La gestion de l'eau dans les Pyrénées-Orientales : entre sécheresse persistante et adaptation nécessaire

Vue aérienne des Pyrénées-Orientales

Les Pyrénées-Orientales, département au climat méditerranéen singulier, font face à des défis persistants en matière de gestion de l'eau. Malgré quelques épisodes pluvieux, la région reste aux prises avec une sécheresse prolongée, nécessitant une vigilance constante et des mesures d'adaptation. L'approche de l'hiver ne résout pas toujours le problème de la sécheresse, et les restrictions concernant les usages de l'eau demeurent une réalité pour les habitants et les acteurs économiques du territoire. Cette situation complexe est le résultat d'un cumul de facteurs géographiques, climatiques et hydrologiques, qui imposent une réflexion approfondie sur la préservation de cette ressource vitale.

La persistance des restrictions malgré les pluies

Si les fortes chaleurs sont terminées, les Pyrénées-Orientales n'en ont malheureusement pas fini avec les restrictions concernant les usages de l'eau. Le préfet annonce en effet qu'un nouvel arrêté a été pris pour encadrer ces usages. Les mesures varient selon l'échelon d'alerte. En alerte renforcée (rouge), les mesures sont identiques avec des restrictions renforcées en matière d’arrosage, de remplissage et de vidange des piscines, de lavage de véhicules et d’irrigation de cultures. Quant à l'échelon crise, il est déclenché pour préserver les usages prioritaires, ce qui implique l'interdiction des prélèvements en eau pour l’agriculture (sauf pour certains usages limités), ainsi que de certains autres usages économiques, domestiques ou concernant l’entretien des espaces.

Panneau d'information sur les restrictions d'eau

Malgré quelques épisodes pluvieux, le climat est demeuré très sec durant le mois d’octobre, indique le préfet dans un communiqué. Les précipitations du début du mois de novembre n’apportent qu’un soulagement temporaire à une situation à nouveau tendue sur tous les bassins versants. Les nappes phréatiques restent en tension, notamment dans les secteurs Salanque, Aspres et Tech. Dans le secteur de la Têt, leur niveau continue de se dégrader, et les cours d’eau restent en dessous des moyennes saisonnières.

Au 1er avril 2025, 76 communes, situées en large périphérie de Perpignan, étaient en état de crise. Ainsi, il est toujours interdit d’arroser les pelouses, ronds-points, jardinières et massifs fleuris à Rivesaltes, Perpignan, Trouillas, Argelès-sur-Mer, Ille Sur Têt ou Salses le Château. Il est à noter qu’il est toléré d’arroser les potagers de 17h à 9h. Concernant l’irrigation des terrains de sport, elle est permise deux nuits par semaine. La Préfecture rappelle également qu’il est interdit de nettoyer à grande eau les terrasses, façades et voiries. Le lavage des véhicules doit s’effectuer en station de lavage équipée d’un système de recyclage de l’eau.

L'état des nappes phréatiques : un indicateur crucial

Les nappes phréatiques jouent un rôle clé dans le cycle de l’eau. Elles se forment à partir de la pluie qui s’infiltre dans le sol et s’accumulent dans les couches perméables du sous-sol. On les distingue des autres nappes souterraines par leur accessibilité et leur interaction directe avec les cours d’eau et les écosystèmes en surface. Une nappe phréatique est une réserve d’eaux souterraines située à faible profondeur. En général, ces nappes ne sont ni des lacs, ni des cours d’eau souterrains : il s’agit d’eau contenue dans les pores ou les fissures des roches, saturées par les eaux de pluie qui se sont infiltrées.

Schéma de formation des nappes phréatiques

Selon la DDTM 66, le 29 avril 2025, dix piézomètres étaient encore sous le seuil de crise, comme à Saint Hippolyte, Bompas, Millas, Terrats, Salses le Château, Alénya, Le Barcarès, Torreilles et Ponteilla. Le Syndicat Mixte pour la protection et la gestion des nappes souterraines de la plaine du Roussillon observe quelques remontées localisées, mais l’état général des ressources en eau demeure préoccupant. Malgré le retour de la pluie, les nappes phréatiques du Roussillon peinent à se recharger. D’après la Préfecture, la situation reste même « très déficitaire » sur l’ensemble du département.

Selon le BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières), seul le sud-est du territoire a bénéficié de pluies efficaces et observe des niveaux en hausse. En clair, les niveaux restent « bas » sur les nappes du massif des Corbières et sur la plaine du Roussillon. Les nappes du Pliocène, qui constituent les nappes les plus profondes, sont moins réactives aux conditions météorologiques. « Le niveau piézométrique du Pliocène n’a que très peu été influencé par les pluies de mars », confirme le Syndicat Mixte pour la protection et la gestion des nappes de la plaine du Roussillon.

À l’inverse, si l’UG Agly-Salanque reste en crise, les précipitations ont permis une amélioration relative. Tandis que la situation dans la vallée de la Têt s’améliore significativement, comme sur la vallée du Tech où les niveaux sont en hausse. Selon le bulletin de la DDTM 66 du 29 avril 2025, « Les barrages restent proches de leur capacité maximale, assurant une bonne sécurité hydrique à l’approche de l’été. Avec 21,4 Mm3, le barrage de Vinça a atteint sa « capacité maximale de gestion », tout comme celui de l’Agly. À Villeneuve-de-la-Raho la situation s’annonce « favorable pour cet été », précise l’État.

Sécheresse : malgré la pluie, le niveau des nappes phréatiques reste bas

Comprendre la sécheresse dans les Pyrénées-Orientales : causes et facteurs aggravants

Dans le langage courant, le terme sécheresse renvoie généralement à la sécheresse météorologique, mais les Pyrénées-Orientales sont en réalité concernées par trois types de sécheresses : météorologique, agricole (ou édaphique) et hydrologique.

Le département connaît un déficit de précipitations chronique depuis janvier 2022, avec seulement quatre mois excédentaires ou proches des normales en 2022 et 2023 et des déficits dépassant les 80% en février 2022 et janvier 2023. Une partie des causes de ce déficit provient des particularités géographiques du département. Celui-ci reçoit traditionnellement très peu de précipitations provenant de l’ouest à cause de l’effet de foehn induit par le massif pyrénéen, qui provoque un ciel dégagé et un vent chaud et sec. Or, la France métropolitaine a connu pendant cette période une situation atmosphérique dans laquelle les vents dominants, transportant de l’air humide et frais, ont soufflé d’ouest en est. La région est donc très dépendante des dépressions apportées par un flux d’est et se formant en Méditerranée, en particulier au niveau des Baléares, pour l’apport de pluie.

Carte des vents dominants dans les Pyrénées-Orientales

Bien que cela puisse sembler tentant, il n’est pour autant pas possible d’affirmer que le changement climatique est le seul responsable de ce déficit pluviométrique prolongé. Le climat méditerranéen est particulièrement extrême et marqué par une variabilité interannuelle de la pluviométrie pouvant aller du simple au quadruple en termes de cumul annuel, notamment à cause des épisodes de fortes précipitations. Météo France indique néanmoins que les précipitations ont diminué de l’ordre de 10% au cours des cinquante dernières années, en particulier en hiver. Même si les températures vont continuer à augmenter à cause du changement climatique, il est par ailleurs difficile de prévoir avec certitude comment évolueront les précipitations sur le long terme en raison des fortes incertitudes qui pèsent sur la modélisation de ce paramètre. Les projections climatiques moyennes indiquent néanmoins une baisse des précipitations totales sur le bassin méditerranéen, avec un renforcement de l’intensité des fortes précipitations, nettement moins bénéfiques pour le rechargement des nappes.

Par ailleurs, la chaleur croissante entraînera implacablement des répercussions sur le bilan hydrique. Si le manque de pluie explique en grande partie la sécheresse qui a frappé les Pyrénées-Orientales, il n’est pas le seul responsable. D’une part, les températures élevées sont responsables d’une évaporation plus rapide des masses d’eau en circulation. L’eau « verte » contenue dans les sols y reste moins longtemps et recharge moins les nappes phréatiques par infiltration. D’autre part, l’air chaud peut contenir davantage de vapeur d’eau que l’air froid. Les climatologues considèrent que, pour chaque degré de réchauffement supplémentaire, l'humidité augmente de 7 % dans l'atmosphère. Tous ces mécanismes impliquent une réduction significative de la quantité d’eau douce disponible pour les besoins humains (consommation domestique, irrigation…). Les températures élevées allongent par ailleurs la saison végétative, c’est-à-dire la période durant laquelle les plantes se développent et consomment de l’eau. Le redémarrage de la végétation explique également pourquoi les précipitations du printemps sont considérées comme moins efficaces que celles de l’automne pour le remplissage des nappes phréatiques.

Graphique de l'évolution des températures moyennes

Lorsque l’eau vient à manquer, les plantes ferment leurs stomates (c’est-à-dire les orifices permettant les échanges gazeux entre la plante et l’air ambiant) pour limiter la perte d’eau par transpiration et se retrouvent en stress hydrique. Par ailleurs, plus un sol est sec et plus sa capacité à absorber l’eau se réduit. Pour ces deux raisons, les épisodes pluvieux épars, comme cela a été le cas dans les Pyrénées-Orientales, rechargent très peu les nappes dans le cas des sécheresses prolongées. Un véritable cercle vicieux se met en place : plus le sol est sec, moins il parvient à s’humidifier, et ainsi de suite.

Conséquences et adaptations nécessaires

Entre septembre 2022 et mars 2025, les autorités locales ont instauré des restrictions d’usages de l’eau, qui ont été progressivement renforcées. Plusieurs communes ont été contraintes de se faire approvisionner en eau par camion-citerne, y compris en plein hiver, source de dépenses importantes. La biodiversité a également été durement affectée par cette crise de l’eau. Les arbres des ripisylves (c’est-à-dire poussant sur les rives d’un cours d’eau) comme les saules et les peupliers ont connu une mortalité accrue, pouvant atteindre 100% dans certaines zones.

Sécheresse : malgré la pluie, le niveau des nappes phréatiques reste bas

Comme mentionné en introduction, la situation s’est depuis (légèrement) améliorée dans les Pyrénées-Orientales. Néanmoins, cette crise a montré que la gestion de l’eau devra s’adapter aux nouvelles réalités climatiques, en plus des fluctuations habituelles du climat méditerranéen et de sa situation à l’est des Pyrénées. « Face à une situation encore fragile et évolutive, les Comités Ressource en Eau continueront de se réunir chaque mois. Cette fréquence accrue permettra une meilleure réactivité et une adaptation rapide des mesures de restriction en fonction de l’évolution de la ressource », indique la Préfecture.

Des solutions concrètes alliant technologie et expertise hydrogéologique sont proposées par des acteurs comme imaGeau pour anticiper les tensions et sécuriser les usages en eau des acteurs publics et privés. Ce service, conçu par imaGeau, conjugue une double expertise : éditeur du logiciel de gestion de l’eau et bureau d’études hydrogéologiques. L'engagement aux côtés des collectivités et industriels repose sur une conviction forte : seule une gestion éclairée, fondée sur la donnée et l’expertise hydrogéologique terrain, permettra de préserver durablement l’eau, cette ressource vitale.

Infographie sur les bonnes pratiques d'économie d'eau

L'enjeu est crucial pour la gestion des ressources en eau, et l’état des nappes phréatiques en France métropolitaine est suivi de près. Alimentées par les précipitations et influencées par l’activité humaine, ces réserves souterraines jouent un rôle clé dans l’approvisionnement en eau potable, l’irrigation et l’équilibre des écosystèmes. Si la pluie est revenue sur les Pyrénées-Orientales ces derniers mois, permettant au préfet Thierry Bonnier d’alléger les principales restrictions d’eau, le département n’est pas pour autant sorti de la sécheresse critique en place depuis 2022, comme en témoigne la situation des nappes, évaluée régulièrement par le BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières).

L'année 2015-2016, particulièrement marquée par un important déficit pluviométrique et par des niveaux des nappes phréatiques de la Plaine du Roussillon historiquement bas, a été un signal d'alarme. Les précipitations des derniers mois n'ont pas permis une recharge suffisante sur certaines parties du territoire. Ainsi la situation est particulièrement sensible sur la bordure côtière pour la moitié Nord du département, dans les Aspres et sur une partie de la vallée du Réart. Sans attendre, afin de préserver la ressource pour assurer les besoins essentiels dans les mois à venir, en application du code de l'environnement, Philippe Vignes, préfet du département des Pyrénées-Orientales, a décidé de limiter certains usages non essentiels, satisfaits par les eaux souterraines. La zone de gestion des eaux à laquelle appartient Bages est toujours en CRISE. Les restrictions d’usage de l’eau applicables sur le territoire communal sont fixées par l’arrêté préfectoral en vigueur portant des restrictions temporaires des usages de l’eau. Ces dispositions sont applicables jusqu’au 30 juin 2026 inclus.

tags: #arrosage #pyrenees #orientales