Le plan prévisionnel de fumure azotée, également connu sous les noms de plan de fumure, plan de fertilisation ou PPF, est un document obligatoire pour les agriculteurs. Bien au-delà de sa dimension réglementaire, il représente un outil stratégique fondamental dont l'élaboration participe activement à une meilleure maîtrise des charges d'exploitation et à une protection accrue de l'environnement. S'inscrivant dans une démarche de fertilisation raisonnée, le PPF intègre un bilan d'azote précis et une réflexion globale sur les coûts, les rendements et les économies d'engrais.

Les Fondements Réglementaires et la Portée du PPF
La notion de plan prévisionnel de fumure azote est apparue pour la première fois dans l'arrêté du 22 novembre 1993, qui est relatif au code des bonnes pratiques agricoles. Ce cadre réglementaire vise à prévenir la pollution des eaux, notamment le risque d'eutrophisation, ou suraccumulation de nutriments, qui favorise le développement excessif d'algues, particulièrement dans les eaux des estuaires.
Pour résumer, ce document administratif explique dans le détail la planification annuelle et les calculs de la fertilisation en azote, en phosphore et en potassium (N, P, K) sur chaque parcelle ou îlot cultural de l'exploitation. En pratique, le PPF permet de calculer précisément les doses de fumure azotée, qu'elle soit organique ou minérale, nécessaires à chaque parcelle de l'exploitation. Ce processus est essentiel pour garantir une nutrition optimale des cultures tout en minimisant les impacts environnementaux.
L'élaboration du PPF concerne principalement les agriculteurs des régions nord, nord-est, nord-ouest et sud-ouest de la France, y compris le Gers, des zones largement définies comme vulnérables. Cela représente près de 65 % des exploitations agricoles françaises. La liste des zones vulnérables est établie par les DREAL (Directions Régionales de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement).
Un PPF doit être établi pour chaque îlot cultural exploité en zone vulnérable, que l'agriculteur ait ou non prévu une fertilisation azotée. Il doit être établi pour toutes les surfaces de l'exploitation, en incluant les parcelles non fertilisées. La date limite pour son établissement est définie par le GREN régional (Groupe Régional d'Experts Nitrates) ; par exemple, le 31 mars en Bretagne ou le 15 avril dans les Hauts-de-France. Dans le Gers, il est primordial de se référer à l'arrêté régional du GREN pour connaître la date exacte et les spécificités locales.
Le Calcul Précis de la Dose d'Azote
La création du plan de fertilisation azotée requiert de mesurer la fertilisation azotée nécessaire en prenant en compte la présence des CIPAN (Cultures Intermédiaires Pièges à Nitrates), les intercultures et les couverts évoqués dans le cadre de la Directive Nitrate. Le calcul prend principalement en compte les besoins en azote de la culture par rapport à un objectif de rendement et les fournitures en azote (sol, effluents organiques, fertilisants minéraux, fixation symbiotique).
La méthode du bilan d'azote minéral du sol est celle détaillée dans la publication la plus récente du Comité français d'études et de développement de la fertilisation raisonnée (Comifer). Le contrôle réglementaire des doses calculées passe ainsi par la vérification de la conformité des équations utilisées par les outils de calcul à la norme Comifer. Un label volontaire existe pour valider cette conformité : Prev'N.
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La méthode de calcul est résumée comme suit :
- Fixer un objectif de rendement : Celui-ci est déterminé de deux façons. Soit par la moyenne des rendements réalisés sur l'exploitation pour des conditions comparables au cours des cinq dernières années, en excluant la valeur maximale et la valeur minimale. Si une référence est manquante ou non exploitable, il est possible de remonter à la sixième année. S'il manque deux années ou plus, les valeurs de l'arrêté du GREN sont utilisées pour remplacer les années manquantes, puis le calcul de la moyenne "olympique" est effectué. L'objectif de rendement est donc la valeur moyenne des cinq dernières années de production ; à défaut, les rendements moyens départementaux peuvent être utilisés. Il est nécessaire de retirer le meilleur rendement et le plus mauvais afin de ne conserver que trois années pour faire la moyenne de rendement.
- Analyser le sol : Une analyse de sol chaque année par exploitation sur une culture principale est demandée. Cela peut être un reliquat azoté en sortie d'hiver (RSH), un reliquat azoté post-récolte, un reliquat azoté en entrée d'hiver, le taux de matière organique ou l'azote total dans les horizons cultivés. Toute personne exploitant plus de 3 hectares en Zone Vulnérable est tenue de réaliser chaque année au moins une analyse de sol. L'analyse est obligatoire sur au moins un îlot d'une des trois cultures principales de l'exploitation. Le reliquat sortie hiver (RSH) correspond à un prélèvement de terre effectué en sortie d'hiver afin d'estimer le reliquat d'azote dans le sol. Un certain nombre de reliquats est exigible en fonction de la taille de l'exploitation.
Pour déterminer la dose d'azote prévisionnelle, il est impératif de se référer à l'arrêté régional du GREN qui encadre les méthodes de calcul des doses d'azote. Des doses plafond d'azote total sont fixées pour les légumes et les arbres fruitiers. En zone vulnérable, le respect de l'équilibre de la fertilisation est une exigence essentielle.
Les Outils pour l'Élaboration et le Suivi du PPF
Étant donné la complexité du calcul et le nombre d'informations à réunir pour réaliser un PPF, l'usage d'outils de traçabilité au niveau des parcelles représente un véritable gain de temps. Notez qu'avec la présence d'outils de traçabilité sur l'exploitation, l'agriculteur gagne également du temps dans la collecte des données qui servent à créer ce PPF.
Un outil de suivi connecté comme Spotifarm, avec sa liaison Geofolia, permet de mieux appréhender les besoins de chaque culture en fonction de leurs spécificités et de l'hétérogénéité des sols. Les deux outils sont complémentaires. Spotifarm est un outil de pilotage de la fertilisation azotée qui aide à apporter la bonne dose, au bon endroit, en fonction des besoins réels de la plante et du sol. Geofolia est quant à lui un outil qui permet de réaliser le calcul et l'élaboration du PPF.

Le Cahier d'Enregistrement et les Justifications
En zone vulnérable, les documents d'enregistrement comprenant le plan prévisionnel de fumure azotée (PPF) et le cahier d'enregistrement sont à tenir à jour. Le PPF doit être établi pour toutes les surfaces de l'exploitation, y compris les parcelles non fertilisées. Il doit être :
- établi à l'ouverture du bilan (semis ou sortie d'hiver pour les cultures d'automne) ;
- terminé au plus tard avant le premier apport réalisé en sortie d'hiver ou avant le deuxième apport réalisé en sortie d'hiver en cas de fractionnement.Il est exigible au 15 avril dans de nombreuses régions.
Le PPF doit contenir un certain nombre d'informations obligatoires. Pour toutes les surfaces de l'exploitation (y compris les parcelles non fertilisées), il est également nécessaire de renseigner un cahier d'enregistrement. Ce dernier :
- doit être actualisé après chaque épandage d'engrais organiques et minéraux ;
- est établi de la récolte du précédent à la récolte de la culture considérée.
Votre cahier d'enregistrement doit également contenir un certain nombre d'informations obligatoires. En cas de dépassement de la dose totale prévisionnelle d'azote, l'arrêté du 30 janvier 2023, modifiant l'arrêté du 19 décembre 2011 relatif au programme d'actions national à mettre en œuvre dans les zones vulnérables, stipule que cet excès doit être justifié par des moyens appropriés. Plus précisément, il est nécessaire d'utiliser un outil de raisonnement dynamique ou un outil de pilotage de la fertilisation pour prouver que la quantité d'azote absorbée par la culture est supérieure à celle qui était initialement prévue.
Tout apport d'azote réalisé supérieur à la dose prévisionnelle totale doit être dûment justifié par :
- l'utilisation d'un outil de pilotage en végétation de la fertilisation (comme Mes Satimages, Farmstar, N-tester, Jubil…) ou une quantité d'azote exportée par la culture supérieure au prévisionnel ;
- ou, dans le cas d'un accident cultural intervenu postérieurement au calcul de la dose prévisionnelle, par la description détaillée, dans le cahier d'enregistrement, des événements survenus (nature et date notamment).
Aussi, si un accident cultural survient après le calcul de la dose, une description détaillée des événements (incluant la nature et la date) doit être consignée dans le cahier d'enregistrement. Le plan de fumure concerne les fertilisations prévues avant la campagne. Le cas échéant, vous devrez également produire des documents annexes, notamment pour justifier des épandages chez vous par des tiers et inversement, ou pour le stockage.
L'Îlot Cultural : Une Notion Clé
Un îlot cultural est constitué d'un regroupement de parcelles contiguës, entières ou partielles, homogènes d'un point de vue de la culture, de l'histoire culturale (successions de cultures et apports de fertilisants) et de la nature de terrain. Des parcelles contiguës qui répondent à cette définition mais qui sont séparées par une haie, un alignement d'arbres, un muret, un fossé ou un talus peuvent constituer un seul îlot cultural. Il est important de noter que ces îlots culturaux, au sens agronomique, ne recouvrent pas nécessairement les "îlots PAC". C'est sur ces îlots culturaux que les calculs du PPF sont effectués, assurant une gestion précise et adaptée à chaque zone homogène de l'exploitation.

Évolution et Accompagnement
Le programme d'action est révisé au minimum tous les quatre ans. Le septième programme d'action national est entré en vigueur au 1er septembre 2024, soulignant l'évolution constante des exigences et des bonnes pratiques en matière de fertilisation azotée. Il est crucial pour les agriculteurs du Gers de rester informés des dernières mises à jour.
Notez cependant qu'au-delà de l'obligation réglementaire, le PPF est avant tout un outil pour piloter la fertilisation sur votre exploitation. Il aide à optimiser le premier poste de charge d'une exploitation : la fertilisation. Afin de faciliter cette démarche complexe, de nombreux conseillers prennent en charge l'élaboration des plans de fumure et la saisie de la traçabilité, offrant un accompagnement précieux aux agriculteurs. Ces services permettent de "garder l'esprit tranquille" tout en assurant la conformité réglementaire et l'optimisation économique de l'exploitation.
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