L'Art de la Mise en Scène du Bonsaï : De l'Exposition Individuelle à l'Armoire Shohin

Pouvoir exposer une pièce de sa collection est souvent la consécration de nombreuses années de travail. Cet instant procure un grand moment de fierté et satisfaction. Cependant, le public d'une exposition ne partage pas notre relation sentimentale avec l'arbre. Alors, comment choisir celui que nous allons présenter ? Le but premier est de susciter une réaction émotionnelle du visiteur face à l’arbre et de favoriser les échanges avec lui. Au moment du choix, il nous faut faire abstraction de nos sentiments propres pour prendre du recul et objectiver les qualités et défauts du bonsaï.

une exposition de bonsaï traditionnelle dans un Tokonoma

Les fondamentaux de la préparation esthétique

Pour bien présenter votre bonsaï, quelques gestes techniques sont indispensables. Nettoyez la surface et enlevez la terre sur un centimètre pour planter de la mousse rase ; cela donnera un aspect fini et naturel. Nettoyez également votre pot, s'il est en terre cuite, avec de l'huile de lin sur un chiffon non pelucheux pour enlever les traces d'eau calcaire. Toutefois, quelques ligatures ou haubans peuvent rester s'ils sont discrets.

Le choix du support est un vaste débat. Le point primordial se trouve au niveau de la dimension qui devra être ni trop grande ni trop petite. Il peut s'agir d'une dalle de bois ou de pierre, mais il s'agit généralement d'une table (souvent sur mesure). Cette table prend en charge la présentation du bonsaï et doit donc bien s'accorder avec le bonsaï en termes de dimensions et d'apparence. Les tables sont disponibles en plusieurs formes et tailles. Ces tables sont souvent fabriquées à partir de bois chers et raffinés. Les vieilles tables anciennes sont préférées mais sont souvent très chères. Prévoyez un présentoir de type tablette, ardoise, flaque, rond de bois poli, natte de raphia, bambous… à vous de voir, vous devez mettre en valeur votre arbre. Il ne devra pas rajouter d'artifices qui détourneraient le regard des visiteurs et passeraient ainsi sans "voir" votre arbre.

La composition complexe : l'harmonie des éléments

Une fois les règles assimilées, nous devons chercher l’harmonie parfaite dans la composition où nous devrons observer un ensemble d’arbres présentés au sein d’une même armoire type « Fuji » ou même dans un santen kazari (présentation à trois éléments). Il est très difficile de réaliser la composition la plus harmonieuse possible tant sur l’aspect technique que matériel. En fonction des différents types de présentation, il vous faudra accorder la dimension des arbres ainsi que leur niveau de maturité.

Un arbre de moins de 45 cm n'est pas exposé seul : la présentation doit comprendre un arbre principal, un arbre secondaire, plus petit, et bien sûr un shitakusa (ou suiseki ou tenpai). Ce type de présentation incluait obligatoirement un arbre d'altitude (résineux : genévrier, pin…) et un arbre de plaine, l'association des deux et du shitakusa évoquant un paysage complet, de la plaine à la montagne. Mais, si cette tradition est majoritairement respectée, désormais on peut voir associés deux feuillus, même dans les grandes expositions comme la Koku-fu. L'arbre principal sera installé à mi-profondeur de l'espace de présentation, sur une tablette plus haute que celle de l'arbre secondaire, sauf, évidemment, si l'arbre secondaire est une cascade. Le support de l'arbre principal sera donc plus plat. À noter que l'arbre le plus haut est forcément le conifère qui vit en montagne.

Concernant l’arbre extérieur à la composition, celui-ci devra toujours faire face à l’arbre placé en haut de l’armoire. Son style est généralement semi-cascade ou penché. Sûrement la présentation la plus complexe à réaliser du fait du nombre important d’arbres qu’elle comporte. Le respect des directions des arbres entre eux est crucial : l’arbre du haut donne la direction générale à la composition et les arbres des niveaux inférieurs doivent se faire face. Il faut également jouer sur la différence des espèces, la différence des poteries en termes de couleurs et de formes, et le respect de l’espèce par rapport au placement dans la composition.

L'utilisation de l'armoire et du rack Shohin

Le rack shohin est une exception à la table simple. Il s'agit d'une table composite sur laquelle vous pouvez placer plusieurs petits arbres, jusqu'à environ 28 cm de haut. Dans le cas de la présentation des shohins, nous posons en général les arbres sur une première tablette ou armoire. Il se peut que dans certains cas de figure nous ayons recours à l’utilisation de tablettes supplémentaires sous les arbres. Certains disent que c’est inutile et parfaitement commercial, mais je ne suis pas en accord avec cela. Nous avons besoin de temps à autre de pouvoir corriger une hauteur d’arbre trop faible ou bien même d’apporter plus de rythme dans la composition ou encore d’accentuer le style d’un arbre semi-cascade.

Les bonsaï sont toujours présentés, séparés par des 3 bambous liés entre eux par du raphia, pour délimiter chaque espace de présentation. Au Japon, les bonsaï domestiques sont souvent présentés dans un Tokonoma, une niche de maison. Le style lettré aime bien être présenté avec un kakémono. Il devra être le plus en rapport possible avec la saison à laquelle l’arbre est présenté. N'oubliez pas votre kusamono qui va de pair avec la présentation de votre arbre. Il se doit d’être en totale harmonie avec l’arbre et la saison représentés.

schéma explicatif d'une armoire shohin type Fuji

Environnement de culture et contraintes physiologiques

En fonction de leur habitat naturel, les espèces possèdent des sensibilités différentes au rayonnement ultraviolet. Les espèces méditerranéennes, comme celles de haute montagne, ont développé des stratégies de protection. Elles ont mis en place des filtres anti-UV à la surface de leurs feuilles et souvent réduit la taille de celles-ci. On constate qu’en pleine canicule, il n’est pas rare de ne devoir arroser des bonsaï placés à mi-ombre qu’une fois par jour, voire un jour sur deux. Face à un soleil trop chaud, l’arbre commence par tenter de réguler la température de ses feuilles en ouvrant les stomates situées sous leur surface.

Les pots les plus petits (moins de 15 cm de longueur) ont des réserves d’eau très limitées. Ils peuvent nécessiter jusqu’à trois arrosages par jour en été. Placés le long d’une haie ou d’un mur, nos bonsaï ne reçoivent de la lumière que d’un seul côté. Il est donc nécessaire de faire régulièrement tourner leur pot de manière à exposer plus uniformément la ramure. Cependant, au début du printemps, les jeunes feuilles des caducs sont extrêmement sensibles à des variations d’environnement : celles qui étaient à l’ombre et qui se retrouvent exposées soudainement au plein soleil peuvent se dessécher dans la journée.

L'influence du support sur le microclimat

Le support sur lequel les pots sont posés joue également un rôle significatif. Les tables de culture sont traditionnellement en bois non verni. Ce matériau présente l’avantage de ne pas trop chauffer en été et de s’imprégner de l’eau excédentaire d’arrosage qu’il restitue doucement à l’environnement par évaporation, faisant baisser la température en été et procurant un microclimat favorable à nos bonsaï au printemps. Les planches de terrasse en composite, si elles peuvent constituer une alternative intéressante pour leur facilité d’entretien et leur durée de vie plus longue, ne possèdent pas ces qualités.

Sur un support en pierre (une terrasse par exemple), l’intensité du rayonnement solaire est renforcée par la lumière réfléchie ; la température peut devenir très élevée en plein soleil et la chaleur emmagasinée dans la journée est restituée pendant la nuit. La base sur laquelle sont posées nos étagères exerce également une influence. Les supports minéraux (pierre ou goudron) absorbent la chaleur et laissent s’échapper l’eau, à l’image des îlots de chaleur des villes. Une zone engazonnée est plus favorable à l’environnement de culture dans la mesure où elle limite la montée en température, par l’évaporation par les feuilles de l’herbe, et maintient une certaine humidité.

Enfin, les voisins de nos bonsaï peuvent être dérangeants. Les arbres et arbustes placés à proximité des tables de culture sont soumis aux attaques des maladies et ravageurs auxquels leur espèce est sensible. La famille des rosacées, présents dans les vergers et jardins d’ornement (cotonéaster, cerisiers, pommiers, pyracantha, rosiers, …), sont des hôtes appréciés de tous ces organismes. La vigilance est donc de mise pour garantir la santé des arbres avant de les proposer au regard du public.

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