Optimisation du Binage et Gestion des Pneumatiques : Stratégies pour une Agriculture Durable

L'évolution des pratiques agricoles, notamment la diminution de l'utilisation des produits phytosanitaires, pousse les agriculteurs à réévaluer leurs stratégies de lutte contre les adventices. Le désherbage mécanique, et particulièrement le binage, refait une apparition remarquée dans les exploitations. Cette transition vers des méthodes plus durables s'accompagne de considérations importantes concernant le matériel utilisé, notamment les bineuses et les pneumatiques des tracteurs.

Tracteur avec bineuse en action dans un champ

Le Binage : Une Réponse Agronomique aux Défis Actuels

Le binage est une technique agricole et de jardinage qui consiste à ameublir la couche superficielle du sol autour des plantes cultivées. Lorsqu'il est spécifiquement utilisé pour désherber, on parle de sarclage. C'est une méthode de plus en plus pratiquée en raison de ses nombreux avantages agronomiques, ses dégâts réduits sur la culture et ses coûts de mise en œuvre relativement peu élevés.

L'un des principaux bénéfices du binage est sa capacité à briser une éventuelle croûte de battance qui se forme sous l'effet de l'arrosage et de la pluie. Cette action facilite la pénétration de l'eau dans le sol et limite simultanément l'évaporation de l'eau du sol. Le travail du sol par le binage entraîne également son aération et son réchauffement, ce qui accélère temporairement le processus de minéralisation de la matière organique. Ce phénomène permet une libération d'azote disponible pour les plantes, se traduisant souvent par une meilleure santé des plantes qui deviennent plus vertes et poussent mieux.

En agriculture, les bineuses sont soit tractées par des animaux de trait, soit par des tracteurs. Pour optimiser l'utilisation des bineuses, les cultures sont généralement cultivées en rangs avec des écartements plus ou moins importants. Il est difficile de réduire l'écartement en dessous d'une vingtaine de centimètres sans prendre de gros risques de non-destruction de la culture en place. Les outils sont équipés de dents et de socs permettant de travailler le sol à la profondeur désirée. Les socs larges permettent un travail du sol peu profond qui coupe les mauvaises herbes 2 ou 3 cm sous la surface du sol, au niveau de leurs racines, ce qui suffit à les détruire. En effet, si le temps est sec, n'étant plus alimentées en eau, elles meurent en quelques heures à quelques jours. Si la pluie revient, il est possible que certaines ancrent de nouveau leurs racines dans le sol et poursuivent leur développement, nécessitant alors un second binage si elles sont trop nombreuses. Certains outils sont réglables ou équipés de pièces permettant un buttage du rang de la culture d'intérêt, ce qui permet de recouvrir des mauvaises herbes peu développées sur ou à proximité du rang.

Les Technologies de Pointe au Service du Binage : L'Exemple des Bineuses ROW-MASTER

Le choix d'une bineuse adaptée est crucial pour maximiser l'efficacité du désherbage mécanique. Les bineuses modernes intègrent des innovations significatives pour répondre aux exigences des agriculteurs. Par exemple, les bineuses ROW-MASTER se démarquent de la concurrence sur plusieurs points clés.

Schéma des différents types de socs de bineuse

Premièrement, elles offrent le plus grand dégagement du marché, permettant de biner aux stades de croissance les plus tardifs sans endommager la culture. Conçues pour une période d’utilisation étendue sur la saison, elles surpassent les machines concurrentes lors des dernières semaines de binage. Avec la ROW-MASTER RN qui propose un dégagement de 80 cm, et la RN_PROFI avec 90 cm, les agriculteurs disposent d'un dégagement suffisant pour réaliser un dernier binage dans des cultures hautes telles que le maïs ou le tournesol, là où les machines concurrentes s’arrêtent.

Deuxièmement, le contrôle par sections indépendantes réduit les dégâts sur la culture. Chaque élément bineur de la ROW-MASTER RN_PROFI est équipé d’un système de levée indépendant. Sur la base des données reçues par le système de navigation, les différentes unités de binage se lèvent et s’abaissent de manière progressive pour minimiser les dégâts dans les champs en pointe ou lors des demi-tours. Cet équipement facilite la tâche de l’agriculteur et élimine le risque d’erreur humaine, augmentant ainsi la productivité et la qualité du travail.

Troisièmement, la société BEDNAR a développé différentes sections de travail qui s’adaptent aux différentes phases de croissance des cultures, reconnaissant que les besoins des cultures changent significativement entre les premières phases de croissance et la fin de leur période de végétation. La bineuse peut ainsi être équipée de larges socs en flèche, de socs étroits ou de leur combinaison. Il est également possible d’opter pour des demis socs en flèche ou des dents avec versoir.

Quatrièmement, les bineuses ROW-MASTER offrent la possibilité d’appliquer un engrais pendant le binage, que ce soit sous forme solide ou liquide. Cette application ciblée augmente l’efficacité de l’application et réduit les pertes (évaporation, lixiviation), un point particulièrement apprécié à une époque où les prix des engrais sont élevés. En option, il est possible d’équiper un kit d’application pour engrais solides, avec une trémie frontale FERTI-BOX FB_F ou SEED BOX SB. Grâce à la cuve frontale FERTI-TANK FT, il est également possible d’appliquer un engrais liquide. Ces équipements permettent d’améliorer l’efficacité des engrais grâce à une fertilisation précise et localisée, améliorant ainsi les rendements et la rentabilité de l’exploitation.

Enfin, le réglage de la machine sans outils est une caractéristique ergonomique importante. Modifier les réglages de la machine au champ en fonction des conditions hydriques ou des besoins de la culture peut souvent s’avérer chronophage et fastidieux. BEDNAR a développé des machines ergonomiques, confortables et simples à régler, sans outils. L’agriculteur peut ainsi, sans efforts, adapter les réglages de la machine aux conditions actuelles, garantissant des performances optimales et un travail de haute qualité.

Le Guidage de la Bineuse : Précision et Efficacité

Pour préserver la culture en place, il est nécessaire de maintenir l'outil dans l'inter-rangs sous peine d'endommager la culture. Sur les systèmes à traction par un tracteur, le conducteur peut guider son outil avec le mouvement du tracteur, qu'il soit poussé ou traîné.

Le guidage manuel implique d'être deux opérateurs, un qui conduit le tracteur, l'autre la bineuse, ce qui entraîne un temps de réaction lent et des vitesses de travail limitées. Des systèmes plus avancés, tels que le guidage par sillon et GPS, permettent une intervention à tout moment, y compris avant la levée de la culture. Le système caméra permet de suivre les rangs dès que la culture est levée, mais est peu efficace s'il y a beaucoup de mauvaises herbes. Enfin, le palpeur de rangs est efficace si la culture est suffisamment haute et que les mauvaises herbes sont peu développées.

L'expérience de Tony Coulais, agriculteur converti à l'agriculture biologique en 2017, illustre l'importance du guidage. Pour maîtriser l'enherbement sur ses 125 ha de grandes cultures, il a opté pour l'outil Garford à double guidage caméra. Le système de relevage automatique des éléments, via la connexion au guidage du tracteur, est un atout majeur. Les caméras de la bineuse guident l’outil sur le rang, tandis que le GPS gère le tracteur et le relevage des éléments en bout de champs. Cette combinaison permet un travail de haute précision, optimisant les courbes et minimisant les dégâts sur les premiers rangs. Tony Coulais a constaté un gain de rendement significatif, notamment sur le maïs, grâce à cette automatisation. Le relevage automatique fonctionne également pour le binage des céréales, même avec une configuration à 7 m et 10 éléments. L'outil Garford, compatible Isobus, facilite l'intégration du système de relevage automatisé, ne nécessitant qu'un déblocage Isobus du guidage. La polyvalence de l'outil, où chaque caméra gère un côté de la bineuse, permet son utilisation pour biner les céréales en ajoutant un élément de chaque côté, sous réserve de maintenir un écartement inter-rangs suffisant pour la reconnaissance par les caméras.

Bineuse Hatzenbichler à guidage caméra

Le Maïs : Une Culture Adaptée au Désherbage Mécanique

Le maïs, culture à cycle court implantée avec des inter-rangs réguliers et larges, se prête bien aux actions mécaniques de désherbage, y compris le binage. En conditions favorables, une bonne efficacité du binage peut être obtenue. Cependant, le binage reste une pratique exigeante qui demande de la technicité, notamment pour les réglages, et du temps, tant pour la surveillance que pour les interventions. Il est très dépendant de la météo, le nombre de jours disponibles pour intervenir étant extrêmement variable selon les conditions pédoclimatiques de printemps. Généralement, le binage est plus facile à réussir en zone continentale qu'océanique et en semis tardif qu'précoce.

En présence importante de vivaces, le binage peut atteindre ses limites. Sur le rumex, plusieurs passages répétés peuvent affaiblir les plantes. Vis-à-vis des chardons, le binage peut supprimer des plantes mères, mais il peut aussi lever la dormance apicale et provoquer le démarrage de pousses sur les drageons, accélérant ainsi la multiplication végétative. Un autre point faible à gérer est le contrôle du salissement sur le rang, qui peut toutefois être facilité par l’utilisation d’équipements spécifiques tels que les doigts Kreiss, la herse-peigne à l’arrière, ou les disques de buttage. Le binage doit s’anticiper dès le semis, et les conditions de mise en œuvre sont primordiales. La houe rotative et la herse étrille peuvent également être utilisées dans les programmes de désherbage du maïs. Pour obtenir une bonne efficacité, ces outils doivent être mis en œuvre « à l’aveugle » sur des adventices non levées ou très jeunes, au stade « fil blanc ». En conduite biologique, ces outils sont indispensables et complémentaires de la bineuse.

L'Impact des Pneumatiques sur le Tassement du Sol et l'Efficacité du Binage

L'utilisation de la forte puissance n'est pas toujours compatible avec la préservation des sols, même si de nombreux types de pneumatiques existent : pneus radiaux, à grand volume ou encore à grande flexibilité (pneus VF). Le tassement du sol est principalement lié à la pression de gonflage. En effet, une augmentation de la charge sur le pneumatique aura pour conséquence une déformation plus importante de celui-ci. La surface de contact avec le sol est alors plus grande et la charge mieux répartie. La pression au sol reste ainsi constante. Lorsque votre voiture est fortement chargée, il est conseillé d’augmenter la pression des pneus.

Cependant, lorsque vous utilisez un tracteur de forte puissance (donc relativement lourd) avec des outils de grande largeur (lourds eux aussi) et que vous souhaitez continuer à travailler avec une pression faible, les pneumatiques déjà utilisés ne suffisent plus. Pour le désherbage mécanique, notamment le binage, ou la pulvérisation, l’utilisation de pneumatiques étroits est très répandue pour intervenir dans une culture en place sans rouler dessus. Ces montes, dont la surface au sol est volontairement restreinte, exigent souvent une pression élevée pour respecter les consignes des manufacturiers. Cette pression élevée, combinée à la faible empreinte au sol, est source de tassement. Il est donc pertinent de se tourner vers des solutions limitant les phénomènes de tassement des sols.

L’arrivée de modèles étroits, dotés des technologies avec des bandes ultraflexibles IF (increased flexibility ou flexibilité augmentée) et VF (very improved flexibility ou flexibilité très augmentée) offre de nouvelles possibilités. Ces technologies vous permettent de travailler avec une pression faible. Lors du salon Tech & Bio 2021, la chambre d’agriculture de la Drôme et First Stop ont réalisé un comparatif entre deux montes de pneumatiques étroites. Dans le premier cas, le tracteur était équipé de pneumatiques étroits standard de type 270/95R32 à l’avant et 340/85R46 à l’arrière, avec un poids total de 7,9 t, bineuse levée. Le second tracteur était pourvu de pneumatiques capables de travailler avec des pressions plus faibles, des 340/85 R28 à l’avant et des 380/95 R38 VF à l’arrière, avec un poids total de 7,4 t, bineuse levée. Pour cet ensemble, la pression recommandée est de 0,9 bar à l’avant comme à l’arrière. Bien que 500 kg d’écart séparent les deux ensembles, la charge par pneu est sensiblement la même. La technologie VF permet de diviser par presque 2,5 la pression. Les observations ont mis en évidence un tassement plus superficiel avec l’ensemble muni des pneumatiques VF et un volume de terre compactée environ deux fois plus faible. Plus chers de 10 à 15 %, les pneumatiques VF ou IF trouveront d’autres applications, par exemple sur un pulvérisateur traîné ou porté, un distributeur à engrais, voire pour la récolte de cultures comme les pommes de terre. Cependant, pour ces applications, la charge par essieu, surtout celle de l’essieu arrière, sera très certainement plus élevée, ne permettant pas forcément de diminuer la pression autant que pour le binage.

Le Jumelage des Roues : Une Autre Approche pour Limiter le Tassement

À priori, le jumelage est une solution simple pour lutter contre le tassement des cultures, offrant une meilleure répartition de la charge au sol avec des pressions d’utilisation inférieures, ce qui est indispensable pour limiter le tassement. Cependant, sa mise en œuvre est parfois complexe.

La configuration de roues jumelées la plus simple est la juxtaposition de deux roues de même taille. Pour limiter la largeur de votre tracteur, des pneumatiques larges peuvent être associés à des pneumatiques étroits. Une fois la configuration définie, il reste à choisir les bons pneumatiques. Les pneumatiques jumelés doivent tout d’abord être de même type. Dans certaines configurations (roues de même taille ou à double sillon), ils peuvent être choisis identiques. En revanche, si vous optez pour des pneumatiques différents, la difficulté sera d’avoir la même réaction pour chaque pneumatique. Pour cela, il est important de prêter attention à leur déformation sous l’effet de la charge (écrasement plus ou moins important) et aux pressions d’utilisation.

Enfin, il est crucial de choisir un dispositif de roues jumelées adapté. L’écartement des roues doit être suffisant pour permettre l’évacuation de la terre entre les pneumatiques et leur déformation sous l’effet de la charge sans qu’il y ait contact entre les deux flancs. Une largeur de 20 cm est un minimum, elle dépend du type de pneu agricole utilisé. Malgré ses avantages en termes de productivité et une meilleure transmission de la traction, le jumelage ne doit pas être une solution permanente. Les experts du pneu de tracteur sont disponibles pour apporter des conseils sur les pneumatiques adaptés.

Schéma de différentes configurations de roues jumelées

Les Implications Économiques et Stratégiques du Désherbage Mécanique

L'emploi des produits phytosanitaires est un sujet de plus en plus sensible. De nombreuses substances actives ont déjà été retirées du marché, et beaucoup d’autres sont en passe de l’être, comme le glyphosate. Presque la moitié des produits phytosanitaires utilisés sont des herbicides. De plus, la nouvelle réforme de la PAC 2021-2027 prévoit de durcir la réglementation concernant l’utilisation des produits phytosanitaires. Certains produits encore autorisés ont un spectre d’efficacité moins important et sont bien souvent plus onéreux. Le désherbage mécanique est une méthode de plus en plus utilisée chez les agriculteurs, qu’ils soient en bio ou en conventionnel. Cette alternative au désherbage chimique n’est pas seulement utile pour lutter contre les adventices, elle a aussi des caractéristiques agronomiques très intéressantes.

Elle permet de limiter l’érosion en cassant la croûte de battance des inter-rangs et ainsi de réduire l’écoulement de l’eau. Le désherbage mécanique permet encore, en fonction de l’outil et des conditions dans lesquels il est utilisé, d’aérer et de niveler les sols ou encore de fertiliser de manière localisée lors du passage de la bineuse selon le modèle. Le binage est l'un des désherbages mécaniques les plus utilisés, surtout dans les régions de grandes cultures pour le maïs, les betteraves, les haricots, etc. En effet, la bineuse est un outil qui combine plusieurs intérêts agronomiques. En plus de détruire une grande partie des adventices de la parcelle, le binage permet d’éliminer la croûte de battance sur les premiers centimètres du sol ou plus en fonction de la profondeur de travail et ainsi de créer une « semelle » sous cette première partie. En effet, le passage d’un outil de travail superficiel du sol permet d’assécher les premiers centimètres du sol. La semelle ainsi créée rompt la remontée par capillarité de l’eau à la surface, ce qui permet de mieux valoriser l’eau de la réserve utile de la parcelle. En effet, l’eau du sol remonte naturellement avec les phénomènes de capillarité, de tension superficielle et d’évaporation. En créant une couche ameublie à la surface du sol et une semelle de binage sous cette dernière, on empêche l’eau de remonter jusqu’à la surface et de s’évaporer.

Le choix entre l’investissement et la prestation est souvent une question compliquée dans la stratégie d’une exploitation. L’achat de ce type de matériel est souvent réalisé par des exploitations agricoles ayant une surface agricole utile suffisante pour amortir un tel investissement, le coût d’une telle machine n’étant pas négligeable. Néanmoins, l’investissement dans une bineuse peut être aujourd’hui sérieusement envisagé pour beaucoup d’exploitations. Ce type de travail a non seulement des avantages agronomiques mais aussi économiques. Une fois l’acquisition de votre bineuse, rien n’empêche de proposer des prestations à ses voisins afin d’amortir l'investissement.

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