribes rubrum) et Cassissiers (Ribes nigrum) : Majoritairement autofertiles.
- Groseilliers à maquereaux (Ribes uva-crispa) : Principalement autofertile, mais la pollinisation par les insectes peut améliorer la fructification.
- Plaqueminiers (Diospyros kaki) : Certains cultivars sont parthénocarpiques et n'ont pas besoin de pollinisation. D'autres nécessitent pollinisation pour perdre l'astringence ou pour une bonne fructification.
- Kiwi (Actinidia deliciosa) et Kiwaï (Actinidia arguta) : Généralement dioïques (plantes mâles et femelles séparées). Le cultivar 'Issai' de kiwaï est connu pour être parthénocarpique.
- Mûriers (Morus spp.) : Peut varier entre les espèces, souvent anémophile et beaucoup de cultivars sont autofertiles.
- Goji (Lycium barbarum, Lycium chinense) : Fleurs hermaphrodites, autopollinisation et pollinisation croisée (par insectes).
- Fruits de la passion (Passiflora edulis) : P. edulis f. flavicarpa (jaune) est souvent auto-incompatible et nécessite pollinisation croisée. P. edulis f. edulis (pourpre) est typiquement autofertile.
- Sureau (Sambucus nigra) : Partiellement autofertile, mais produit plus avec pollinisation croisée par une autre variété.
Conseils pour une culture réussie des arbres fruitiers "Spur"
Pour réussir la culture de vos arbres fruitiers, y compris les variétés "spur", le choix de l'emplacement est essentiel. Optez pour un endroit ensoleillé, car la plupart des arbres fruitiers nécessitent au moins six heures de lumière directe par jour afin d'avoir un rendement optimal.
Lors de la plantation, creusez un trou suffisamment large pour permettre aux racines de se développer librement. Un arrosage régulier, surtout durant les périodes sèches les premières années, est crucial pour aider l'arbre à s'établir et à fructifier. Les arbres fruitiers sont un choix enrichissant pour toute personne souhaitant récolter ses propres fruits. Avec leurs variétés et leurs richesses, ils apportent une touche de magie à votre jardin.
Le fruitier demi-tige, avec un tronc mesurant environ 120-130 cm entre les racines et les premières branches, est une forme idéale pour les vergers et les grands jardins. Une fois bien installée, c'est la forme fruitière qui demande le moins de taille, parfait pour les débutants. La demi-tige porte généralement 3 à 7 branches harmonieusement réparties, lui donnant rapidement l'aspect d'un arbre adulte. Il est aussi possible de planter un seul fruitier demi-tige dans un petit jardin. Les pommiers sont plus résistants et peuvent être cultivés dans un endroit moins choisi. On peut les faire pousser sous forme de cordons à un bras (les arbres ayant de longues branches ne conviennent pas dans ce cas-ci). On les plante à un mètre de distance, le long d'un chemin ou bien en rang, pour diviser le jardin en deux parties. Les jeunes arbres, fixés chacun à un support, sont courbés à angle droit et attachés au fil de fer reliant les montants. Ils produisent rapidement des fruits, de même que les pommiers nains en pyramide. Cette forme convient aussi pour un petit jardin, car la production, par rapport à la surface occupée, est plus élevée que pour n'importe quelle autre forme choisie. Les arbres en haute tige conviennent pour un plus grand jardin, car ils occupent plus de place et mettent aussi plus de temps à produire des fruits, quoiqu'une fois bien en place, ils en porteront des quantités pendant des années. Quelques arbres en haute tige, quatre environ, peuvent être plantés comme arbres d'ornement le long d'un côté du jardin. Quoi de plus joli au début de l'été, que la vue d'arbres couverts de fleurs roses et blanches qui sont en plus le gage d'une récolte future ?
Les arbres "spurs", et notamment les fruitiers colonnaires qui en sont le pendant vertical, sont tout indiqués pour les petits jardins où la place manque. Cependant, leur longévité, d'à peine une quinzaine d'années, est plutôt courte, ce qui doit être pris en compte lors de la planification du verger. La maturité échelonnée demande des cueillettes successives. Annie Elisabeth est remarquable lorsqu'il est en fleurs ; il donne les meilleures pommes à cuire qui se conservent, et comme il fleurit tardivement, on le plante dans les jardins craignant les gelées. Calville blanc, qui atteint sa maturité entre décembre et février, donne des pommes de qualité, souvent considérées comme les meilleures.
