L’évolution des pratiques de gestion au sein des cimetières communaux marque un tournant significatif dans la transition écologique de nos territoires. Longtemps considérés comme des lieux statiques, les cimetières deviennent aujourd'hui des espaces où la gestion des flux de matières est repensée pour limiter l'impact environnemental. Cette transformation s'articule autour de deux axes majeurs : la fin de l'utilisation des produits phytosanitaires et la mise en place d'un tri sélectif rigoureux, incluant le compostage des déchets organiques.

L’évolution réglementaire : le passage au « zéro phyto »
Depuis le 1er juillet 2022, l’usage des produits phytosanitaires est strictement interdit dans les cimetières, conformément à l’arrêté du 15 janvier 2021 qui étend l’application du « 0 phyto ». Cette mesure n'est pas isolée ; de nombreuses communes, à l'instar de celles ayant mis en œuvre des plans communaux de désherbage dès 2016, ont anticipé ces restrictions. Cette interdiction impose une nouvelle gestion des espaces, où le désherbage manuel ou mécanique remplace les solutions chimiques, favorisant ainsi une biodiversité plus respectueuse de l'équilibre des sols funéraires.
Cette transition vers le « zéro phyto » s'inscrit dans une logique plus large de santé publique et de préservation des nappes phréatiques, souvent situées à proximité des zones d'inhumation. L'entretien des terrains de sport et des cimetières étant désormais soumis aux mêmes exigences, les services municipaux ont dû repenser la gestion des espaces verts, transformant les contraintes en opportunités de gestion différenciée.
Pourquoi trier les déchets dans les cimetières ?
Actuellement, la majeure partie des déchets produits au sein du cimetière communal finit dans les bacs d’ordures ménagères destinés à l’incinération. Au-delà d’un coût de collecte et de traitement important pour la collectivité, il s'agit d'une perte sèche de ressources. Une grande partie de ces déchets - terreau, pots de fleurs non abîmés, plantes non fanées - présente un potentiel de réemploi ou de valorisation organique immédiat.
En évitant que ces ressources ne « partent en fumée », les communes réduisent non seulement le volume des ordures ménagères, mais limitent également l'augmentation des coûts de collecte liés à la hausse des prix de l'énergie. Le tri devient alors un geste citoyen, intégré au quotidien des usagers, pour favoriser l'économie circulaire sur le territoire.
Le compostage : un processus naturel au service de l’économie circulaire
Le compostage est un processus totalement naturel qui permet aux matières organiques de se décomposer à l’aide de petits organismes vivants, en présence d’oxygène et d’eau. C’est le même processus que celui observé dans la nature lors de la transformation des feuilles mortes en humus. Cette biodégradation est simplement accélérée dans le cadre du compostage communal du fait de la mise en tas et du brassage par la main de l’homme, ce qui favorise une montée en température optimale.
Le compost, résultat de cette décomposition, améliore la qualité du sol, contribue à son renouvellement, accroît son activité biologique et l’enrichit à long terme. Dans les cimetières, le compostage est souvent un compostage de déchets verts, se distinguant du compostage domestique issu de déchets alimentaires. En pratique, les composteurs installés servent de bacs de stockage. Une fois remplis, ils sont vidés par les agents municipaux afin d’être valorisés avec les déchets verts de la commune, permettant ainsi de boucler la boucle : la matière organique, autrefois délaissée, revient sous forme de terreau pour les espaces verts communaux ou pour le rempotage par les usagers.
Guide compostrice : « Le compostage est hyper-facile et très accessible ! »
Organisation et signalétique : les clés du tri réussi
Pour faciliter ces nouvelles pratiques, plusieurs points de dépôt sont aménagés au sein des cimetières. La signalétique sur place joue un rôle crucial en guidant les usagers dans leur geste de tri. Généralement, trois à quatre contenants sont mis à disposition :
- Espace compostage : destiné aux fleurs et plantes fanées, petits branchages, terre des pots et feuilles mortes.
- Bac ordures ménagères : réservé aux déchets non valorisables comme les fleurs et plantes artificielles, films et pots en plastique, mousse, rubans.
- Bac de récupération (Récup’pots) : pour les pots en terre ou jardinières en bon état, destinés au don et au réemploi.
- Bac à déchets cassés : pour les pots en terre brisés, orientés vers une filière de valorisation en déchèterie.
Le Sictom Sud Allier, par exemple, a initié des expérimentations dans des lieux où le gisement de déchets organiques est important, estimé entre 1 500 et 2 000 tonnes par an sur l'ensemble de ses communes. Cette gestion permet de conserver la propreté des lieux tout en sensibilisant les citoyens aux enjeux du développement durable.
Le cadre juridique des déchets de cimetière
Il est essentiel de lever certaines incompréhensions concernant la nature des déchets funéraires. La réglementation considère les déchets de cimetière comme des déchets de droit commun. Selon l’article L. 541-1-1 du code de l’environnement, un déchet est défini comme « toute substance ou tout objet, ou plus généralement tout bien meuble, dont le détenteur se défait ou dont il a l’intention ou l’obligation de se défaire ».
La nomenclature européenne (décision n° 2000/532/CE) classe ces déchets sous le code 20 02, incluant les « déchets de jardins et de parcs (y compris les déchets de cimetière) ». Cela signifie que les débris de caveaux, monuments funéraires, terres de cimetière et débris de cercueils (bois, zinc, capitons) n'ont aucune spécificité juridique interdisant leur acceptation en déchetterie. La seule exception concerne les reliques humaines, qui doivent être transférées à l’ossuaire en cas d’exhumation. La jurisprudence, notamment un arrêt de la Chambre criminelle de la Cour de cassation du 3 avril 1997, a clarifié que la présence accidentelle de restes humains dans des déchets de marbrerie ne constitue pas nécessairement une violation de sépulture, protégeant ainsi l'opérateur funéraire de bonne foi dans ses démarches de gestion des déchets.

Accompagnement et sensibilisation des usagers
La transition vers un « cimetière écologique » ne repose pas uniquement sur des installations matérielles, mais sur un changement de comportement des usagers. Des initiatives locales, telles que des formations de sensibilisation organisées sur site ou des animations sur les marchés communaux, permettent d'accompagner les citoyens.
Les zones de « Récup’pots », installées aux entrées, illustrent parfaitement cette philosophie de don et d'échange. En permettant à chacun de déposer ou de récupérer des contenants pour réemploi, la commune encourage une économie circulaire concrète. Ce suivi, souvent réalisé avec l'appui de prestataires spécialisés ou de syndicats de gestion des déchets, garantit que la matière organique collectée est traitée dans les meilleures conditions. L'engagement des élus et le dialogue avec les usagers restent les piliers indispensables pour que ces nouvelles pratiques deviennent, avec le temps, des automatismes ancrés dans la vie locale.