Lorsqu’un pépiniériste, un revendeur de plantes ou autre - car on trouve aussi des plantes dans les magasins de bricolage et, à notre plus humble avis, c’est du n’importe quoi - vous assure que vous n’aurez aucun souci avec vos voisins car ce bambou est "cespiteux", méfiez-vous. Il est crucial de dissiper une confusion majeure : un bambou dit "cespiteux" ne veut pas du tout dire "non traçant". La compréhension du système racinaire est la clé pour éviter des catastrophes paysagères.

La mécanique racinaire : Leptomorphe vs Pachymorphe
Ce qui fait d'un bambou qu'il soit traçant ou non, c'est la façon dont le système racinaire, appelé "rhizome", se développe. Il faut distinguer deux structures fondamentales :
- Le système Leptomorphe (Traçant) : Ce réseau se propage horizontalement sous terre. Le diamètre du rhizome est souvent proportionnel à celui des chaumes qu'il produit. Si un Phyllostachys vivax peut produire des chaumes de 10 à 13 cm de diamètre, son développement racinaire sera tout aussi massif. L'extrémité des rhizomes est pointue comme un couteau, et la force de celle-ci en période de croissance n'a pas de limite. Ils peuvent transpercer une dalle en béton ou, pire, un mur de piscine.
- Le système Pachymorphe (Non traçant) : Associé aux bambous cespiteux, ce système produit des rhizomes courts et compacts. Les bourgeons latéraux produisent de nouveaux rhizomes et l'apex terminal donne naissance à un nouveau chaume, créant cette morphologie en touffe.
Il est important de noter que certains bambous traçants produisent des cols courts, donnant l'illusion d'une touffe à la surface, alors que sous terre, le réseau leptomorphe continue de s'étendre. C'est ce qui provoque souvent des désagréments avec le voisinage. À l'inverse, certains bambous non traçants, comme Yushania anceps ou certains Chusquea, peuvent présenter des rhizomes à col plus ou moins long, voire intermédiaires.
Identification : Comment ne pas se tromper
Ne vous fiez pas uniquement à l'aspect visuel en touffe d'un jeune plant. La plupart des bambous traçants, comme le Phyllostachys edulis, apparaissent en touffe lorsqu'ils sont jeunes.
Méthode d'identification physique
- Observation des rhizomes : Si l'apex terminal se transforme en chaume, il s'agit d'un non-traçant. Si le rhizome continue de croître de manière linéaire sous terre, c'est un traçant.
- Identification du genre : Le genre Phyllostachys (traçant) se reconnaît souvent à ses deux branches par nœud, son sulcus (gouttière) alterné très marqué et l'absence de branches sur la moitié inférieure du chaume à maturité.
Savoir reconnaître les bambous : Fargesia rufa et dracocephala
Les bambous pour jardinières et petits espaces
Pour une jardinière, le choix doit se porter sur des espèces à développement pachymorphe. Les Fargesia sont les champions incontestés de cette catégorie.
- Fargesia robusta 'Campbell' : Très décoratif, rustique jusqu'à -20°C, il s'acclimate bien au plein soleil.
- Fargesia rufa : Connu pour ses jeunes pousses rougeâtres, il est très apprécié pour sa densité.
- Thamnocalamus crassinodus : Une merveille aux chaumes bleutés la première année, bien qu'un peu plus exigeant en culture.
- Borinda papyrifera : Pour ceux qui cherchent la verticalité avec ses chaumes bleu argenté pouvant atteindre 8 mètres (en pleine terre).
- Bambusa multiplex 'Alphonse Karr' : Un superbe bambou non traçant, rustique jusqu'à -9°C, idéal pour structurer un espace.
Réussir la culture en jardinière
La culture en dehors du sol rend la plante dépendante de vos soins. Voici les règles d'or pour réussir :
- Le contenant : Utilisez uniquement des bacs avec des trous de drainage au fond. Évitez les jardinières en acier dans les régions froides ; privilégiez le bois, plus isolant. Le volume est crucial : multipliez par 4 ou 5 le volume du pot initial lors du rempotage.
- Le substrat : Remplissez jusqu'à 5 cm du haut avec un substrat riche et fin. N'utilisez jamais de terreau universel premier prix.
- L'arrosage : Le bambou qui a soif enroule ses feuilles dans le sens de la longueur. C'est le signal pour arroser. En pot, un arrosage trois fois par semaine est souvent nécessaire, à adapter selon le vent et la chaleur.
- La fertilisation : Apportez des engrais à libération très lente au début du printemps pour soutenir la production de nouveaux chaumes.
- Le paillage : Appliquez 4 cm de paillage végétal (écorces, paille, feuilles mortes) pour maintenir la fraîcheur et protéger du gel. Évitez le paillage minéral (cailloux) qui assèche le substrat.
Entretien et gestion de la silhouette
Bien que les bambous non traçants soient moins invasifs, ils peuvent occuper un espace important.
- Taille : Si vous jugez les nouvelles pousses trop hautes, vous pouvez les couper dès qu'elles sont en feuilles, pas avant. Supprimez régulièrement les chaumes secs ou abîmés à la base pour aérer la touffe.
- Division : Pour les sujets en bacs, une division des touffes tous les deux à trois ans permet de stimuler une nouvelle croissance.
- Gestion des limites : Même un bambou non traçant peut s'étendre. Si vous plantez en limite de propriété, respectez une distance de 50 cm pour les sujets de moins de 2 mètres, et de 2 mètres pour ceux dépassant cette taille.

Le cas particulier des haies de bambous
Pour une haie brise-vue, l'alternance de deux espèces de Fargesia est recommandée. Cela prévient le risque de disparition totale de la haie lors de la floraison grégaire, qui survient tous les 40 à 80 ans. L'espacement idéal entre deux plants se situe entre 80 cm et 120 cm. Contrairement aux espèces traçantes, aucune barrière anti-rhizome (BAR) n'est nécessaire, ce qui simplifie énormément l'installation.
En suivant ces principes, vous transformerez votre terrasse ou votre jardin en un espace exotique et serein, sans les imprévus liés aux systèmes racinaires incontrôlables des bambous traçants. La clé est l'observation : apprenez à lire le langage de votre plante pour lui offrir les soins précis dont elle a besoin.
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