Introduction
L'innovation et l'observation scientifique ont toujours été des moteurs essentiels du progrès humain, touchant des domaines aussi variés que la chimie, la physique et la médecine. Cet article explore trois aspects distincts de ces avancées, allant de la conception d'équipements de laboratoire ingénieux à l'amélioration des machines électriques et à la compréhension approfondie d'une réaction allergique complexe. Nous nous pencherons sur des développements historiques, des principes fondamentaux et des implications pratiques, en mettant en lumière les défis et les solutions rencontrés par les chercheurs et les praticiens au fil du temps.

L'Alambic de Laboratoire à Effets Multiples : Optimisation du Chauffage et Production d'Eau Distillée
Le chauffage des appareils dans un laboratoire de chimie est une problématique centrale, et l'optimisation de cette ressource a fait l'objet de nombreuses recherches. En 1844, un rapporteur, visitant l’école polytechnique de Vienne en Autriche, a observé le laboratoire du savant professeur Schrotter entièrement chauffé par l’alambic destiné à fournir l’eau distillée. Cette approche, qui intègre plusieurs fonctions en un seul appareil, représente une avancée significative en termes d'efficacité et d'économie d'énergie.
Le professeur Weltzen, à Carlsruhe, a adopté ce mode de chauffage et a fait construire un appareil plus complet. M. Nicklès, professeur à la faculté des sciences de Nancy, a apporté des modifications très intéressantes à cet appareil, décrites dans une note qu’il a adressée au comité des arts chimiques. C'est au nom de ce comité qu'un rapport a été présenté, soulignant l'ingéniosité de ce système.
L'objectif principal de M. Nicklès était d'utiliser, par son application au plus grand nombre possible d’opérations, la chaleur développée par la condensation de la vapeur. Il cherchait à profiter des températures variées que cette condensation peut produire sur des points donnés pour obtenir des effets relatifs aux actions qu’il s’agit de déterminer. De plus, son système permettait de se procurer à volonté de l’eau distillée froide ou chaude, et de profiter de la chaleur fournie par les produits de la combustion du foyer et de celle des résidus de la grille pour augmenter le chauffage de tout le système.
Comment fonctionne un alambic hybride (Distillation whisky, gin, rhum, ...) | Distillery Life #04
Le fonctionnement de l'alambic à effets multiples est conçu pour maximiser la récupération et l'utilisation de l'énergie. Le tuyau qui conduit la vapeur traverse d’abord une étuve en cuivre d’où la portion condensée de 96 à 99° peut s’écouler par un robinet convenable. Cette caractéristique facilite beaucoup l’exécution d’un grand nombre d’opérations qui nécessitent de l’eau distillée chaude. En continuant sa route, la vapeur peut être, par le simple jeu d’un robinet, dirigée soit dans des entonnoirs à filtration chaude et de là dans le serpentin, soit directement dans celui-ci, mais en traversant une étuve placée sur un bain de sable dont elle coopère à élever la température.
Au-dessous de l’étuve se trouve une armoire vitrée construite dans le massif et dont la partie supérieure est fermée par une plaque de tôle constituant le fond du canal de la fumée. Pour en augmenter la température, une plaque de fonte sert à la fois de plancher bas à l’étuve et au cendrier, et les résidus de la combustion la maintiennent toujours très chaude. Cette conception témoigne d'une approche holistique de la gestion de l'énergie, où même la chaleur perdue est récupérée.
L'économie est un avantage majeur de ce système. Dix kilogrammes de coke, distribués en sept à huit charges et entraînant une dépense de 50 centimes, suffisent pour maintenir le système en fonctionnement.
Une difficulté rencontrée par M. Nicklès était les fortes incrustations dans la chaudière de l’alambic, dues aux eaux utilisées dans le laboratoire de Nancy. Il a signalé les problèmes que lui ont présentés les divers moyens qu’il a employés pour les combattre. Si M. Nicklès avait connu le procédé signalé à la Société et si utilement employé par M. Manuel, fabricant de sucre de betterave à Collonges près Dijon, il n’aurait pas été contraint d’avoir recours à une solution imparfaite. Ce procédé utilisait du sulfate de baryte en poudre fine, qui a démontré son efficacité dans le travail d’une campagne chez M. Manuel.
La planche 261, non incluse ici mais mentionnée dans le document original, représentait l’alambic de laboratoire à effets multiples présenté par M. Nicklès. Elle illustrait le chauffage au moyen de la chaleur latente de la vapeur d’eau, avec un tube (O) mettant en communication directe, au moyen du robinet 1, le tuyau K avec le réfrigérant lorsqu’on ne veut pas envoyer la vapeur aux entonnoirs L. Il montrait aussi la communication indirecte, au moyen du robinet 2 et du tuyau M, lorsqu’on veut, au contraire, opérer une filtration à chaud. Un autre aspect était le chauffage au moyen de la chaleur perdue du foyer, avec une soupape (Y) servant de prise d’air pour la ventilation de l’étuve X, dans le fond et près de la paroi supérieure de laquelle se trouve un registre ouvrant dans la cheminée.
L'Évolution des Coussins Frotteurs pour Machines Électriques : De Franklin à Steiner
Les coussins frotteurs des machines électriques à plateau de verre jouent un rôle crucial dans le développement de l’électricité dégagée par ces machines. L’énergie de la charge électrique provoquée dépend en grande partie de leur disposition et de la préparation de leurs surfaces frottantes. Cette importance a conduit les physiciens à se préoccuper de la question de la préparation des coussins, surtout à une époque où les machines à plateau de verre étaient les seuls engins producteurs d’électricité disponibles.
Les coussins de Franklin étaient constitués de plaques de bois sur lesquelles étaient appliqués trois ou quatre morceaux de flanelle brute, le tout recouvert d’un morceau de drap enduit, au moyen de moelle de bœuf, d’un amalgame provenant de l’étamage de vieilles glaces. Les coussins de Kienmeier, de Berlin, utilisaient de la peau de chat, le poil étant appliqué contre la planchette de bois, et la peau, bien tendue extérieurement, était enduite d’un amalgame composé de zinc, d’étain et de mercure.
En 1788, Yan Marum, professeur à Harlem, qui avait imaginé la machine produisant simultanément les deux électricités, chercha à perfectionner les coussins. Il pensait que, dans une machine bien conçue, il fallait autant faciliter l’écoulement des fluides séparés qu’à surexciter cette séparation. Il adapta aux coussins de Franklin des feuilles de clinquant, qu’il disposa de manière à séparer les morceaux de flanelle et à constituer la première et la dernière couche. Une enveloppe de cuir recouvrait cet ensemble et était clouée sur les plaques de bois, de sorte que la conductibilité du cuir était assurée par la feuille de clinquant placée immédiatement au-dessous, et la conductibilité du bois par la feuille de clinquant placée au-dessus. Pour augmenter cette conductibilité, le savant professeur avait pratiqué dans l’enveloppe de cuir une foule de petits trous dans lesquels l’amalgame pouvait s’introduire, établissant ainsi une communication métallique entre la surface amalgamée et les feuilles de clinquant. L’amalgame qu’il employait était le même que celui imaginé par Kienmeier. Cette disposition des coussins était très bonne, mais fut abandonnée après la mort de Van Marum, probablement en raison de la difficulté d’appliquer et de préparer convenablement l’amalgame.

M. Perrault Steiner, mécanicien à Francfort, appelé à réparer de nombreuses machines électriques, a analysé les causes de leur mauvais fonctionnement et a rapidement identifié que ces problèmes étaient généralement attribués à la mauvaise construction des coussins. Après une étude minutieuse des procédés existants, il a découvert leurs défauts. Les coussins de Ramsden, par exemple, n’étaient pas assez conducteurs et étaient trop hygrométriques à cause de l’or mussif qui les recouvrait. Cette substance, très légère et se décomposant facilement par le frottement de la machine, nécessitait des renouvellements fréquents, une opération délicate car l’or mussif ne devait jamais être en excès et devait être préalablement desséché, des précautions rarement prises. M. Masson avait cependant trouvé un moyen d’atténuer ces inconvénients en lavant l’or mussif.
Le système de Van Marum, bien que supérieur, présentait également des inconvénients, notamment un amalgame trop dur, trop sec et ne se conservant pas en poudre, ce qui obligeait à le préparer à nouveau chaque fois que les coussins étaient réamalgamés. Pour remédier à ces problèmes, M. Steiner, considérant le système de Van Marum comme le meilleur, introduisit du bismuth dans l’amalgame. Cette addition, combinée à certains moyens de fabrication, permit au mélange de se conserver à l’état pulvérulent sans s’altérer, et avec une consistance appropriée pour être facilement étalé sur les coussins. Pour améliorer la conductibilité, il utilisa une seule feuille d’étain repliée plusieurs fois sur elle-même, avec les morceaux de flanelle insérés dans les plis, au lieu de plusieurs feuilles de clinquant. En définitive, les coussins de M. Steiner étaient une amélioration notable.
Enfin, pour éviter les pertes d’électricité par l’air entourant le plateau de verre, M. Steiner a appliqué son procédé à de nombreuses machines électriques défectueuses en France, en Allemagne, en Suisse, en Italie et en Belgique. Grâce à ses modifications, ces machines sont devenues excellentes, comme l'attestent les nombreux certificats que M. Steiner a présentés à la commission. Les témoignages de sympathie accordés à M. Steiner et la recommandation d'adresser des remerciements au mécanicien francfortois soulignent l'impact de ses contributions.
Principes de la Théorie Mécanique de la Chaleur et ses Applications
Les relations générales entre la chaleur et le travail mécanique qu’elle est susceptible de produire sont, depuis près de quarante ans, le sujet d’études intenses par plusieurs physiciens et géomètres éminents. L'ensemble de ces travaux constitue aujourd’hui une doctrine dont les principes sont confirmés par des expériences nombreuses et précises, ainsi que par la conformité de certains faits constatés par l’observation directe aux prévisions théoriques. Les conséquences de cette théorie sont d’un grand intérêt pour l’avancement de l’industrie, car les notions admises autrefois sur les machines à feu, qui fournissent la majeure partie du travail moteur consommé dans nos manufactures et sur nos voies de transport, doivent en recevoir des modifications essentielles.
Un exposé de la théorie mécanique de la chaleur trouve naturellement sa place dans le Bulletin, et sa publication est particulièrement opportune au moment où le public dispose de plusieurs ouvrages et mémoires importants sur le même sujet. Parmi ceux-ci, il faut citer le second volume des expériences de M. Régnault et le livre où M. G. A. Hirn présente, aux côtés de la traduction de l’ouvrage du professeur Zeuner, de Zurich, les résultats remarquables de ses propres expériences et études théoriques.
L’objectif est d’exposer les principes généraux, les faits qui semblent être aujourd’hui définitivement acquis à la science et les conséquences pratiques qui en découlent. L’intelligence des formules analytiques, bien qu’inévitables, n’exige que les notions élémentaires du calcul infinitésimal. Des expressions telles que "quantité de chaleur", "calorie", "travail et quantité de travail mécanique", "chaleurs spécifiques à volume constant et à pression constante", "coefficient de dilatation par la chaleur", etc., sont utilisées sans définition préalable, en supposant une connaissance de base.

Sadi-Carnot, dans son ouvrage publié en 1824, "Réflexions sur la puissance motrice du feu", a remarqué que le développement de travail moteur par l’action de la chaleur est toujours accompagné d’un rétablissement d’équilibre dans le calorique, c’est-à-dire de son passage d’un corps à un autre dont la température est plus basse, par l’intermédiaire d’un troisième corps qui est mis successivement en communication avec le premier et avec le second. Il a également montré qu’il est possible, inversement, moyennant un travail mécanique extérieur convenablement exercé sur le corps intermédiaire, de faire remonter la chaleur du corps le plus froid à celui qui est le plus chaud.
Carnot a établi qu’entre deux corps A et B, à des températures déterminées t et t’, le passage d’une même quantité de chaleur, par l’intermédiaire d’un troisième corps, correspond nécessairement à une même quantité de travail mécanique développé par la dilatation ou employé à la compression du corps intermédiaire, quelle que soit la nature de celui-ci. Cette condition est valable pourvu que, tout au long de l’opération, la communication ne soit établie qu’entre des corps à températures égales, ou plus exactement ne différant pas de quantités finies. Cette condition correspond au maximum de travail mécanique développé par le passage de la chaleur du corps le plus chaud au corps le plus froid. Ainsi, selon Carnot, le travail mécanique correspondrait à une chute de chaleur, et le rapport du travail obtenu à la quantité de chaleur dépendrait uniquement des températures fixes t et t’ des corps A et B entre lesquelles elle est échangée.
Ces considérations ingénieuses, bien qu’incomplètes, ont conduit Carnot et son commentateur à reconnaître une relation directe de cause à effet entre la chaleur et le travail mécanique, et à introduire une modification profonde dans les principes de Carnot. Ainsi, si un gaz ou un autre corps augmente de volume en exerçant sur le milieu ambiant une pression qui soit constamment en équilibre avec sa force élastique et en éprouvant, par conséquent, de la part de ce milieu une réaction précisément égale, cette dilatation aura donné lieu à une quantité de travail et en même temps à une disparition de chaleur dont le rapport avec le travail obtenu sera toujours le même. Ce rapport est constant quelle que soit la nature du corps, sa densité, sa force élastique et sa température au début et à la fin de l’opération.
Inversement, si un gaz ou tout autre corps est réduit, par le travail dû à des forces extérieures, à diminuer de volume, il y aura en même temps production d’une quantité de chaleur qui sera dans le même rapport constant avec le travail mécanique dépensé. Si l’accroissement ou la diminution du volume du corps a lieu sans aucun développement de travail moteur ou sans application de travail mécanique externe, la quantité de chaleur restera invariable. Si l’on opère sur un gaz tel que l’air atmosphérique sec, dont la chaleur spécifique, d’après les dernières expériences de M. Régnault, reste invariable quelles que soient sa température et sa densité, l’accroissement de volume de ce gaz, s’il ne donne lieu à aucun travail mécanique externe, ne sera accompagné d’aucun abaissement.
L'Allergie au Latex d'Hevea brasiliensis : Une Problématique Complexe et Évolutive
L’allergie au latex d’Hevea brasiliensis a connu un essor considérable dans les années 1980 avec l’apparition et l’expansion du SIDA, nécessitant une utilisation accrue de gants en latex. Les différentes formes cliniques de cette allergie sont nombreuses et ont fait l’objet de vastes études. Elles incluent les réactions respiratoires et/ou dermatologiques rencontrées chez les personnels soignants (PS) suite à leur exposition professionnelle, ainsi que le cas des patients poly-opérés, notamment les enfants atteints d’un spina bifida (SB).
Les anaphylaxies per-opératoires, a priori sans antécédents connus concernant le latex, représentent une part significative des causes : le latex est responsable d’environ 20% des anaphylaxies per-opératoires, et même plus de 50% chez les sujets de moins de 18 ans. Les allergies croisées sont également un aspect important, notamment avec des allergies alimentaires.
De nombreux objets en latex, comme les gants, les matelas, les ballons, les semelles et les bandes élastiques, sont capables de relarguer des allergènes. Pour certains auteurs, il existe une exposition et celle-ci pourrait comporter un risque chez un sujet prédisposé. Il en est de même pour les tétines et sucettes destinées aux nourrissons, des observations attestant d'un lien entre leur usage et des symptômes allergiques. Tous ces objets sont, bien sûr, déconseillés en cas d’allergie connue au latex ou de réaction apparemment liée à leur contact.
La question du latex "caché" concerne également le transfert possible d’allergènes du latex à des aliments suite au contact de ces aliments avec des objets en latex, comme des gants. Bien que probablement très rare, cette cause peut constituer un piège diagnostique chez un patient exploré pour une réaction alimentaire. Il n’est donc pas surprenant que de nombreux allergènes du latex soient des protéines de défense végétale.
La sélection de clones d’Hevea plus productifs, la scarification répétée et l’utilisation de phyto-hormones ne font qu’accroître les concentrations des protéines de défense, telles que l'hévéine. Toutes ces protéines ne sont pas IgE-réactives, mais une résolution en blot bidimensionnel révèle de l’ordre de 60 spots. L’IUIS (International Union of Immunological Societies) reconnaît 13 allergènes différents, nommés de Hev b 1 à Hev b 13.
Les Principaux Allergènes du Latex (Hev b 1 à Hev b 13)
Hev b 1 : Cette protéine, également appelée REF (Rubber Elongation Factor), est indispensable à la polymérisation des particules de caoutchouc contenues dans le latex natif. Elle représente 10 à 60% des protéines totales du latex et se trouve à la surface des particules de caoutchouc, dans la "rubber phase" après centrifugation. Hev b 1 est particulièrement IgE-réactif chez les enfants multi-opérés : la part d’IgE-réactivité due à Hev b 1 dans le résultat pour l’extrait latex global était ainsi de plus de 50% pour 27 parmi 35 enfants avec spina bifida.
Hev b 2 : Chez des sujets allergiques à l’olivier, le domaine N-terminal d’Ole e 9, la bêta 1,3-glucanase du pollen d’olivier, est capable d’inhiber la réactivité à Hev b 2. Hev b 2 est capable de susciter des IgE par sa chaîne glucidique et sa ressemblance avec Hev b 1 lui confère une classification de "protéine REF-like".
Hev b 4 : Provenant des organites appelées "lutoïdes" en suspension dans le latex natif, Hev b 4 est rassemblé dans la phase inférieure après centrifugation (le "B-sérum"). Hev b 4 possède 8 sites potentiels de glycosylation, occupés de façon hétérogène. La glycosylation semble jouer un rôle important dans la réactivité d’Hev b 4, car la protéine déglycosylée (ou le recombinant rHev b 4 préparé dans E. coli) perd sa capacité à fixer les IgE de la majorité des patients.
Hev b 5 : La fonction biochimique de Hev b 5 n'est pas clairement établie. Il présente une homologie modérée (47% d’identité) avec pKIWI501, une protéine du kiwi.
Hev b 6 : Souvent assimilé à une chitinase en raison de sa responsabilité dans les réactions croisées du latex avec des chitinases alimentaires, Hev b 6 est en réalité une protéine de défense végétale de type "barwin". Seule une partie de cette protéine, le domaine N-terminal ou "domaine hévéine", est impliquée dans ces réactions croisées. Dans le latex naturel, la pro-hévéine se scinde aisément en hévéine et domaine C-terminal, le rapport hévéine/pro-hévéine étant très en faveur de l’hévéine. Il existe un fort parallélisme entre la réactivité sérique vis-à-vis d’Hev b 6.02 et celle vis-à-vis de la pro-hévéine Hev b 6.01, ce qui est logique étant donné que la majorité des épitopes d’Hev b 6.01 semblent être concentrés sur le domaine hévéine. On retient habituellement la présence de 2 épitopes sur Hev b 6.02, celui le plus N-proximal étant le plus important.
Hev b 7 : Cet allergène est modérément homologue de Sola t 1, la patatine de pomme de terre (environ 40% d’identité).
Hev b 8 : L’IgE-réactivité de la profiline du latex a été identifiée dès 1995 par Vallier. Pour Ganglberger, la positivité pour Hev b 8 est la conséquence d’une sensibilisation pollinique ou par un aliment végétal. Il semble donc plus pertinent de tester une profiline pollinique (rBet v 2 ou rPhl p 12) pour évaluer la sensibilisation aux profilines.
Hev b 10 : Cet allergène, une énolase, a été identifié en 1997 par Posch. Les 49% d’identité d’Hev b 10 avec des enzymes fongiques homologues (ex. Asp f 6) ne justifient pas nécessairement une réactivité croisée latex-moisissures importante, mais cela mérite d’être approfondi, car une fréquence inattendue de positivité simultanée pour le latex et pour Alternaria a été constatée.
Hev b 11 : Cet allergène est une chitinase de classe 1, c’est-à-dire possédant un domaine hévéine. L’importance d’Hev b 11 dans le syndrome latex-aliments n’est pas encore bien cernée. L’homologie entre le domaine hévéine d’Hev b 11 et celui de chitinases d’avocat, de banane ou de châtaigne (72 à 81% d’identité) est plus forte que l’homologie entre l’hévéine Hev b 6.02 et ces domaines dans les fruits. L’écart entre Hev b 6.02 et Hev b 11 pourrait être attribué à des facteurs d’accessibilité des épitopes.
Hev b 12 : Caractérisée récemment, cette LTP (protéine de transfert lipidique) n’a pas encore une place bien définie parmi les protéines IgE-réactives du latex.
Hev b 13 : Cette protéine de 43 kDa a longtemps été confondue avec Hev b 7 car elle migre dans la même zone en SDS-PAGE. Hev b 13 est une "early nodule specific protein". La prévalence de positivité du recombinant rHev b 13 (dans E. coli) est faible, autour de 5 à 10%.
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Les Défis des Tests Diagnostiques de l'Allergie au Latex
En théorie, les outils diagnostiques devraient explorer les mêmes allergènes que ceux auxquels le patient a été exposé. Cependant, la réalité est plus complexe. La voie de sensibilisation est au moins double, respiratoire pour certains sujets et cutanéo-muqueuse pour d’autres. Il est difficile pour un même extrait de répondre à ces cadres très différents d’immunogénicité.
Les procédés de fabrication des produits manufacturés à base de latex sont d’au moins deux catégories, avec des étapes de chauffage et de lavage, ainsi que des modes de contact, très différents. Certains produits proviennent d’un latex d’abord coagulé, tandis que pour d’autres on procède en premier lieu à une concentration des particules de caoutchouc, comme pour les gants. Les extraits pour tests diagnostiques sont tantôt réalisés sur un latex natif, tantôt sur un latex additionné d’ammoniaque (NH4). Les particules aérosolisées, comme la poudre des gants, et les faces internes et externes des gants en latex contiennent des répartitions différentes d’allergènes.
En France, les extraits pour tests cutanés (TC) et ceux pour tests in vitro ont souvent une origine différente, ce qui favorise les discordances entre leurs résultats. De plus, les protéines initialement présentes dans le latex naturel peuvent être modifiées par le processus de vulcanisation (ex. Hev b 5 ou Hev b 1 et Hev b 6.02 qui forment des fragments et/ou des réagrégats), et leur relargage ou stabilité peuvent varier selon l’addition ou non d’NH4.
La question de la représentativité des extraits pour tests diagnostiques est donc très complexe à résoudre dans le cas du latex. À cela s’ajoute l’influence des éventuelles IgE anti-CCD (Cross-reactive Carbohydrate Determinants) en ce qui concerne les tests sérologiques. Yeang a mesuré le seuil de réactivité en prick-test pour différents allergènes du latex et a constaté qu’Hev b 13 était l’allergène donnant un TC positif avec la plus faible dose. Dans le latex naturel et dans les extraits, Hev b 6 est quantitativement surreprésenté par rapport à la plupart des autres allergènes. Des écarts importants apparaissent parfois pour un même allergène entre les études.
Allergènes Cliniquement Importants et Spécificités des Tests
La pertinence clinique de certains des "allergènes" du latex n’est pas toujours établie. Si pour la plupart d’entre eux, on a pu montrer qu’ils étaient capables de provoquer des réponses positives en tests cutanés, pour d’autres, une dénomination de "protéines IgE-réactives in vitro" serait plus conforme aux connaissances actuelles.
Une composition en allergènes différente existe entre la surface externe et la surface interne des gants. Des travaux ont noté des taux d’allergènes extractibles très différents selon la face testée : Hev b 1 et Hev b 3 sont principalement relargués par la face externe des gants, et Hev b 5 par la face interne. Le profil d’IgE-réactivité des patients atteints de spina bifida corrobore cette observation, ces patients ayant une prévalence d’IgE-réactivité très élevée pour Hev b 1 et Hev b 3, ce qui n’est pas observé chez les personnels soignants.
Les recombinants distribués par Phadia sont des protéines de fusion comprenant l’allergène et une autre protéine qui lui est "attachée" (MBP). La validité de ces MBP-recombinants implique que les résultats ne soient pas dus à une réactivité des IgE du patient pour la MBP elle-même. Peu de travaux ont inclus une vérification de cette absence de MBP-réactivité chez les patients étudiés. Par exemple, Rozynek a trouvé 8 sujets positifs pour la MBP parmi 33 patients.
D’un côté, il est peu recommandable d’effectuer une dizaine de tests (autant que d’allergènes individuels différents) au lieu d’un seul, car la positivité chez un même patient se répartit sur plusieurs allergènes. D’un autre côté, les recombinants actuellement testables in vitro ont l’avantage de ne pas être perturbés par la présence d’IgE anti-CCD, ce qui est loin d’être le cas pour les tests globaux sur extrait de latex. Au moins trois allergènes contribuent à une réactivité CCD dans le latex : Hev b 2, Hev b 4 et Hev b 13. Pour les autres allergènes principaux (Hev b 5, Hev b 6), il n’y a pas de différence suffisante pour être utile.
Pour Radauer, Hev b 8 pourrait avoir une pertinence clinique chez les sujets monoréactifs à cet allergène. Une sensibilité de 100% a été observée pour une positivité pour Hev b 5 et/ou Hev b 6.01 dans un groupe de 21 allergiques au latex. Cependant, cette combinaison est également positive chez 10/28 poly-polliniques non allergiques au latex. Il est possible d'associer rHev b 8 (ou rBet v 2). Beaudouin a montré qu'aucun rHev b 8 n'était positif parmi les 19 rHev b 5 et/ou rHev b 6.01 positifs chez les sujets allergiques au latex (n=21), tandis que rHev b 8 était positif 15 fois sans réactivité pour rHev b 5 ni rHev b 6.01 chez les sujets poly-polliniques non allergiques au latex (n=28). Raulf-Heimsoth recommande rHev b 5 + rHev b 6.01, en association avec Hev b 2 ou Hev b 13, bien que ces deux derniers allergènes ne soient pas disponibles en routine.
Le cas des patients ayant présenté un choc per-opératoire a été insuffisamment étudié sur le plan moléculaire. Bienvenu rapporte une série de 28 patients pour lesquels 8 recombinants différents ont été testés. Il n’est pas possible, cependant, de tirer un enseignement préopératoire avec la mesure de la réactivité pour tel ou tel allergène. Rien de très spécifique n’est noté concernant ces patients, même si la positivité (a posteriori) pour rHev b 5 est un peu plus fréquemment observée en cas de choc.
Pour d’autres protéines, la présence d’homologues alimentaires existe mais la réactivité croisée n’est pas connue : l’isoflavone réductase et la thioredoxine, la triose-P isomérase, l’hévamine. Des prévalences non négligeables de positivité ont été relevées pour la patatine-like, Hev b 7, chez des patients allergiques au latex.
C’est avant tout l’hévéine (Hev b 6.02), la pro-hévéine (Hev b 6.01) et la chitinase du latex (Hev b 11) qui sont concernées par les réactivités croisées latex-aliments végétaux. La réactivité croisée entre Hev b 6.02 et Hev b 6.01 est évidente, ces deux protéines ayant un domaine identique. Il est inutile de tester in vitro à la fois rHev b 6.01 et rHev b 6.02, les rares cas de discordance se rencontrant avec des réactivités toujours très faibles. Hev b 6.02 est présent dans le latex naturel et provient du clivage d’Hev b 6.01. Pour savoir si le patient est susceptible de réagir à des aliments par réactivité croisée avec le latex, le meilleur choix pourrait être rHev b 6.02. Malgré tout, il existe des cas avec rHev b 11 positif et rHev b 6.01/6.02 négatif, et parfois, l’allergie à des fruits exotiques débute avant celle pour le latex (syndrome latex-aliments).
Le plus souvent, les études ont associé aux critères cliniques des résultats d’exploration par TC et/ou CAP latex, c’est-à-dire sans discrimination parmi les différents allergènes du latex. Rien de précis. Parfois, il a été relevé une fréquence plus grande de résultats positifs pour rHev b 1 et/ou rHev b 3 en cas de choc per-opératoire (9 sujets/28) que pour d’autres situations d’allergie au latex (1/34). Une relation inverse (r = -0,72) a été notée entre le résultat pour rHev b 6.01 avant immunothérapie (IT) et la dose maximale tolérée pendant l’IT. Quelques néo-réactivités en blot ont été observées après 6 mois d’IT : 1 pour Hev b 5 (sur 16 patients), 2 pour Hev b 6.01 et 2 pour Hev b 11. Un autre travail a comparé différents recombinants avant le début de l’ITSL et 1 an après chez 9 patients adultes : globalement, les positivités se sont peu modifiées, notamment pour rHev b 5 et rHev b 6.
Le latex d’Hevea contient des glycoprotéines, dont des allergènes comme Hev b 2, Hev b 4 et Hev b 13. Sur 23 sujets CAP positifs mais TC négatifs, le CAP broméline était positif 18 fois.
Précision des Estimations de l'Infection à Chlamydia trachomatis (Ct) chez les Adolescentes
Une étude clinique en cours, évaluant l'efficacité d'une intervention visant à réduire les maladies sexuellement transmissibles (MST) chez les adolescentes, a recueilli diverses mesures de base. Celles-ci incluent des comportements auto-déclarés, des estimations de risque et de probabilité concernant les MST, des diagnostics médicaux antérieurs auto-déclarés, et un test d'infection à Chlamydia trachomatis (Ct). Cette analyse examine la précision des participantes à estimer leur propre chance d'infection à chlamydia.

Les participantes étaient 131 adolescentes sexuellement actives, dont 79% étaient noires et 13% blanches, avec un âge moyen de 16 ans (allant de 13 à 19 ans). Elles avaient été recrutées auprès d'un service de santé pour adolescents et, au moment de l'étude, n'étaient pas principalement consultées pour une visite clinique. Les participantes ont répondu à deux questions : la première demandait : "Quel est le pourcentage de chances que vous ayez la chlamydia en ce moment ?", accompagnée d'une échelle visuelle allant de 0% (aucune chance) à 100% (certainement). La seconde question était : "Dans votre vie, un médecin ou une infirmière vous a-t-il déjà dit que vous aviez la chlamydia ?" Après toutes les questions, un frottis vaginal a été prélevé par la participante elle-même, qui a été analysé par réaction en chaîne par polymérase (PCR) pour Ct.
Une régression multiple a été effectuée, prédisant le résultat du test de frottis de chlamydia en utilisant les estimations des participantes sur leur probabilité d'avoir la chlamydia, leur diagnostic antérieur auto-déclaré de chlamydia (dichotomique) et l'interaction entre ces deux variables. La régression F(3, 127) = 10.95, p < .01, a révélé que les estimations des participantes concernant la probabilité d'avoir la chlamydia prédisaient significativement le résultat du test clinique, t(127) = 3.34, p < .01. Un diagnostic antérieur de chlamydia seul ne prédisait pas le résultat du test clinique, t(127) = -0.84, ns, mais l'interaction entre les deux variables prédisait significativement le résultat clinique, t(127) = -2.07, p < .05.
Un diagnostic antérieur de chlamydia rendait les propres estimations des participantes très prédictives du résultat clinique ; les estimations de celles qui n'avaient jamais été diagnostiquées auparavant avec la chlamydia avaient très peu de pouvoir prédictif.
Ces résultats suggèrent que les participantes qui avaient une expérience antérieure d'un diagnostic de chlamydia étaient beaucoup plus aptes à interpréter leurs propres risques et symptômes, et à arriver à une estimation très précise de la probabilité d'avoir une infection à chlamydia. Il est important de noter que ces participantes ne cherchaient pas de soins au moment de l'étude, mais qu'elles disposaient d'informations suffisantes pour prédire le résultat clinique d'un test de chlamydia, en particulier celles qui avaient été diagnostiquées avec la chlamydia par le passé. Cette recherche a été publiée par Elsevier Masson SAS, sous l'égide de la North American Society for Pediatric and Adolescent Gynecology.