
Introduction : Une Alliance Transatlantique et des Défis Océaniques
Le monde de la course au large est un univers où la passion, la performance et l'ingéniosité se rencontrent. Au cœur de cet univers, le bateau Fives Group - Lantana Environnement et son skipper, Louis Duc, incarnent ces valeurs à travers des parcours semés d'embûches et de succès. Ce monocoque IMOCA, ayant connu une seconde vie, est le théâtre de récits maritimes captivants, de la légendaire Route du Rhum aux qualifications pour le prestigieux Vendée Globe. Récemment, l'alliance de Louis Duc avec le skipper japonais Masa Suzuki pour la Transat Café L'Or a mis en lumière la puissance du "langage des marins", transcendant les barrières linguistiques pour une compréhension mutuelle essentielle en mer.
Le Duo Louis Duc-Masa Suzuki : L'Harmonie au-delà des Mots
Louis Duc et Masa Suzuki, les skippers de l'Imoca Fives Group - Lantana Environnement, ont démontré que le langage des marins est véritablement universel lors de leur première navigation ensemble. « Masa est un très bon marin, on se regarde et on sait déjà ce que veut l’autre, un petit geste suffit : on se comprend tout de suite », a déclaré Louis Duc, soulignant une fluidité de communication rare. Cette entente s'est révélée cruciale durant leur parcours qualificatif pour la Transat Café l'Or Le Havre Normandie.
Masa Suzuki, bien que sa maîtrise du français soit encore basique, a su compenser par une préparation méticuleuse. Il avait étudié la logique du bateau et son plan de pont depuis le Japon, à l'aide de photos, bien avant d'embarquer. Louis Duc a été impressionné : « Il a travaillé par lui-même, il y a passé du temps. Si bien que j’ai eu l’impression qu’il connaissait déjà le bateau ! » Cette diligence et cette humilité, malgré une grande expérience, ont cimenté leur partenariat. Masa a confié : « Nous communiquons bien. Mon français est encore très basique, je ne connais que quelques mots, mais nous utilisons l'anglais et aussi le « langage des marins », et ça marche ! Sur l'eau, ce qui compte, c'est davantage la confiance et la clarté des actions que la perfection des mots. »

Au-delà des aspects techniques, la convivialité et l'humour sont des éléments indispensables à bord. Louis Duc a apprécié la nature agréable de Masa, tandis que Masa a salué les qualités pédagogiques de Louis et leur rythme de navigation similaire. Cette base solide, tant technique qu'humaine, est un atout précieux pour les courses à venir, et notamment pour cette "course de transition, de transmission" qui marque la fin de la campagne Vendée Globe du Normand et le début de celle du skipper japonais.
La Route du Rhum 2022 : Une Épreuve Riche en Enseignements
Louis Duc a franchi la ligne d'arrivée de la douzième édition de La Route du Rhum - Destination Guadeloupe le jeudi 24 novembre à 14 heures 34 mn et 07’ heure locale. Il a terminé 27e en IMOCA, enregistrant un temps de course de 15 jours, 05 heures, 19 minutes et 07 secondes. Le navigateur normand a parcouru les 3 542 milles du parcours entre Saint-Malo et Pointe-à-Pitre à une vitesse de 9,70 nœuds sur l'orthodromie, couvrant en réalité 4 047,13 milles à une vitesse moyenne de 11,08 nœuds. Son arrivée à Pointe-à-Pitre s'est faite 3 jours 11h 42mn 42’ après Thomas Ruyant, le vainqueur de la Classe IMOCA.
Les premiers mots de Louis Duc au ponton ont révélé une course difficile, jalonnée de problèmes techniques. Il a évoqué des drisses cassées, une voile déchirée transformée en "gros chiffon", et des "petites guirlandes dans les haubans" à l'arrivée. Ses choix de route ont également été un sujet de réflexion. Son intention initiale était de suivre l'orthodromie, la route la plus courte, pour traverser les dépressions et gagner rapidement vers l'ouest. Cependant, il a reconnu une erreur en ne s'étant pas suffisamment dirigé vers le nord, ce qui l'a conduit à être "trop prudent" et à ne pas avancer assez vite. Il s'est retrouvé dans une dorsale, traversant "trois jours de gloire et trois jours de désespoir".
Les problèmes se sont enchaînés : le lazy-bag a cédé dans 40 nœuds de vent, provoquant des poches dans les voiles et, sous la pression de l'eau, l'explosion du rail de mât, l'empêchant de renvoyer sa grand-voile. Face à cette cascade d'"emmerdes", il a été contraint de s'arrêter quelques heures sous le vent de l'île de Terceira aux Açores pour remettre en ordre le gréement. Cette pause l'a fait reculer par rapport à ses concurrents. Il a souligné l'importance d'avoir du matériel neuf pour une Route du Rhum, une leçon apprise à la dure. Malgré les difficultés, Louis Duc a tiré un bilan positif de cette expérience, la considérant comme un "super entraînement pour le Vendée Globe", car "le Globe c’est une emmerde par jour".
Louis Duc : Un Parcours de Self-Made-Sailor et un Engagement Circulaire
Louis Duc, l'enfant de Carteret, n'était pas prédestiné aux études. Après une adolescence passée à travailler dans le chantier JMV à Cherbourg, il a rencontré Halvard Mabire qui l'a conduit à Lorient pour travailler sur l'assemblage du trimaran Foncia d'Alain Gautier, à peine âgé de 18 ans. Il a alors commencé à se forger une carrière de marin en réparant des bateaux et en participant à la Mini-Transat en 2005, où il a dû abandonner après avoir démâté.
Son chemin l'a ensuite mené vers la Class40, participant à la Jacques Vabre en 2007 et décrochant une brillante 4e place sur la Transat anglaise en 2008. Sans salaire fixe, il alternait petits boulots et chômage, dormant chez des amis, mais toujours animé par la volonté de progresser et d'acquérir de l'expérience. Après la perte de son scow en 2019, il a pris la décision audacieuse d'acheter l'IMOCA de Clément Giraud, endommagé par un incendie. Sans "pognon" au départ, il a entrepris de le reconstruire, créant une petite équipe et finançant les 300 000 euros nécessaires par un emprunt obligataire baptisé "Votre Épargne Autour du Monde", qui a trouvé preneurs auprès de particuliers en 40 jours.

Cette histoire a séduit Marie Tabarly, qui l'a aidé à trouver des sponsors. Ils ont couru la Jacques Vabre 2021 ensemble. Pour le Vendée Globe, Louis Duc a monté un budget raisonnable, reconnaissant qu'il est "énergivore et très chargé", mais se disant satisfait du bateau qu'il a et du "projet de sa vie". Ses atouts majeurs sont sa volonté inextinguible, sa détermination et son expérience de marin.
Le projet Fives Group - Lantana Environnement se distingue par son approche circulaire et respectueuse de l'environnement. L'IMOCA est un bateau "recyclé", une "seconde vie" donnée à l'ex-IMOCA de Clément Giraud. Ce chantier de rénovation, réalisé en seulement 10 mois par Louis et son équipe, était un véritable défi technique. Louis Duc porte avec conviction les valeurs et la mission de Lantana Environnement, qui vise à favoriser la pollinisation, et s'engage à faire le maximum pour écrire une belle fin à sa campagne Vendée Globe.
L'IMOCA Fives Group - Lantana Environnement : Un Bateau à Dérives au Caractère Bien Trempé
L'IMOCA Fives Group - Lantana Environnement est un plan Farr de la génération 2006-2007, équipé de dérives. Lancé en 2006, il a été construit par CDK Technologies et a accumulé plus de 100 000 milles. Ses dimensions sont de 18,28 m de longueur, 5,50 m de largeur, avec un tirant d'eau de 4,50 m et un tirant d'air de 29 m. Son déplacement est de 8,4 tonnes, et il est doté de deux ballasts par côté, chacun de 1 850 litres. Les voiles sont fournies par Incidence Sails.

Ce bateau a un palmarès notable sous ses précédents noms de course tels que PRB, Akena Vérandas, Initiatives-Cœur, Bastide Otio, Maître CoQ et Fortil. Il a notamment terminé 8e de la Bermudes 1000 Race en 2019, 5e de la Transat Jacques Vabre en 2017 et 2015, 7e de la Route du Rhum en 2014, et 3e et 8e du Vendée Globe en 2009 et 2013 respectivement.
Pour le Vendée Globe, Louis Duc fait partie des six skippers à prendre le départ à bord d'un IMOCA à dérives de cette génération, aux côtés de Manuel Cousin, Violette Dorange, Oliver Heer, Sébastien Marsset et Guirec Soudée. Cela promet une "vraie petite course dans la course", ajoutant une dimension compétitive supplémentaire à l'épreuve reine de la voile en solitaire.
Préparations pour le Vendée Globe et la Rolex Fastnet Race
Louis Duc s'entraîne activement pour le Vendée Globe, comme en témoignent les sessions au large de Lorient. Le bateau a bénéficié d'une révision technique complète pour récupérer 100% de son potentiel. Avant cela, Louis Duc a eu l'honneur d'être l'un des ambassadeurs de la mythique Rolex Fastnet Race, qui a célébré son centenaire avec un nouveau record de participation de plus de 460 bateaux inscrits.
La participation de Louis Duc à la Fastnet Race a marqué une première pour lui en équipage sur son IMOCA. Il a exprimé son plaisir de retrouver son bateau dans ces conditions et avec un "super équipage". Pour cette course, il a eu le plaisir d'accueillir à nouveau Marie Tabarly, avec qui il avait disputé sa première Transat en double en Imoca en 2021, ainsi qu'Aurélien Ducroz, son co-équipier de la dernière Transat Jacques Vabre en Class40 en 2019. Ces marins apportent leur performance et leur fluidité en mer, des atouts précieux.
L'équipe est également complétée par Louis Guimard, membre de l'équipe technique depuis les débuts du projet en 2020, qui connaît le bateau par cœur, et Armel Vrac, le médiaman, rencontré quelques mois avant le Vendée Globe, dont ce sera la première course. Cette composition d'équipage alliant compétition, complicité, efficacité et partage est un "combo parfait" pour aborder les défis de la course.
L'Écologie dans la Course au Large : Un Débat Permanent
Le gigantisme et l'écologie sont au cœur des débats dans le milieu de la course au large, comme l'a illustré la Route du Rhum 2022. Arthur Le Vaillant, skipper du trimaran « Mieux », a mené une tribune signée par 88 professionnels pour une pratique plus durable de leur sport. Plusieurs conférences ont été organisées autour de l'idée d'un "océan engagé".
La question des matériaux recyclables, comme la résine Elium, est un enjeu majeur. Roucayrol a souligné que l'Elium n'est pas un handicap pour les IMOCA sans foils, comme celui que construit Jean Le Cam. Cependant, pour les bateaux équipés de foils, comme celui de Yannick Bestaven, le poids reste un défi. Il a également exprimé que le monde de la course au large est "timide" et pourrait fabriquer davantage de pièces avec ces matériaux au même poids que la résine Époxy traditionnelle. Quentin Vlamynck, skipper d'Arkema, dont le trimaran est partiellement recyclable, a ajouté que la transition écologique par les matériaux est la "marche la plus haute à passer".

La Route du Rhum a souvent testé les limites du gigantisme, comme avec le catamaran « Royale » de Loïc Caradec, disparu en mer en 1986, ou le « Spindrift » de Yann Guichard en 2014, trop grand pour exprimer pleinement son potentiel en solitaire. Aujourd'hui, la taille maximale pour un multicoque en solitaire semble se situer entre 30 et 32 mètres. Ces réflexions sur la taille et les matériaux soulignent une prise de conscience progressive mais lente des enjeux environnementaux dans un sport traditionnellement tourné vers la performance pure.
La Route du Rhum : Un Évènement à Fort Impact
L'organisation de la Route du Rhum se félicite d'un village de 70 000 m², une augmentation de 15% par rapport à l'édition précédente, avec une entrée gratuite. Cependant, cet afflux de visiteurs (100 000 par jour) a créé des tensions. La presse locale a évoqué la crainte d'un passage au tout payant pour la prochaine édition en 2026. Plus préoccupant, le surmenage des services d'urgence de l'hôpital local face au grand nombre de patients lié à l'événement a provoqué "colère et désespoir".
Le jour du départ, la privatisation d'une partie du domaine maritime a suscité la colère des plaisanciers. Les zones les plus proches de la ligne de départ étaient réservées aux vedettes payantes de l'organisateur, OC Sport - Pen Duick, reléguant les petits bateaux plus loin. Ces incidents mettent en lumière les défis logistiques et sociaux posés par des événements de cette envergure, où les bonnes intentions environnementales peinent parfois à se traduire en actions concrètes face aux impératifs économiques et organisationnels.
Patrick Morvan : L'Expérience au Défi du Temps
Parmi les 91 bateaux participant à la Route du Rhum, des navigateurs moins connus du grand public affichent pourtant une très longue expérience maritime, comme le Finistérien Patrick Morvan. À 70 ans, il a participé à sa quatrième Route du Rhum. Après des abandons en 1982 et 2002 dus à des problèmes matériels, il a terminé 14e au général et 2e dans sa catégorie en 1990. Pour cette édition, il visait le podium dans la catégorie Rhum, regroupant 20 multicoques et monocoques de moins de 40 pieds.
Patrick Morvan, ancien maître voilier, n'a rien laissé au hasard. Avec l'aide de son beau-fils Yvan Noblet, son trimaran a été entièrement révisé, équipé d'un mât en carbone, de nouvelles voiles et d'un cockpit optimisé pour la course en solitaire, pour un coût de 60 000 euros. À cela s'ajoutent 30 000 euros pour l'inscription et les assurances, un budget conséquent qui n'a pas été entièrement bouclé malgré le soutien de son sponsor principal, Ortis.

Le skipper déplore l'augmentation des coûts de la course au large, regrettant un passé où "c’était vraiment le marin qui faisait la différence". Il estime que le téléphone satellite fournit désormais "toutes les informations possibles", mais il préfère passer "le minimum de temps derrière l'ordinateur". Patrick Morvan a un palmarès impressionnant, ayant démarré la compétition dans les années 70 avec la Solitaire du Figaro, où il a terminé 2e en 1977 et 1980, et 3e en 1978. Il a ensuite marqué l'épopée avec Jet services, battant le record de l'Atlantique en équipage en 1984 en 8 jours et 16 heures.
Malgré son âge, Patrick Morvan n'a rien perdu de sa motivation. "Dans ma tête, j’ai toujours 40 ans", confie-t-il, compensant la baisse physique par son immense expérience, avec "23 ou 24 traversées de l'Atlantique" à son actif. Passionné également par la construction et la rénovation de bateaux, il a entièrement modifié son propre voilier de croisière. Son parcours illustre la ténacité et la passion indéfectible qui animent certains marins, prêts à défier les océans malgré les années.