
Le style Yosé-Ue, souvent traduit par «forêt» en français, est un art du bonsaï qui regroupe de nombreux arbres pour recréer l'impression de profondeur et de mystère que l'on ressent face à une forêt naturelle. Très abordable pour les débutants, il permet de donner une seconde vie à des arbres bon marché, des boutures ou des semis, qui, pris individuellement, manquent de potentiel. C'est la forêt elle-même qui, une fois réalisée, devient une pièce d'exception.
Principes fondamentaux et sélection des arbres
Le succès d'une forêt bonsaï repose sur l'adhésion à des principes d'implantation stricts et à une sélection judicieuse des espèces. Contrairement aux bonsaï individuels où l'on admire la simplicité de l'arbre, ici, l'ensemble prime. Un bonsaï de ce style doit s’inspirer très largement des bosquets, bois et autres forêts, où chaque arbre est en compétition avec son voisin pour un élément essentiel : la lumière.
Choix des arbres : robustesse et cohabitation
Il est crucial de ne pas choisir des pièces d'exception pour une forêt. L'objectif est de créer un ensemble harmonieux où la robustesse des arbres est primordiale. Il faut penser qu’une forêt gèle beaucoup plus facilement que des bonsaï en pot, car les racines sont très près de la surface. Le choix de l'espèce est également déterminant ; certains arbres, comme les conifères, peuvent vivre serrés, tandis que d'autres, comme les érables palmés, aiment la lumière. Cependant, la plupart s'acclimatent bien en forêts.
La vraisemblance est un impératif : créer une forêt de pommiers, par exemple, n'est pas très crédible. De plus, il est préférable d'éviter de mélanger des arbres d'espèces différentes. Cela rendrait très difficile l'entretien courant (arrosage, taille, fertilisation, rempotage) car les espèces n'auraient pas les mêmes exigences. La culture est un point clé : mélanger des espèces nécessitant beaucoup d'eau avec d'autres susceptibles de subir un pourrissement des racines dès que l'humidité est trop importante, vouerait la forêt à un dépérissement rapide. Il en est de même en matière de constitution et d'acidité des substrats. Les mycorhizes, ces champignons avec lesquels chaque espèce vit en symbiose, sont un autre facteur important. Mélanger des espèces vivant avec des endo-mycorhizes avec d'autres nécessitant des ecto-mycorhizes finira par la victoire d'une des deux espèces et la disparition de l'autre.
Il faut disposer d’arbres d’âges différents, en léger surnombre par rapport à l’objectif final, de façon à pouvoir effectuer des vrais choix au moment de la création de la forêt et ne pas chercher simplement à utiliser tout le stock disponible.
Le pot : un élément clé de la perspective
Le pot joue un rôle important dans l'illusion de perspective. Il est préférable de le choisir peu profond de manière à ce qu’il participe naturellement à cet effet. Ce choix élimine naturellement certaines espèces qui nécessitent un minimum de profondeur de substrat. Si la plantation est petite, on peut choisir un plat ovale et peu profond. Attention, le pot ne doit pas être trop lisse à l’endroit du collage, sinon la colle ne tient pas.
Préparation et mise en place
Une fois les choix effectués, la préparation minutieuse des arbres et du pot est essentielle pour la réussite de l'implantation.
Préparation des arbres et des racines
La taille des racines doit être effectuée avec soin et réduite au minimum. Pour cette raison, le meilleur moment de préparation est la fin mars, selon la météo, époque où les excès de taille seront vite corrigés par la nature. Les racines seront disposées le plus à plat possible, et, par sécurité, on pourra les fixer dans une «gangue» de mélange argilo-tourbeux.
Préparer également les fils d’attache des arbres (diamètre en fonction de la taille de l’arbre) et les repérer avec le numéro de l’arbre. Fabriquer une étiquette drapeau avec un numéro et l'installer à la cime des arbres ; elle permettra de définir la face de l’arbre lors de la projection en ombres chinoises.
Le drainage et les fixations
La première chose à vérifier est le drainage du pot. Placer les fils d’arrimage, sans lésiner sur leur nombre, car les arbres ne seront pas très stables au début. Si le plat n’a pas de rebord (pierre plate), il faut en édifier un.
Les grands principes de l'implantation
La mise en place des arbres est le moment où les Grands Principes sont appliqués. La première chose à faire est de diviser le support en quadrants. L’arbre principal, le plus gros, le plus haut, le plus beau, en tout cas celui qui attirera l’œil, sera placé dans un des quadrants en position excentrée. Ensuite, les autres arbres seront placés en fonction de celui-ci, toujours selon les règles qui interdisent les alignements, préconisent la formation de groupes, créent des points d’intérêts et favorisent les effets de perspective.
Le but est de reconstituer l'impression de profondeur et de mystère. Pour cela, il faut éviter toutes les dispositions qui donneront une illusion de symétrie. Les arbres doivent être de tailles et de grosseurs différentes. Pas d’arbres au bord avant du pot : il faut donner la sensation que l’observateur est devant l’orée d’une forêt. Le feuillage de la forêt s’inscrira dans un triangle, mais il ne devra être ni isocèle, ni équilatéral. L’arbre principal doit être le plus haut et le plus gros. Les espaces entre les arbres doivent être inégaux, idem pour les espaces entre les groupes s’ils sont plusieurs. Les arbres des bords peuvent s’incliner vers l’extérieur de la forêt, comme pour simuler le combat pour atteindre la lumière. Les branches sont moins importantes dans le style Yoséué. Pour éviter un enchevêtrement inextricable, on supprimera les branches partant vers l’intérieur de la forêt.
L’espace étant restreint, la perspective naturelle ne peut s’exprimer qu’en agissant sur la taille et le diamètre des troncs : le plus gros en avant, les plus fins à l’arrière et sur les côtés. Il est également possible de jouer sur la répartition en différents groupes, chacun d’entre eux reprenant les règles générales (les plus gros en avant, …) et chaque groupe s’associant aux autres dans cette logique de perspective. Le nombre d’arbres étant limité, il faut exploiter chacun d’entre eux de manière optimale en s’assurant que chaque tronc est visible de la face principale de la forêt.

Une fois installés, les arbres sont arrimés. La « terre » est posée sur les racines, la mousse est ancrée, les sujets éventuels d’accompagnement, placés. L'implantation est alors terminée, sans possibilité d'y revenir.
Entretien et soins spécifiques
Une forêt bonsaï, bien qu'elle recrée un environnement naturel, nécessite des soins attentifs et spécifiques pour prospérer.
Taille et formation
Si on laisse pousser sans tailler, on obtiendra un enchevêtrement de branches. Il faut tailler la forêt ou les groupes comme une entité. D'abord, éviter tout ce qui pousse vers le centre et éviter les croisements de branches. Il s'agit de donner une allure naturelle : les arbres en périphérie seront plus petits que ceux du centre. La silhouette générale de la forêt adoptera les critères de « triangularité ». Les arbres d’une forêt bénéficient des mêmes soins que ceux traités individuellement (par exemple, les érables seront pincés comme ceux en pot).
Arrosage et fertilisation
Attention au fait que l’argile a été utilisée en quantités importantes lors de l'implantation. Il convient donc de ne pas laisser trop sécher le sol. Comme tous les bonsaï, la forêt a besoin d’engrais. Ici, étant donnée la nature du sol, un engrais liquide, comme pour les plantations sur roche, sera préférable.
Rempotage et transplantation
Sujet assez délicat, une forêt bien établie, sur un sol parfait, peut rester de très nombreuses années sans être touchée. Pour une forêt nouvellement créée, les transplantations sont nécessaires. Le problème est de protéger l’aspect initial de la forêt. On travaillera sur les groupes, distinctement, sauf si l’ensemble est très stable.
Protection hivernale et exposition
La forêt est assez fragile : peu de substrat, racines en surface, arbres relativement graciles. Attention donc à la dessiccation et surtout au gel. L’hivernage devra se faire hors gel, soit le pot enfoui sous une épaisse couche de feuilles ou de paille, soit en serre froide. Et une exposition à mi-ombre le reste de l’année.
Comment Protéger un Bonsaï du Gel en Hiver ? 🌱 NEJIKAN BONSAI 🌱
Éléments d'accompagnement et esthétique
Une forêt peut être agrémentée de rochers, de pierres, de végétaux. Cependant, il est préférable d’oublier les figurines ou autres pagodes, ponts. Cela rappellerait trop la réalité matérielle et diminuerait tout le charme d’évocation de la nature en mettant en scène des éléments qui suggèrent l’intervention de l’homme.
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