
Le Bois Raméal Fragmenté (BRF) est devenu un terme incontournable dans le monde de l'horticulture écologique et de l'agriculture durable. Ce mélange de résidus de broyage de rameaux de bois frais et de jeunes branches, initialement une méthode canadienne pour valoriser les sous-produits forestiers, offre une multitude de bienfaits pour la santé des sols et des cultures. De la transformation d'un terrain rocailleux en jardin luxuriant à l'amélioration de la résilience des sols face aux défis climatiques, le BRF se positionne comme une solution écologique et économique prometteuse.
Origines et Concepts Fondamentaux du BRF
L'histoire du Bois Raméal Fragmenté trouve ses racines dans les années 1970 au Québec, grâce aux recherches pionnières du professeur Gilles Lemieux, de la faculté de foresterie de l’Université Laval. C'est lui qui a inventé le terme de « bois raméal fragmenté » ou BRF et documenté son rôle sur « l’aggradation » des sols, en opposition à la dégradation. Soucieux de recycler les énormes tas de branches laissées pour compte par l’industrie forestière, Gilles Lemieux a mené des recherches approfondies sur le rôle de l’arbre et de ce bois raméal dans la pédogenèse, c’est-à-dire la formation des sols fertiles. Ses travaux ont mis en évidence que les terres les plus fertiles sur la planète sont souvent issues des forêts.
L'idée fondamentale derrière le BRF est d'imiter les processus naturels d'humification qui se déroulent dans les écosystèmes forestiers. La partie vivante de l’arbre est située juste sous l’écorce : le cambium, cette mince couche de tissu végétal très actif qui produit du bois vers l’intérieur et de l’écorce vers l’extérieur. Ainsi, plus les branches sont minces, plus elles comportent de cambium et d’éléments nutritifs essentiels tels que sucres, amidon, cellulose, hémicellulose, protéines, acides aminés, enzymes et sels minéraux. Il est évident que les branches fraîchement coupées sont préférables aux branches mortes.
Le déchiquetage de ces rameaux favorise leur contact avec le sol, et le BRF obtenu produit un humus durable de très haute qualité grâce à la présence de lignine. Cette lignine sera ensuite transformée par des champignons, puis par toute la chaîne alimentaire du sol : nématodes, insectes, vers de terre, arachnides, etc. Un point crucial à noter est que le bois raméal des conifères, dont la lignine est différente de celle des arbres feuillus, est à déconseiller, car il a des effets inhibiteurs sur la croissance des plantes. Les rameaux issus de la taille des haies peuvent être réduits en « plaquettes » (bois-énergie) ou en rameaux courts pour être utilisés en complément du compost de l’exploitation. Les résidus de taille dont il est question sont bien des rameaux fins d’un diamètre inférieur à 7 cm. Ces rameaux sont riches en chlorophylle, apportant beaucoup d’azote et des matières carbonées. L’azote provient des parties vertes et le carbone provient du bois lignifié.
Les Avantages Multiples du BRF pour le Sol et les Cultures
L’utilisation des BRF produit des améliorations remarquables dans la structure de tous les types de sols. On observe une meilleure résistance à la sécheresse, une augmentation de la biodiversité, une réduction des ravageurs, une augmentation des rendements, une amélioration de la qualité des produits, une apparition naturelle de mycorhizes et une augmentation du pH en sols acides. Le BRF restaure les sols de culture épuisés. Votre terre devient fertile, facile à manipuler, souple. Elle ne réclame plus de labourage. Vos cultures s’épanouissent avec moins - voire plus du tout - d’apport d’eau, d’engrais et même de pesticides. En effet, les mauvaises herbes et les maladies sont neutralisées dans ce sol.
Les expérimentations menées par la chambre d’agriculture des Alpes de Haute-Provence, à Oraison dans la vallée de la Durance, dans le cadre du réseau Dephy en 2012 et 2013, ont confirmé plusieurs de ces avantages. Sur la culture du pois de printemps, les résultats ont montré une augmentation de la capacité du sol à retenir l’eau. Une deuxième année d’expérimentation sur blé dur a également relevé une amélioration de la rétention de l’eau dans le sol. Le BRF a eu un effet sur les adventices en limitant leur concurrence vis-à-vis de la culture. La population de vers de terre a été favorisée dans les modalités avec BRF, en produisant une porosité du sol supérieure. La colonisation du sol par les racines a été améliorée, notamment entre 30 et 50 cm de profondeur. Par contre, le BRF n’engendre pas d’augmentation d’azote du sol, et quant aux rendements du blé dur, ils étaient légèrement meilleurs sans différence significative avec des modalités sans BRF. Ces résultats démontrent que l'apport d'humus améliore la réserve utile en eau du sol, se comportant comme une éponge qui stocke l’eau de pluie et la libère ensuite au moment du ressuyage du sol.
Le BRF est un moyen direct d’éviter une consommation excessive de matières organiques. Lorsque les taux de matières organiques progressent parfois trop peu ou trop lentement, le BRF contribue à augmenter et à diversifier la biomasse produite sur l’année. L'humus, pilier majeur des systèmes de production durables, ainsi que la structuration active du sol et son érosion sont directement impactés positivement par le BRF.
Mise en Œuvre et Utilisation du BRF
Comment utiliser les feuilles mortes et le BRF au jardin
Choix des Matériaux et Préparation
Pour la fabrication du BRF, il est crucial de privilégier les rameaux de bois verts et les jeunes branches de feuillus, d'un diamètre inférieur à 7 cm. Il est recommandé d'éviter les grosses branches et le bois des résineux (pin, épicéa, thuya) en raison de leur lignine différente et de leurs effets inhibiteurs sur la croissance des plantes. Privilégiez les bois nobles comme le chêne, le châtaignier, l'érable, le hêtre, l'acacia. Les petits bois issus des haies feuillues sont excellents pour un compost avec un rapport C/N de l’ordre de 50.
Le déchiquetage est une étape clé. Le problème est que le déchiquetage est souvent assez grossier, il faut donc choisir un entrepreneur qui entretient bien sa déchiqueteuse et qui produit de beaux petits copeaux homogènes. À la sortie du broyeur, les morceaux ne devront pas excéder 4 à 5 cm. Juste après le broyage, épandez sans attendre le BRF sur votre sol de culture en couche épaisse d’au moins 3 cm. En février, griffez légèrement le sol pour incorporer le BRF à la terre de surface. Et mettez en place vos plants ou semez directement dessus au printemps. Le broyage des résidus doit être grossier pour éviter l’asphyxie. Une déchiqueteuse à plaquettes convient très bien.
Méthodes d'Application : Paillis ou Incorporation
Au Québec, l’usage des BRF se développe beaucoup en horticulture et de nombreuses villes s’en servent comme paillis dans les aménagements paysagers. Les expériences à l’Université Laval favorisaient l’incorporation au sol avec des résultats tout aussi étonnants, mais moins de travail. L'application du BRF peut se faire de deux manières principales : en paillis ou par incorporation au sol.
1. En Paillis :
Lorsque le BRF est appliqué comme paillis, il se décompose petit à petit en surface et ne crée pas de « faim d’azote » chez les plantes. Ce paillage a aussi été testé en agriculture et ces essais confirment l’intérêt du BRF pour ramener de la vie dans le sol. Le processus d’humification est identique à celui d’un « mull » forestier. En automne-hiver, le BRF « frais » composé de bois encore vivant, riche en sucres, protéines celluloses et lignine, est étalé sur le sol en couche de 2 cm. Des rechargements sont possibles tous les 3-4 ans en étalant le BRF sur 1 cm d’épaisseur. Le paillis de bois raméal fragmenté pourrait éviter à vos plantations les problématiques normalement attribuées aux autres types de paillis.
2. Par Incorporation au Sol :
Pour l'incorporation, il est recommandé de le faire de façon très superficielle pour rester dans l’horizon aéré (à moins de 10 cm), car les organismes qui le transforment ont besoin d’oxygène. D’après Gilles Lemieux, il y a moins de pertes de carbone et d’azote lorsqu’on incorpore le BRF au sol. Il attire alors certains types de champignons qui stimulent toute la chaîne alimentaire dans le sol. Après une incorporation de BRF au sol, il faut laisser le sol « digérer » les matières pendant quelques mois ou lui fournir un apport d’azote. Le professeur Lemieux suggère de faire l’incorporation de BRF frais en automne. Le compostage serait donc une étape inutile et laborieuse si on choisit cette voie.

Le Cycle de Décomposition et Ses Effets sur le Sol
Le fonctionnement d'un BRF se déroule en trois étapes clés, qui transforment le sol et le rendent plus fertile :
1. Première étape : La décomposition progressive des plaquettes par les champignons
La décomposition des éléments non ligneux se fait en quelques mois durant la première année : les champignons consomment l’azote (nitrates) issus des parties chlorophylliennes. Pour l’azote, il peut y avoir une répercussion sur le rendement de la parcelle, un phénomène connu sous le nom de « faim d’azote ». Ce prélèvement d’azote est calculable. L'apport de matière organique n'est pas nouveau en agriculture, mais le BRF semble être une méthode qui nourrit et active les sols de manière efficace et durable. Il faut savoir que les champignons qui décomposent le BRF captent beaucoup d’azote présent dans le sol, au détriment des plantes qui en ont besoin, tels les plants de tomates. Mais ce phénomène, s’il se produit, n’est présent que lors du premier épandage. Il suffira alors d’y mêler un engrais azoté, mais vous n’aurez plus besoin d’enrichir le sol les années suivantes. Ce phénomène temporaire de faim d’azote peut être comblé en épandant sur des légumineuses ou alors, bien en amont de l’implantation dans le cas d’une culture non autonome en azote.
La deuxième année est consacrée à la décomposition des ligneux. Les champignons attaquent la lignine et la transforment en cellulose. La décomposition du bois produit également une activation des bactéries. Les rendements des cultures comblent, le cas échéant, le déficit de la première année.
2. Deuxième étape : Le recyclage des champignons par la pédofaune
Les plus vieux champignons sont eux-mêmes « recyclés » par la pédofaune qui brasse et digère la matière organique (lombrics). Ensuite, les déchets (organiques) de la pédofaune sont assimilés par des bactéries, ce qui les rend assimilables par les plantes. La population de vers de terre est favorisée dans les modalités avec BRF, en produisant une porosité du sol supérieure. L’activité des lombrics est stimulée et la porosité du sol est améliorée avec un effet positif sur la structure, l’aération, et le transfert d’eau en profondeur.
3. Dernière étape : La constitution d'un humus durable
C’est la constitution d’un humus durable, source d’alimentation de la microfaune du sol et de production des minéraux assimilables par les plantes. Cet apport d’humus améliore la réserve utile en eau du sol. Il se comporte comme une éponge qui stocke l’eau de pluie et la libère ensuite au moment du ressuyage du sol. Le BRF, c’est la richesse de l’humus, cette terre très riche des forêts, dans son jardin, pour ses cultures, son potager.

Considérations Pratiques et Approvisionnement
Sources de BRF
Le BRF est un matériau qui peut encore être gratuit ou presque, surtout en milieu périurbain auprès des arboriculteurs. Le problème est que le déchiquetage est souvent assez grossier et qu’il faut accepter la livraison d’un camion complet, ce qui n’est pas toujours évident en ville ! Vous trouverez sur internet les compagnies qui travaillent dans votre région ou informez-vous auprès de votre municipalité pour savoir si elle récolte les branches et ce qu’elle en fait. Certaines villes conservent une provision de BRF pour leur propre usage et elles ont généralement un surplus à partager avec les citoyens. Comme c’est un matériau qui permet d’économiser l’eau, les municipalités auraient tout intérêt à en distribuer pour encourager leur utilisation.
Les élagueurs professionnels sont une excellente source. Vous pouvez récupérer auprès d’eux soit des rameaux de bois, soit des copeaux de bois. Étant donné qu’ils payent une taxe pour pouvoir se débarrasser de leurs déchets de taille dans les déchetteries, ils seront tout à fait disposés à vous les céder gratuitement. N’hésitez donc pas à prendre contact avec les élagueurs de votre commune.
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Logistique de Livraison et Matériel
La livraison en affrètement concerne les commandes pesant plus de 600 kg par palette ou les commandes de plus de 2 palettes légères (300 kg par exemple). Pour les produits de BEMA, la livraison standard des big bag se fait en camion porteur 19 T avec hayon (déchargement avec transpalette manuel, pas ou peu de déplacement des palettes). Avant de commander, il est impératif de vérifier l’accessibilité de votre domicile ou chantier en consultant les modalités de livraison détaillées. Concernant la date de livraison, le transporteur vous appellera directement : veillez à indiquer un numéro de téléphone valide lors de votre commande. La date dépendra donc de vos disponibilités et du planning du transporteur. Le ou les big bag (ou palettes) sont livrés à l'entrée de votre domicile, sur le trottoir ou dans l’entrée de garage, selon les possibilités. Le chauffeur n'est pas habilité à rentrer la marchandise dans votre propriété.
Pour les big bag, le camion doit avoir des portes à l’arrière et non un hayon (porte du coffre arrière s’ouvrant du bas vers le haut). Pour le vrac, un agent de plateforme remplira votre véhicule avec une chargeuse, équipée d’un godet peseur qui déverse le produit en vrac par le haut.
Deux types de machines sont utilisables pour le déchiquetage. Les agriculteurs choisissent l’une ou l’autre des machines, en fonction du type de chantier. Pour un chantier avec la déchiqueteuse à grappin, il est possible de faire un seul tas, de rassembler les branchages au télescopique de manière à alimenter au maximum la machine, et perdre le moins de temps possible en rendement. Si le BRF est destiné à la parcelle du chantier, déchiqueter directement dans l’épandeur ! L’épandeur a le temps de faire l’aller et le retour dans la parcelle pendant que la déchiqueteuse se repositionne. C’est environ 1 cm de bois déchiqueté BRF qui est épandu sur le sol. Active sur la filière bois énergie avec le bois déchiqueté depuis 2000, la Cuma Ecovaloris propose 2 déchiqueteuses manuelles à disposition sur Manche, et de la prestation complète avec les déchiqueteuses à grappin, où il faut s’inscrire dans un planning. Aujourd’hui, c’est plus de 100 adhérents sur l’activité déchiquetage, qui réalisent des chantiers pour le paillage, le BRF, ou pour des chaudières à plaquettes.
Limites et Précautions
Bien que le BRF offre de nombreux avantages, il est important de prendre en compte certaines limites et précautions. Le BRF peut entraîner des dérives : coupes massives d’arbres verts en forêt, nombre croissant de broyeurs en déchetterie. Cela pourrait toutefois être évité : les broyeurs peuvent être achetés dans le cadre d’une association de jardiniers, les entreprises peuvent louer leur broyeur, les élagueurs peuvent fournir des copeaux de bois. Il est aussi important de noter que le BRF ne peut être composté tel quel.
La faim d’azote est un phénomène à surveiller, surtout lors de la première année d'incorporation du BRF. La composition détermine un phénomène temporaire de faim d’azote, car les micro-organismes ont besoin d’utiliser de l’azote pour ramener le produit final à un C/N de 10. Compte tenu de ce phénomène, il est recommandé d’utiliser un vrai BRF (peu ligneux) ou d’épandre sur des légumineuses ou alors, bien en amont de l’implantation dans le cas d’une culture non autonome en azote. En effet, les champignons qui décomposent le BRF captent beaucoup d’azote présent dans le sol, au détriment des plantes qui en ont besoin. Les rendements des cultures comblent, le cas échéant, le déficit de la première année.
Il est aussi crucial de n’importer pas de BRF dans votre jardin sans en savoir la provenance pour éviter l'introduction de maladies ou de graines d'adventices indésirables. Les souches d’arbres broyées avec d’énormes machines, fourniront un BRF de gros calibre, utilisable surtout en paillage ou pour la fabrication de granulés pour le chauffage. Ne faites ces apports que sur un terrain cultivé depuis quelques années de façon biologique. Les apports ne seront pas annuels pour les apports en masse, mais faites plutôt des apports en suivant la rotation des cultures.
Le BRF et l'Écologie du Sol

L'utilisation du BRF s'inscrit pleinement dans une démarche d'écologie du sol. Contrairement aux mélanges contenant du bois d’arbres résineux (qui peut affecter la vie microbienne), ce paillis rend le sol plus absorbant et moins acide, ce qui favorise sa biodiversité. Un bien meilleur apport en nutriments pour les végétaux !
Lorsque le taux de matière organique est faible, le BRF le remonte de la même façon qu’un fumier. Cependant, selon les conseillers agronomes, par rapport à un fumier, il apporte de la matière organique stable qui contribue à améliorer la qualité du sol dans son ensemble : physique (résistante à la battance et à l’érosion), chimique (réserve de nutriments), biologique (stimule l’activité des organismes). L’apport de matière organique n’est pas nouveau en agriculture, mais le BRF semble être une méthode qui nourrit et active les sols de manière efficace et durable. Cette technique demande à être essayée, d’autant que la ressource bois existe souvent et que de nombreux sols sont exposés à l’érosion.
Les découvertes microbiologiques sur les qualités du bois raméal pour la culture sont connues depuis les années 70. Edith Smeesters, biologiste et pionnière en horticulture écologique au Québec, a activement promu ces méthodes. Elle a donné d’innombrables conférences et formations et a écrit plusieurs livres à ce sujet depuis plus de 20 ans. Elle a fondé et a été présidente de plusieurs organismes environnementaux, comme Nature-Action Québec et la Coalition pour les alternatives aux pesticides. Elle a été une personne clé dans la création d’un Code de gestion des pesticides au Québec en vigueur depuis 2003, soulignant l'importance de ces approches écologiques. Le BRF s’impose comme une solution durable, notamment en ce qui concerne la gestion des maladies fongiques et des adventices, et offre un moyen efficace de préserver et d'améliorer la santé de nos sols.