Pourquoi des champignons et autres organismes colonisent les branches des arbres fruitiers

La présence de croissances inattendues sur le tronc ou les branches de vos arbres fruitiers est un phénomène courant qui suscite souvent l'inquiétude du jardinier. Qu'il s'agisse de mousses, de lichens ou de fructifications fongiques plus imposantes, comprendre la nature de ces organismes est essentiel pour distinguer les hôtes inoffensifs des agents pathogènes dangereux. Cet article explore les causes de ces colonisations, les maladies cryptogamiques associées, ainsi que les stratégies de gestion durable pour préserver la santé de votre verger.

Illustration montrant la différence visuelle entre des lichens inoffensifs et des champignons lignivores sur un tronc d'arbre fruitier

La symbiose fascinante des lichens et des mousses

Avec l'hiver qui se profile, l'automne a déjà bien fait chuter les feuilles des arbres et arbustes à feuillage caduc. Cette nudité vous permet de vous rendre compte de l'équilibre plus ou moins satisfaisant de la charpente de l'arbre, mais vous allez parfois également découvrir que le tronc, les branches et les tiges sont couverts de lichens et de mousses.

Le lichen des arbres est, pour faire simple, le résultat de la symbiose entre le champignon et l'algue : cette sorte de végétal épiphyte corticole se déploie donc sur un autre végétal qui est l'arbre, plus spécifiquement son écorce. Il en va de même pour les mousses : d'ailleurs certains lichens sont qualifiés de mousses. Leur résistance au manque d'eau comme aux températures extrêmes les rend encore plus importants avec une estampille d'espèces pionnières, c'est-à-dire capables de recoloniser un espace soit nouveau soit abîmé.

Aucune crainte à avoir sur un éventuel dépérissement des arbres : ces lichens ne sont pas du tout des organismes parasites comme l'est le gui (Viscum album) qui puise ses ressources dans son support végétal. Ils contribuent aussi à la filtration et à l'épuration de l'air en captant et en accumulant une grande quantité de CO2 et une vaste diversité de composés minéraux. Toutefois, si vous voulez en supprimer un peu, intervenez par temps sec, hors période de gel : brossez l'écorce en utilisant une brosse en chiendent, aux poils assez rigides pour gratter efficacement, et en même temps légèrement souples pour ne pas blesser et abîmer l'écorce.

Les champignons lignivores : les parasites de faiblesse

On peut régulièrement observer des champignons et des cultures entières de champignons sur des troncs. Mais pourquoi se développent-ils à cet endroit précis ? L'apparition de pourritures sur le tronc ou les branches d'un arbre est souvent due à différentes espèces de champignons. Certaines de ces fructifications, également appelées éponges d'arbre, peuvent vivre plusieurs années. Elles ont alors généralement une structure solide et coriace.

C'est dans les fructifications que se forment les spores, qui servent à la dissémination des champignons. Sous l'écorce ou dans le bois poussent les filaments fongiques, appelés hyphes dans le jargon technique. Les champignons qui se développent dans le bois d'arbres vivants se nourrissent soit de lignine, soit de cellulose, soit d'hémicellulose, les trois principaux éléments constitutifs du bois.

De nombreux champignons lignivores sont considérés comme des parasites de faiblesse. Cela signifie qu'ils infectent principalement les arbres affaiblis ou déjà endommagés. Mais il existe également des espèces capables d'infecter des arbres vitaux et de les faire dépérir. Le représentant le plus connu est certainement l'armillaire, un champignon assez agressif. Il est donc important d'entretenir les arbres de manière optimale afin de laisser peu de possibilités aux agents pathogènes.

Badigeon de cendre pour vos arbres fruitiers (pour éviter les trous dans les pommes)

La maladie du chancre : un défi pour la structure de l'arbre

Le chancre est causé par plusieurs espèces de champignons. Un chancre a une forte propension à se développer, il est très contagieux. Au fil du temps, les lésions peuvent s’agrandir et s’approfondir, entraînant la nécrose des tissus. Souvent sur les arbres victimes de chancres, on voit apparaître d’un ou plusieurs écoulements de sève ou résine (gommose) d’aspect visqueux, jaune pâle ou doré.

Dans certains cas, lorsque l’infection par le chancre est légère et limitée à une petite partie de l’arbre, l’arbre peut continuer à vivre et à produire pendant de nombreuses années. Dans les cas où l’infection par le chancre est plus sévère et s’étend à une grande partie de l’arbre, cela peut entraîner un déclin rapide de sa santé. Les lésions cancéreuses peuvent affaiblir la structure de l’arbre et rendre plus vulnérable aux autres stress environnementaux, aux ravageurs ou à d’autres maladies.

Pour lutter contre cette pathologie, le curetage permet d'enlever la partie contaminée de l’écorce jusqu’au bois sain. Puis il faut désinfecter la plaie (alcool à brûler ou eau de javel diluée à 4 %), et appliquer un mastic cicatrisant. Le chaulage des troncs au blanc horticole ou au « lait de chaux » pendant l’hiver peut aussi limiter l’apparition du chancre.

La moniliose : comprendre la pourriture brune

La moniliose des arbres fruitiers est une maladie cryptogamique très fréquente au jardin. Elle touche aussi bien les cerisiers, abricotiers, pêchers et pruniers que les pommiers ou poiriers. En quelques jours seulement, elle peut ruiner une bonne partie de la récolte, surtout quand la météo est humide au moment de la floraison ou du grossissement des fruits.

La moniliose est principalement due à des champignons du genre Monilinia. Pour faire simple, retenez surtout deux espèces largement répandues dans les vergers : Monilinia laxa, qui attaque volontiers les fleurs et les jeunes rameaux, et Monilinia fructigena, plus connue pour provoquer la fameuse « pourriture brune » sur les fruits arrivant à maturité.

Le cycle se boucle lorsque ces fruits momifiés restent accrochés dans l’arbre ou tombent au sol. Ils servent alors de véritable réservoir de moniliose pour l’année suivante. C’est pour cela que l’hygiène du verger est primordiale : laisser ces fruits en place, c’est un peu comme offrir un hôtel trois étoiles au champignon en attendant le prochain printemps.

Stratégies de prévention et gestion écologique du verger

La surveillance régulière des arbres fruitiers est essentielle pour détecter les symptômes dès leur apparition. Recherchez des lésions sur l’écorce, des zones nécrotiques ou des écoulements de gomme. Une bonne gestion de l’humidité et de la circulation de l’air autour des arbres peut également aider à prévenir le développement de nombreuses maladies.

Nettoyage et assainissement

  • Nettoyage mécanique : Munissez-vous d’une brosse à poils souples, comme une brosse en chiendent, pour frotter le tronc et les branches afin d'enlever la mousse et le lichen. N’utilisez pas un jet à haute pression, certes il nettoiera l’écorce mais il va également la décoller, voire l’arracher.
  • Désinfection des outils : Nettoyez régulièrement les outils de jardinage, tels que les sécateurs et les ébrancheurs, en les désinfectant avec une solution d’alcool ou d’eau de javel diluée.
  • Traitement hivernal : Après le nettoyage, vous pouvez traiter vos fruitiers avant l’hiver. Préparez un badigeon traditionnel composé de chaux éteinte, d’argile et d’eau. À l’aide d’un pinceau, enduisez le tronc de ce « blanc arboricole », jusqu’à la naissance des charpentières.

Lutte contre les maladies spécifiques

  • La Tavelure : Ramassez et éliminez les feuilles tombées à l'automne. En préventif, pulvérisez de la décoction de prêle au débourrement et avant la floraison.
  • L’Oïdium : Taillez les arbres pour améliorer la circulation de l’air. Des solutions à base de bicarbonate de soude (1 cuillère à soupe par litre d'eau avec un peu de savon noir) peuvent aider à limiter sa propagation.
  • La Cloque du pêcher : Appliquez de la bouillie bordelaise à 1% dès la chute des feuilles en automne et renouvelez le traitement à la fin de l’hiver, avant le débourrement.

Schéma explicatif des étapes de taille pour aérer le centre d'un arbre fruitier et limiter l'humidité

En comprenant que la plupart des champignons et épiphytes s'installent sur des arbres dont l'équilibre est rompu ou dont les conditions environnementales sont trop humides, le jardinier peut agir en amont. La taille raisonnée, le maintien d'un sol sain et une observation attentive des écorces constituent les meilleurs remparts contre le déclin prématuré de vos arbres fruitiers. Il n'est pas nécessaire de chercher des solutions chimiques complexes lorsque la gestion préventive et l'hygiène du verger permettent souvent de maintenir une productivité durable et une santé robuste pour les générations d'arbres à venir.

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