L'art et la technique de l'arrosage sous frondaison et en profondeur : vers une gestion optimisée de l'eau

Dans un contexte marqué par des situations récurrentes de sécheresses et de restrictions d'eau induites par le réchauffement climatique, tous les moyens sont bons pour limiter les gaspillages d'eau et augmenter l'efficacité des arrosages. L'eau est un intrant d'importance croissante, voire primordial selon les régions. Elle conditionne le bon développement ainsi que les rendements des arbres et peut également jouer un rôle sur la pression maladie. La gestion de cette ressource nécessite une compréhension fine des dispositifs techniques, allant de l'aspersion sous frondaison aux systèmes d'irrigation profonde et localisée.

Schéma illustrant la différence entre l'aspersion aérienne et l'arrosage sous frondaison dans un verger

Les principes fondamentaux de l'irrigation par aspersion

L'aspersion est définie comme une forme d'irrigation qui projette l'eau en l'air, afin qu'elle retombe en cercle sur le sol, autour de l'asperseur. Dans une certaine mesure, l'aspersion sur frondaison peut être considérée comme une pratique de protection contre le gel, alors que l'aspersion sous frondaison peut permettre de maintenir un enherbement total. Contrairement aux techniques d'irrigation localisées (et notamment le goutte-à-goutte), l'aspersion est donc caractérisée par sa capacité à influer sur le microclimat des vergers.

La distance entre vos arroseurs en cultures de plein champ est principalement déterminée en fonction de votre dispositif de plantation et des véhicules et outils agromécaniques utilisés. Néanmoins, d'autres facteurs doivent être pris en compte. Plus les arroseurs sont proches les uns des autres, plus vous aurez besoin d'unités et de canalisations et plus le coût de votre système sera élevé. D'autre part, un espacement plus grand entre unités rend plus difficile l'obtention d'une distribution uniforme de l'eau.

Il est important de choisir une solution qui puisse répondre aux besoins quotidiens des cultures tout en évitant les ruissellements qui créent une répartition inégale de l'eau et l'érosion des sols. Vous devez rechercher un système d’irrigation de précision dont le taux de précipitation est en corrélation avec la capacité d’infiltration du sol. Des jets agressifs peuvent endommager les jeunes cultures, exposer les semences et créer une érosion du sol ou favoriser la création d'une croûte en surface du sol. Par contre, de très jets fins peuvent produire de petites gouttelettes d’eau qui peuvent se déplacer avec le vent ou s’évaporer, nuisant ainsi à la répartition uniforme de l’eau. Recherchez un arroseur capable d’atteindre la distance requise et de maintenir une répartition uniforme, sans toutefois endommager vos cultures.

Techniques de micro-aspersion et équipements spécifiques

Pour l'irrigation des cultures en ligne, les cultures à haute densité comme les pépinières, et l'irrigation sous frondaison des cultures arboricoles et agricoles, Arrosage Distribution recommande les asperseurs Rolland, à portée réglable, disponibles en faible débit (série 11) et haut débit (série 17), et les arroseurs Nelson Rotator R2000 et R33.

La micro-aspersion est particulièrement recommandée pour l'arrosage de serre. En effet, la brumisation permet de faire baisser la température à l'intérieur de la serre, de limiter le développement des maladies des feuillages et le nombre de prédateurs, et éventuellement de stimuler la croissance des plants en diffusant des éléments nutritifs. Pour l'arrosage de serre, ils s'utilisent tête en bas, à deux mètres du sol, fixés sur des montages pendulaires.

L'eau est distribuée par un mécanisme rotatif à ailettes, sur un diamètre de 2 à 4m avec un débit et une pression optimaux compris respectivement entre 35 à 150 L/h, et 1,5 à 2,5 bar. Ils correspondent à des usages plus spécifiques, dans la mesure où ils sont forcément disposés au sol et sont inadaptés aux vergers à forte densité. En revanche, ils sont caractérisés par un débit, un diamètre d'arrosage et une pression supérieurs (150 à 500L/h, 5 à 8m et 2 à 3 bar) et offrent donc généralement une meilleure répartition de l'eau.

L'irrigation localisée et le goutte-à-goutte : précision et économie

Dans des contextes de raréfaction de la ressource en eau, on privilégie souvent une irrigation raisonnée, à plus faible débit et au plus près des cultures. Par opposition à l'aspersion, l'irrigation localisée génère souvent une pression adventice moins faible puisque la surface du sol est moins humectée. Le principal point de vigilance est alors le bouchage : en raison du faible débit et du diamètre des buses, les dispositifs d'irrigation sont plus sensibles au bouchage. Il faut donc porter une attention renforcée au filtrage de l'eau ainsi qu'à la protection contre les insectes et impuretés extérieures.

L'irrigation goutte-à-goutte est caractérisée par un très faible débit (1 à 2L/h) circulant dans une gaine pouvant être ou non enterrée. Des goutteurs en dérivation ou intégrés peuvent être installés à intervalles réguliers au long de la gaine, et permettent un écoulement périodique de gouttes d'eau à un endroit précis. Cette technologie se base sur la faculté des arbres à prélever suffisamment d'eau pour couvrir ses besoins avec seulement une petite partie de son système racinaire.

Goutte à goutte enterré sur céréale

L'irrigation goutte-à-goutte peut avoir des effets positifs sur la culture des oignons. En règle générale, il existe deux options :

  1. Installer les tuyaux à une profondeur de trois à cinq centimètres. Cela peut se faire en même temps que le semis ou juste après. L'inconvénient est que les tuyaux doivent être retirés avant l'arrachage, car ils risquent d'être entraînés par les pneus.
  2. Installer les tuyaux à une profondeur de dix centimètres environ. Avantage : l'opération peut être effectuée après le semis, et le retrait peut se faire après l'arrachage, car les tuyaux sont plus profonds que les lames. En revanche, le producteur ne peut utiliser le système avant la germination.

Le principal avantage de cette méthode est la tranquillité d'esprit qu'elle offre par rapport à l'arrosage conventionnel. Plus besoin de déplacer le tuyau en plein milieu de la nuit. Vous n'avez plus à vous soucier de l'évaporation de l'eau du fait qu'elle est apportée précisément là où il faut, ce qui permet une utilisation plus efficace.

L'arrosage en profondeur : une stratégie pour l'avenir

Au jardin, l'eau est un bien précieux. L'adage est simple : d'abord tu l'envoies dans le sol, et ensuite, tu l'empêches de s'évaporer. L'arrosage en profondeur consiste à irriguer directement le sous-sol, plus ou moins profondément selon les besoins des végétaux, afin de réduire les pertes en eau au plus près des racines. Communément, on parle d'une profondeur de vingt centimètres pour les vivaces, quarante pour les arbustes et soixante-dix pour les arbres. Ainsi mise à l'abri de l'air, du soleil et du vent, l'eau s'évapore peu, et reste entièrement disponible pour les plantes.

Pour distribuer l'eau en profondeur, il faut disposer d'un puits d'irrigation constitué d'un conduit enterré aux trois quarts. Il est évidemment plus facile de l'installer au moment de la plantation. Cependant, puisqu'à mesure que celles-ci grandissent, leurs racines se développent en s'éloignant du tronc, on peut aussi l'installer après. Sous terre, les racines se développent jusqu'à la frondaison du feuillage, ce qui permet, sur des sujets adultes, d'enterrer un puits d'arrosage bien à l'écart du tronc et d'éviter de blesser les racines principales.

Il faut définir le diamètre du conduit en fonction du type d'arrosage. Dans le cas de l'arrosage manuel au tuyau ou à l'arrosoir, mieux vaut prévoir des conduits de gros diamètre (10 cm environ), qui vont permettre d'amener une grande quantité d'eau d'un coup. À l'inverse, pour l'arrosage au goutte-à-goutte, un diamètre de quatre à cinq centimètres est largement suffisant. L'objectif est d'encourager la plante à développer ses racines vers le bas, afin d'y trouver à terme une humidité résiduelle qui la rendra autonome en eau.

Schéma technique d'un puits d'irrigation profonde enterré au niveau de la zone de frondaison

Drainage par sondage et gestion dynamique de l'humidité

Dans les périodes de fortes précipitations, le drainage sert d'évacuation. Mais le drainage par sondage permet également de retenir et d'acheminer l'eau, à condition que la disponibilité d'une eau de bonne qualité soit garantie. Les tuyaux de drainage sont raccordés à leur extrémité à une conduite de collecte et bouchés du côté du fossé. Le système peut être relié à des panneaux solaires qui alimentent la pompe et les autres appareils, permettant ainsi aux producteurs de commander le drainage du puits depuis leur Smartphone ou leur ordinateur portable.

Cependant, la maîtrise de ces systèmes demande une expertise réelle. Un niveau d'eau trop haut peut entraîner un manque d'oxygène et la mort des racines. Il est donc indispensable d'apprendre à travailler avec ces dispositifs, car si le début de la saison est exceptionnel avec un bon rendement, une mauvaise gestion hydrique peut rapidement faire stagner la culture. L'innovation technologique, couplée à une observation rigoureuse des besoins physiologiques des plantes, reste la clé pour naviguer dans ces nouvelles pratiques d'irrigation.

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