La question de l'arrosage du jardin est au cœur des préoccupations des jardiniers soucieux de la gestion de leurs ressources. Face à une certaine raréfaction des ressources en eau, il devient essentiel de réfléchir à la provenance de l'eau utilisée pour nos espaces verts. L'utilisation de l'eau de pluie pour l'arrosage représente une solution simple, efficace et économe, tant au niveau du budget du foyer qu’en termes d'impact environnemental. Cette ressource permet notamment de réduire la dépendance à l'eau potable, dont le coût et la disponibilité deviennent des sujets cruciaux.

Les bénéfices agronomiques de l'eau de pluie
Est-ce que l'eau de pluie est bonne pour les plantes ? Oui, tout à fait. Tout d’abord parce que l’eau de pluie est légèrement acide, ce qui convient bien à de très nombreuses plantes de nos jardins, et en tout cas bien mieux que l’eau du réseau, souvent trop calcaire et chargée en chlore. De nombreux jardiniers réservent l’eau de pluie en priorité aux plantes qui ne supportent pas le calcaire comme les camélias, les rhododendrons et azalées.
Par ailleurs, elle contient des nutriments utiles aux plantes et elle est à température ambiante, un bon point pour éviter les chocs thermiques que peut provoquer l'eau froide du robinet. Pour le jardinier amateur, c'est une alternative précieuse pour ses fleurs et massifs. Cependant, il est conseillé de réservez cette eau pour arroser les fleurs et massifs, en évitant certaines plantes au potager.
La question de la qualité : l'eau de pluie est-elle polluée ?
Il est crucial de garder à l'esprit qu'« eau de pluie » ne signifie pas « eau pure ». Le fait que l’eau de pluie soit polluée n’est pas une découverte. En passant dans l’atmosphère, l’eau la lave des poussières et polluants qui s’y trouvent et se charge ainsi de ces substances. L’eau de pluie est donc un vecteur non négligeable de substances chimiques.
Les données mesurées par différents chercheurs depuis 2010, ceci aussi bien en Chine, qu’aux États-Unis ou en Suède, montrent que les concentrations en substances perfluorées dans l’eau de pluie sont la plupart du temps largement au-dessus des normes fixées pour l’eau potable aux États-Unis. On y retrouve des traces de PCBs, des substances cancérigènes et perturbateurs endocriniens. C’est le cas également d’autres polluants organiques persistants tout aussi problématiques tels les polybromés, utilisés comme retardateurs de flamme.
Une fois tombée sur le sol, l’eau de pluie peut à nouveau être contaminée. En ruisselant sur les surfaces urbaines (toitures, routes, parkings, terrains de sports, etc.), elle emporte avec elle les différents contaminants qui s’y trouvent comme les métaux lourds, les hydrocarbures ou les pesticides. Par exemple, en 1996, des concentrations allant jusqu’à 4,6 microgrammes d’atrazine par litre d’eau de pluie avaient été mesurées en Bretagne, soit 460 fois plus que la limite acceptée pour l’eau potable.
Réglementation et usages domestiques
Malgré cette pollution atmosphérique et environnementale, l’utilisation de l’eau de pluie pour l’arrosage reste non seulement autorisée, mais aussi recommandée. Il n’y a absolument aucune interdiction pour un particulier d'arroser son jardin, d'ornement comme potager, avec de l’eau de pluie. Selon le Code civil, « tout propriétaire a le droit d’user et de disposer des eaux pluviales qui tombent sur son fonds ».
Cependant, il existe un cadre légal strict concernant l'usage interne. L'arrêté du 21 août 2008 précise qu'il est interdit de la boire ou de cuisiner avec. À la question de savoir si on peut cuisiner ou boire de l’eau de pluie, le gouvernement français répond d’ailleurs : « Non, il est strictement interdit de récupérer l’eau de pluie pour la consommer, car elle est contaminée ». En revanche, il est tout à fait possible de s'en servir à l'intérieur pour laver le sol, pour la chasse d'eau et le lave-linge.
Installer un récupérateur d’eau de pluie : économies et écologie au jardin - Truffaut
L'installation d'un système de récupération adapté
Pour le particulier, le choix du matériel doit être réfléchi. Adaptez le volume du ou des réservoirs en fonction de vos besoins. Ce qui peut intéresser un jardinier disposant d'un espace restreint, c'est une forme allongée de 200 litres avec une faible épaisseur (33 cm) à placer contre un mur extérieur, idéal par son faible encombrement (L.60 x H. 153).
Il existe de nombreuses options, comme les récupérateurs muraux de 270L à 650L ou des cuves enterrées de plus grande capacité. L’article 3 de l’arrêté du 21 août 2008 réglemente la collecte :
- L’eau de pluie ne peut être collectée que venant de toitures inaccessibles.
- L’équipement ne doit pas présenter de risque de contamination pour le réseau d’eau potable.
- Le récupérateur doit être équipé en amont d’un système de filtre qui empêche l’entrée d’organismes vivants ou de déchets organiques.
- La cuve de stockage doit être facile d’accès, étanche, et composée d'un matériau inerte.
Prévention des risques sanitaires et biologiques
La prolifération des moustiques et le développement des micro-organismes dans les cuves sont des points de vigilance majeurs. Le réservoir doit être fermé pour limiter la prolifération des moustiques. Quant aux moustiques dans les réserves d'eau de pluie, il y a une invention fantastique pour parer à ce fléau : le couvercle.
Il est également conseillé d'utiliser cette eau assez rapidement pour éviter qu'elle croupisse. Si l’on craint la présence de bactéries comme les salmonelles, il convient de se rappeler que l'on retrouve ces organismes dans la nature (fumier, déjections d'oiseaux, sols). L'application du principe de précaution est de mise, mais il n'est pas nécessaire de désinfecter son jardin. La vie microbienne naturelle finit souvent par équilibrer ces populations.
Perspectives urbaines et solutions de gestion
Une solution en cours de déploiement dans les villes est de désimperméabiliser les surfaces (notamment en réintroduisant des surfaces enherbées) et d’infiltrer l’eau de pluie au plus près de l’endroit où elle tombe. Cette pratique permet de limiter le « lessivage » des polluants : l’eau ruisselle moins donc elle entraîne moins de contaminants vers les réseaux d'assainissement.
Certaines communes subventionnent d’ailleurs l’installation de cuves de récupération et de rétention des eaux de pluie pour la protection des eaux souterraines. Ces initiatives témoignent d'une volonté politique de mieux gérer le cycle de l'eau à l'échelle locale, en complément des actions individuelles des citoyens. Bien que la pollution chimique soit devenue globale, comme le souligne la détection de substances dans des lacs isolés des Pyrénées, les décisions politiques et les changements de pratiques (comme la baisse de l'usage des pesticides) ont des effets bien visibles sur le long terme.

Pour les particuliers, le choix est vaste, allant des modèles muraux esthétiques effet granit ou terre cuite, aux cuves volumineuses de 2000L. La priorité doit rester la protection du réseau d'eau potable lors de l'installation et le respect des règles de sécurité sanitaire pour les usages domestiques. En somme, l'eau de pluie reste une alliée de choix pour tout jardinier, à condition d'être collectée et stockée avec les précautions d'usage nécessaires.