L'Association Fertilisante : Vers de Terre, Engrais Verts et Viticulture Durable pour le Chardonnay

La quête d’une viticulture autonome et résiliente, capable de s’affranchir des intrants chimiques tout en produisant des vins de caractère, constitue le défi majeur de l’agriculture moderne. Au cœur de cette transition, l'EARL de Plaisance, également connue sous le nom "La ferme de Romane", met en place depuis de nombreuses années des pratiques agroécologiques afin d'atteindre la plus grande autonomie possible. La certification biologique a permis à Noël Lassus d'assumer une conviction forte : produire dans le bien-être de la biodiversité en pratiquant une agriculture plus durable. Cette transition agroécologique, née d'observations de terrain et d'une prise de conscience environnementale, est aujourd'hui portée par Mathilde Lassus, qui continue de diversifier l'exploitation familiale créée en 1860.

Vignoble en agroécologie avec couvert végétal

Le sol, pilier de la nutrition et de la résilience viticole

L'agroécologie implique de repenser son système d’exploitation en utilisant au maximum les fonctionnalités offertes par la nature. Le sol est un des piliers principaux de l’agronomie. Un sol qui fonctionne bien est fondamental pour assurer le bon fonctionnement de la vigne et la pérennité du vignoble. C’est une composante importante du rendement. La nature du sol, par sa texture, son pouvoir filtrant qui permet les ressuyages rapides après la pluie et sa teneur minérale, influence la production des raisins et la qualité des vins.

Dans cette optique, l’utilisation d’engrais conventionnels est remise en question. L'engrais a pour inconvénient de nourrir directement la plante ce qui limite son développement racinaire en profondeur, nécessaire à une plante solide, résistante et ayant une bonne capacité à puiser l’eau en cas de faible pluie. Il en résulte aussi une moins bonne richesse aromatique et moins de profondeur dans les vins car la vigne n’explore pas les sous-sols du terroir en profondeur.

Le rôle moteur des vers de terre et du compost

Pour nourrir la terre, l'EARL de Plaisance privilégie le compost de fumier de vache. Celui-ci est mis à composter sur l'un de leurs prés pendant une période variant de 6 à 12 mois selon si le fumier a déjà commencé sa fermentation chez l'agriculteur ou non, et selon la météo. Le fumier se composte doucement pour devenir un produit d'une texture à peine humide qui ne sent plus le fumier.

Le compost, disposé en surface ou enfoui à quelques centimètres maximum au printemps pour éviter qu'il ne dessèche, va faire travailler les vers de terre. Ils vont donc être plus nombreux et vont travailler à l'enfouissement en profondeur de celui-ci. Durant l'enfouissement, ils vont le digérer et le transformer comme il se doit pour le sol. En faisant cela, les vers de terre, par leurs multiples va-et-vient dans les sols, vont aérer les sols de manière considérable.

Le plus important dans cette organisation si merveilleuse de la Vie est que les vers de terre, en descendant la matière organique, vont la mélanger dans leurs intestins à de l'argile qu'ils vont remonter. Mélangé à leurs glandes intestinales chargées de calcium, ils vont ainsi créer ce qu'on appelle le complexe argilo-humique (CAH), si important pour un sol en bonne santé. C’est l’association en agrégats des minéraux argileux et de matières organiques formant l'humus. À l'inverse, les colloïdes neutres augmentent la porosité du sol qui est plus favorable à la végétation.

Engrais verts et dynamique végétale

En parallèle de ces pratiques, dans l'objectif de favoriser les conditions de croissance des vignes par la vie du sol, Mathilde et Noël Lassus ont mis en place il y a 6 ans un enherbement des vignes par un couvert végétal composé de féverole et de seigle. Ces couverts sont détruits en juin lorsqu'ils sont en fleurs afin de maximiser la biomasse apportée au sol et permettre la pollinisation.

Semer des engrais verts en inter-rangs

La période des semis d'engrais verts dans les vignes approche. Implanter un beau couvert hivernal n’est pas chose aisée, surtout quand on débute. Semer un couvert végétal peut être bénéfique, à condition de le réussir. Nourrir la plante tout en stimulant au passage l’activité microbienne du sol est un objectif central. Le passage des engrais verts aux préparations biodynamiques, tout en utilisant le levier des vers de terre, permet de rendre à la vigne toute sa vigueur et son équilibre.

La symbiose mycorhizienne : un allié invisible

Les mycorhizes sont des champignons vivant en symbiose avec des plantes. 80 % des plantes terrestres, dont la vigne, font des mycorhizes à arbuscules. L’intérêt pour la plante est d’utiliser des mycorhizes au lieu de ses simples racines : on obtient une meilleure assimilation des nutriments par la vigne et une résistance accrue aux stress environnementaux. Dans les conditions de sols « pauvres », les mycorhizes deviennent essentielles. La vigne mobilise alors plus efficacement ses défenses naturelles. Ils les potentialisent.

Conduite haute et adaptation aux stress climatiques

Les vignobles, comme l’ensemble des vignobles français, sont fortement impactés par le changement climatique. La hausse des températures moyennes et la fréquence accrue des épisodes de sécheresse rendent les conditions de production plus complexes. Le principal levier d'intérêt dans la lutte contre le gel dans le vignoble de Mathilde Lassus est la conduite de vignes hautes (environ 1m40-1m50 du sol).

La conduite en vigne haute permettrait de gagner 1°C par rapport à une conduite conventionnelle. Si cette pratique n'est pas un levier direct dans la protection des vignes contre le gel, le fait de conduire des vignes en bonne santé et vigoureuses permet d'augmenter leur résilience face aux stress et aux accidents climatiques. La vigne a gagné beaucoup de vigueur depuis que Mathilde Lassus a adopté la taille douce et tardive.

Schéma explicatif de la vigne haute

Vers une autonomie totale : le projet biodynamique

Dans la recherche d'autonomie de la ferme, l'un des objectifs à long terme de Mathilde Lassus est de ne plus utiliser de soufre et de cuivre et de remplacer l'ensemble des traitements par des préparations biodynamiques. Il faudra plusieurs années de transition avant de remplacer complètement les produits cupriques et sulfuriques. La mise en place de ces pratiques intervient dans la reconception totale du système. Pour la biodynamie, il a fallu adopter une logistique différente car on ne peut pas utiliser le même pulvérisateur pour le soufre, le cuivre et les préparations biodynamiques, au risque de limiter l'efficacité des extraits végétaux.

L'interaction complexe : Porte-greffes et terroir

Le choix du plant doit correspondre aux objectifs du viticulteur. Le greffage représente le premier moyen de lutte biologique contre un ravageur, le phylloxéra, puceron introduit d’Amérique du Nord vers 1860. Le porte-greffe donne une souplesse qui permet de s'affranchir de certaines faiblesses du cépage. Le développement racinaire de différents porte-greffes est également plus ou moins plastique en fonction du partenaire de greffage.

Il existe de fortes interactions avec le génotype du greffon. La répartition de biomasse entre système racinaire, tronc et tiges feuillées est observable dès 8 mois après greffage. L’importance des interactions génotype de porte-greffe et génotype de greffon est un élément majeur de l'expression de la composante édaphique du terroir viticole. L'identité du vin produit sera directement liée à ces facteurs, ainsi qu'aux pratiques culturales comme l'apport de compost et l'entretien des sols par les vers de terre.

Suivi et pilotage de la nutrition

Assez facile à réaliser, l’analyse pétiolaire livre un instantané de la nutrition de la vigne. Le Haney test donne en un coup d’œil une vision sur la biologie et la chimie du sol. Ces outils permettent d'ajuster les pratiques en fonction des besoins réels, sans recourir systématiquement aux engrais de synthèse. Le pic des besoins se situe au débourrement et pendant la phase de maturation. Une carence, comme celle en fer (chlorose vraie), peut limiter la photosynthèse, tandis qu'un excès d'azote peut gêner l'assimilation du magnésium.

La gestion fine de ces déséquilibres, couplée à une vie biologique intense favorisée par les vers de terre et le couvert végétal, permet de maintenir un état sanitaire des ceps compatible avec l’obtention d’une récolte de qualité, tout en respectant les grands équilibres écologiques. La transition agroécologique est un chemin de longue haleine, fondé sur l'observation, l'expérimentation et l'humilité face aux cycles naturels.

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