La gestion des déchets représente un défi majeur pour les sociétés modernes, impliquant une transformation profonde des modes de collecte et de traitement. En France, 298 millions de tonnes (Mt) de déchets ont été collectées en 2022. Comment ces déchets sont-ils traités ? Quelles sont les évolutions des modes de traitement ? Comment traiter ces déchets de manière responsable ? La réponse réside dans une transition progressive vers une économie circulaire, où la hiérarchie des modes de traitement - privilégier la réutilisation, puis le recyclage, et éviter l’élimination - devient la norme.

Dynamiques nationales et évolution du traitement des déchets
En 2022, 298 Mt de déchets ont été traitées en France par le Service Public de Gestion des Déchets ou par des acteurs privés. Le taux de recyclage a augmenté de 2010 à 2018 avant de chuter entre 2018 et 2020 puis de reprendre sa progression en 2022. Parallèlement, le stockage et l’incinération sans récupération d’énergie sont en constante diminution. Parmi ces déchets valorisés, 46 % ont fait l’objet d’un recyclage grâce aux installations de traitement. La valorisation des déchets non minéraux et non dangereux a progressé en France entre 2016 et 2022, passant de 70 à 74 % du tonnage total.
La part de l’incinération avec récupération d’énergie a progressé de 6 % entre 2016 et 2022 passant de 22 % à 28 %. Le bilan national du recyclage réalisé par l’ADEME (Agence de la transition écologique) donne des précisions par type de déchet. En 2017, le taux d’incorporation des ferrailles dans l’acier produit est de 49 %. Celui du papier-carton est de 67 %, ce qui signifie que 67 % du papier-carton produit en 2017 l’est à partir de papiers-cartons de récupération. Ils représentent 7 tonnes en 2022, soit 3 % des déchets traités.
Gestion spécialisée : déchets dangereux et inertes
Certains déchets dangereux ont un fort taux de valorisation : plus de 80 % des batteries et des piles ont été recyclées en 2018 grâce à la création de filières de collecte et de traitement. À l’inverse, les déchets de soins, les déchets chimiques et les solvants usés sont pour la plus grande partie incinérés sans récupération d’énergie.
Les déchets minéraux et inertes sont en quasi-totalité des déchets provenant du secteur de la construction (béton, brique, verre, bois traités, etc.). 55 % des déchets minéraux inertes ont été valorisés en 2022, exclusivement par le recyclage. Entre 2016 et 2022, le remblayage progresse jusqu’à atteindre 27 % des déchets traités en 2022.
Le défi du plastique : une transition complexe
La production mondiale de plastique ne cesse d’augmenter depuis 1950. Elle est passée de 0.6 kg à 47,7 kg par habitant en 2019, soit 368 Mt. En 2017 en Europe, le taux de recyclage de l’ensemble des déchets plastiques atteint 31 % et dépasse le taux de mise en décharge de 27 %. Cette tendance se poursuit en 2018 avec un taux de recyclage de 32 %. Pour cause, un des obstacles au recyclage des plastiques est leur grande diversité.

Au milieu des années 1990, près de la moitié des déchets ménagers et assimilés, hors déblais et gravats, était mis en décharge. Les résultats de l’enquête de l’ADEME de 2017 montrent un taux de recyclage matière et organique des déchets ménagers et assimilés de 43 %. Le recyclage des déchets progresse fortement du fait du développement de la collecte sélective en lien avec l’ouverture de déchetteries. Les premiers retours d’expérience confirment les tendances observées lors de l’expérimentation : la collecte sélective des plastiques augmente d’environ 2 kg par habitant et par an.
Valorisation énergétique et infrastructures
L’incinération sans récupération d’énergie est aujourd’hui très faible. Entre 2000 et 2017, la part du stockage a diminué et l’incinération sans récupération d’énergie est devenue marginale. L’incinération est le principal mode de production d’énergie à partir des déchets. Dans cette production, 14,1 Térawatt-heures sont issus des unités d’incinération des ordures ménagères, 1,6 des installations de stockage des déchets non dangereux et 2 des unités de méthanisation.
Les mâchefers sont les principaux résidus de l’incinération des déchets. En 2016, les incinérateurs en produisent 2,29 Mt qui sont orientés vers des plateformes de maturation ou des unités de valorisation. Ils sont ensuite utilisés dans du mortier pour les routes et les fondations des bâtiments. La valorisation du biogaz dans les décharges permet également de produire de l’énergie, même si les quantités sont moindres. En effet, pour les installations de stockage de déchets non dangereux, la valorisation du biogaz permet d’améliorer la rentabilité de l’installation. La production d’électricité et de chaleur à partir de biogaz de décharge atteint 1,6 Térawatt-heures en 2016.
Unité de Valorisation Énergétique de Thumaide - IPALLE
Le compostage : retour à la terre et cycles naturels
Le compostage est le processus naturel de décomposition de la matière organique aérobie (en présence d’oxygène). Il concerne les déchets riches en azote : restes de repas, épluchures de légumes, gazon ou marc de café. On peut distinguer plusieurs phases : la réduction par les organismes (vers, insectes), la fermentation par les enzymes microbiennes, et enfin la maturation ou stabilisation.
Un arrêté du 9 avril 2018 clarifie et simplifie le statut des composteurs de proximité partagés (entre particuliers, associations, restaurateurs, etc.) recevant jusqu’à 52 tonnes de biodéchets par an. Le lombricompostage est une option intéressante pour les particuliers vivant en appartement. La matière organique se décompose grâce à l’action de lombrics (vers de type Eisenia) et d’autres micro-organismes. Le compost constitue un amendement organique de qualité. Dans les sols, il libère des éléments nutritifs qui vont permettre la croissance des plantes et la régénération des micro-organismes. L’ajout de compost sur les sols permet quant à lui d’accroître la quantité de carbone stocké grâce aux plantes. Des études scientifiques montrent que l’augmentation de 0,4 % de carbone dans les sols permettrait de compenser les émissions de gaz à effet de serre d’origine anthropique d’une année.
Méthanisation et production d'engrais durables
La méthanisation consiste en une dégradation des déchets par des bactéries, en l’absence d’oxygène, produisant du biogaz (mélange de méthane et de gaz carbonique) et un résidu humide appelé digestat. Ce processus permet une double valorisation : énergétique et agronomique. Le digestat peut être utilisé comme fertilisant pour les sols agricoles ou bien être composté.
Le Plan Energie Méthanisation Autonomie Azote (EMAA) adopté par le gouvernement en 2013 participe à la dynamique de mise en place d’installations de traitement des déchets alimentaires. Le projet BTSys, financé par l’UE, a développé un système industriel de traitement et de recyclage des déchets organiques, qui produit un engrais durable et efficace. Le processus en circuit fermé recycle entièrement les macronutriments et le carbone, en transformant les déchets en engrais organominéral sans aucune atteinte ou contamination de l’environnement. Dans la mesure où cet engrais contient 40 à 50 % de matière organique, il contribue à améliorer la structure du sol sous la surface.

Combustibles Solides de Récupération (CSR)
Les combustibles solides de récupération (CSR) désignent des déchets non dangereux, non valorisables sous forme matière, qui ont été préparés en vue d’être utilisés à des fins de valorisation énergétique en substitution d’énergies fossiles. La loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte prévoit la mise en place d’un encadrement réglementaire permettant l’utilisation des CSR pour produire de la chaleur et de l’électricité. Il s’agit de valoriser les refus de tri des déchets, tout en restant vigilant pour que cela ne se fasse pas au détriment de la prévention de la production de déchets et de la valorisation sous forme de matière.
Les CSR sont constitués principalement de mélange de papiers, plastiques, bois, caoutchouc et textiles. L’utilisation de CSR préparés à partir de résidus de tri s’inscrit dans une politique de réduction de l’élimination des déchets. La vocation des CSR vise une réduction des émissions des gaz à effet de serre dans les décharges, mais aussi à développer la valorisation énergétique avec une baisse de la facture énergétique et de la dépendance aux énergies fossiles.
Réutilisation et économie circulaire
La réutilisation est définie comme une opération par laquelle des substances, matières ou produits devenus des déchets sont utilisés de nouveau. La préparation en vue de la réutilisation est définie dans l’article L.541-1-1 du code de l’environnement comme « toute opération de contrôle, de nettoyage ou de réparation en vue de la valorisation par laquelle des substances, matières ou produits qui sont devenus des déchets sont préparés de manière à être réutilisés sans autre opération de prétraitement ».
En termes d’impacts sur l’environnement, l’utilisation d’un objet ayant fait l’objet d’un contrôle, d’un nettoyage ou d’une réparation permet d’éviter la fabrication d’un objet neuf à partir de matières premières extraites. Le recyclage et la valorisation des matières jouent un rôle essentiel comme moyen de lutte contre les impacts environnementaux liés à la production et à l’élimination des déchets, et pour la gestion durable des ressources naturelles. Tous deux limitent également l’émission de gaz à effet de serre et la consommation d’eau liées à la production industrielle.
Cadre réglementaire et objectifs nationaux
Au niveau national, la loi de transition énergétique pour la croissance verte fixe les objectifs suivants :
- Valoriser sous forme de matière 55 % des déchets non dangereux non inertes en 2020 et 65 % en 2025.
- Valoriser sous forme de matière 70 % des déchets du secteur du bâtiment et des travaux publics en 2020.
- Réduire de 30 % les quantités de déchets non dangereux non inertes admis en installation de stockage en 2020 par rapport à 2010, et de 50 % en 2025.
L’élimination des déchets, qu’il s’agisse d’incinération sans valorisation ou de stockage en décharge, doit être réservée aux déchets « ultimes » pour lesquels aucune autre valorisation n’est possible. Alors que la mise en décharge a longtemps été le mode de traitement privilégié du fait de son coût bas, les enjeux de protection de l’environnement et la hausse de la fiscalité (TGAP) ont conduit à un renchérissement progressif des coûts. Cette transition vers une gestion responsable, appuyée par des entreprises comme Paprec ou des initiatives locales, souligne l'importance d'intégrer chaque maillon de la chaîne, du tri à la source jusqu'au retour à la terre des nutriments organiques.