Le Bangladesh, situé en Asie du Sud, au nord-est de l'Inde, est un pays densément peuplé dont la géographie est intrinsèquement liée à un vaste réseau fluvial. Coincé entre l'Himalaya et le golfe du Bengale, ce delta géant est souvent résumé par la formule "terre des rivières", une expression juste qui masque une réalité complexe où l'agriculture, la pression démographique, l'urbanisation et le changement climatique s'entremêlent. Plus de 75 % des habitants sont des paysans, et l'agriculture constitue le cœur battant de l'économie bangladaise, essentielle pour la subsistance et l'emploi de la majorité de la population. Ce secteur vital, qui contribue de manière significative au produit intérieur brut (PIB) du Bangladesh, est cependant confronté à des risques naturels importants et à une vulnérabilité accrue aux phénomènes météorologiques extrêmes.
Un Territoire Modelé par l'Eau et les Risques Naturels
La majeure partie des Bangladais occupe le delta formé par trois fleuves majeurs : le Gange, le Brahmapoutre et le Meghna, qui plongent dans les eaux du golfe du Bengale. S'ajoutent à ces rivières environ 200 petits cours d'eau, faisant en sorte que 7 % de la superficie du pays est couverte d'eau. Le climat tropical de la région, ainsi que la présence de ces fleuves, favorisent une agriculture intense. Cependant, ce type de climat est également propice à la formation de cyclones et à d'importantes inondations, détruisant tout sur leur passage.

Localisation et Caractéristiques Géographiques
Le Bangladesh se trouve entièrement dans l'hémisphère nord et oriental, entre environ 20°34' et 26°38' de latitude nord et 88°01' à 92°41' de longitude est. Sa superficie tourne autour de 147 000 à 148 000 km², une taille comparable à celle de la Grèce ou de l'État de l'Iowa aux États-Unis. Près de 79 % du territoire est constitué de plaines alluviales récentes, la plupart à moins de 10 mètres d'altitude. Les rares exceptions à cette horizontalité se trouvent dans le nord-ouest (Barind Tract), au centre-nord près de Dacca (Madhupur Tract) et surtout dans le sud-est, avec les Chittagong Hill Tracts, le seul système de collines véritablement marqué du pays. La capitale de ce pays de 164,7 millions d'habitants est Dacca. La façade maritime s'ouvre sur le golfe du Bengale, avec une côte d'environ 580 km, très découpée et instable, faite de vasières, d'îles alluviales et d'estuaires. Au sud-ouest, ce littoral est protégé par l'immense forêt de mangroves des Sundarbans, classée au patrimoine mondial de l'Unesco.
Une Densité Humaine Élevée et ses Implications
Avec plus de 170 millions d'habitants pour environ 148 000 km², le pays figure dans le top 10 mondial à la fois par sa population totale et par sa densité, qui dépasse 1 200 habitants au km². Dans certaines zones, notamment à Dacca, la densité urbaine grimpe à plus de 47 000 habitants par km². Cette pression démographique pèse directement sur l'usage du sol. Le ratio terre/habitant est extrêmement faible, autour de 0,12 hectare par personne, et les terres agricoles par habitant sont passées de 0,11 à 0,06 hectare en quelques décennies. Autrement dit, chaque parcelle cultivable doit nourrir toujours plus de monde, alors même que l'urbanisation, les infrastructures et l'érosion des sols grignotent les surfaces disponibles.
Un Climat de Mousson Qui Structure le Calendrier Agricole
Le pays est soumis à un climat de mousson tropicale, l'un des plus humides de la planète. Trois grandes saisons dominent l'année : un hiver frais et sec de novembre à février, une période chaude pré-mousson de mars à mai, puis la mousson pluvieuse de juin à octobre. Entre 70 et 80 % des précipitations annuelles tombent pendant la mousson. Cette eau est à la fois une bénédiction pour les rizières et une menace majeure, car les plaines inondables sont submergées chaque année. De 20 à 22 % du territoire sont inondés en moyenne entre juin et octobre, avec des épisodes extrêmes beaucoup plus étendus certains ans. Les vents de mousson sont puissants et soufflent, en été, de la mer vers la terre, apportant de l'air chaud et humide venant de l'océan Indien.
Les Phénomènes Naturels et Leurs Impacts Dévastateurs
Le Bangladesh est situé dans une région côtière et est particulièrement vulnérable aux inondations en raison de sa position géographique et de la topographie de son territoire. Le pays est bordé par le delta du Gange, du Brahmapoutre et de la Meghna, trois grands fleuves qui traversent le Bangladesh et qui sont fréquemment inondés pendant la saison des moussons.
Le puissant cyclone Mocha frappe le Bangladesh et la Birmanie • FRANCE 24
La Mousson et les Crues Printanières
La mousson est un ensemble de vents qui soufflent en Asie du Sud. Le mot mousson provient d'un mot arabe signifiant « saison ». En été, elle provoque d'importantes pluies en Inde, en Asie du Sud-Est et jusqu'en Corée et au Japon. La mousson est à la fois attendue et redoutée par les Asiatiques, car elle entraîne des inondations catastrophiques. Une crue, le débordement passager d'un cours d'eau hors de son lit habituel, se produit chaque année au Bangladesh et est principalement causée par la mousson.
Les rivières du Bangladesh ont de grandes variations de débit entre les périodes de mousson et la saison sèche. Les débits les plus importants se situent généralement entre les mois de juillet et août, et les plus faibles en mars et avril. En fait, les débits moyens du Brahmapoutre et du Gange en période de crue sont respectivement 20 et 30 fois supérieurs à ceux de la saison sèche. Alors qu'environ 15 % du pays, constitués de collines et de montagnes, restent à l'abri des crues, près de 56 % des terres sont généralement inondées sous 30 centimètres à 3 mètres d'eau. Au moment de la mousson, un tiers du territoire est inondé. D’une part, l’augmentation des précipitations lors de la mousson, associée à la fonte de plus en plus importante des glaciers de l’Himalaya, a augmenté considérablement la quantité d’eau de crue. D’autre part, l’élévation du niveau de la mer rend l’écoulement de plus en plus difficile.
Les Cyclones et Leurs Impacts
Plusieurs fois au cours de son histoire, le Bangladesh et la région environnante ont été frappés par des cyclones tropicaux dévastateurs qui ont causé de grandes pertes en vies humaines et en biens. La majorité des dégâts sont causés par l'eau et les vents. Le territoire du Bangladesh est propice aux inondations causées par les cyclones. Ironiquement, la plaine inondable de ce pays est très fertile et attire les agriculteurs qui cultivent ces terres.
Les cyclones, aussi appelés ouragans ou typhons, ont des impacts très importants sur le territoire du Bangladesh et sur sa population. En effet, lorsqu'ils touchent un continent, les cyclones amènent :
- Des dommages matériels importants, principalement sur les infrastructures (bâtiments, infrastructures de transport, maisons, etc.).
- Des pertes économiques considérables pour les entreprises et les communautés touchées ainsi que l'interruption des activités économiques.
- Des pertes de vie directes, mais aussi indirectes, en raison des maladies et des blessures qui peuvent survenir après la tempête.
- Une interruption des chaînes d'approvisionnement en eau et en nourriture, en raison de la destruction des infrastructures de distribution et de la contamination des ressources en eau.
- Une interruption des moyens de transport et de communication, en raison de la destruction des routes et des ponts, ainsi que des perturbations des réseaux électriques et téléphoniques.
Certains des cyclones les plus meurtriers ont marqué l'histoire du Bangladesh :
- Novembre 1970 : Ce cyclone a été l'un des plus meurtriers de l'histoire du pays, avec un bilan de près de 500 000 morts.
- Novembre 2007 : Ce cyclone a causé la mort de près de 3 000 personnes et des dommages importants aux infrastructures et aux cultures agricoles.
- Mai 2020 : Ce cyclone a frappé le Bangladesh et l'Inde, causant la mort de près de 100 personnes au Bangladesh et de nombreux dommages aux infrastructures et aux cultures agricoles.
Il est important de noter que ces cyclones ont été rendus encore plus meurtriers par les conditions de surpeuplement et les infrastructures limitées du Bangladesh, qui rendent le pays vulnérable aux catastrophes naturelles.
L'Érosion des Berges : Un Problème Grave
L'érosion des berges au Bangladesh est un problème grave qui affecte de nombreuses régions du pays. Elle est causée par plusieurs facteurs tels que :
- Les cyclones et les inondations favorisés par les changements climatiques peuvent contribuer à l'érosion des berges.
- Les nombreuses crues issues des précipitations et de la fonte des glaciers de l'Himalaya.
- L'excès de sédiments dans les rivières, causé par l'érosion des sols et par l'utilisation intensive des terres pour l'agriculture, contribue à l'érosion des berges.
- La déforestation contribue à l'érosion des berges en réduisant la capacité des sols à retenir l'eau et en empêchant la stabilisation des sols par les racines des arbres. Par exemple, la coupe des forêts de mangroves a des impacts majeurs sur l'érosion des berges dans le delta du Gange.

Les Types d'Agriculture et les Productions Agricoles
Au cœur de l’économie bangladaise se trouve l’agriculture, un secteur riche et vital. Le Bangladesh possède des terres arables sur près de 59,6 % de sa superficie, et quasiment chaque parcelle de plaine accessible est cultivée. L'économie nationale reste profondément rurale, et l'agriculture demeure la première source d'emploi : en 2023, plus d'un tiers de la population active (environ 35 %) travaille encore dans ce secteur.
Répartition des Terres et Intensité Culturale
Sur environ 14,84 millions d'hectares de terres, 3,74 millions ne sont pas cultivables (villes, zones industrielles, routes, bâtiments ruraux). La surface cultivable totale est estimée à 8,8 millions d'hectares. La surface nette effectivement cultivée tourne autour de 8 millions d'hectares, mais la surface récoltée est quasiment deux fois plus grande en raison des cultures multiples successives sur la même parcelle. L'intensité culturale - c'est-à-dire le nombre moyen de récoltes par parcelle - a fortement augmenté, passant d'environ 143 % au début des années 1970 à près de 198 % en 2022-2023.
Le tableau ci-dessous donne une image synthétique de l'usage des terres agricoles :
| Catégorie de terres | Superficie (millions ha) |
|---|---|
| Superficie cultivable totale | 8,8 |
| Superficie nette cultivée | 8,025 |
| Superficie cultivée une fois | 2,043 |
| Superficie en double culture | 4,103 |
| Superficie en triple culture | 1,858 |
| Superficie en quadruple culture | 0,019 |
| Friches cultivables | 0,296 |
| Jachères temporaires | 0,481 |
| Terres non cultivables | 3,382 |
| Forêts | 2,575 |
| Surface totale de cultures | 15,899 |
La Culture du Riz : Colonne Vertébrale de l'Agriculture Bangladaise
Le riz est la culture dominante au Bangladesh, sa culture recouvre environ 75 % des terres agricoles et fait du pays le quatrième plus grand producteur mondial de cette céréale. Le riz n'est pas seulement l'aliment de base de la population, il est aussi la principale culture en superficie, en production et en valeur. Le pays se classe parmi les tout premiers producteurs mondiaux : deuxième en 2019, troisième depuis, avec une production qui a atteint environ 39,1 millions de tonnes en 2023. Les rendements moyens avoisinent 5 tonnes par hectare, ce qui permet au pays d’être globalement autosuffisant.

Le riz est cultivé de manière très intensive au Bangladesh, principalement dans les régions du delta du Gange et du Brahmapoutre, où le sol est fertile et l'irrigation est facile. La plupart des rizières du Bangladesh sont cultivées en plaine, bien que certaines soient cultivées en terrasses dans les régions de montagne. Le processus de culture du riz commence par la préparation du sol, qui consiste généralement à labourer et à ensemencer les champs avant la mousson. Pendant la saison de croissance, les rizières sont généralement irriguées de manière régulière pour maintenir le sol humide et favoriser la croissance des plants de riz. En fin de saison, les plants de riz sont récoltés manuellement ou avec l'aide de machines, puis séchés et nettoyés avant d'être mis en sacs et envoyés à l'usine de transformation du riz.
La culture du riz varie selon les saisons et les zones. Les trois principales saisons sont : le boro (riz irrigué de fin d’hiver/début de printemps), l’aman (riz de mousson) et l’aus (riz pré-mousson, moins répandu). Les ressources humaines sont nombreuses, la force animale est souvent employée, la biodiversité est élevée et plusieurs espèces complémentaires sont parfois cultivées ensemble. Il est également possible d'ajouter des poissons au champ, ce qui donne non seulement de nouveaux rendements, mais se traduit aussi par de meilleurs rendements en riz. Au Bangladesh, la rentabilité nette des exploitations rizipiscicoles a été supérieure de 50 % à la monoculture de riz.
Diversification des Productions Agricoles
Bien que dominé par le riz, l'agriculture bangladaise est rentabilisée par une production diversifiée, incluant le thé, les céréales secondaires, les pommes de terre, la canne à sucre, le bois et le millet. La carte des cultures montre une certaine diversification. Le tableau ci-dessous résume la part approximative des grandes catégories culturales dans la surface cultivée :
| Type de culture | Part de la surface cultivée (%) |
|---|---|
| Céréales (riz, blé, maïs) | 77,55 |
| Légumineuses (pulses) | 2,22 |
| Oléagineux | 3,43 |
| Épices et condiments | 2,29 |
| Cultures sucrières (canne) | 0,61 |
| Cultures fibreuses (jute) | 4,64 |
| Légumes d’hiver | 1,93 |
| Légumes d’été | 0,96 |
Les céréales secondaires comme le blé et le maïs occupent une place de plus en plus stratégique. Le blé a connu son apogée dans les années 1990-2000, mais son expansion est aujourd'hui freinée par la concurrence du maïs, plus adapté à l'irrigation actuelle et à la demande en aliments pour animaux.
Les légumineuses jouent un rôle important dans l'apport protéique végétal, couvrant un peu plus de 2 % des surfaces cultivées, avec une forte domination de la lentille. Les oléagineux occupent environ 3,4 % des terres agricoles, le colza et la moutarde étant ultra-dominants. Côté cultures industrielles, le jute, surnommé « l’or du Bangladesh », et la canne à sucre sont historiquement emblématiques. Le pays est l'un des premiers producteurs mondiaux de jute, et la canne à sucre fournit plus de 7 millions de tonnes par an.
À cette trame s'ajoutent le thé, principalement cultivé dans les collines du nord-est (Sylhet) et du sud-est, les plantations de noix de cajou, ainsi que de nombreuses cultures horticoles. Avec 166 plantations de thé sur près de 280 000 acres, le Bangladesh se classe parmi les dix premiers producteurs mondiaux de thé.
Élevage et Aquaculture
La majorité de la population rurale pauvre élève également du bétail. Environ 80 % des paysans possèdent de la volaille et des chèvres. En réponse à une demande croissante en lait et en viande ces dix dernières années, les cheptels de bovins et de buffles se sont également accrus, mais les niveaux de production restent faibles. Le Bangladesh dispose d'importantes ressources en eau et est l'un des principaux pays producteurs de produits d'aquaculture. Les crevettes et la carpe sont les espèces d'élevage en piscine les plus populaires. En fait, 30 % de l'économie du Bangladesh s'appuie sur l'élevage.
L'industrie des crevettes est très importante pour l'économie du Bangladesh, générant des revenus annuels de plus de 2 milliards de dollars. L'élevage de crevettes est devenu une source importante de revenus pour de nombreux Bangladais, en particulier dans les régions côtières du pays. Le Bangladesh est l'un des principaux fournisseurs de crevettes de la région Asie-Pacifique et exporte des crevettes vers de nombreux pays. Cependant, cette industrie est également controversée en raison de ses impacts sur l'environnement. Les crevettes sont principalement élevées dans des bassins d'eau salée, ce qui contribue à la salinisation des sols et nuit à leur fertilité.
Les Défis de l'Agriculture Bangladaise et les Mesures d'Atténuation
Le secteur agricole bangladais fait face à de nombreux défis. Les changements climatiques, tels que les inondations, les cyclones et la montée du niveau de la mer, posent des menaces sérieuses à la production agricole. La salinisation des sols due à l'intrusion d'eau salée affecte également la fertilité des sols côtiers. L'efficacité de la productivité est aussi limitée par la fragmentation des terres en petites parcelles. Toutefois, l'agriculture du Bangladesh cherche à s'adapter à ces défis d'ordre contemporain tout en maximisant ses atouts traditionnels.
Aménagement de Maisons sur Pilotis et Abris Collectifs
Le principal risque naturel lié aux cyclones, à la mousson et aux crues est l'inondation. Afin de s'adapter, le Bangladesh a décidé de protéger sa population en construisant 4 000 abris collectifs sur pilotis le long des côtes. Situés à quatre mètres du sol, ces abris laissent passer les vagues et les débris transportés par l'eau. Pouvant contenir entre 500 et 5 000 personnes, ils sont équipés de réserves de nourriture, d'eau potable et de toilettes. Les escaliers d'accès ont été spécialement élargis pour permettre l'accès à un maximum de personnes dans un délai très court. Il est également possible, pour les paysans, d'aménager des habitations résilientes face au risque d'inondations. Les maisons sur pilotis à plus de 1,5 mètres peuvent résister aux nombreuses inondations touchant le Bangladesh chaque année. Les paysans préfèrent néanmoins aménager des digues, moins coûteuses et nécessitant uniquement une certaine cohésion sociale au niveau local.
L'Importance de la Communication et des Systèmes d'Alerte
Afin de protéger les habitants des zones à risque, le gouvernement du Bangladesh doit agir sur trois axes principaux :
- Mettre en place des systèmes de prévision et d'alerte rapides pour avertir les populations des risques de catastrophes naturelles à temps, afin de leur permettre de se mettre à l'abri et de se préparer à affronter la tempête.
- Élaborer des plans de secours et d'intervention d'urgence pour aider les populations touchées par les catastrophes naturelles, en fournissant de l'aide alimentaire, de l'eau potable, des abris et des soins médicaux.
- Renforcer ses infrastructures de transport et de communication, en particulier dans les régions les plus vulnérables aux catastrophes naturelles, afin de faciliter l'acheminement de l'aide et de permettre aux populations de rester en contact avec l'extérieur.
Les Mangroves : Une Barrière Naturelle Protectrice
Le Bangladesh est, de par sa situation géographique, l'un des pays du monde les plus exposés aux catastrophes environnementales. Son immense réseau hydrographique et ses basses terres inondables contribuent à sa fertilité mais aussi à sa vulnérabilité à l'érosion due aux inondations, aux sécheresses et aux tempêtes.

Des ceintures vertes côtières, sous forme d’une végétation naturelle protectrice, peuvent faire la différence entre la vie et la mort lors des événements météorologiques extrêmes et notamment des cyclones meurtriers de plus en plus fréquents. Les mangroves, en particulier, sont d'une grande utilité. En effet, elles protègent la population des ondes de tempêtes apportées par les cyclones ainsi que des tsunamis. Par exemple, le tsunami de 1960 n'a fait aucune victime au Bangladesh, comparativement à plusieurs milliers en 1991. Entre ces deux dates, 190 000 hectares de mangroves ont été rasés.
Au cœur du delta du Gange, la forêt des Sundarbans est un site naturel unique au monde. Véritable rempart végétal qui protège les terres des cyclones et des marées, la mangrove la plus vaste de la planète couvre plus de 10 000 km². Cette dense zone marécageuse, composée d’arbres résistants aux inondations, forme une muraille verte qui absorbe les ondes de tempête et atténue la violence des pires cyclones. Pour les habitants, cette forêt est aussi une source abondante de miel, et ses eaux regorgent de poisson. Cependant, après des années de mauvais traitements de la part des Hommes et de la nature, la mangrove semble atteindre ses limites. La coupe illégale du bois, qui sert essentiellement à construire des logements pour la population locale en pleine expansion, a dégarni les abords de la forêt. Dans le même temps, les barrages en amont des fleuves ont réduit l’alimentation en eau douce des Sundarbans, tandis que la montée du niveau des mers introduit plus d’eau salée dans la mangrove. Or, l’augmentation de la salinité de l’eau décime de nombreuses et précieuses espèces d’arbres.
Innovations et Adaptations Locales
Selon l'indice mondial des risques climatiques, le Bangladesh se classe au septième rang des pays les plus touchés par les phénomènes météorologiques extrêmes au cours des deux dernières décennies. Ceux qui restent n'ont d'autre choix que de s'adapter, de l'utilisation de lits de semences flottants au développement d'un riz résistant au sel.

Potagers Flottants et Riz Résistant au Sel
Altaf Mahmud, un agriculteur, explique : "Il y a encore 25 ans, nous pouvions cultiver tout au long de l'année. Mais ensuite, l'eau a commencé à rester ici sept mois. Nous ne savions pas comment survivre." Avec d'autres agriculteurs de Mugarjhor, une région située à 200 kilomètres au sud de la capitale Dacca, ils ont renoué avec une technique ancestrale utilisant des lits de semences situés au-dessus de l'eau. Ils superposent des couches de jacinthe d'eau et de bambou liées par leurs racines pour créer un radeau de 60 à 120 cm de haut, sur lequel ils plantent des graines, en utilisant souvent des copeaux de bois et des fibres de coco comme engrais. Cela forme un potager léger et flottant, capable de monter et descendre avec le niveau de l'eau, dans lequel ils cultivent margoses, épinards et gombos. Les communautés se sont emparées de ces initiatives. Dans certains villages, les femmes passent des mois à préparer les plants avant que les bateliers ne les transportent à travers les champs gorgés d'eau.
L'Institut de recherche sur le riz du Bangladesh (BRRI) a créé de nouvelles variétés de riz qui peuvent pousser dans une eau dont le niveau de salinité est trois fois supérieur à celui du riz normal. Cela a offert un "nouvel espoir" aux agriculteurs des régions côtières, où l'eau de mer empiète de plus en plus sur les terres.
Initiatives Communautaires et Expertise Locale
Les autorités admettent que les agriculteurs leur ont montré de nouvelles possibilités face aux défis climatiques. Mohammad Shahidullah, ancien responsable gouvernemental de l'agriculture pour Mugarjhor, raconte : "Nous pensions que la jacinthe d'eau était une mauvaise herbe et qu'il fallait la jeter hors des étangs, mais elle nous a ouvert de vastes possibilités d'agriculture." Il ajoute : "Les instituts de recherche de l'État n'y connaissaient rien. Nous avons appris des agriculteurs d'ici." Certains membres de la famille d'Altaf Mahmud sont désormais recrutés par le gouvernement pour former d'autres personnes à cette forme d'agriculture sans sol.
Lungi Jakir, un ancien ouvrier du bâtiment, est devenu une légende locale après avoir construit avec des amis une digue empêchant l'eau de mer d'ouvrir une brèche dans un canal d'eau douce de 6,5 kilomètres qui alimente en eau 43 000 personnes. La digue doit être réparée en permanence, mais elle a permis de disposer de suffisamment d'eau douce toute l'année pour irriguer les cultures traditionnelles, et même en essayer de nouvelles. L'initiative a connu un tel succès que la zone est passée de la culture de potirons et de lentilles à la fourniture de fruits et légumes à d'autres districts, et même aux travailleurs de la centrale électrique au charbon voisine.
Enjeux et Statistiques Agricoles
Malgré la résilience et l'ingéniosité des agriculteurs, l'agriculture bangladaise reste sous pression.
Sous-alimentation et Utilisation des Pesticides
Le Bangladesh fait face à un défi persistant en matière de sécurité alimentaire, avec 24,2 millions de personnes sous-alimentées, représentant 3,22 % de la sous-alimentation mondiale. Parallèlement, l'utilisation de pesticides s'élève à 15 144,49 tonnes par an, soit 1,7636 Kg/Ha, ce qui soulève des questions sur la durabilité environnementale et la santé publique.
Terres Cultivées et Forêts
Le Bangladesh est principalement couvert de territoires agricoles, puisque 75 % de la superficie du pays est occupée par des terres cultivées. La superficie des terres cultivables est de 8 587 330 hectares, ce qui représente 0,55 % des terres cultivables mondiales. La superficie forestière est de 1 423 800 hectares, soit 0,036 % des forêts mondiales, ce qui met en lumière la pression exercée sur les terres pour l'agriculture.

L'Eau, Ressource Stratégique pour l'Agriculture
Dans un pays de mousson, l'eau est omniprésente, mais elle n'est pas toujours disponible au bon moment ni en bonne qualité. L'expansion rapide de l'irrigation repose en grande partie sur la maîtrise croissante de l'eau. La proportion de terres irriguées dans la surface agricole brute est passée d'environ 11 % en 1973 à plus de 37 % en 2006. Au total, les eaux souterraines sont mobilisées pour irriguer plus de 5,3 millions d'hectares en saison sèche, alimentant les cultures de riz boro et de maïs d'hiver. Plus de 19 millions d'agriculteurs dépendent de ce pompage massif.
Cette stratégie a un revers : dans plusieurs régions, notamment dans le nord, les nappes phréatiques s'abaissent. Des agriculteurs réduisent ainsi les plantations de riz boro au profit du maïs, moins exigeant en eau. À cela s'ajoutent des phénomènes de salinisation dans les zones côtières, où l'intrusion d'eau de mer progresse sous l'effet de la montée du niveau marin et des prélèvements d'eau douce. L'enjeu actuel dépasse le simple développement de l'irrigation, nécessitant une gestion plus durable des ressources hydriques face aux défis climatiques et démographiques.
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