L’héraldique, art et science du blason, trouve ses racines au Moyen Âge. À l’origine, il s’agissait de reconnaître sur le champ de bataille, ou lors de joutes, les ennemis et les alliés. Comme les soldats portaient le plus souvent des armures leur dissimulant le corps et le visage, ils prirent l'habitude de montrer sur leurs boucliers, et sur des bannières, des couleurs vives arrangées en dessins faciles à reconnaître. Le blason est le dessin de ce qui est inscrit dans l’écu, tandis que le blasonnement est la description orale ou écrite de cet emblème, régie selon des règles strictes permettant de reconstituer mentalement ou de dessiner les armoiries dans tous leurs détails.

L'écu : support et structure
L'écu est la pièce centrale des armoiries. C'est le support physique, rappel du bouclier médiéval, sur lequel sont disposées les figures. Sa forme a varié au cours de l'histoire, allant de l'écu en amande aux formes ovales ou losangées, ces dernières étant traditionnellement réservées aux femmes. L’écu est défini par son chef (partie supérieure), sa pointe (partie inférieure) et ses flancs. En héraldique, la précision est de mise : la partie décrite comme dextre (droite) est en fait à gauche pour l’observateur.
L’écu peut être divisé par des partitions, qui sont des divisions géométriques de l’écu marquées par des lignes horizontales, verticales ou en diagonale. Parmi les partitions ternaires, on trouve le tiercé en fasce, en pal, en bande ou en barre. Ces divisions permettent d’organiser le champ de l’écu pour y apposer des couleurs ou des figures, respectant ainsi la règle de contrariété des couleurs, fondamentale en héraldique, qui interdit de poser un métal sur un métal ou une couleur sur une couleur.
Les pièces honorables : le chevron et la bordure
Les pièces honorables sont des figures géométriques fixes qui occupent une place privilégiée sur l’écu. Elles sont appelées ainsi parce qu’elles occupaient le rang le plus honorable dans l’écu que portaient les plus nobles chevaliers.
Le chevron est une pièce en forme de V retourné. Il peut être alésé (raccourci) ou multiplié. C’est la pièce qui possède le plus de mutations, pouvant être représentée avec des graphismes particuliers tels que le chevron fourchu ou ancré. Il est souvent utilisé pour indiquer une brisure, c'est-à-dire une modification apportée au blason originel pour distinguer les branches cadettes d'une famille.
La bordure est une pièce qui longe tout le pourtour de l’écu. Lorsqu'elle est alésée, elle prend le nom d'orle ; de forme ronde, elle devient cyclamor ou anneau. Elle sert souvent de marque de différence. Comme les autres pièces, elle peut être déclinée en différentes variantes selon le tracé ou le déplacement sur le champ de l’écu. Par exemple, une bande est une figure géométrique qui traverse l’écu depuis le haut à gauche jusqu’en bas à droite, tandis que la barre est une bande inversée, allant du haut à droite vers le bas à gauche.
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Les émaux, fourrures et meubles
La composition d'un blason repose sur l'utilisation des émaux, divisés en deux métaux (l'or et l'argent) et plusieurs couleurs (gueules, azur, sable, sinople, pourpre). À ces éléments s'ajoutent les fourrures. Les meubles, quant à eux, sont des figures dessinées sur l’écu, qu'il s'agisse d'animaux (lions, aigles, fleurs de lys) ou d'objets. En général, les animaux regardent à dextre. Lorsque les meubles se rapportent au patronyme, on dit que les armes sont « parlantes ».
Les meubles dits « au naturel » sont ceux qui sont représentés avec la couleur qu'ils tiennent de la nature. Pour la gravure, un code de hachures est utilisé afin de représenter les couleurs en noir et blanc. Il est important de noter que si les pièces sont des figures géométriques, les meubles représentent souvent une illustration ou un dessin plus complexe.
Ornements extérieurs et transmission
L’art héraldique a développé à des fins décoratives une série d’ornements extérieurs permettant de montrer d’autres informations que ne contient pas l’écu. L’écu peut être surmonté d’un timbre, formé d’une couronne ou d’un heaume, entouré de colliers ou maintenu par des figures appelées tenants (êtres humains), supports (animaux) ou soutiens (objets inanimés).
Les lambrequins sont des morceaux d’étoffes découpés qui décorent la partie supérieure de l’écu et ombragent le casque. Le cimier, quant à lui, est une figure posée au-dessus du casque ou de la couronne. La devise et le cri sont des signes de reconnaissance et de ralliement, placés sur un liston en dessous de l’écu. Ces éléments, bien que décoratifs, suivent des codes stricts pour refléter le rang, la dignité ou l'histoire du porteur des armoiries.
La transmission du blason est régie par le principe de la brisure : le blason plein échoit en partage à l’aîné, tandis que les autres descendants mâles doivent y apporter une modification pour se distinguer. Cette pratique, essentielle pour maintenir l'unicité de l'identification, témoigne de la nature vivante et évolutive de l'héraldique à travers les siècles.