Le bonsaï est bien plus qu’une simple culture en pot ; c'est une discipline qui cherche à capturer l'essence de la nature à travers une réduction sculpturale. Pour le passionné cherchant à travailler un bonsaï à gros tronc et feuillage rond, la compréhension des règles fondamentales et des techniques de croissance est indispensable.

Les Fondamentaux du Style et de la Morphologie
A travers les années, de nombreux styles ont été identifiés pour les classer, ressemblant à des situations naturelles. Le style Balai est idéal pour les arbres qui ont une ramification dense et fine. Le tronc est droit et vertical et ne se termine pas à la cime de l’arbre; ses branches rayonnent dans toutes les directions à environ 1/3 de la hauteur de l’arbre. Le style Droit formel est une forme de Bonsaï très commune. Ce style se rencontre souvent dans la nature, particulièrement quand l’arbre est exposé à beaucoup de lumière et qu’il n’est pas confronté à la concurrence d’autres arbres. Pour ce style, la conicité du tronc droit et vertical doit être clairement visible. Celui-ci doit donc être plus épais à la base et doit devenir progressivement plus étroit avec la hauteur.
Le style Droit informel est courant tant dans la nature qu’en Bonsaï. Le tronc pousse verticalement, approximativement, dans une forme de ‘S’, et porte des branches à chaque courbe. Résultat d’un vent soufflant dans une direction dominante ou lorsque un arbre grandit dans l’ombre et doit chercher le soleil, l’arbre se penchera dans une direction. En Bonsaï, le style Penché devrait pousser à un angle de 60-80 degrés par rapport au sol. Les racines sont bien développées d’un côté pour maintenir l’arbre debout. Du côté où l’arbre penche, les racines ne sont clairement pas aussi développées. La première branche pousse de l’autre côté de la direction de l’arbre, pour créer un sentiment d’équilibre visuel.
La Dramatisation de la Survie : Cascades et Bois Morts
Un arbre vivant dans la nature sur une falaise verticale peut se pencher vers le bas à cause de plusieurs facteurs, comme le poids de la neige ou les chutes de pierres. Ces contraintes font que l’arbre pousse vers le bas. En Bonsaï, il peut être difficile de maintenir un arbre qui pousse vers le bas parce que l’orientation de la pousse est opposée à la tendance naturelle de l’arbre, qui, lui, pousse vers le haut. Les Bonsaïs en cascade sont plantés dans des pots hauts. L’arbre devrait se développer vers le haut sur une petite distance, puis ensuite se plier vers le bas. La couronne de l’arbre pousse normalement en dessus du bord du pot, mais les branches inférieures alternent à droite et à gauche le long d’un tronc courbé en forme de ‘S’.
Le style en Semi-cascade, exactement comme le style Cascade, se retrouve dans la nature sur les falaises et sur les bords des rivières et des lacs. Le tronc pousse verticalement sur une petite distance puis se plie vers le bas / vers les côtés. Contrairement au style Cascade, le tronc en Semi-cascade ne poussera jamais au-dessous de la base du pot. Dans la nature, ce style se retrouve dans des endroits densément peuplés par d’autres arbres et où la concurrence est telle que l’arbre ne peut survivre qu’en grandissant plus que les autres. Le tronc pousse de travers vers le haut, et est dépourvu de branches puisque le soleil n’atteint que le sommet de l’arbre. Pour être sûr qu’il soit encore plus en difficulté, certaines branches sont transformées en ‘Jin’ (branche morte). Lorsque de l’écorce est enlevée d’un côté du tronc, le tronc est décrit comme ayant un ‘Shari’. L’idée est de dramatiser le fait que l’arbre se batte pour survivre.
Comment faire un Shari sur un genévrier? challenge junip Ep3
Structures Multiples et Adaptation au Milieu
Le style Battu par les vents est aussi un bon exemple d’arbres qui doivent se battre pour survivre. Les branches tout comme le tronc poussent d’un même côté comme si un vent avait soufflé l’arbre constamment dans une direction. Le style Double tronc est courant dans la nature, mais n’est pas si fréquent dans l’art du Bonsaï. Normalement les deux troncs partagent un seul système racinaire, mais il est aussi possible que le plus petit des deux arbres pousse sur le plus gros tronc juste au-dessus du collet. Les deux troncs sont différents tant en épaisseur qu’en hauteur; le plus épais et le plus développé croît relativement verticalement, alors que le plus petit est un peu moins développé.
En théorie le style Troncs multiples est identique au style Double tronc, mais avec 3 ou davantage de troncs. Tous les troncs partagent le même système racinaire, et ne forment qu’un seul arbre. Le style Forêt ressemble beaucoup au style Troncs multiples, mais la différence est qu’il est constitué de plusieurs arbres plutôt que d’un seul arbre avec plusieurs troncs. Les arbres les plus développés sont placés au milieu d’un grand pot peu profond. Sur les côtés quelques arbres plus petits sont plantés pour participer à la même et unique couronne.
Sur des terrains rocailleux, les arbres sont obligés de chercher avec leurs racines des sols riches en nutriments qui se trouvent souvent dans des fissures ou des trous. Les racines ne sont pas protégées jusqu’à ce qu’elles atteignent le sol et doivent se protéger elles-mêmes du soleil en développant une écorce particulière. Dans ce style, les racines de l’arbre poussent dans les fissures et les trous de la roche. Ceci signifie que les racines ont peu de place pour se développer et absorber des nutriments. Les arbres poussant dans des roches ne paraîtront jamais en pleine santé, c’est pourquoi il faut montrer que l’arbre doit se battre pour survivre. Il est important de le nourrir et de l’arroser souvent, puisqu’il n’a pas beaucoup d’espace pour stocker de l’eau et des nutriments.
Physiologie et Cycle de Vie des Espèces
Parfois un arbre qui se couche peut survivre en pointant ses branches vers le haut. L’ancien système racinaire peut fournir assez de nutriments aux branches pour survivre. Après quelque temps, de nouvelles racines commencent à pousser, remplaçant finalement la fonction des anciennes racines. Les anciennes branches, qui pointent maintenant vers le ciel, se développent en troncs et de nombreuses branches poussent, résultats de l'apport supplémentaire de nutriments. Avec le temps qui passe, certains arbres développent des parties sèches ou écorcées sur leur tronc, résultats de conditions météorologiques difficiles. Les parties sèches commencent en général là où les racines émergent du sol et s’amincissent au fur et à mesure que l’on remonte sur le tronc. Un ensoleillement intense fait blanchir des parties, qui deviennent une partie de l’arbre avec beaucoup de caractère.
En choisissant un bonsaï à feuilles persistantes, vous pourrez profiter de son feuillage tout au long de l'année. Contrairement aux bonsaïs à feuilles caduques, qui perdent leurs feuilles en hiver, les espèces à feuilles persistantes ont un renouvellement foliaire progressif. En effet, les feuilles peuvent rester sur la couronne pendant plusieurs années et sont généralement remplacées lors de la formation de nouveaux bourgeons.

Guide d'Identification et Caractéristiques des Espèces
Ce guide vous aidera à identifier l’espèce de votre arbre simplement en deux étapes. Très courant et facile d’entretien pour les espèces aux feuilles découpées distinctement comme des mains et des lobes à cinq pointes. Une espèce à fleurs rouge et fruits ronds, natif des pays méditerranéens. Une espèce robuste et dans la plupart des cas des petites feuilles. Une espèce classique pour le bonsaï, qui est généralement rencontrée dans un style balai à la ramification délicate. Il fait partie de la famille de l’orme.
Ce n’est pas un hêtre au sens strict et il fait partie de la famille du bouleau. Néanmoins, il ressemble beaucoup au hêtre. Les fleurs et fruits sont différents et les bourgeons (plus petits, plus ronds) ne sont pas semblables aux bourgeons très pointus et bruns des hêtres. Une vigne volubile et vigoureuse aux feuilles composées, qui produit de longues vrilles et des fleurs en grappes bleues, violettes ou blanches (selon la variété). Des arbres aux feuilles relativement larges qui font des grandes fleurs magnifiques au printemps. Selon le cultivar, les fleurs peuvent être blanches, roses, rouges foncées ou pourpres. Une espèce qui fleurit et fructifie joliment. Les fruits peuvent être jaune ou rouge, selon les cultivars.
Un arbre avec une tronc rugueux et sombre et une sublime floraison rose au printemps. Les fleurs s’épanouissent en grappes. Les vieux cerisiers japonais ne doivent pas être taillés trop brusquement au niveau des racines car elles peuvent être sujettes aux maladies fongiques. Un héraut classique du printemps japonais, avec des fleurs simples blanches, roses ou rouges, très odorantes, qui apparaissent individuellement sur un arbre sans feuilles, et contrastent joliment avec les troncs noirs et noueux. En général il pousse en buisson ou avec de multiples troncs, ces espèces produisent des fleurs au tout début du printemps. Les fleurs sont oranges ou rouges mais certains cultivars peuvent aussi faire des fleurs blanches ou multicolores.
Une espèce robuste avec une écorce magnifique qui desquame par plaques, feuilles brillantes, fleurs roses et de grands fruits ovoïdes, jaunes et lisses. Comme la ramification est assez grossière et les feuilles grandes, il convient mieux aux grands bonsaïs. Un genre avec plusieurs espèces différentes (y compris quelques espèces persistantes méditerranéenne), dont les lobes des feuilles sont tout à fait caractéristiques. Les chênes produisent des noix appelées glands qui sont sertis dans une cupule en forme de coupe. Ce sont des arbres très robustes qui deviennent très grands et très vieux dans la nature.
Arbre à l’écorce grise et drupes rondes, qui développe une ramification fine et des feuilles dentelées. Le houx japonais est originaire de l’est de la chine, du Japon, de Corée et de Taiwan. Un genre produisant des feuilles très variées, généralement persistantes et parfois panachées. Le troène se ramifie très bien, est facile d’entretien et robuste. Souvent utilisé pour des petites haies, topiaires et plantes en pot. Le buis porte des petites feuilles rondes, vertes et brillantes, et une écorce beige claire. Cette espèce est souvent confondue avec le buis et montre en effet quelques similitudes. Les fleurs et les fruits sont néanmoins différents et le chèvrefeuille porte des feuilles plus étroites et une écorce qui desquame en bandes.
Un petit arbuste de l’Asie du Sud-Est, aux très petites feuilles, petites fleurs blanches et troncs d’une écorce claire. Certains cultivars portent des feuilles panachées. Quant la plante est taillée, elle dégage une odeur désagréable. La Neige de Juin ne supporte pas le gel et nécessite une température chaude et constante. Elle est très sensible à tout changement de conditions, au déplacement, et souffre du manque de lumière et d’humidité. Un arbre méditerranéen de taille moyenne qui est cultivé par l’humain depuis des milliers d’années. Son tronc s’épaissit très lentement mais l’arbre peut devenir très vieux. Les feuilles sont lancéolées, et d’un vert-gris sur la face supérieure et un gris argenté avec de petits poils sur la face inférieure. Au printemps, des grappes de fleurs blanc-jaunes peuvent apparaitre, suivies de fruits verts ou noirs. L’olivier est facile d’entretien, tolère des sécheresses passagères, mais ne supporte pas le gel.
Un arbuste ou petit arbre succulent originaire d’Afrique aux épaisses feuilles brillantes et gros troncs. Il peut produire de petites fleurs blanches. Le Crassula demande beaucoup de lumière et aime l’exposition au plein soleil. Un arbuste originaire d’Asie avec de feuilles opposées et composées. Ces graines sont utilisées comme une forte épice en Asie. Un buisson ou arbre tropical avec des feuilles d’un vert assez clair, des épines et des fleurs bleues claires. Les fruits jaunes-oranges sont toxiques, mais les colombes sauvages aiment les manger. Il y a de nombreuses sortes de Fuchsia aux différentes couleurs de fleurs. Le myrte est un arbuste persistant d'origine méditerranéenne et d'Afrique du nord. Il est depuis longtemps utilisé comme une plante d'ornement.
Un arbre tropical portant des feuilles vertes et brillantes et une écorce grise et lisse. Il montre souvent des racines aériennes. Est un arbuste ou un petit arbre de l’Asie du Sud-Est et d’Australie, à l’écorce grise-brune fissurée, et aux feuilles vertes foncées et brillantes avec de petits picots blancs et petits poils. Des fleurs blanches et des petits fruits noirs peuvent apparaitre pendant l’été. Il y a beaucoup de variétés différentes et énormément de cultivars aux fleurs très attractives. L’azalée satsuki - Rhododendron indicum - est très commune en bonsaï et propose des centaines de beaux cultivars. L’originale azalée sauvage est aussi appréciée. Les azalées ont besoin d’un sol particulier, d’engrais, une eau sans calcium (eau de pluie) et ne doit pas connaître de sécheresse.
Un arbuste ou un petit arbre d’Asie aux petites feuilles d’un vert brillant. Il peut produire des petites fleurs blanches et des petits fruits noirs. L’écorce est brun foncé, et desquame en flocons, laissant des endroits lisses et plus clairs. Est un arbuste subtropical, un petit arbre ou une plante grimpante, originaire d’Amérique du Sud. Il porte des feuilles ovoïdes à lancéolées, de longues épines et de grandes fleurs qui peuvent être violettes (la plupart du temps) mais aussi blanches, jaunes ou oranges. Est un arbuste ou petit arbre tropical avec des feuilles composées alternées, qui porte des fleurs blanches odorantes et des petits fruits ovoïdes oranges foncés avec deux graines chacun. L’écorce est beige, presque blanche. Le Pachira aquatica est une plante d'intérieur populaire, dont le tronc est souvent tressé.
Maîtrise des Conifères et Pins
Une espèce de genévrier avec un délicat feuillage en écaille, qui selon le cultivar, peut aller du vert clair au vert foncé ou au vert bleu, plus fin ou plus grossier. Le tronc est souvent tordu et vrillé, et la plupart des vieux sujets portent des bois morts. C’est une espèce très courante en bonsaï. Le genévrier de Chine est facile d’entretien, mais ne doit pas être trop arrosé. Un genévrier japonais avec des aiguilles pointues, seulement disponible dans les commerces bonsaï, importé du Japon. Une espèce européenne avec des feuilles pointues, qui sont plus courtes et plus molles que celles du genévrier rigide du Japon.
L’épicéa commun est assez couramment utilisé pour le bonsaï, à la différence du sapin, qui est souvent confondu avec lui. L’épicéa est très répandu dans les forêts et les montagnes. Ses aiguilles sont très courtes et pointues, disposées tout autour des rameaux. Les cônes pendent (alors que ceux du sapin se tiennent érigés). L’épicéa est courant en bonsaï grâce à ses aiguilles très courtes et sa belle écorce. Il n’est pourtant pas aisé à entretenir, car il bourgeonne difficilement en arrière, et les branches tendent à reprendre leur position initiale des années après la ligature. Les jeunes épicéas n’ont pas beaucoup de caractère, mais les vieux yamadoris peuvent apparaître très intéressants et montrer de beaux bois morts. L’épicéa du Japon est rare, recherché et cher. Il a des aiguilles plus courtes que l’épicéa commun européen et parfois une forme plus élégante, mais partage les mêmes besoins.
Il s’agit d’un buisson ou petit arbre souvent utilisé pour les haies. Le feuillage est vert foncé et les fruits sautent aux yeux avec leur arille rouge clair. L’if est un conifère, mais ne porte pas de cônes (ce qui est une contradiction…). C’est l’un des rares conifères qui peut vivre à l’ombre. Dans un pot à bonsaï, il doit être protégé des forts gels car ses racines charnues sont sensibles. Un arbre originaire du Japon au port caractéristique droit formel, qui est le plus souvent aussi utilisé pour le bonsaï. Un buisson ou arbre tropical aux feuilles ressemblant à de larges aiguilles vert-foncées. Le fruit porte un arille, comme les ifs. Est un arbre du Japon au feuillage délicat en écailles qui est arrangé comme des éventails sur certains cultivars. Est aussi originaire du Japon, et se trouve en plusieurs cultivars dans les pépinières. Les cèdres possèdent de longues branches horizontales, avec des pousses dimorphiques.
Un robuste pin des régions côtières du Sud du Japon avec des aiguilles fortes et pointues qui poussent par paires et une écorce rugueuse très attractive. L'entretien et la mise en forme du pin noir n’est pas facile car des techniques particulières sont nécessaires pour réduire la longueur des aiguilles. Le Pinus densiflora se trouve au Japon, en Corée et en Chine. Une élégante espèce de pin originaire des régions montagneuses du Japon, souvent avec des aiguilles bleutées. Ce qui lui est très particulier c’est que cinq aiguilles poussent en bouquet, alors que la plupart des autres pins portent seulement des paires d’aiguilles. Le pin blanc s’habille d’une écorce lisse quand il est jeune, mais on le trouve souvent greffé sur un pin noir qui porte une écorce très rugueuse.
Cette espèce de pin est très répandue en Europe et facile à reconnaitre grâce à son écorce rougeâtre sur la partie supérieure de son tronc. Ses aiguilles sont plus fines que celles des pins de montagne. Le pin sylvestre est bien adapté pour de nombreux styles de bonsaï, porte une belle ramification et un feuillage délicat. Le pin de montagne européen est adapté aux besoins du bonsaï et peut produire de très courtes aiguilles. Dans la nature, il se présente souvent avec des troncs tordus et courbés qui les rendent très intéressants; son bois mort est magnifique et résistant. Cet arbre croit dans les montagnes européennes.
Les aiguilles poussent en grappes sur des pousses courtes et réparties uniformément sur les longues pousses. Elles sont flexibles et douces, mais pas pointues. En automne le feuillage passe au jaune doré et tombe. Le mélèze est facile d’entretien, aime la lumière du soleil et supporte le gel. Ce conifère caduc est très semblable au mélèze d’Europe et s’hybride facilement avec celui-ci. Croisement entre les mélèzes d’Europe et du Japon. Est un arbre du Sud des Etats-Unis d’Amérique et d’Amérique Centrale qui peut pousser sur des sols très humides. Les feuilles sont alternées, vertes claires au printemps, et plus tard vertes foncées; elles sont douces et pas pointues. Contrairement au mélèze, les aiguilles ne se groupent pas en grappes, mais se distribuent en spirale autour des longues pousses et latéralement sur les pousses secondaires. En automne, le feuillage passe au brun rougeâtre, avant de tomber. Le tronc porte une écorce rouge qui desquame en bandes. Le cyprès chauve croit normalement en droit formel et ce style est généralement utilisé pour les bonsaï de Taxodium. Cette essence vient de Chine et ressemble beaucoup au cyprès chauve, mais porte des feuilles opposées. Le séquoia n’aime pas les sols mouillés, contrairement au cyprès chauve.
Techniques de Croissance : Le "Clip and Grow"
La plupart des feuillus en bonsaï sont formés à l’aide de la technique du clip and grow, permettant d’obtenir des troncs massifs avec des formes douces. Mais c’est une technique qui n’est pas si simple à maitriser. Pour répondre à cette question, il faut tout d’abord revenir aux fondamentaux de l’esthétique du bonsaï. Imaginez maintenant que vous avez un jeune plant avec lequel vous désirez créer un bonsaï. Le tronc est généralement fin (par rapport à la hauteur de l’arbre), il manque de conicité et ressemble plus à un piquet bien droit. Il va donc falloir faire grossir ce jeune plant, et le travailler régulièrement pour lui donner cette conicité recherchée.
Pour bien comprendre le clip and grow, il faut comprendre comment grossit un arbre. Au contraire, si vous laissez pousser, le tronc (ou la branche) va s’allonger et développer beaucoup de feuillage. Les feuilles vont produire de l’énergie (par photosynthèse) qui servira à créer de nouveaux tissus. Vous allez d’abord voir ce tire sève s’allonger et lorsqu’il va se lignifier (se transformer de tissus vert en bois), son diamètre va augmenter. La technique fonctionne d’autant mieux que votre arbre est cultivé dans un grand pot, voir en pleine terre. Tout ce qui se passe en haut, se passe aussi en bas, et inversement. Il ne faut pas avoir peur de laisser pousser, même si le tire sève devient très long. Au Japon, il n’est pas rare de voir des pépiniéristes laisser tiger sur plus d’un mètre de haut. Par contre, cela peut poser des problèmes de stabilité du bonsaï et de prise au vent.
Lorsque vous laissez pousser le tronc ou les branches, vous allez vous retrouver avec de longues tiges, mais quand faut-il les tailler ? Nous voyons souvent des amateurs couper à la fin de l’automne, au moment de la taille de structure. Même si ce n’est pas une règle absolue, nous vous conseillons de laisser tiger jusqu’à obtenir la moitié du diamètre souhaité. La taille se fera pendant l’hiver, pendant la période de dormance, en mettant du mastic au niveau de la coupe pour améliorer la cicatrisation. Au printemps suivant, de nombreux bourgeons vont apparaitre sur le tronc. Conservez toujours 2 rameaux pour assurer la continuité. Quand ils se seront développés sur quelques centimètres, gardez-en un seul. Quand il s’agit d’une branche, conservez de préférence un rameau sur le dessous ou le côté, et pas sur le dessus, car il poussera rapidement à la verticale, ce qui ne sera pas esthétique.
Posez une fine ligature (un peu lâche, sans serrer) afin de guider le rameau dans la bonne direction. Lorsque vous taillez le tire sève, le rameau qui va être utilisé pour assurer la continuité ne sera pas exactement dans le prolongement (du tronc ou de la branche). Et ne cherchez surtout pas à créer des tubes bien droits. Taillez toujours un peu au-dessus de là où vous voulez avoir des bourgeons, car suivant les essences il n’y a pas forcément des bourgeons latents sur tout le tronc. Lorsque vous taillez, faites une coupe perpendiculaire à la branche, ne cherchez pas à creuser. Le bois va sécher au-dessus des derniers bourgeons.

Gestion des Plaies et Cicatrisation
Un des problèmes posés par le clip and grow, est que cette technique va laisser de grosses coupes, surtout lorsque vous voulez former un gros tronc. L’utilisation d’un mastic fait toujours débat au sein de la communauté bonsaï. Au bout de quelques semaines, vous allez voir apparaitre un bourrelet cicatriciel autour de la coupe. Sauf que, lorsque la coupe est trop grosse, ce bourrelet ne va plus évoluer. Pour cela, au printemps, rognez légèrement le bourrelet avec un cutter ou un scalpel, sur environ 1 millimètre tout autour de l’intérieur du bourrelet. Vous avez également la possibilité de traiter la coupe en bois mort, par exemple en faisant un jin ou un shari. Certains feuillus, tels que les oliviers ou les buis, ont un bois très dur qui résiste bien aux intempéries.
Prenons le cas d’un bonsaï qui a déjà une mise en forme, mais la branche la plus basse, qui devrait être la plus grosse, est plus fine que celles au-dessus. Si vous laissez pousser tout l’arbre sans le tailler, toutes les branches vont grossir (et même principalement la tête, à cause de la dominance apicale). La solution est alors de tailler régulièrement votre bonsaï, sauf la partie que vous souhaitez faire grossir. Le principe de base de cette technique est de laisser pousser, tailler très court et ensuite repartir sur les nouvelles pousses. Mais pour cela, il faut que l’arbre rebourgeonne en arrière. Généralement, les feuillus vont naturellement émettre de nombreux bourgeons arrière lorsqu’ils sont taillés, mais pour la plupart des conifères ce ne sera pas le cas. Si vous taillez une branche de pin en bonsaï, sans laisser de végétation, la branche va sécher et mourir. C’est pour cela que le clip and grow sera beaucoup plus utilisé pour former un feuillu en bonsaï. Pour un pin, vous devrez faire un peu différemment. Vous pouvez laisser pousser une branche pour la faire grossir, mais conservez toujours une petite branche arrière qui pourra prendre la relève.
Importance du Nebari et de la Conicité
La pose de ligature permet de placer les branches d’un bonsaï dans la position souhaitée par rapport à l’esthétique recherchée. Le clip and grow, en sélectionnant les rameaux qui serviront à créer les nouvelles branches ou la continuité du tronc, est également une technique de mise en forme, mais qui a certaines limites. Le tronc d’un Bonsaï mérite une attention particulière, puisqu’il est l’un des éléments les plus importants qui capte le regard. Le Nebari (collet) est important pour donner au Bonsaï une apparence équilibrée. Un tronc devrait être plus épais à sa base qu’à son sommet; c’est ce qu’on appelle la conicité.
Epaissir des portions du tronc d’un Bonsaï : en concentrant la croissance d’un arbre vers les branches juste au-dessus de la portion étroite du tronc, celle-ci va bénéficier d’une augmentation du flux de sève et donc va s’épaissir. Concentrer la croissance peut être obtenu en taillant tout l’arbre excepté les branches au-dessus de la portion étroite du tronc. Cette méthode est lente et prendra au moins deux ans avant qu’on commence à noter un changement. Affiner les portions du tronc d’un Bonsaï : comme il est impossible d’amincir un tronc, le seul moyen d’obtenir une meilleure conicité de tronc est de faire épaissir les autres parties du tronc, en utilisant la méthode ci-dessus, même s’il faudra encore plus longtemps pour noter un changement notable.
Le plus souvent, les Bonsaïs semblent plus vieux qu’ils ne le sont lorsqu’ils ont un tronc épais et noueux. Le seul moyen de faire grossir un tronc est de laisser l’arbre grandir dans un grand pot, sans le tailler pendant plusieurs années. Une des techniques pour faire épaissir un tronc est de faire pousser depuis le tronc des branches de sacrifice. Ces branches ne seront pas du tout taillées pendant deux à trois ans, épaississant ainsi le tronc de par leur pousse vigoureuse. La ligne de tronc est l’un des éléments de l’arbre qui capte le plus le regard.

Canons Esthétiques et Règles de Composition
Comme dans chaque art, le bonsaï se conforme habituellement à certains canons, principes ou 'règles'. Règles est probablement le plus mauvais terme des trois pour décrire ce que la plupart des artistes font en créant un bonsaï, mais c'est le mot le plus usité. Ces règles ne sont pas rigides et sont fréquemment violées suivant les situations, mais elles sont une excellente ligne directrice pour la création d’un beau bonsaï et sont précieuses aux débutants. Ces règles viennent principalement de la culture japonaise du bonsaï durant les derniers siècles. Ils sont une analyse de ce qui 'marche' et 'ne marche pas' dans la création d’un bonsaï. A peu près chacun peut créer un bonsaï acceptable en suivant ces règles, qu’il ait ou non un talent inné. Bien sûr, des bonsaïs de grande qualité seront toujours le résultat du talent, de l’expérience, de l’inspiration ainsi que du suivi général de ces règles.
Le tronc, la cime, le collet et les racines sont sans doute les éléments les plus importants dans un bonsaï. Mais les branches, les masses de feuillage et le pot ont aussi leur importance. La hauteur de l’arbre égale six fois le diamètre du tronc. Les greffes font correspondre le greffon et le porte-greffe. Pas de grosse coupe visible. Les troncs multiples se divisent à la base, pas plus haut. Il n’y a qu’une cime par arbre. La cime est fournie. Le collet (base du tronc) s’évase pour ancrer visuellement l’arbre. Le collet n’est pas enterré. Des racines orientées directement vers le spectateur nuisent à l’impression de profondeur. De telles racines sont dirigées légèrement sur le côté. Des racines enroulées sont disgracieuses et ne paraissent pas naturelles. Des racines dirigées d’un seul côté donnent une sensation d’instabilité. Elles sont réparties de part et d’autre de l’arbre. On peut éventuellement rééquilibrer la base en plaçant une pierre ou une petite plante là où des racines manquent. On peut aussi inciser le côté qui manque de racines et recouvrir de terre pour favoriser l’apparition de racines. Des racines fines sont peu harmonieuses et donnent une sensation de fragilité. Des racines verticales sont peu naturelles et donnent une sensation d’instabilité et de fragilité.
Le tiers du bas n’a pas de branches, le tiers du milieu est dégagé près du tronc et laisse voir le tronc et les départs de branches. Les branches se rapprochent progressivement de la base à la cime. Les branches de la cime sont en proportion avec le tronc. La première branche est placée approximativement au tiers de la hauteur de l’arbre. Les branches alternent visuellement. Pour créer l’illusion d’un vieil arbre, diriger les branches vers le bas. Les jeunes arbres ont des branches ascendantes. Le feuillage forme un triangle scalène, irrégulier. La disposition des branches d’une cascade (Kengai) suit les mêmes règles sauf que le tronc descend. Le mouvement principal est vers le bas. Dans les formes à troncs multiples ou les groupes, les branches entre les arbres sont petites parce qu’elles reçoivent peu de lumière. Elles ne croisent pas un tronc. Les branches extérieures de chaque arbre dessinent chacune un triangle de feuillage de même que l’ensemble du feuillage. La branche la plus basse se situe sur le tronc le plus petit. Une branche haute d’un grand arbre ne recouvre pas un petit arbre, car il a besoin de lumière. Les branches secondaires alternent à gauche et à droite de la branche principale. Toutes les branches ont une forme et une structure similaire, en harmonie entre elles. Les ramifications ne se dressent pas verticalement vers le haut et ne retombent pas.
L’ensemble du pot et de l’arbre est en harmonie et donne une sensation d’équilibre. La position du pied de l’arbre dans le pot donne une sensation de stabilité. L’arbre est placé un peu derrière la ligne médiane du pot et à gauche ou à droite de la ligne centrale. Dans la forme en balai (Hokidachi), l’arbre est au centre du pot. Un arbre penché est plus excentré dans le pot. La profondeur du pot égale l’épaisseur du tronc, sauf pour les cascades (Kengai) et le style du lettré (Bunjingi). La longueur du pot égale les deux tiers de la hauteur de l’arbre. Pour les arbres plus larges que hauts, elle égale les deux tiers de l’envergure de l’arbre. Le style du pot est en harmonie avec celui de l’arbre. Les troncs verticaux sans grand mouvement sont placés dans des pots rectangulaires. Les troncs au mouvement souple sont placés dans des pots ronds ou ovales. Les arbres massifs sont placés dans des pots rectangulaires plus profonds. Les pots rectangulaires sont plus masculins, rigides, vigoureux. Leur couleur et le décor est en harmonie avec les fleurs, les fruits, les feuilles, l’écorce.