Chroniques des Ardennes : Mémoire, Conflits et Témoignages d'Histoire Locale

L'histoire des Ardennes est profondément marquée par les soubresauts des grands conflits mondiaux. De la mobilisation de 1914 aux heures sombres de la Bataille des Ardennes en 1944, les paysages, les villages et les mémoires locales portent les stigmates de ces tragédies. Ce récit explore, à travers des témoignages poignants et des recherches historiques rigoureuses, la vie des civils et des soldats dans cette région martyre.

Sprimont et la mémoire du second conflit mondial

Yvette Sépulchre et Albert Étienne sont d’inlassables et d’infatigables chercheurs, collectionneurs et sauveteurs de témoignages qui, sans leur travail, seraient voués à sombrer dans les profondeurs de l’oubli. Ce qu’ils viennent de dévoiler au public confirme tout à fait le sérieux avec lequel ils racontent le passé de leur commune. Leur projet est immense puisqu’il consiste à raconter comment le conflit mondial de 39-45 a été vécu à Sprimont.

Ils y consacrent ce qu’ils appellent cinq « brochures », dont les deux premiers tomes viennent de sortir des presses des éditions de la province de Liège. Le tome premier évoque la période s’étendant de la mobilisation à l’occupation allemande et présente le quotidien des Sprimontois en l’installant judicieusement dans le contexte historique général. Le deuxième tome est chargé d’émotions diverses : celles nées de la Libération de septembre 44 puis anéanties pour le retour de l’ennemi lors de l’Offensive de Noël de la même année et la peur au quotidien lors du passage des V1 et même des V2 dont l’un tomba à Lincé.

Livre d'histoire sur la seconde guerre mondiale à Sprimont

Harzé 1914 : L’élan patriotique et la tragédie naissante

En 1914, la vie est paisible à Harzé (Commune d’Aywaille). Le printemps succède à l’hiver et voilà bien vite la saison des moissons. Les récoltes s’annoncent prometteuses. La Belgique est envahie le 4 août et déjà Stanislas participe à la résistance. L’aîné de l’honorable famille Flohimont n’y tient plus et décide de s’engager. Son statut d’universitaire lui confère un poste d’instructeur mais il s’impatiente d’être retenu, trop longtemps à son gré, loin de ce qu’il appelle « la place d’honneur que tout Belge devrait occuper, c’est-à-dire les tranchées de l’Yser ».

Stanislas, jeune homme, érudit, étudiant en philosophie et lettres à l’Université de Liège et fils aimant, n’a de cesse, au grand dam de sa famille, de vouloir s’engager pour défendre son pays sur fond d’ardent patriotisme. Il aura pour elles ces mots : « Vous m’écrivez que maman pleure quand elle entend le canon. Oh ! Maman, n’aimez-vous pas mieux savoir votre fils où il doit être, plutôt que là où il aurait honte plus tard d’être resté ! Je le sais, la vie est dure, la guerre est longue, la séparation bien pénible ; mais qu’est-ce donc tout cela, quand, plus tard, nous pourrons goûter le bonheur de nous revoir, avec la satisfaction du devoir accompli ! »

La 75e Division d’Infanterie américaine dans les Ardennes

Monsieur André Dethier, de Méan, fait parvenir un témoignage précieux sur le parcours de la 75e Division d’Infanterie US. Après avoir quitté le camp Shanks, dans l’état de New York, le 22 octobre 1944, elle débarqua au Havre et à Rouen, en France, le 13 décembre 1944. L’initiation au combat de la 75e fut, à la fois, une sanglante et cruelle expérience. Elle prit Grand-Menil le 26 décembre 1944 contre une dure résistance ; les tempêtes de neige aveuglante et les amoncellements de neige augmentaient les difficultés du terrain.

Souvent les congères emplissaient les ravins et les rendaient invisibles, jusqu’à ce que les hommes et l’équipement disparaissent de la vue ! En un mois de sévères combats dans la Bataille des Ardennes, la 75e déplora la perte de 465 hommes tués en action et comptait 1707 blessés. Le froid intense avait été un aussi sérieux antagoniste que les Allemands : pieds, mains et doigts gelés et toute sorte de dommages corporels causés par le froid ont fait que les pertes comptaient 2633 hommes en plus.

Soldats américains dans les Ardennes enneigées

Les mystères de l’écusson : La 106e Division d’Infanterie

La question de Monsieur Philippe Dejasse de Herstal, concernant les troupes stationnant à l’école catholique à Neupré ainsi qu’au château Englebermont en 1944, a suscité un vif intérêt. M. Armand F. et Monsieur Michel Pirotton apportent des précisions sur la 106e Division d’Infanterie US. Cette division, dont le général major était Alan W. Jones, n’avait aucune expérience du combat quand elle monta en ligne le 2 décembre dans la région Schnee Eifel ; elle y subit une lourde perte en hommes.

Elle fut ensuite envoyée en renfort à Saint-Vith où le 18 décembre elle dut subir une terrible épreuve contre la 18e Div. de volksgrenadiers qui l’attaqua en quatre endroits. Le soir du 20 décembre, des groupes d’Allemands avaient enfoncé les lignes américaines et attaqué des postes de commandement. La 106e division sortit quasiment décimée par ces combats et se retrouva au carrefour de la Baraque de Fraiture où, avec le soutien du 589e Bataillon d’artillerie, elle occupa ce nœud routier.

Saint-Vith 1944 - Civilian testimonial and Gen. Robert Hasbrouck interview (English sub available)

Maissin 1914 : Un carnage oublié

Le 22 août 1914, 150 uhlans faisaient leur apparition au village de Maissin. Le village devint le théâtre d'une bataille sauvage. A 14 h 40, ordre est donné d'engager la bataille. Le régiment perd son chef, le commandant Guillaumet. Vers 16 heures, c’est un véritable ouragan de fer qui se déchaîne. Les soldats allemands envahissent les maisons, les incendient. Dans la nuit, le village offrait un spectacle effrayant. La bataille semait dans les cœurs l'horreur et la consternation.

Après la bataille, le village était en ruines. Que de morts ! Combien de civils succombèrent de la typhoïde après la bataille ? Personne ne put répondre à cette question. C'est la fin du monde, s'écriaient les vieilles gens. Les pertes étaient considérables des deux côtés. Honneur et Gloire aux Bretons et Vendéens qui ont remporté cette victoire ! Mais n'oublions pas nos concitoyens qui furent les victimes innocentes de la fureur germanique.

Ces terres, imbibées du sang et des larmes de nos concitoyens, doivent rester une terre sacrée pour le souvenir de ceux qui ont tout perdu dans ces tourmentes tragiques de notre histoire.

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