Arrosage et Amendements du Sol : L'Art de Gérer le Bois Fermenté et Pourri en Permaculture

Illustration d'un jardin en permaculture avec différentes couches de matières organiques

Dans le vaste monde de la permaculture et du jardinage respectueux de la nature, une question revient inlassablement et suscite parfois de vifs débats : faut-il enfouir les matières organiques dans le sol ? Cette interrogation, loin d'être anodine, touche au cœur même de la fertilité des sols et de la vitalité des cultures. Des rondins de bois aux branchages, en passant par le BRF (Bois Raméal Fragmenté), le fumier, le compost ou les feuilles mortes, la manière dont ces éléments sont intégrés à la terre de notre potager est primordiale pour le développement d'une terre vivante et fertile.

Pourtant, les réponses obtenues auprès de jardiniers expérimentés ou via des recherches en ligne sont souvent contradictoires, créant une confusion regrettable chez de nombreux amateurs. Ces controverses, bien que parfois passionnées, oublient souvent des données essentielles, notamment l'importance du contexte climatique et du type de sol. Pour démêler le vrai du faux, il est impératif d'adopter une approche plus nuancée, en observant les processus naturels et en comprenant les mécanismes de décomposition des matières organiques.

L'Enfouissement des Matières Organiques : Une Question de Contexte

La problématique de l'enfouissement des matières organiques n'est ni une erreur universelle, ni une règle absolue. Elle dépend avant tout d'une observation attentive et d'une adaptation aux spécificités de chaque écosystème. Un sol vivant préfère être écouté plutôt qu'on lui impose des pratiques génériques. Pour bien comprendre, nous devons considérer plusieurs facteurs clés :

  • Le climat et la météo : Les conditions climatiques influencent directement l'activité microbienne et la vitesse de décomposition.
  • La nature du sol : Un sol sableux et léger ne réagit pas de la même manière qu'un sol lourd et argileux.
  • L'état de décomposition des matières : Matières brutes, en cours de décomposition ou déjà transformées en compost/humus, leur impact sur le sol varie considérablement.
  • La méthode d'intégration : Enfouissement direct dans le sol ou incorporation dans une butte vivante hors-sol.

Schéma illustrant la décomposition des matières organiques dans différents types de sols

L'Exemple Inspirant de la Nature

Pour obtenir des pistes de réponse, il est toujours judicieux d'observer ce qui se passe dans la nature. En forêt, par exemple, les débris végétaux tels que les feuilles mortes, les branchages tombés, les vieux troncs ou même les excréments animaux ne sont pas enfouis activement. Ils se décomposent naturellement sur le sol, lentement et progressivement, pour se transformer en humus.

Cependant, il est crucial de noter que cet humus, par l'action incessante des vers de terre, des champignons et d'autres organismes vivants, s'intègre peu à peu au sol. Cette observation fondamentale nous servira de base pour comprendre pourquoi l'enfouissement direct de matières brutes peut être problématique dans certains contextes, tandis que l'incorporation de matières décomposées est bénéfique.

Pourquoi l'Enfouissement des Matières Organiques Brutes Peut Être Risqué

Les défenseurs du non-enfouissement soulignent, à juste titre, que les matières organiques brutes ont besoin d'air pour se décomposer efficacement. S'appuyant notamment sur les propos de l'agronome Claude Bourguignon, ils affirment qu'il ne faut en aucun cas enfouir les matières organiques telles quelles.

L'aération du sol

Claude Bourguignon précise que la technique du bois enfoui dans les buttes fonctionne avec des sols sableux ou limoneux. Cependant, dans le cas de sols lourds, argileux et froids, cette pratique est déconseillée car elle nécessiterait un travail de drainage considérable qui ne serait pas rentable. Il met en évidence que cette pratique est traditionnelle au Cameroun, dans des sols sableux et un milieu chaud, où elle se justifie.

En zone sahélienne, caractérisée par un climat très sec, des sols sableux et pauvres en matière organique, enterrer du bois pourri est une stratégie pertinente. La cellulose enfouie sous terre a la capacité de stocker l'eau. Ainsi, le peu de pluie tombée est retenu plus longtemps dans le sol et est moins soumis à l'évaporation, un atout précieux dans ces régions arides.

Cependant, il est essentiel de faire la distinction entre le bois pourri et le bois sec ou vert. À la question de Christophe Gatineau, « Est-ce un plus d’enterrer des bois secs ou verts dans ces terroirs ? », Claude Bourguignon répond catégoriquement : « Surtout pas, ni vert ni sec, seulement des bois qui ont été préalablement attaqués par les champignons et les termites, des bois en état de décomposition avancée, c’est-à-dire mous et spongieux. » Il ajoute que si ces matières sont enfouies trop profondément, elles se dégradent mal, provoquant parfois des fermentations anaérobies. Ces fermentations sont malodorantes et néfastes pour la vie du sol. En surface ou dans une butte bien aérée, la transformation vers l'humus se fait naturellement grâce aux champignons et micro-organismes aérobies.

L'Importance Cruciale du Climat et du Type de Sol

Le climat et la nature du sol jouent un rôle déterminant dans la réussite ou l'échec de l'enfouissement des matières organiques. Plus un climat est froid, moins il y a de vie microbienne dans le sol. Ce phénomène est accentué lorsque le sol lui-même est froid, comme c'est souvent le cas des sols lourds et argileux sous nos latitudes tempérées.

Dans ces conditions de sol compact et de climat froid, l'activité des vers de terre et autres organismes décomposeurs est insuffisante, rendant la décomposition des matières organiques brutes très difficile. L'enfouissement dans ce contexte peut alors entraîner une stagnation, voire une putréfaction des matières, nuisible à la santé du sol.

À l'inverse, sous un climat chaud, et d'autant plus avec un sol léger et bien drainé, incorporer des matériaux organiques au sol est tout à fait envisageable. C'est même souvent une excellente pratique. Le bois, en particulier, va permettre de conserver l'eau, agissant comme une véritable éponge, et de la restituer progressivement aux cultures, un avantage considérable dans les régions sujettes à la sécheresse.

Les Buttes Vivantes : Un Cas Particulier et Bénéfique

Les propos de Claude Bourguignon, bien que précieux, peuvent parfois sembler "flous" quant à la distinction entre l'enfouissement du bois dans le sol sous des buttes et l'intégration à des buttes. Ces deux approches ne sont pas interchangeables et ont des implications différentes.

Certains permaculteurs, à l'instar de Philip Forrer, dont le climat dans l'Aude est plutôt chaud, enfouissent du bois en cours de décomposition directement dans le sol. Cependant, il est essentiel de noter qu'ils construisent ensuite des buttes par-dessus, créant ainsi une structure hors-sol.

L'enfouissement de matières organiques brutes directement dans le sol, comme nous l'avons vu, peut être risqué et demande un travail considérable (creuser une fosse, la remplir de bois mort). C'est pourquoi de nombreux permaculteurs choisissent de ne pas enfouir le bois de cette manière. Ils le placent plutôt au-dessus du sol, comme base pour leurs buttes, à l'image des buttes-lasagnes.

Schéma d'une butte en lasagne avec les différentes couches de matériaux

Les buttes vivantes, par définition, sont des structures situées au-dessus du sol existant. Par conséquent, les matières organiques qui les constituent ne sont pas soumises aux mêmes règles que si elles étaient enfouies directement dans la terre. Il s'agit d'un processus différent.

Dans une butte, l'air circule beaucoup mieux, et les nombreuses matières organiques qui la composent favorisent une vie microbienne intense, dont l'activité est moins dépendante du type de sol initial. Les champignons "décomposeurs" sont également présents et jouent un rôle clé. La décomposition y est donc tout à fait possible, et les jardiniers ayant déjà constitué de telles buttes peuvent en témoigner : la vie y est foisonnante et la décomposition se déroule efficacement.

L'Approche de Philip Forrer : Un Exemple d'Abondance

Philip Forrer est un permaculteur autodidacte dont l'expérience empirique et les résultats obtenus dans son "jardin d'abondance" forcent le respect. Sans se revendiquer explicitement de la permaculture, ses observations, son amour de la terre foulée pieds nus, et son bon sens l'ont conduit à appliquer des principes fondamentaux de ce concept.

Photo de Philip Forrer dans son jardin d'abondance

Sa méthode de butte est unique et intègre des couches de matériaux parfois étonnants et inhabituels. Pour combler les vides entre les troncs spongieux formant la base de ses buttes, il utilise du broyat de bois. Philip Forrer ne fait pas de sélection particulière sur le bois utilisé, n'hésitant pas à y inclure des résineux (pins, sapins) ou des plantes réputées toxiques comme le laurier-cerise, dont l'utilisation en paillage est habituellement déconseillée en raison de sa teneur en cyanure. Pour lui, n'importe quel bois peut être utilisé en broyat pour combler les vides ou pour couvrir la butte. Il affirme avoir utilisé abondamment le laurier-cerise pendant des années sans aucun problème.

Pour la couche finale de mulch sur ses buttes, Philip Forrer utilise un mélange de tontes, de bois broyé et d'aiguilles de pins. Il ajoute une généreuse quantité d'aiguilles de pins récoltées sur place, qu'il considère comme un met de choix pour les vers de terre. Cette pratique va à l'encontre de la croyance répandue en jardinage classique selon laquelle les aiguilles de pins acidifieraient trop fortement les sols pour être utilisées en paillage. Des études, comme celles de la RHS, indiquent que les paillis ligneux peuvent entraîner des variations temporaires, mais ne transforment pas forcément durablement le pH du sol.

Cependant, la réussite remarquable de Philip Forrer ne signifie pas que l'application aveugle de sa recette fonctionnera immédiatement partout. Chaque contexte de sol et de climat (notamment la pluviométrie) est unique. Dans un sol lourd, très argileux, subissant régulièrement des hydromorphismes par des saturations en eau, l'application de la méthode Philip Forrer avec du bois enfoui pourrait ne pas être pertinente si une couverture épaisse du sol n'a pas été pratiquée en amont pendant plusieurs mois pour ramener de la vie.

Philip Forrer est également un praticien convaincu de l'électro-culture. Il entoure certaines de ses buttes de culture de grillage en fil de fer galvanisé (enterré à au moins 30 cm de profondeur) et plante au milieu de ces buttes de longs tubes de cuivre d'environ 2,5 m, terminés en haut par des fils de zinc ou de fer galvanisés pour former une antenne. Il crée ainsi un petit courant électrique entre le haut du piquet qui capte l'énergie électropositive de l'air et le sol. Philip Forrer affirme que ce courant, pouvant atteindre 1,5V, profite aux plantes, ayant constaté des développements de légumes deux fois supérieurs aux autres dans ces buttes en électro-culture. Bien que PermacultureDesign ait mené des essais non concluants par le passé avec l'électro-culture, cela reste un domaine intéressant à explorer.

Quand l'Enfouissement Devient Possible et Utile

Le problème principal avec l'enfouissement des matières organiques brutes réside dans leur décomposition au sein du sol. Cependant, cette problématique disparaît lorsque les déchets organiques sont déjà parfaitement décomposés.

Le compost mûr et l'humus peuvent donc être intégrés au sol sans risque. C'est d'ailleurs ce que font naturellement les vers de terre et autres micro-organismes en forêt, intégrant progressivement l'humus au substrat.

L'intérêt d'intégrer du compost ou de l'humus au sol est de mettre directement à disposition des éléments nutritifs pour les plantes cultivées, favorisant ainsi le développement initial des jeunes plants ou des semis directs. Cette pratique est tout à fait discutable ; on peut aussi accepter le rythme naturel des choses. Cependant, il est possible d'en tirer parti. Personnellement, il est conseillé de mélanger un peu de compost à la terre lors des plantations de tomates ou d'autres légumes gourmands, ainsi que pour les fruitiers. Cette nourriture est alors plus rapidement disponible pour le développement initial des plants, leur offrant un coup de pouce bienvenu. Même si ce n'est pas absolument nécessaire, c'est une option bénéfique.

Infographie sur les différents types de matières organiques et leurs utilisations

Synthèse des Bonnes Pratiques d'Enfouissement des Matières Organiques

Pour clarifier la complexité de l'enfouissement des matières organiques, voici un résumé des situations et des pratiques recommandées :

  1. Matières organiques non décomposées (bois, branchages, feuilles fraîches…) :

    • Enfouissement déconseillé à priori sous nos latitudes, et encore moins si le sol est froid et argileux. Le risque de fermentation anaérobie et d'asphyxie du sol est élevé.
    • Enfouissement possible sous conditions : Climat chaud, sol léger et aéré. Dans ce cas, cela peut favoriser la rétention d'eau et nourrir la vie microbienne. Cependant, il est recommandé d'effectuer un petit test avant de généraliser la pratique.
    • Utilisation en buttes vivantes : L'intégration de matières organiques brutes (troncs, branchages) est tout à fait possible et même encouragée. Les buttes étant hors-sol, l'air y circule et la décomposition a lieu efficacement grâce à l'intense vie microbienne et fongique. Les matériaux les plus durs finissent par se décomposer.
  2. Matières organiques en cours de décomposition (bois attaqué par les champignons, spongieux) :

    • Enfouissement possible sous des conditions spécifiques : Climat chaud, sol léger et aéré. Peut être bénéfique pour la rétention d'eau.
  3. Compost mûr, humus :

    • Enfouissement possible et souvent bénéfique dans tous les types de sols. Ces matières sont déjà décomposées et fournissent directement des nutriments disponibles pour les cultures, favorisant leur développement initial. Ce n'est pas absolument nécessaire, mais cela peut donner un coup de pouce aux plantes.

Le Paillage : Une Alternative Efficace à l'Enfouissement

Si l'enfouissement de matières organiques brutes est risqué dans de nombreux contextes, le paillage en surface est une alternative universellement reconnue et bénéfique. Le paillis protège le sol, limite l'arrosage, freine les "mauvaises herbes" et nourrit la vie du sol en profondeur.

Cependant, tous les matériaux de paillage ne sont pas égaux et certains peuvent poser des problèmes s'ils sont mal utilisés ou stockés :

  • Blocage de la germination : Certains paillis trop épais ou de nature spécifique peuvent empêcher la levée des semis.
  • Faim d'azote : Les paillis ligneux (BRF, copeaux de feuillus, broyat) peuvent provoquer une "faim d'azote" en surface. Les micro-organismes, pour décomposer le carbone, mobilisent l'azote du sol, le rendant temporairement moins disponible pour les plantes. Ce phénomène est généralement passager.
  • Fermentation "sour mulch" : Le bois mal stocké, en tas très compacts, humides et sans oxygène, peut subir une fermentation anaérobie. Ce "sour mulch" dégage des odeurs désagréables et peut être toxique pour les jeunes plantes. Il est donc crucial de bien aérer et manipuler les paillis ligneux.
  • Contamination : Si la source du paillis est douteuse, il peut y avoir un risque de contamination par des substances nocives.

Un paillis ne se contente pas de couvrir le sol ; il modifie son humidité, sa température, son oxygénation et l'activité microbienne. Ainsi, un choix éclairé et une bonne gestion du paillage sont essentiels pour en maximiser les bienfaits.

Les Cendres de Bois : Un Amendement Précieux avec des Précautions

Les cendres de bois, souvent considérées comme de l'or par les jardiniers, sont des résidus de combustion riches en minéraux. Qu'elles proviennent d'une cheminée, d'un insert, d'un poêle à bois ou d'un barbecue, elles peuvent être recyclées pour devenir un engrais naturel et biologique particulièrement intéressant, ainsi qu'un excellent répulsif anti-limaces.

Image d'un jardinier épandant des cendres de bois dans un potager

Précautions d'Utilisation

Pour que les cendres de bois soient bénéfiques, il est impératif qu'elles ne contiennent pas de matières toxiques ou nocives. Il faut donc s'assurer qu'elles ne proviennent pas de bois composite, de bois peint ou traité, ou encore de contreplaqué. Le bois doit être sain et naturel.

De plus, les cendres de bois, riches en calcium, modifient le pH du sol en le rendant plus alcalin. Elles ne doivent donc pas être employées au pied des plantes de terre de bruyère, comme les camélias ou les rhododendrons, qui préfèrent les sols acides. L'excès de calcium serait néfaste et pourrait provoquer des chloroses (jaunissement des feuilles).

Préparation et Stockage

Avant d'utiliser les cendres de bois au jardin, il est crucial de bien les tamiser pour éliminer les résidus qui n'auraient pas entièrement brûlé, afin de ne conserver qu'une fine poudre. Une fois tamisées et complètement refroidies, stockez les cendres dans des sacs étanches à l'abri de l'humidité.

Cette poudre fine peut ensuite être épandue telle quelle dans les massifs ou le potager, en grattant légèrement le sol pour un enfouissement superficiel. Elles ne doivent pas être enfouies profondément.

Il est également possible de fabriquer un engrais liquide en diluant 100 grammes de cendres tamisées dans 10 litres d'eau, pour obtenir une sorte de lait grisâtre. Cet engrais peut être stocké dans des bouteilles en plastique fermées et doit être bien remué avant utilisation. Il est conseillé de l'utiliser au printemps, au potager ou dans les massifs fleuris, en le versant à petites doses aux pieds des végétaux.

Multiples Utilisations des Cendres au Jardin

Les cendres de bois peuvent être employées dans toutes les parties du jardin, principalement au printemps et en automne, à la fois comme amendement et comme répulsif :

  • Au jardin potager : Elles aident à lutter contre les parasites et les maladies, tout en apportant des nutriments aux légumes. Elles sont particulièrement appréciées par les légumes-feuilles, les tomates et les pommes de terre.
  • Dans le verger : Au pied des arbres fruitiers, elles favorisent la floraison et la croissance des fruits. En automne, une pâte de cendres diluées dans l'eau peut être badigeonnée sur les troncs des fruitiers pour repousser les indésirables qui cherchent à hiverner.
  • Dans les massifs floraux : Un léger apport en surface dans les massifs, notamment de rosiers, aide à la floraison grâce à la potasse contenue dans les cendres.
  • Contre les insectes nuisibles : Un léger saupoudrage sur les feuilles des végétaux attaqués par les altises, pucerons et sitones peut avoir un effet répulsif. Le meilleur moment est le matin, lorsque la rosée s'est un peu dissipée, pour une meilleure adhérence.
  • Contre les limaces et gastéropodes : Un cordon de cendres autour des plantes de prédilection des limaces et escargots (fraisiers, choux, salades, hostas…) peut les empêcher de passer. Il faut penser à le renouveler après la pluie et faire attention lors des arrosages.
  • Pour favoriser le semis : Un peu de cendres de bois dans le fond des sillons au moment des semis limite les risques de pourriture. Deux poignées de cendres par mètre carré de terre peuvent fertiliser le sol et éloigner certains parasites.
  • Pour la conservation des bulbes : Les cendres permettent de bien conserver les bulbes déterrés et entreposés en hiver. Une couche de deux centimètres de cendres dans une caissette, suivie des bulbes sans qu'ils se touchent, puis recouverts d'une nouvelle couche de cendres, assure une bonne protection.
  • Pour la cicatrisation des végétaux : Des cendres badigeonnées sur les plaies de coupe des arbres aident à la cicatrisation et freinent l'écoulement de sève.
  • Pour améliorer le compost : Une petite poignée de temps en temps dans le tas de compost peut l'enrichir en nutriments. Attention cependant à ne pas en abuser, car un excès peut asphyxier le compost et augmenter trop son pH.

L'aération du sol

La Gestion de l'Arrosage : Un Équilibre Délicat

Au-delà de l'amendement du sol, une bonne gestion de l'arrosage est une clé essentielle pour maintenir les plantes en bonne santé. Un petit excès de zèle peut rapidement conduire au dépérissement des végétaux. Bien que les plantes aient besoin d'eau pour survivre, pour assimiler les nutriments du sol et pour la photosynthèse, toutes n'ont pas les mêmes besoins hydriques. Certaines peuvent se passer d'eau pendant plusieurs semaines, tandis que d'autres nécessitent un sol continuellement humide.

Récupérer une Plante Trop Arrosée

Si une plante a été trop arrosée, il est impératif qu'elle puisse sécher. Pour cela :

  1. Retirez la plante de son contenant et éliminez délicatement la terre qui entoure les racines.
  2. Observez le système racinaire. Si des parties dégagent une odeur nauséabonde de pourriture, sont molles et brunâtres, coupez-les.
  3. Changez de contenant ou nettoyez l'ancien avec de l'eau tiède, du savon doux et quelques gouttes de vinaigre blanc. Assurez-vous impérativement que le fond du contenant est percé d'un ou plusieurs trous pour le drainage.
  4. Placez un nouveau substrat adapté (terreau ou terre de jardin) dans le contenant. Ajoutez des éléments drainants (comme des billes d'argile) sur environ 3 à 5 cm d'épaisseur au fond.
  5. Observez la plante. Si la terre reste humide après quelques jours, patientez. Si une plante de jardin subit un excès d'eau suite à un aléa climatique, laissez-la se remettre sans intervenir.
  6. Si votre sol est lourd et que l'eau stagne en flaques autour de la plante pendant plusieurs jours, agissez : sortez la plante de terre avec une bêche pour l'aider à sécher.
  7. Videz les soucoupes ou cache-pots environ 30 minutes après l'arrosage.

Techniques d'Arrosage Optimales

  • Arrosage par trempage : Plongez la plante dans une bassine d'eau ou un évier pendant environ 15 minutes. Par capillarité, la motte s'hydratera correctement sans excès.
  • Utilisation d'oyas ou ollas : Pour les plantes qui apprécient les sols frais, ces poteries d'irrigation permettent une hydratation par capillarité en fonction des besoins de la plante. Dès que la terre se dessèche, l'eau suinte à travers la paroi des ollas, assurant un arrosage doux et régulier.

En prévention, il est crucial de connaître les besoins en arrosage de chaque plante. Un cactus et un papyrus, par exemple, n'auront absolument pas les mêmes exigences hydriques. Pour la plupart des plantes, il suffit de tâter le substrat sur environ 2 cm de profondeur (une phalange). S'il est encore bien humide, qu'il colle au doigt et dégage une sensation de fraîcheur, il est inutile d'arroser. Un manque d'eau est tout aussi néfaste qu'une surhydratation, pouvant entraîner l'arrêt de la croissance et le dépérissement de la plante.

L'Importance de l'Observation

Le jardinage est avant tout une affaire d'observation. L'expérience de Lucas Heitz, fondateur d'Alsagarden, géographe et jardinier passionné par la biodiversité cultivée, souligne l'importance d'un jardinage en accord avec la nature et la défense des semences libres et reproductibles. Son parcours et ses publications mettent en lumière une approche du jardinage basée sur le bon sens et l'écoute du vivant.

De même, l'expérience de certains jardiniers avec les "mauvaises herbes" est éclairante. Les meilleures récoltes d'échalotes ont été obtenues lorsque les plantes étaient recouvertes d'herbes et de liserons, suggérant que ces associations peuvent parfois être bénéfiques plutôt que nuisibles.

En fin de compte, la "bonne réponse" à la question de l'enfouissement des matières organiques ou de la gestion de l'eau ne se trouve pas dans une méthode universelle, mais dans l'observation de votre sol, de votre climat et de vos plantes. Testez, observez, et laissez la vie du sol vous montrer le chemin. Chaque jardin est unique, et l'adaptation à son contexte spécifique est la clé d'un jardinage réussi et abondant.

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