L'art de l'arrosage et du bouturage de la vigne : Guide complet pour amateurs et experts

La culture de la vigne, qu'elle soit destinée à la production de vin ou de raisin de table, est une pratique ancestrale qui continue de séduire de nombreux jardiniers. Le bouturage et l'arrosage sont deux piliers essentiels pour assurer la croissance et la fructification des plants. Cet article explore en détail les techniques et les astuces pour réussir ces étapes cruciales, en s'appuyant sur des expériences pratiques et des conseils d'experts.

illustration de sarments de vigne

Bouturage de la vigne : Un chemin vers l'autonomie viticole

Le bouturage est une méthode de multiplication végétative qui permet de reproduire fidèlement les qualités d'un pied mère. C'est un procédé simple, accessible et économique, particulièrement apprécié des amateurs qui souhaitent enrichir leur jardin ou partager leurs cépages favoris sans débourser un centime. Cette technique ancestrale, maîtrisée depuis des siècles par les viticulteurs, garantit un taux de réussite de 70 à 85% selon les conditions d’application.

Quand bouturer la vigne ? Le calendrier idéal

Le calendrier de bouturage conditionne directement la réussite de l'opération. La période idéale s'étend de novembre à mars, lorsque la sève descend et que la plante entre en dormance. Cette phase de repos végétatif permet aux tissus de cicatriser efficacement et limite les risques de déshydratation. Bouturer entre novembre et février offre plusieurs avantages : une meilleure disponibilité des tiges lignifiées et une manipulation facilitée.

Les professionnels du secteur privilégient les prélèvements entre décembre et février, quand les températures oscillent entre 0 et 10°C. À ce stade, les réserves glucidiques concentrées dans le bois assurent un démarrage vigoureux au printemps. Les boutures prélevées trop tôt en automne présentent un taux d’échec de 40% supérieur, car le bois n’a pas achevé son aoûtement. Il est crucial d'éviter les périodes de gel intense (inférieures à -5°C) qui cristallisent la sève et détruisent les cellules végétales. De même, les bouturages estivaux sur bois vert affichent des taux d’échec dépassant 60% et ne concernent que quelques cépages spécifiques en conditions contrôlées.

Sélection et prélèvement des sarments : La base du succès

La qualité du matériel végétal détermine 80% de la réussite. Il est préférable de choisir une tige d’un an, droite, d’au moins 30 cm, comportant trois nœuds prometteurs. Le rameau idéal est semi-aoûté - ni trop tendre, ni trop dur -, mesurant entre 15 et 20 cm et muni de 3 à 4 nœuds bien gonflés. Le diamètre idéal se situe entre 8 et 12 mm, comparable à un crayon de papier standard.

Il est recommandé de privilégier les bois situés en partie médiane du cep, là où la vigueur s’équilibre naturellement. Les gourmands trop vigoureux (diamètre supérieur à 15 mm) stockent moins de réserves et s’enracinent difficilement. À l’inverse, les rameaux chétifs manquent d’énergie pour produire des racines robustes.

Pour la coupe, procédez à une coupe nette avec un sécateur désinfecté à l’alcool à 70°. Réalisez une coupe nette sous un nœud et environ deux centimètres au-dessus du dernier bourgeon pour optimiser la croissance future. Chaque bouture doit mesurer 25 à 35 cm et comporter 3 à 4 yeux bien formés. Réalisez une coupe droite sous le premier œil basal et une coupe en biseau à 2 cm au-dessus du dernier œil apical. Cette géométrie optimise l’évacuation de l’eau de pluie et facilite l’identification du sens de plantation. Écartez systématiquement les sarments présentant des traces de maladies (mildiou, oïdium, esca) ou des blessures mécaniques. Une inspection visuelle rigoureuse prévient la propagation d’agents pathogènes dans le futur vignoble.

schéma de coupe d'un sarment pour le bouturage

Pour équilibrer la respiration et l’énergie, retirez les feuilles basses et ne conservez que deux ou trois feuilles en haut de la tige. Trop de feuillage entraîne une transpiration excessive ; trop peu prive la bouture de photosynthèse. Si la plante mère présente des feuilles jaunes, mieux vaut comprendre la cause - car une vigne carencée donnera rarement une bonne bouture. Lucien, un voisin amateur, a appris que les sarments prélevés au milieu d’une journée chaude, avec des feuilles jaunissantes, avaient un taux d’échec double par rapport à ceux sélectionnés tôt le matin et bien vigoureux.

Deux grandes techniques de bouturage

Deux grandes techniques dominent la multiplication de la vigne par bouturage : la méthode à sec et celle dite en bouteille plastique ou en eau. Chacune présente des avantages selon l’espace disponible et le souhait de surveiller la reprise de la bouture.

Le bouturage à l'eau : Une méthode visuelle et rapide

Le bouturage dans l'eau est une méthode simple et pédagogique, prisée pour sa rapidité d'émission des racines et son fort taux de réussite à priori. Placer le sarment dans un récipient en verre rempli d’eau à température ambiante constitue la méthode la plus simple et la plus pédagogique de propagation de la vigne. Le verre est préférable au plastique : il laisse voir les racines pousser et n’altère pas l’eau par des micro-particules.

Maintenez une température constante entre 20 et 25 °C, une lumière diffuse (pas de soleil direct) et renouvelez l’eau tous les 3 à 5 jours pour éviter la stagnation et la prolifération bactérienne. Les premières racines blanches sortent souvent au bout de deux à trois semaines. Une expérience en 2024 a montré que les boutures maintenues à 22 °C ont pris des racines en moyenne 4 jours plus tôt que celles à 18 °C. Cela confirme l’importance d’une température stable.

L'ajout de marc de café dans l'eau, à raison de 10% de l'apport, a montré des résultats positifs, comme en témoigne un amateur dont les boutures ont bien réagi. Le charbon actif ou une goutte de solution hydroponique légère aide également à limiter les bactéries.

Le bouturage à sec : Une méthode plus traditionnelle

La méthode à sec consiste à planter directement le sarment sélectionné dans un substrat adapté tel qu’un mélange de terreau et de sable pour garantir un drainage optimal. Choisir un substrat léger et drainant, composé de terre de jardin, sable grossier et compost mûr si possible, contribue à la réussite de l’opération. Une humidité maîtrisée, sans excès, reste essentielle durant les premières semaines. Installer les rameaux en pleine lumière, mais sans soleil direct, accélère la formation des tissus racinaires.

boutures de vigne en pot

Conservation des boutures avant plantation : Préparer l'avenir

La stratification conditionne la viabilité des boutures pendant plusieurs semaines. Deux méthodes dominent selon les installations disponibles et le planning de plantation.

La jauge extérieure convient aux quantités importantes. Creusez une tranchée de 30 cm de profondeur dans un sol drainant, à l’ombre et contre un mur exposé nord. Disposez les boutures verticalement en fagots de 20 à 50 unités, puis recouvrez-les de sable humide et de terre légère. Cette technique maintient une humidité stable et protège du gel jusqu’à -10°C.

Le stockage au froid offre une solution plus technique. Placez les boutures par paquets de 10 dans des sacs plastique perforés avec du sable légèrement humide. Conservez-les à 2-6°C dans un réfrigérateur, cave ou chambre froide. Vérifiez l’humidité toutes les 2 semaines : le sable doit rester frais sans être détrempé.

Quelle que soit la méthode, étiquetez soigneusement chaque lot avec le cépage, la date de prélèvement et l’origine du pied-mère. Cette traçabilité s’avère indispensable en viticulture professionnelle et facilite l'organisation. Les dernières études montrent qu’une conservation optimale préserve 95% du potentiel racinaire initial. Évitez les variations thermiques brutales qui provoquent des condensations et favorisent les pourritures. Un contrôle hebdomadaire détecte les éventuels démarrages prématurés de végétation, signe d’une température excessive.

Bouturer la vigne en 4 étapes 2022

Préparation des boutures pour la plantation : Les derniers gestes clés

Vingt-quatre heures avant la mise en terre, réhydratez les boutures en les immergeant complètement dans l’eau à température ambiante. Ce trempage reconstitue les réserves hydriques perdues pendant le stockage et booste l’activité cellulaire. Les professionnels ajoutent parfois un stimulant racinaire naturel (extrait d’algues ou acide salicylique à 50 ppm), augmentant le taux d’enracinement de 10 à 15%.

Pratiquez ensuite le parafinage de l’extrémité supérieure. Plongez rapidement l’apex coupé en biseau dans de la cire fondue à 60-70°C, formant une pellicule protectrice de 1 à 2 mm. Cette barrière limite l’évaporation par le sommet et concentre l’énergie vers la base pour la formation racinaire. Cette technique ancestrale fait gagner 2 semaines au démarrage végétatif.

Inspectez une dernière fois chaque bouture. Les yeux doivent être turgescents et légèrement gonflés, signe de leur viabilité. Un œil desséché ou noirci compromet le débourrement printanier. Éliminez sans hésiter les sujets douteux : mieux vaut 20 boutures saines que 30 de qualité médiocre.

Pour les plantations en godets, préparez un substrat drainant composé de 50% terreau horticole, 30% sable de rivière et 20% compost mûr. Ce mélange assure un drainage optimal tout en fournissant les éléments nutritifs initiaux. Remplissez des contenants de 1,5 à 2 litres percés au fond.

Repiquage des boutures : Le passage à la terre

Le moment du repiquage mérite une attention particulière : attendre que les racines mesurent idéalement entre 5 et 10 cm assure une meilleure reprise. Les boutures qui se développent dans l'eau ont des racines très fragiles contrairement à celles qui sont plantées directement en terre. Un transfert hâtif fragilise les racines.

Un substrat léger, composé de terreau mélangé à du sable ou du grit, favorise le drainage tout en retenant l’humidité nécessaire aux jeunes racines. La plantation des boutures peut se faire en pleine terre ou en conteneur, selon l’espace dont vous disposez. L’enfouissement doit se faire délicatement, sans tasser trop fort le substrat. Un arrosage modéré, suivi d’un placement à mi-ombre pendant quelques jours, aide la plante à surmonter le stress du transfert. Les signes d’une bonne reprise sont clairs : de nouvelles feuilles, un allongement des entre-nœuds et une tige qui gagne en vigueur.

Un amateur a réussi le repiquage de ses boutures d'Italia en les plaçant dans une buanderie en rez-de-jardin non chauffée affichant 15 °C maximum, avec un terreau léger. Cette fois-ci, contrairement aux tentatives précédentes, les boutures se portent à merveille avec plein de feuilles supplémentaires qui sortent.

La plantation en pleine terre s’effectue lorsque le sol atteint 10°C à 15 cm de profondeur, généralement mi-avril dans la moitié nord et début avril en zone méditerranéenne. Creusez un trou de 40 cm de profondeur en sol meuble, ou utilisez un tire-bouchon plantoir pour les plantations en série.

Enterrez la bouture en ne laissant dépasser que 2 yeux maximum au-dessus du niveau du sol. Cette profondeur favorise un enracinement étagé robuste et protège la base du gel tardif. Tassez fermement la terre autour du bois sans créer de poche d’air, puis arrosez copieusement (5 litres d’eau par plant).

Taux de réussite et résolution des échecs : Apprendre de ses expériences

Les statistiques professionnelles établissent un taux de reprise moyen de 70 à 85% pour les boutures aoûtées de vigne, variable selon le cépage et les conditions de culture. Les cépages vigoureux (Chasselas, Noah, Clinton pour les hybrides) affichent des performances supérieures à 85%, tandis que certains nobles (Pinot noir, Chardonnay) plafonnent à 60-65%.

Les trois causes d’échec principales identifiées par les pépiniéristes viticoles sont : la déshydratation pendant le stockage (35% des pertes), le pourrissement de la base par excès d’humidité (30%), et le prélèvement sur bois insuffisamment aoûté (25%). Une analyse méthodique des échecs permet d’ajuster la technique pour la saison suivante.

Les erreurs les plus fréquentes tiennent souvent à des détails : eau stagnante, exposition trop directe, coupe mal faite ou repiquage prématuré. Un bocal qui jaunit ou des racines brunies sont des signaux d’alerte faciles à corriger si l’on agit vite. Changer l’eau, refaire une coupe propre, déplacer la bouture vers un endroit moins lumineux : ces gestes simples sauvent souvent la situation. Les statistiques observées montrent un taux de réussite proche de 80 % au printemps, contre moins de 50 % en hiver.

L'arrosage de la vigne : Un équilibre délicat

L'arrosage est une étape cruciale pour la bonne croissance de la vigne, en particulier lors de la plantation et pendant la première année. Cependant, il est essentiel de comprendre que la vigne est une liane et que, de plus, le cep est souvent greffé sur un porte-greffe vigoureux qui jette des radicelles en profondeur afin de chercher l'humidité. Cet arbuste est donc capable de s'adapter et de puiser l'eau en profondeur, ce qui rend un arrosage excessif contre-productif à long terme.

Les premiers arrosages : Une étape fondatrice

Pour une vigne achetée sur internet, dès réception du colis, il est important de la réhydrater avant plantation en la trempant presque en totalité durant 24h dans un seau d’eau au frais. Dans le cas d'un achat de plant de raisin de table en magasin, en jardinerie ou chez votre pépiniériste favori, il est également important de procéder à cette étape.

Lors de la plantation, il faut environ arroser la vigne avec 5 à 6 litres d’eau (un demi arrosoir environ) afin que la terre adhère correctement aux racines sans créer de bulle d’air sous terre, puis la recouvrir ensuite d’un léger voile de terre sèche afin de conserver l’humidité aux racines. Il ne faut pas avoir peur de trop arroser à ce stade, cette étape est importante et le pied appréciera ce premier geste.

graphique des besoins en eau de la vigne selon les saisons

Arrosage de la première année : Apprendre la modération

La première année suivant vos plantations, remettez une telle quantité d’eau tous les 15-20 jours, surtout s’il ne pleut pas. Le débourrement survient 3 à 6 semaines après plantation. Maintiens le sol frais par des arrosages hebdomadaires de 3 à 5 litres, en évitant de mouiller le feuillage naissant. Un paillage organique de 5 cm d’épaisseur (paille, BRF, tonte séchée) régule l’humidité et limite les adventices. En pratique, cette couverture réduit les besoins en eau de 40% selon les essais comparatifs menés en stations viticoles.

Il est inutile d’arroser tous les 2 jours ou toutes les semaines car cela va favoriser un système racinaire de surface et le jour où vous oublierez d’arroser le plant n’aura pas les réserves nécessaires pour affronter ce léger coup de sec. Il est donc important d'apprendre à se limiter sur l'arrosage, et d'adapter votre fréquence d'arrosage au besoin en eau réel de la vigne.

Arrosage des vignes adultes : L'autonomie en priorité

En conclusion, espacez au maximum l'arrosage de la vigne, même l’été, afin de forcer le plant à pousser ses racines en profondeur. Il en va de même pour un arrosage automatisé. Comme vous l’avez peut-être constaté dans les vignobles de nos régions en France ou en Europe, que ce soit dans le Sud ou la partie Nord, les vignes adultes ne sont pas arrosées manuellement et s’abreuvent seulement les jours de pluie. De la même façon dans le parc, potager ou verger, il n'est pas nécessaire d'irriguer votre plant adulte.

A noter que dans certains cas exceptionnels comme par exemple des années de forte sécheresse, il est conseillé aux jardiniers de procéder à 2 arrosages aux alentours du 14 juillet et du 15 août mais pas davantage.

Moments et méthodes d'arrosage : Les bonnes pratiques

Tout d'abord, sachez qu'il est fortement déconseillé d'arroser durant la nuit car la fraîcheur, l'humidité et l'absence des rayons du soleil sont des facteurs pouvant entraîner des maladies de la vigne (oïdium, mildiou). Si possible, privilégiez l’arrosage naturel via l’eau de pluie, plus naturelle qu’une eau classique de la ville. Ainsi, si la météo s’annonce pluvieuse (davantage de 10mm d’eau annoncés sur un site météo ou le pluviomètre de la maison), abstenez-vous d’arroser ! C'est également le cas en hiver, période pendant laquelle vous pouvez espacer les arrosages même s'il ne pleut pas car la vigne peut tenir sans arrosage plusieurs semaines à cette période.

Au-delà de l’aspect économique étant donné que l’eau de pluie est gratuite sans limites, elle est surtout recommandée pour sa douceur (PH de 6), son absence de chlore, fluor et sa faible quantité de sels minéraux. Pour recueillir l'eau de pluie dans le jardin, utilisez au choix des bacs, pots, jardinières, citernes ou cuves, en préférant un système fermé diminuant l'évaporation pendant les grosses chaleurs et les indésirables venant s'accumuler dans l'eau (feuilles, insectes, pontes de moustiques, …). Ajoutez par la suite à votre réserve d'eau un raccordement aux gouttières de votre toit ou abri de jardin afin d'augmenter la quantité d'eau reçue et aurez à disposition une eau gratuite et de meilleure qualité pour les arbres et arbustes. En période de canicule et fortes chaleurs, il est possible que l'arrosage de la vigne soit interdit pour économiser et permettre aux nappes phréatiques de se remplir. Dans ce cas là, si vous avez récolté de l'eau de pluie, utilisez-la.

système de récupération d'eau de pluie

Il existe de nombreuses techniques d’arrosage de la vigne mais la plus pertinente se révèle souvent être la méthode de la cuvette d’arrosage (sans drains). Il suffit pour cela de créer autour du cep récemment planté un cercle de terre d’une hauteur d’environ 10-15 centimètres qui va conserver l’eau autour du plant et éviter qu’elle ne s’échappe dans toutes les directions. Elle sera à renouveler tous les 6-12 mois car avec le temps elle risque de s’affaisser et perdre en efficacité et étanchéité. Pour une telle technique, il faut évidemment continuer à suivre les recommandations classiques, c'est-à-dire de ne pas mouiller le feuillage ou les grappes (diffusion de maladies, oïdium, mildiou) mais localiser l'arrosage en se concentrant sur le bas du plant, au niveau de la terre.

En matière d'irrigation, l'irrigation au goutte à goutte est une alternative intéressante utilisée par certains viticulteurs dans des vignobles pour favoriser la croissance des jeunes plants et des raisins de cuve ou des raisins de table. Cette technique d'arrosage automatique permet d'éviter de mouiller les feuilles (contrairement à l'aspersion) tout en permettant une gestion optimale de l'eau. Un système de filtration adapté permettra d'éviter que des feuilles ou insectes bouchent les tuyaux et un régulateur de pression permettra de contrôler les débits et éviter une trop grande disparité dans l'arrosage de vos pieds en début ou en fin de rangée.

Greffage et porte-greffes : Un aspect crucial pour la vigne

Le phylloxéra n'est que peu présent dans les petits jardins mais plutôt dans les vignobles. C’est le porte-greffe qui va déterminer tous les caractères de la vigne et des grains. Il faut qu’il soit greffé sur un support adapté aux caractéristiques géologiques et climatiques de la région. Il doit être résistant aux parasites (phylloxéra, nématodes, etc.) et être adapté au type de production recherchée. Conclusion : il faut un porte-greffe.

Certains affirment que planter une bouture donnera un raisin, mais que c'est une "pochette surprise". Un voisin qui avait planté un sarment de Noah (hybride) a obtenu une vigne donnant « trois grains » minuscules par grappe, les grappes étant rares. À la dégustation, les paupières des yeux faisaient le warning !

Il est vrai que le commerce, y compris les pépiniéristes, propose des produits travaillés et étudiés en amont pour répondre à différentes cultures et différents types de sols. Ce sont bien souvent des recherches destinées aux professionnels, et les amateurs ne sont en fait que la cinquième roue du carrosse. Cependant, cela ne signifie pas qu'il faille tout croire et tout appliquer à la lettre. Parfois, même souvent, ces solutions peuvent correspondre partiellement aux besoins des amateurs. La solution idoine serait de retrouver les anciennes variétés locales, robustes et adaptées afin de les cultiver en priorité.

Le phylloxéra est toujours présent, mais il l'est assez peu dans les petits jardins d'amateurs en comparaison des grandes régions viticoles. Les pépiniéristes cultivent des vignes spécifiques et font des boutures qu’ils greffent avec une variété choisie car ils doivent lutter contre le phylloxéra et adapter les vignes aux caractéristiques géologiques et climatiques de la région.

schéma de greffage de la vigne

Les variétés de vigne et leurs spécificités

Les ceps de vigne qui produisent du raisin sont tous du genre Vitis vinifera. Ce sont donc possiblement des vignes qui donnent du vin. Dans le genre Vitis vinifera, il existe de nombreuses variétés. Les vignes se différencient entre elles également par leur cycle : vigne à récolte précoce ou au contraire, à vendange tardive. Si vous habitez dans une région plutôt froide, évitez les variétés de vigne à récoltes tardives et privilégiez plutôt les vignes à la fructification la plus précoce.

Il y a néanmoins un point d’attention : la vigne est sujette à de nombreuses maladies, particulièrement des maladies cryptogamiques (Champignons) comme l’oïdium, le botrytis, l’anthracnose, le mildiou et bien d’autres encore. Il existe néanmoins des vignes qui y sont moins sensibles. L’INRA, l’Institut National de Recherche Agronomique, a, par hybridation (croisement de variétés), réussi à mettre au point quelques variétés qui sont plus résistantes. Ces variétés sont réservées aux marchés des particuliers.

Vous pouvez donc les retrouver en jardineries sous les noms d’Aladin, issue de la variété Ampelia®, c’est une vigne qui produit de belles grappes de raisins noirs. Amandin Ampelia® produit de belles grappes de raisins blancs fermes et croquants de forme ovale. Cette variété, comme la précédente, a une maturité tardive vers le mois d’octobre et sera plutôt réservée aux régions douces, voire chaudes.

D'autres variétés notables incluent :

  • Résistantes aux maladies de l'INRA : Variétés issues des recherches de l'INRA (Institut National de la Recherche Agronomique), comme Aladin, très résistante aux maladies. Une autre obtention récente par l'INRA est également très résistante aux maladies, avec de grosses grappes et des grains ronds, dorés.
  • Chasselas : Un cépage vigoureux affichant des performances supérieures à 85% en bouturage.
  • Noah et Clinton : Des hybrides également très vigoureux.
  • Pinot noir et Chardonnay : Des cépages nobles, mais dont le taux de réussite en bouturage plafonne à 60-65%.

Il existe également des variétés très décoratives avec de grosses grappes coniques bien formées, produisant de nombreuses et grosses grappes. Leurs raisins ont la peau fine et dorée, leur chair est juteuse et délicieuse. D'autres variétés offrent de grandes grappes de raisins moyens noir bleuté. Une variété porte le nom de son créateur, un pépiniériste d’Orléans, avec des fruits très esthétiques, des raisins croquants, gros, bien ronds, bien noir-bleu et regroupés en grandes grappes.

Évolution et fructification des nouveaux pieds

Une bouture qui a franchi avec succès sa première saison se comporte désormais comme un jeune plant classique. La deuxième année, taillez à 3-4 yeux en fin d’hiver pour structurer la future charpente. Le système racinaire s’enfonce progressivement jusqu’à 60-80 cm, assurant une autonomie hydrique croissante.

La première récolte significative intervient généralement la troisième année après bouturage, avec une production de 1 à 2 kg par pied. Les années 4 et 5 marquent la montée en régime jusqu’à la production adulte de 3 à 5 kg selon le cépage et la conduite. Cette progression graduelle permet à la plante de constituer ses réserves ligneuses et racinaires sans épuisement prématuré.

Les professionnels du secteur rappellent qu’un pied de vigne franc de pied (non greffé) issu de bouture présente une longévité de 30 à 50 ans en conditions optimales. Cette durabilité surpasse souvent les plants greffés en terrain non phylloxéré, justifiant l’intérêt agronomique du bouturage traditionnel dans les jardins amateurs.

Surveillez néanmoins l’apparition du phylloxéra si vous cultivez en zone historiquement touchée : ce puceron racinaire décime les vignes franches en 3 à 5 ans. Les régions sableuses ou d’altitude supérieure à 600 mètres restent naturellement épargnées. Dans le doute, privilégiez des porte-greffes résistants pour vos boutures, technique combinant les avantages de chaque approche.

Maîtriser le bouturage de vigne confère une indépendance technique précieuse pour développer son espace fruitier. Cette compétence ancestrale, transmise de génération en génération, s’acquiert par la pratique répétée et l’observation attentive des réactions végétales. Chaque saison affine le diagnostic et améliore les résultats. N’hésitez pas à expérimenter plusieurs cépages simultanément pour identifier ceux qui s’adaptent le mieux à votre terroir et votre climat local. Cette diversification sécurise la production et enrichit la palette gustative. Les échanges avec d’autres amateurs via les associations pomologiques ou les forums spécialisés accélèrent la progression en mutualisant les retours d’expérience.

Au-delà du simple aspect économique, le bouturage reconnecte avec les savoir-faire viticoles traditionnels et valorise la biodiversité variétale. Vous perpétuez ainsi des cépages anciens parfois introuvables en circuit commercial, contribuant à leur préservation patrimoniale.

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