La Berce du Caucase (Heracleum mantegazzianum) est une plante exotique envahissante et hautement toxique qui présente un risque significatif pour la santé humaine et pour l'environnement. Originaire des montagnes du Caucase et d'Asie du sud-ouest, cette plante imposante a été introduite en Europe au XIXème siècle à des fins ornementales, appréciée pour son esthétisme et ses vertus mellifères. Malheureusement, sa nature tenace et envahissante l'a rapidement transformée en un organisme nuisible, considéré aujourd'hui comme une menace significative pour la biodiversité et un danger pour la santé publique. Il est primordial de savoir identifier la Berce du Caucase afin d’éviter le plus possible les contacts avec cette plante, dont l'apparition au Québec remonte à 1990.
1. Qu'est-ce que la Berce du Caucase ? Une présentation botanique détaillée
La Berce du Caucase est une plante herbacée de la famille des Apiacées, anciennement appelées Ombellifères en raison de leurs inflorescences caractéristiques en forme d’ombelle. Elle est également connue sous le nom de "berce géante", baptisée par allusion au personnage mythologique d'Hercule en raison de sa taille immense.
1.1. Description physique : taille imposante, tige robuste, feuilles caractéristiques et inflorescences
Cette ombellifère présente une taille impressionnante, pouvant aller jusqu’à 4 mètres de haut, voire 5 mètres à la floraison, ce qui en fait la plus grande herbacée du monde. La tige est très robuste et creuse, mesurant de 4 à 10 cm de diamètre. Elle est cannelée, tachetée de pourpre ou de couleur rouge framboise à violet, avec des taches étendues et bien définies. Cette tige est également recouverte de poils blancs rudes, éparpillés sur toute la tige mais surtout présents à la base de la tige des feuilles.
Les feuilles sont profondément découpées et pointues, composées de 1 à 3 feuilles plus petites, parfois jusqu’à 5 folioles. Elles peuvent mesurer entre 0,5 m et 1 m de longueur et ont un aspect brillant ou ciré et sont profondément dentées. L’envers des feuilles est lisse ou légèrement écailleux.
La plante se distingue par ses grandes fleurs blanches disposées en ombelles légèrement convexes. L’ombelle principale peut atteindre jusqu’à 60 cm de diamètre et comporte entre 50 et 120 rayons, avec un minimum de 40 rayons et un maximum de 170 rayons. Jusqu’à 8 ombelles secondaires, pouvant dépasser l’ombelle principale, sont également présentes. Une fois fécondée, chaque fleur donne un petit fruit. Le fruit est un diakène glabre, sans poils, de forme elliptique à ovale, muni d’une aile double, qui se séparent en deux méricarpes à maturité. Ces méricarpes sont des portions de fruit isolées naturellement dans le sens longitudinal et contenant une seule graine.

1.2. Origines et introduction : du Caucase aux jardins ornementaux
La Berce du Caucase, originaire du Caucase, a été introduite au 19ème siècle en France et en Europe à des fins ornementales. Très appréciée pour son esthétisme, elle a servi de modèle aux artistes de l'Art Nouveau, notamment à Nancy, berceau de ces artistes, où certains appréciaient cette belle plante. Elle était cultivée dans les jardins botaniques pour ses vertus esthétiques. Cependant, l’espèce s’est très vite échappée des jardins et a fini par se naturaliser, colonisant d'autres milieux.
1.3. Son cycle de vie et reproduction : plante monocarpique, graines persistantes
La Berce du Caucase est une plante bisannuelle ou pluriannuelle. Elle ne fleurit qu’une seule fois (plante monocarpique) et meurt ensuite. Sa floraison se situe entre juin et septembre. Le potentiel d'invasion de cette plante est impressionnant, en grande partie à cause de son efficacité reproductive. Une seule plante peut produire jusqu'à 100 000 graines, et au moins 20 000 selon d'autres sources, lesquelles peuvent être transportées par l’eau, le vent, les activités humaines et les animaux. Ces graines restent viables plusieurs années dans le sol, jusqu’à 7 ans, voire moins de 10 ans. Une plante donne ses premières fleurs entre sa 2ème et sa 4ème année après la germination. Cette capacité à produire un stock semencier important et la longévité des graines dans le sol contribuent à la difficulté de la contrôler ou de l'éradiquer.
2. Confusion dangereuse : distinguer la Berce du Caucase de ses cousines
Il est important de ne pas confondre la Berce du Caucase (Heracleum mantegazzianum) avec d'autres espèces similaires, car une mauvaise identification peut avoir des conséquences graves.
2.1. Berce commune (Heracleum sphondylium) et Berce laineuse : caractéristiques distinctives
La Berce commune, ou Berce sphondyle (Heracleum sphondylium L., 1753), également appelée Grande Berce, Berce des prés ou Patte d’ours, est une plante indigène et très commune en France et au Québec. Contrairement à sa cousine du Caucase, la Berce laineuse (qui est la même espèce que la Berce commune) n’est pas envahissante et ne pose pas de risque pour l’environnement.
Les distinctions sont cruciales :
- Taille : La Berce commune est nettement moins haute, mesurant au maximum 2 mètres, tandis que la Berce du Caucase peut atteindre 5 mètres. La Berce laineuse ne dépasse pas 3 mètres de hauteur.
- Tige : La tige de la Berce commune est dressée, ramifiée, peut atteindre 2 cm de diamètre. Elle est creuse, robuste, velue (poils raides) et sillonnée. Elle est entièrement recouverte de poils blancs, souples et d’aspect feutré, et certaines parties de la tige peuvent avoir une nuance de rouge. En revanche, la tige de la Berce du Caucase est beaucoup plus robuste (5 à 10 cm de diamètre) et présente des taches de couleur rouge framboise à violet bien définies, avec des poils blancs rudes.
- Feuilles : Les feuilles de la Berce commune sont généralement plus petites, plus arrondies et plus régulièrement divisées (pennées) que celles de la Berce du Caucase. Elles sont composées de larges segments dentés (trois à cinq) portés par des pétioles secondaires et sont parfois entières. Celles de la base, velues, peuvent atteindre 60 cm de longueur et possèdent une gaine profondément renflée. Les feuilles supérieures, velues ou glabres, sont beaucoup plus réduites et leur pétiole est très dilaté. Les feuilles de la Berce du Caucase sont, elles, profondément découpées, pointues et d’aspect brillant, pouvant mesurer jusqu’à 1 mètre de long.
- Fleurs : La Berce commune a des fleurs avec des pétales échancrés, blancs, rarement roses ou verdâtres, disposées en grandes ombelles de 15 cm de diamètre dont les rayons sont de longueur inégale. Chaque ombelle de la Berce laineuse mesure de 15 à 20 cm de diamètre. L'ombelle de la Berce commune ne comporte que 30 rayons au maximum, alors que celle de la Berce du Caucase en a plus de 50, voire jusqu'à 170. Les fleurs de la Berce commune dégagent une odeur désagréable d’urine, alors que les feuilles froissées de la Berce des prés dégagent une odeur aromatique très agréable d’agrume.

2.2. Importance de l'identification correcte : éviter les méprises potentiellement graves
La confusion entre ces espèces est particulièrement problématique en raison de leurs propriétés différentes. Si la Berce commune est connue depuis toujours pour ses propriétés médicinales et peut être utilisée en phytothérapie et en cuisine, la Berce du Caucase est extrêmement toxique. Certains catalogues de pépiniéristes ont malheureusement vendu la Berce du Caucase (Heracleum mantegazzianum) en indiquant qu'on pouvait en consommer les feuilles "en épinards", une information erronée et dangereuse. Il est donc crucial de se baser sur les noms latins pour désigner un genre et une espèce afin d'éviter toute confusion, idéalement en italique avec le nom d'auteur et l'année de publication. Au moindre doute, il faut s'abstenir de toute manipulation ou consommation.
Attention à la berce du Caucase !
3. Les dangers de la Berce du Caucase : toxicité et impact sur la santé
La Berce du Caucase n’est pas seulement problématique pour le milieu naturel et l’agriculture ; elle représente également un danger important pour la santé humaine et animale.
3.1. Le mécanisme des brûlures : furanocoumarines et photosensibilisation
Toute la plante contient des substances toxiques, appelées furanocoumarines (psoralène, bergaptène et xanthotoxine), qui sont activées par la lumière solaire et aussi par les rayons UV artificiels. En cas de contact direct avec la peau ou les muqueuses des humains (et autres mammifères), et après exposition au soleil, ces toxines engendrent des photodermatoses. Ce phénomène étant lié à l’interaction entre les rayons UV d'une part et un agent photosensibilisant entré en contact avec la peau d'autre part, on parle de photosensibilisation de contact. Il est important de noter que même si le contact avec la sève de la plante ne provoque pas de douleur immédiate, les réactions cutanées apparaissent de manière différée, généralement entre 24 et 72 heures après le contact et l'exposition au soleil.

3.2. Symptômes et conséquences des contacts : lésions cutanées, cloques, cicatrices, sensibilité persistante
Après un contact avec le suc de la plante et sous l’effet de l’exposition au soleil, des lésions de la peau se développent en quelques jours. La peau devient rouge, gonflée, chaude et douloureuse, et de grandes cloques mettent un à deux jours à apparaître. Ces lésions sont semblables à des brûlures et peuvent s'accompagner d’éruptions vésiculeuses, voire de formation de cloques dans les cas les plus graves. Très souvent, la forme des brûlures épouse parfaitement la zone entrée en contact avec la plante. La peau peut être grattée au sang et provoquer des démangeaisons intenses. Le pire est à imaginer pour un jeune enfant.
La zone cutanée atteinte peut rester sensible aux rayons ultraviolets (photosensibilisation) pendant plusieurs années. Des taches brunes (hyper ou hypopigmentation) peuvent également apparaître sur les zones touchées et persister pendant plusieurs mois, voire plusieurs années.
3.3. Risques spécifiques pour les humains et les animaux (notamment les équidés)
Les furanocoumarines sont présentes dans toutes les parties de la Berce du Caucase, la concentration étant maximale en juillet-août. Si les feuilles représentent la partie la plus toxique de la plante, les inflorescences, les fruits, les tiges et les racines sont également toxiques, mais dans une moindre mesure. Du fait de son imposante taille, la Berce du Caucase est particulièrement virulente car elle libère une grande quantité de sève. La cécité est possible en cas de contact de la sève avec les yeux.
Chez les animaux, les herbivores sauvages et domestiques, y compris les équidés, peuvent également être affectés. Les chevaux à peau dépigmentée y sont très sensibles. C’est le cas pour certaines robes (albinos, pie) et des chevaux présentant des marques blanches sur la tête (ladres) et/ou les membres (balzanes). Même sur des chevaux à peau pigmentée, les régions du corps moins recouvertes de poils (tour des yeux, bout du nez, bouche) peuvent y être sensibles. En cas d’exposition au soleil, les furocoumarines provoquent des réactions de photodermatose s’accompagnant de graves brûlures sur les zones à peau claire ayant été en contact avec des parties de plante coupées ou froissées. Ces réactions sont fréquentes sur la tête (surtout le bout du nez) et les membres, régions les plus exposées au contact avec la plante lorsque le cheval broute et/ou se déplace, mais peuvent toucher d’autres parties du corps.
3.4. Que faire en cas de contact avec la sève ? Mesures immédiates
Si vous avez été en contact avec la sève de la plante, veillez à :
- Laver soigneusement la peau à l’eau froide et à l’aide d’un savon doux.
- Éviter toute exposition de la zone concernée au soleil pendant plusieurs jours.
- Surveiller l’apparition de réactions.
- Si le contact concerne une zone importante ou particulièrement vulnérable (ex. muqueuses oculaires), consultez un médecin sans tarder.
- Si un enfant est atteint, consultez sans tarder un médecin ou contactez le centre antipoison pour tout conseil approprié. Par exemple, le Centre anti-poison de Lyon est joignable au 04 72 11 69 11.
En cas de contact avéré d’un cheval avec la plante, quelques bons gestes sont à adopter :
- Appliquer du papier absorbant sur la ou les zone(s) touchée(s) pour enlever la sève. Simplement appliquer le papier absorbant sur la peau et ne pas chercher à essuyer la sève en le frottant, au risque d’étaler cette dernière et d’aggraver la situation.
- Nettoyer la peau avec du savon doux, puis rincer à l’eau froide.
- Rentrer le cheval en bâtiment pendant au minimum 72 heures, même en l’absence de symptômes, pour éviter toute exposition aux rayons UV.
- Si des signes cliniques apparaissent au niveau cutané, consulter un vétérinaire.
4. La Berce du Caucase : une menace écologique avérée
La Berce du Caucase est une plante particulièrement invasive, dont la prolifération pose aujourd’hui des problèmes environnementaux et de santé publique.
4.1. Statut d'espèce envahissante : expansion rapide et colonisation des milieux
Considérée comme naturalisée en France métropolitaine depuis le 19ème siècle, sa population est en phase d’expansion. La Berce du Caucase préfère les sols frais à humides mais peut s’implanter pratiquement dans tout type de sols. Elle se disperse dans l'environnement et envahit une grande variété de milieux : les fossés, les berges de rivière, les bords de route, les lisières forestières, les terrains en friche et les prairies extensives. On la retrouve aussi dans les zones fraîches et humides, le long des talus de chemin de fer, des autoroutes, dans les prairies et les ravins, mais aussi en zones périurbaines et plaines inondables. Son potentiel d'invasion est impressionnant, rendant cette espèce extrêmement difficile à contrôler ou à éradiquer. Les structures linéaires telles que les rivières et les routes semblent être les principales méthodes de dispersion, les graines y étant transportées tout au long, dans l'eau ou accrochées aux roues des véhicules.
4.2. Conséquences sur la biodiversité et les écosystèmes locaux
La croissance et l’ampleur de cette espèce favorisent la disparition de certaines espèces végétales indigènes. En effet, la Berce du Caucase forme des populations très denses qui interceptent la lumière à proximité, empêchant les autres espèces de se développer. Elle prend souvent le dessus sur la flore indigène locale dans les milieux où elle s’installe, créant un couvert dense. Résultat : lorsque la berce géante meurt à l'automne, de vastes zones restent dénudées, et l'érosion se met en marche, affectant la stabilité des sols et la qualité des habitats.
4.3. Réglementation et interdictions : un cadre légal pour limiter sa propagation
Compte tenu de sa dangerosité et de son impact environnemental, la Berce du Caucase (Heracleum mantegazzianum) est inscrite sur la liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l’Union Européenne (règlement d’exécution UE du 12 juillet 2017). À ce titre, s’appliquent les articles L.411-5 et L.411-6 du Code de l’environnement et l’arrêté interministériel du 14 février 2018 (environnement, agriculture) relatif à la prévention de l'introduction et de la propagation des espèces végétales exotiques envahissantes sur le territoire métropolitain. Il est formellement interdit de l’introduire dans le milieu naturel, de la détenir, de la transporter (à l’exception du transport vers des sites de destruction dans le cadre d’une intervention), de l’utiliser, de l’échanger (don, vente, achat). Se débarrasser de cette mauvaise herbe nuisible peut se révéler aussi difficile que l'un des douze travaux dont a hérité le héros grec Hercule.
5. Stratégies de lutte et de gestion : contrôler une "peste" végétale
La lutte contre la Berce du Caucase est longue et nécessite un engagement à long terme. La réduction d’une population importante de Berce du Caucase demande des efforts coordonnés et une vigilance constante. Un site est considéré « éradiqué » une fois 5 années d’absence consécutives sont avérées.
5.1. Principes généraux et précautions à prendre : équipements de protection indispensables
Toutes les parties de la Berce du Caucase sont toxiques. Il ne faut donc toucher aucune partie de la plante à main nue. Lors d’une intervention sur la plante, il est indispensable de se protéger de tout contact avec la sève et d’être attentif aux projections de gouttelettes qui peuvent imprégner les vêtements et les gants. Pour manipuler la Berce du Caucase, protégez-vous adéquatement :
- Couvrez toutes les parties de votre corps avec des vêtements non-absorbants (matériaux synthétiques et imperméables) : pantalon, chandail à manches longues, gants en caoutchouc recouvrant le poignet et l’avant-bras.
- Portez une attention particulière aux extrémités de vos vêtements : protégez bien vos poignets, vos chevilles et votre cou.
- Protégez-vous les yeux et le visage avec une visière ou des lunettes de protection.
- Évitez tout geste machinal de contact avec le visage.
- Assurez-vous que personne ne se trouve dans un rayon où il pourrait être atteint par des gouttes de sève ou des débris de plante.
Après l'intervention :
- Enlevez les vêtements et les gants en les retournant à l'envers afin d’éviter tout contact avec la sève déposée, et bien les laver.
- Lavez les outils en contact avec la sève de la plante.
5.2. Méthodes de lutte mécanique : de l'arrachage à la coupe sous collet
La meilleure période pour éliminer la plante jeune se situe à la fin du mois d’avril ou début mai, quand elle mesure moins de 30 cm de hauteur. C’est le moment où il est le plus facile d’arracher (ou éventuellement de sarcler sous le collet) les jeunes plantes. L’arrachage et la coupe sous collet sont les méthodes à privilégier.
Pour les plantes poussant de façon isolée ou recouvrant une petite surface de terrain :
- Vous pouvez couper la racine des jeunes plantes avec une pelle ronde bien affûtée. Commencez dès le début du printemps et répétez l’action toutes les 2 semaines, afin d’épuiser les plantes. Répétez les coupes chaque année, pendant plusieurs années, afin d’éliminer totalement les plantes.
- Utilisez un appareil qui tourne et qui mélange la terre, comme un rotoculteur, pour éliminer les petits plants en forte densité.
- Vous pouvez recouvrir le secteur avec une toile géotextile après avoir éliminé les plantes lorsque la colonie n’est pas trop importante et que le terrain ne présente pas trop de contraintes, afin de limiter les repousses.
Pour les plantes adultes ou recouvrant de grandes surfaces de terrain :
- Coupez la racine à une profondeur d’environ 20 cm sous la surface du sol, ou entre 20 et 25 cm en dessous du niveau du sol (en dessous du collet), au printemps dans la mesure du possible, pour éviter toute repousse voire fleurissement. La coupe sous le collet doit alors être pratiquée à l’aide d’un outil à main, de types bêche, pioche, ou houe.
- En cas d’arrachage ou coupe sous collet en zone densément infestée, l’intervention doit être répétée sous 3 semaines pour éliminer les pieds oubliés et les éventuelles plantules initiées par la mise en lumière du sol.
- Faites une coupe à environ 15 cm du sol. Répétez au moins de 2 à 3 fois au cours du printemps.
- Travaillez le sol, par exemple en le labourant à une profondeur d’environ 24 cm. Cela limitera la repousse des plantes.
- Un fauchage peut être pratiqué entre fin juin et août. À défaut de coupe sous collet, une coupe répétée de la partie aérienne est aussi possible, par l’utilisation d’une serpe emmanchée, d’une faucheuse ou d’un broyeur sur tracteur. Cette méthode n’est pas définitive, elle doit être répétée jusqu'à épuisement des racines. Une plante affaiblie pourra être plus facilement arrachée ou coupée sous collet. Pour ces opérations, il convient d’éviter les machines exposant les opérateurs aux projections de débris de plantes et de sève, telles que, notamment, débroussailleuses à fil ou à lame.
- À la fin de l’été, lorsqu’une intervention sur les racines n’est pas possible, il est essentiel de prévoir à minima, la suppression des ombelles afin de limiter la formation de graines et de ne pas enrichir la banque de semences du sol. Cette destruction systématique des inflorescences doit avoir lieu juste avant la maturité des fruits. Il est recommandé d’intervenir au stade jeune plantule ou floraison, avant la production de graines, au risque de favoriser la dissémination de la plante.
5.3. Lutte chimique : une solution de dernier recours
L’emploi d’herbicides ou de moyens de lutte chimique sont des solutions à considérer en dernier recours seulement. Si vous envisagez d’utiliser des moyens de lutte chimique, faites appel à un expert ou à une entreprise spécialisée. La lutte chimique par glyphosate (plante par plante) est une option. Il s'agit alors de désherber le milieu en appliquant un traitement herbicide localisé « anti-dicotylédones ». En limitant l'usage des désherbants uniquement sur les zones ou plantes à traiter, le traitement localisé « plante par plante » est la meilleure technique, plus raisonnée. L'utilisation de produits phytosanitaires doit être réalisée par des personnes habilitées, titulaires du Certiphyto, et dans des conditions de température, de vent et d'hygrométrie favorables. Le stade feuillu des adventices est le plus favorable pour réaliser le traitement. L’utilisation d’herbicide est à proscrire pour une intervention à grande échelle sans avis expert.
5.4. Gestion des déchets contaminés : ne jamais composter
Les parties de plantes coupées sont des déchets verts. Faîtes sécher les plants coupés et les résidus de plantes en les plaçant dans des sacs en plastique exposés au soleil pendant au moins une semaine. Les sacs peuvent ensuite être jetés aux ordures. Si les plantes portent des graines, évitez de les disperser. Il est impératif de ne jamais composter aucune partie de la plante car les graines resteraient viables et la sève toxique pourrait persister. En Suisse, il est même préconisé de les brûler plutôt que de les composter. Il ne faut pas les jeter en fumière ou sur un tas de compost, pour éviter tout ensemencement lors de l’épandage du fumier. L’évacuation et l’incinération du matériel sont des mesures efficaces.
5.5. Prévention de la ré-invasion et suivi à long terme
Pour éviter que la Berce du Caucase n’envahisse de nouveau votre terrain, vous pouvez planter de nouvelles plantes dans le secteur traité. Choisissez de préférence des plantes originaires de votre région qui poussent rapidement. Informez-vous auprès de votre centre jardin local. La surveillance accrue des sites après gestion est primordiale pour garantir une bonne efficacité de gestion, surtout que les graines de Berce du Caucase ont une durée de vie de moins de 10 ans et germeront massivement les premières années après production. Une zone de présence de Berce du Caucase doit faire l’objet d’un suivi sur plusieurs années après l’élimination des premières plantes (risque de repousses, levée de nouvelles plantes à partir des graines du sol, etc.).
5.6. La lutte biologique et les efforts de recherche coordonnés : le projet "Giant Alien"
Face à la difficulté de trouver une solution durable pour stopper sa propagation et prévenir de futures invasions, le projet "Giant Alien" a été mis sur pied en janvier 2002. Financé au titre du programme "énergie, environnement et développement durable" du Cinquième programme-cadre (5e PC) de la Commission européenne, ce projet réunit huit universités et instituts de recherche allemands, britanniques, danois, tchèques, lettons et suisses.
L'objectif global du projet est de développer une stratégie de gestion intégrée incluant des moyens efficaces, réalisables et durables de contrôle d'une mauvaise herbe allogène non-agricole. Cela vise à disposer d'une stratégie générique de contrôle permettant de préserver la biodiversité européenne de la menace de plus en plus sérieuse représentée par d'autres espèces envahissantes. Pour parvenir à cet objectif, le projet développe une base de savoir complète sur H. mantegazzianum, incluant son génome, sa taxonomie, sa biologie et son écologie en vue de comprendre à fond son cycle de vie, sa dynamique démographique, l'écologie de sa graine et du recrutement, sa fécondité et sa régénération.
Un autre grand axe du projet consiste à rechercher et à évaluer des agents de contrôle biologiques potentiels dans la zone d'origine de H. mantegazzianum pour un possible usage futur en Europe. La démarche comprend une analyse risques/bénéfices, une évaluation des directives européennes existantes en matière d'importation d'organismes exotiques, et un plan de mise en œuvre. Les chercheurs du projet "Giant Alien" se penchent également sur les méthodes actuelles de contrôle mécanique et chimique en complément des possibles mesures permettant de réduire et de prévenir davantage la dispersion d'H. mantegazzianum et autres mauvaises herbes envahissantes allogènes.
5.7. Exemples de plans d'action territoriaux : le "berce check" en Wallonie
Des plans de lutte coordonnés sont mis en place à différentes échelles. En Wallonie, un plan de lutte coordonné existe depuis 2011. En 2024, les contrats de rivières (CR) de Wallonie ont réalisé un « berce check » complet. Chaque CR a dû vérifier l’entièreté des sites historiques connus de Berce du Caucase. L’objectif était d’avoir une vue d’ensemble complète et actualisée de la situation au niveau des populations de Berces du Caucase sur le territoire. Ces données, compilées avec toutes celles des années antérieures, ont mis en évidence l’éradication de certaines populations.
Pour le bassin de l’Amblève-Rour, la tâche n’était pas mince, avec le plus grand nombre de populations, soit 946 sites au terme de la saison 2024 (sur 4813 à l’échelle wallonne). Ce grand nombre de populations traduit la bonne connaissance de la situation grâce à un inventaire complet et un bon suivi de l’évolution de la plante. Depuis 16 saisons consécutives, sur l’entièreté de ce bassin, les partenaires concernés œuvrent activement dans la lutte contre cette espèce, et 2024 n’a pas fait exception. En plus de l’inventaire de terrain, cet inventaire a été l’occasion de reprendre contact avec certains gestionnaires et propriétaires privés. Dans certains cas, une formation à la bonne gestion a été dispensée aux nouvelles équipes. Dans d’autres, l’équipe du CRA est intervenue directement pour gérer les situations urgentes liées aux berces, principalement lorsque celles-ci étaient en fleurs ou en graines.
Les résultats du berce check 2024 pour le bassin Amblève-Rour sont encourageants : 897 points ont pu être vérifiés au cours de la saison d’inventaire (entre avril et début juillet), et 12 nouvelles populations ont encore été découvertes. L'inventaire complet montre que :
- 118 populations ont été retrouvées en 2023 et/ou 2024, ces populations sont dites « non éradiquées » et représentent donc 12,47%.
- 75 populations sont « éradication à confirmer », signifiant que des berces n’ont pas été observées en 2023 et 2024 mais une présence a été signalée au moins une fois entre 2020 et 2022 (soit 7,93%). Ces sites sont en voie d’éradication mais il faut attendre 5 années d’absence pour être sûr que des graines ne subsistent pas dans le sol.
- 271 sites peuvent être considérés comme « éradiqués », soit 28,65% (signifiant 5 années d’absence consécutives avérées).
- Les 482 populations restantes présentent des lacunes au niveau des données transmises par les différents gestionnaires (il manque des données pour certaines années). On ne peut donc attester d’une éradication puisque les 5 années d’absence nécessaires ne sont pas disponibles. Cependant, pour environ 80% de ces points, la dernière observation connue de berces remonte à plus de 10 ans, tandis que les 20% restants ont des observations qui varient entre 2015 et 2019.
Ces efforts démontrent une prise de conscience et une mobilisation importantes pour contenir et, idéalement, éradiquer cette plante nuisible.
