Strasbourg, ville au patrimoine arboré exceptionnel, réinvente aujourd'hui sa relation avec le végétal. Fort d'une histoire séculaire où l'arbre a longtemps été un outil d'aménagement et d'embellissement, la cité alsacienne place désormais la résilience et la dimension nourricière au cœur de sa stratégie urbaine. Cette mutation, portée par des politiques ambitieuses et une implication citoyenne croissante, transforme nos rues et places en écosystèmes productifs et conviviaux.
L'Héritage Arboré : De la Fonction Militaire à la Ville Verte
La présence de l'arbre en ville n'a pas toujours été considérée comme une priorité. Au 18ème siècle, après une première utilisation surtout dictée par des motifs militaires : confection de charbon de tilleuls pour la préparation des poudres à canons, ormes pour le charbonnage de l'artillerie. Les autorités municipales de Strasbourg commencèrent à se préoccuper de l'arbre lors de l'aménagement des grandes places publiques : places Broglie et Kléber et des rues dans une moindre mesure. C'est aussi à la fin du 18ème qu'émergea l'idée d'aménager des promenades plantées à l'extérieur de l'enceinte de la ville, à des fins de loisirs pour les citadins.

Ce ne fut que vers le milieu du 19ème siècle que l'arbre conquit réellement ses lettres de noblesse à Strasbourg, sous l'impulsion du Maire Georges Schutzenberger surnommé "Baümelemaire" ("Maire des petits arbres") au travers de sa politique urbaine. Après 1870, la nouvelle administration, devenue allemande, poursuivit l'embellissement de la ville, en achevant l'œuvre du Maire dans les faubourgs. Le nouveau développement démographique sous le 2ème Reich allemand, qui a décrété Strasbourg capitale du "Reichsland" d'Alsace-Lorraine, imposa un agrandissement de la ville au Nord et Nord-Est (Neustadt). En 10 ans, ce furent plus de 6 700 arbres qui trouvèrent place de part et d'autre sur 10 km d'avenues et boulevards, sans oublier 7 km de boulevards périphériques aménagés avec des terre-pleins centraux accueillant deux rangées d'arbres.
Le Plan Canopée : Une Stratégie pour l'Avenir
Cette démarche entre dans le cadre du plan Canopée. Lancé en 2020, il vise à planter 10 000 arbres sur Strasbourg d'ici 2030, afin de faire passer le couvert végétal de 26 % à 30 %. Depuis 2020, 1932 arbres ont ainsi été plantés. Pour réussir à planter ces 10 000 arbres d'ici 2030, tous les acteurs (habitants, bailleurs, entreprises) sont invités à participer.
Et si les habitants décidaient de l'endroit où les services des espaces verts plantent des arbres ? C'est l'idée de Strasbourg. La demande est ensuite examinée par les services, « pour évaluer la faisabilité technique, explique Suzanne Brolly, adjointe en charge de la Ville résiliente de Strasbourg. Il faut que l'arbre ait la place de se développer dans sa partie aérienne, et en souterrain. »
Urbanivore et la Cartographie du Potentiel Nourricier
Urbanivore est un projet visant à révéler le potentiel nourricier de nos métropoles en cartographiant les arbres comestibles accessibles dans l'espace public. Désormais, vous pouvez ajouter vous-même des arbres à la carte collaborative du projet Urbanivore. Urbanivore est né d'une conviction simple : nos villes regorgent de ressources oubliées. Ce projet cartographique vise à réactiver des savoirs populaires en voie de disparition, à encourager une réappropriation collective des usages comestibles de la nature en ville. Comme le souligne Gaël Maignan, étudiant à l’École des Ingénieurs de la Ville de Paris, passionné par les formes sensibles de réappropriation de la ville, il s’agit de « faire aimer à planter des arbres ».
La Forêt Nourricière : Un Modèle Écosystémique
Citronnier, noyer, grenadier… Une « forêt nourricière » de 5 000 mètres carrés a été inaugurée mercredi 17 septembre. Premiers résultats en 2035. D’ici dix ans, sur ce qui ne ressemble encore qu’à un champ, un jardin d’arbres, ou « forêt nourricière », verra le jour au sud de Strasbourg, rue Guynemer près de l’aérodrome de la Musau. Mercredi 17 septembre, à 18h30, Simon Le Mellec et l’association des Planteurs cueilleurs dont il est président, ont célébré le lancement du projet avec la plantation d’un noyer du Japon en présence de la maire de Strasbourg, Jeanne Barseghian.

Le principe de forêt nourricière s’inspire de l’écosystème des forêts naturelles et tropicales où la végétation se développe sur plusieurs strates. Des plantes poussent au sol tandis que de grands arbres grimpent vers le ciel. « Chez nous on n’a pas le même climat que dans les tropiques, donc on doit cultiver différemment. Il faut mettre plus d’espace entre les arbres pour mieux faire rentrer le soleil. L’idée est de faire pousser une diversité végétale pour que les plantations soient plus résilientes aux aléas climatiques. » Grenadier d’Ouzbékistan, jujubier brésilien, mandarine satsuma, citron yuzu, poivre de Sichuan… L’association cultivera 200 espèces végétales comestibles parmi la centaine d’arbres et d’arbustes plantés.
L'Éducation et le Verger Pédagogique : Le Cas de l'Elsau
L'Elsau est un quartier vert et où de nombreuses familles font face à des difficultés financières. A partir des constats énoncés ci-dessus, l'idée serait de profiter de la rénovation urbaine pour procéder à la plantation chaque année par une classe de chaque école d'arbres fruitiers (un par élève). Les enfants les verraient grandir, ce serait en quelque sorte "leur" arbre, ce qui les conduirait à les respecter, à en prendre soin et à faire en sorte que les autres les respectent par respect pour les enfants du quartier. A terme, ces arbres rendraient disponibles aux habitants du quartier des fruits frais, directement en bas de chez eux ou à travers le quartier.
Le Verger Partagé : Détente et Biodiversité à Wolfisheim
L’Association ARBRES, présente à Wolfisheim depuis près de 20 ans, défend l’environnement et la biodiversité, en particulier le Ried de la Bruche. En 2008 l’association réalise une Charte Municipale de l’Environnement pour les 3 communes Achenheim, Oberschaeffolsheim et Wolfisheim. Le principe : faire redécouvrir aux habitants de Wolfisheim les espèces locales pour les inciter à acheter auprès des producteurs des fruits qui ont poussé dans les environs. Autre élément important : aucun produit phytosanitaire n’est utilisé dans l’entretien du verger - qui doit produire des mirabelles ou des poires bio. Enfin, le fait d’avoir différentes variétés permet d’aborder la question de la biodiversité. La Commune de Wolfisheim et l’association ARBRES prennent la décision d’être partenaires pour la création, l’entretien et l’animation d’un verger partagé.
La Lutte contre le Gaspillage : L'Engagement de "Aux Arbres Citoyens !"
L’association « Aux arbres citoyens ! » pose une question essentielle : cela vous désole de voir tous ces bons fruits se perdre et vous préféreriez les partager avec ceux qui ne peuvent pas s’en acheter ? Vous recherchez une activité ludique et solidaire qui vous ferait rencontrer des personnes près de chez vous ? Mais surtout : vous aimez cueillir des fruits ? L’objectif principal de l’association est de lutter contre le gaspillage alimentaire « à la source », c’est-à-dire dans les arbres ou dans les champs, et de participer à une meilleure répartition de nos ressources locales.

Chaque cueillette est animée par un·e Super Captain Cueillette, qui est un membre actif et formé de l’association. C’est lui qui est en charge d’apporter le matériel nécessaire et qui encadrera la cueillette sur place. En général, l’équipe est dimensionnée pour que la cueillette sur place dure 1h-1h30. Tout le monde cueille ensemble, et les bénévoles peuvent à la fin repartir avec quelques fruits pour leur consommation personnelle. Les habitant·es chez qui nous cueillons peuvent évidemment garder des fruits pour eux. Ensuite, les bénévoles peuvent prendre des fruits pour leur consommation personnelle (notamment les fruits abîmés, qui nécessiteront d’être rapidement consommés). Mais l’idée est surtout d’en faire profiter des personnes n’y ayant pas accès.
La Planification Urbaine : Anticiper pour Mieux Vivre
Les promeneurs l’auront remarqué : il y a du changement du côté des quartiers Citadelle et Starlette. Les arbres ont été livrés en avril 2020 et ont été plantés autour de la rue de Nantes et des quais, et les futures promenades le long du bassin se devinent déjà ! L’idée ? Faire pousser les arbres et les plantes avant les bâtiments ! Ceci s’explique par le mécanisme de financement de ces aménagements publics. Pour pouvoir réaliser les espaces publics en amont, la SPL Deux-Rives a fait le choix de préfinancer les aménagements. Ce préfinancement est assuré par l’emprunt. Les travaux d’aménagement des espaces verts et publics démarrent donc avant les constructions. La plantation des arbres est une priorité. Les promoteurs doivent alors mener leur chantier dans le cadre de chantiers contraints, comme ils le feraient en centre-ville. Ils veillent à ne pas abimer les arbres plantés et espaces publics réalisés. Ceci contribue à réduire et à encadrer les nuisances du chantier.
Au fur et à mesure de leur ouverture au public, la SPL Deux Rives transfère aux services de la collectivité (Ville et Eurométropole de Strasbourg) la propriété et la gestion des espaces et équipements publics. Quel résultat ? Le paysage est dessiné en amont et apporte d’ores et déjà nature et fraîcheur au quartier. Les arbres plantés en Avril 2020 le long de la Rue de Nantes, en travaux à ce moment là, témoignent de cette volonté de priorité au végétal. La promenade des quais du quartier Citadelle a été préplantée pour laisser le temps aux arbres de croître, offrant ainsi un cadre de vie immédiatement plus agréable.
L'Arbre en Ville : Un Service Écosystémique Majeur
Strasbourg est une ville très arborée, témoignage de l'importance accordée aux arbres dans la politique publique d'aménagement du territoire depuis plus d'un siècle. Le rôle de l’arbre en ville est multiple. L’arbre fut longtemps planté en ville pour ses caractéristiques esthétiques, il contribue à structurer, rythmer l’espace public et permet de cadrer les perspectives. Depuis quelques années, les recherches académiques ont mis en évidence les services écosystémiques des arbres en ville comme l’amélioration du cadre de vie ; le maintien de la biodiversité ; la régulation de certains problèmes environnementaux. La Ville de Strasbourg et l’Eurométropole gèrent les arbres des parcs et jardins de Strasbourg, ceux de l’espace public de la Métropole et ceux des équipements publics de la Ville. Dans le cadre d’une nouvelle plantation, d’un projet d’aménagement ou d’un projet urbain, les arbres nouvellement plantés sont inventoriés, géolocalisés, et intégrés à la base de donnée. Strasbourg compte un patrimoine arboré très important avec plus de 80 000 arbres "urbains" hors forêts et réserves naturelles.

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