L’art de la permaculture : Vers une autosuffisance alimentaire durable et harmonieuse

Notre écosystème planétaire voit son équilibre chamboulé chaque jour, déplorant l'extinction des espèces végétales encore plus rapide que celle des espèces animales. La permaculture nous aide à repenser nos lieux de vie comme des écosystèmes harmonieux et riches en biodiversité tout en répondant à notre désir d’esthétisme ou d’autonomie alimentaire. La permaculture, contraction de “(agri)culture permanente”, est une démarche de conception d’un lieu de vie naturel. En considérant ce lieu comme un tout, on l'aménage d'un point de vue harmonieuse, esthétique, écologique ou encore autonome.

Schéma illustrant les principes de base de la permaculture et ses interactions avec l'environnement

Fondements et philosophie de la permaculture

La permaculture est un mélange d’agroécologie, de biomimétisme (ingénierie inspirée du vivant), d’agriculture biologique, de pédologie (science des sols), de paysagisme et de philosophie. C’est un système complexe dont la Nature est la première source d’inspiration. L’idée principale est d’intégrer le travail de l’Homme dans la Nature, et non de façonner la Nature pour satisfaire les besoins de l’Homme. Ainsi, certaines tâches agricoles que certains estiment indispensables sont oubliées. Plus de travail du sol, de désherbage mécanique, d’utilisation d’engrais, d’épandage de pesticides. Le principe étant de travailler uniquement avec ce que l’on possède, en particulier avec la nature organique du sol.

Sébastien Bacharach, formateur en permaculture au Canada, incite chacun à s’intéresser à ce système de production uniquement praticable à l’échelle humaine : “toutes les connaissances existent sur le sujet, il suffit de commencer petit à petit. Débutez par ce qui vous intéresse et continuez à apprendre au fur et à mesure. Vivre en permaculture, c’est prendre l’habitude progressivement d’avoir une existence plus simple qui met en avant le partage. Le mot permaculture vient de l’expression anglaise “permanent agriculture”. Une fois établie, cette méthode de culture permet à la terre de maintenir sa fertilité sans intervention extérieure. La cueillette représente la majorité du travail à fournir par l’Homme. Un système de permaculture en marche demande très peu de travail et d’énergie pour fonctionner.

Les grands principes éthiques de la permaculture, conceptualisés par Bill Mollison et David Holmgren, reposent sur trois piliers :

  • Prendre soin de la Terre : Préserver et régénérer les ressources naturelles, en protégeant les sols, l’eau, la biodiversité et les écosystèmes.
  • Prendre soin des personnes : Encourager à créer des communautés résilientes, solidaires et équitables, où chacun peut s’épanouir et répondre à ses besoins fondamentaux.
  • Partager équitablement les ressources et les surplus : Limiter la consommation et le gaspillage, en redistribuant les excédents et en favorisant l’entraide et la coopération.

Observer et concevoir : La clé d'un jardin réussi

Observer le terrain est la première étape indispensable. Le type de sol (sableux, limoneux, argileux, calcaire, humifère) peut empêcher la bonne croissance de certaines plantes malgré tous vos efforts. Par exemple, un sol sableux retient peu l’eau et nécessite donc des plantes capables de résister à la sécheresse comme les lauriers roses. L’exposition du terrain ainsi que le climat (océanique, méditerranéen, continental…) peuvent également jouer.

Infographie montrant comment identifier le type de sol par l'observation des plantes spontanées

En observant les plantes pousser naturellement dans votre jardin, vous pourrez avoir une idée du type de sol que vous avez et quelles espèces privilégier pour limiter l’apport de produits. Concevoir l’espace de manière globale et intelligente est crucial. Si vous avez un bel espace, pensez à le zoner en fonction de l’énergie demandée. Si votre source d’eau se situe à 10 minutes à pied de votre potager, vous risquez de ne pas aller l’arroser souvent.

Techniques de culture et gestion des ressources

La permaculture s’intéresse au lieu naturel comme un tout, en se souciant des interactions entre les différents types de vie. L’une des règles les plus importantes est de ne jamais laisser le sol nu. Un paillage, souvent appelé “mulch”, est déposé à la surface du sol de manière à garder l’humidité. Le mulch est un mélange d’espèces couvre-sol, de pierre, de paille et de bois broyé. Celui-ci crée un lit comparable à celui qu’on trouve en forêt.

Provoquer des entraides est également essentiel. La milpa (ou “les 3 sœurs”) est une pratique ancestrale mésoaméricaine, associant 3 types de culture : le maïs, le haricot grimpant et la courge. Le maïs sert de tuteur au haricot et l’abrite du soleil. Le haricot enrichit le sol en azote grâce à ses racines. Associer les parfums pour attirer ou repousser est une autre stratégie : la ciboulette permet d'éloigner les doryphores pouvant dévaster la récolte de vos pommes de terre.

Milpa les 3 sœurs au jardin potager permaculture

Bonita Ford redéfinit la notion de déchet : “en général, l’homme pense en terme de déchets. Nos cuisines produisent des déchets, nos jardins également, et on pense que quelqu’un doit s’en occuper, qu’ils doivent aller quelque part. En permaculture, tout est différent. Le déchet de l’un devient la nourriture de l’autre. Il est ainsi recommandé de faire son propre compost, celui-ci aide à la fertilisation des sols. Il peut être constitué des restes du jardin ou de l’alimentation. Le compost associé au mulch forme le pailli qu’on dispose sur le sol en créant des buttes de culture.

L'autosuffisance alimentaire comme horizon

L’autosuffisance alimentaire est un art de vivre de plus en plus recherché par les amateurs de jardinage qui souhaitent se détacher du mode de consommation actuel. Produire soi-même la totalité des ressources alimentaires de son foyer, jusqu’à être parfaitement indépendant, c’est ça qu’on appelle l’autosuffisance. On estime à 50 m² la surface minimum par personne pour un potager à plat.

Il est important de rester pragmatique. La permaculture n’est pas une doctrine à respecter à la lettre ! Certaines règles sont à respecter scrupuleusement pour garantir l’autonomie du système, mais chaque jardin est unique. L’impact positif sur votre santé et l'environnement est indéniable : rien de mieux que de jardiner à l’air libre pour rester tonique et être revigoré. Le potager en permaculture ouvre la voie vers l’autonomie alimentaire mais reste toutefois une aventure viable et agréable à l’échelle familiale.

Diagramme comparatif entre une exploitation maraîchère classique et un système de permaculture familiale

Défis et réalités du terrain

Être conseillé et accompagné peut vous aider à être plus rapidement fonctionnel en permaculture. Début 2014, la microferme de Bourdaisière, faisant partie du réseau Fermes d’Avenir, commence l’expérimentation de 1,4 hectare en permaculture. Au bout de quatre ans, les objectifs annoncés de “100 000 €/an en année 4-5 et sortir trois salaires” sont loin d’avoir été atteints : la ferme annonce un déficit annuel de 60 à 90 000 €, mettant un terme à l’expérience. A l’échelle agricole, la permaculture est très peu (voire pas) rentable et reste donc peu concevable.

Cependant, à l’échelle familiale, le potager autosuffisant permet de faire des économies, de manger local et bio, et de préserver l’environnement. Il demande du temps, de la préparation, du travail et quelques connaissances. La première année sera expérimentale et vous permettra d’apprendre de vos erreurs pour réajuster le tir.

Stratégies pour optimiser sa production

Pour être autosuffisant, il vous faudra être efficace : des espèces qui demandent peu de temps et d’entretien seront importantes à intégrer au potager. Anticipez la rotation des cultures, indispensable pour pouvoir se nourrir à l’année sans « tuer » votre terre, en prévoyant les saisons d’après. Divisez votre terrain entre cultures longues (plantes vivaces) qui resteront en place pendant un long moment, et cultures courtes, qui devront être renouvelées.

La culture en lasagnes consiste à empiler différentes couches de matériaux organiques et compostables sur le sol, créant ainsi un lit de culture fertile et bien drainé. En superposant des matériaux verts (tels que les tontes de gazon, les épluchures de légumes) et bruns (comme les feuilles mortes, la paille, le carton), on imite les processus naturels de décomposition. Cette technique permet d'obtenir un sol extrêmement riche, grouillant de vie, idéal pour les cultures exigeantes.

Enfin, n'oubliez pas de valoriser les éléments marginaux. Stratégie de désherbage : il n'existe pas de "mauvaises plantes" en soi ! Très souvent, nous désignons une plante de “mauvaise herbe” lorsqu’elle pousse de manière spontanée, que nous ne connaissons pas son nom et ses diverses fonctions ou que nous ne la trouvons tout simplement pas esthétique. Or, ces herbes peuvent abriter et nourrir des insectes régulateurs tels que les coccinelles, servir d’engrais et de paillage pour le sol ou encore être cuisinées. La grelinette permet de soulever la terre pour l’aérer sans la retourner et ainsi sans détruire les galeries construites par les vers de terre à travers les différentes couches de terre. Ces animaux fertilisent votre jardin, alors évitez de détruire leur habitat souterrain !

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