Le bouturage est une méthode simple et économique qui permet de reproduire des végétaux à l’identique à partir d’un fragment de la plante mère. Contrairement à ce que l’on croit parfois, c’est un geste simple, à la portée du jardinier débutant. Il suffit de connaître la marche à suivre et de se lancer ! Découvrez comment bouturer vos végétaux préférés en respectant quelques étapes simples. Le bouturage permet d'avoir simplement une nouvelle plante, un nouvel arbre ou un nouvel arbuste. Habituellement, les plantes se débrouillent seules en produisant des graines, on appelle cela la reproduction sexuée. Mais le jardinier a trouvé une méthode simple et efficace pour reproduire lui aussi une plante identique, les boutures… Et ça marche, c’est une reproduction asexuée. Alors pourquoi bouturer une plante ? Dans tous les cas, les plantes obtenues sont identiques à la plante mère, avec toutes ses caractéristiques (couleur, odeur…), ce qui n’est pas toujours le cas lorsqu’on fait un semis.

Les fondements biologiques du bouturage
Lorsque vous coupez l'extrémité d'une tige, vous infligez une blessure et coupez l'alimentation en eau. Ces deux événements déterminent ce que vous et la coupe devez faire ensuite si vous voulez que la bouture survive. Son travail consiste à soigner la plaie et à créer de nouvelles racines. Votre objectif est de fournir un environnement approprié - eau, lumière, air, température et sol - pour le maintenir en vie pendant ce processus. Les racines sont le plus susceptibles de se développer sur une plaie de tige en contact étroit avec un sol humide. Quand une plante est blessée, des hormones appelées auxines se rassemblent brièvement autour de la plaie et modifient la nature de la division cellulaire dans le cambium (écorce interne de la tige) de sorte qu'elle commence à former un tissu de racine embryonnaire. Pendant ce temps, des matières calleuses se forment sur la zone blessée.
Une plante ne se reproduit pas nécessairement au moyen d’une fleur ou d’un fruit ; effet, certaines variétés n’en ont pas besoin et poussent à partir d’une branche, d’une feuille ou d’une racine. Quand une branche ou une feuille est coupée, la plante peut fabriquer des racines à partir de la coupure. Bien que chaque plante ait un fonctionnement propre, il faut en général procéder au prélèvement d’une belle pousse sans fleur d’une taille de 10 à 15 cm. Dans l’idéal, il faut éviter la période de floraison pour effectuer votre bouturage. Le bouturage est un clone de la plante mère, il n’y a donc pas de brassage génétique. Il est déconseillé de planter un jardin de romarin ou un chemin d'arbres dont tous les individus proviennent du même individu.
Les différentes sortes de boutures et leurs spécificités
Le bouturage permet de reproduire des végétaux à l’identique à partir d’un morceau de la plante mère. Il peut s’agir d’un fragment de tige ou de rameau, dans plus de 90 % des cas ; d’une feuille ou d’un fragment de feuille (succulentes, saintpaulia, certains bégonias…) ; d’un fragment de racine (cœur de Marie, pavot d’Orient, corète du Japon…). Les boutures de feuilles et de racines peuvent se faire toute l’année. En revanche, les boutures de tiges ou de rameaux se font à trois périodes privilégiées.
Les annuelles, en revanche, ne se bouturent pas. Parmi les plantes faciles à réussir, on compte :
- Les plantes d’appartement : coléus, misère, papyrus, caoutchouc, cordyline, abutilon.
- Les plantes de balcon : pélargoniums (géraniums de balcon), bégonias.
- Les vivaces : anthémis, asters, aubriète, corbeilles d’argent, lavande, lupins, népétas, œillets, penstémons, santoline, scabieuse.
- Les arbustes : abélia, buddléia, buis, camélia, forsythia, fuchsia, groseillier à fleurs, hibiscus, hortensias, hydrangeas, laurier rose, lavatère arbustive, lilas, millepertuis, rhododendron, seringat, skimmia, spirées, sureau, troène, viornes, weigelia, rosiers.
- Les arbres : saule, érable, marronnier, thuya, olivier, figuier, poirier, pommier.
COMMENT RÉUSSIR LES BOUTURES D'ARBUSTES
Calendrier et méthodes saisonnières
Boutures de printemps (herbacées)
Au printemps, en mai-juin, on réalise des boutures à partir de tiges ou de rameaux verts et tendres : on parle de boutures herbacées ou encore de boutures en vert. De manière générale, celles-ci seront effectuées à « l’étouffée » (sous une cloche en verre ou plastique, ou une poche en plastique transparent maintenu par un élastique sur le pot). Cela permet à la bouture d’évoluer dans une atmosphère chaude et saturée d’humidité. Les vivaces se bouturent bien de cette façon, de même qu’un certain nombre de plantes d’appartement.
Boutures d’été et d’automne (semi-ligneuses)
En été, et en début d’automne, de mi-août à mi-octobre, on réalise des boutures semi-ligneuses, encore appelées boutures semi-aoûtées, à partir de rameaux de l’année qui commencent à durcir et à changer de couleur, prenant une teinte brune à la base. Certains arbres, comme l’olivier, et la plupart des arbustes peuvent se bouturer à cette période.
Boutures d’automne-hiver (ligneuses)
En fin d’automne ou en début d’hiver, on réalise des boutures de bois sec, encore appelées boutures ligneuses ou boutures sur bois dormant. Elles se font à partir des rameaux de l’année qui ont pris une texture de bois. De nombreux arbres et arbustes à feuilles caduques peuvent se bouturer ainsi : buddléia, forsythia, troène, seringat, viorne, rosiers, saule, figuier, arbustes à fruits rouges.
Le protocole technique : de la préparation à la plantation
Faire des boutures de tiges classiques demande de la rigueur. Le fragment de tige ou de rameau prélevé est d’abord convenablement préparé, puis planté dans un substrat adéquat.
Étape 1 : Prélever la bouture
Sur une plante mère parfaitement saine, sélectionnez une tige ou un beau rameau de l’année, défleuri ou n’ayant pas porté de fleurs. Munissez-vous d’un sécateur bien affûté et désinfecté. Prélevez à l’extrémité de la tige ou du rameau un fragment de 10 à 15 cm de long, en le coupant en biais sous un départ de feuille ou un bourgeon. Pour multiplier les chances de réussite, prélevez plusieurs boutures sur une même plante. Une « bouture à talon » a parfois plus de chances de réussir : elle se fait à partir d’un rameau secondaire, en conservant à la base un fragment du rameau principal (« talon »). Ce type de bouture se pratique en particulier pour les arbustes fruitiers tels que la vigne, et parfois pour des arbustes comme le lilas.
Étape 2 : Préparer la bouture
Étêtez la bouture en la coupant juste au-dessus d’un bourgeon (environ 15 cm). La base de la bouture doit être prélevée juste sous un nœud ou bourgeon. Éliminez toutes les feuilles sauf deux ou trois au sommet. S’il s’agit de grandes feuilles, coupez-les en deux pour limiter l’évaporation. Si la tige est jeune et succulente, le détachement des feuilles expose suffisamment le cambium pour favoriser l’enracinement. Si la tige a durci même légèrement, grattez-la des deux côtés avec une lame tranchante pour créer des plaies étroites et peu profondes sur la longueur de la tige qui sera enterrée. Afin de favoriser la production de racines, on peut tremper la base de la bouture dans une poudre d’hormone de bouturage vendue en jardinerie. Il faut alors prendre la précaution de tapoter légèrement la bouture avec le doigt pour éviter un surplus néfaste d’hormones.

Étape 3 : Planter la bouture
Une fois préparée, la bouture doit être plantée immédiatement dans un pot rempli à l’avance d’un substrat léger (mélange de terreau et de sable ou terreau de bouturage). N'importe quel contenant peut être utilisé pour bouturer, mais il doit avoir des trous afin de bien drainer le substrat. À l’aide d’un crayon, creusez un trou dans le substrat, puis glissez la bouture dedans. Tassez légèrement le substrat autour de chaque bouture et arrosez sans noyer. Placez le pot à mi-ombre, dans un endroit du jardin abrité du vent.
Pour les boutures à l’étouffée, recouvrez le pot d’une cloche transparente (une simple bouteille en plastique coupée à moitié fait très bien l’affaire). Humidifiez régulièrement la bouture à l’aide d’un pulvérisateur et laissez la cloche en place une quinzaine de jours, en veillant à aérer tous les deux jours pour éviter à la bouture de pourrir.
Cas particulier : le bouturage dans l’eau
Certaines boutures de tiges peuvent s’effectuer tout simplement dans un verre d’eau. C’est par exemple le cas de certaines boutures de plantes vertes (papyrus, misère, coléus…), mais aussi des boutures de menthe, de lierre, de laurier rose, de saule. Très ludiques, les boutures dans l’eau sont également très simples à réaliser. Prélevez une bouture d’une dizaine de centimètres à l’extrémité d’une tige. Débarrassez de ses feuilles toute la partie de la bouture qui sera dans l’eau. Mettez la bouture à tremper dans un verre d’eau (à changer tous les 3-4 jours). Patientez le temps que des racines apparaissent et se développent. Lorsqu’elles atteignent environ 4 cm, replantez délicatement la bouture dans un terreau léger.
Considérations sur l'architecture racinaire et le développement
Après un semis, la racine principale sort de la graine lors de la germination, alors que les racines d'une bouture apparaissent sur l'organe prélevé, parfois à différents endroits. Mais l'architecture racinaire finale sera la même. Quelques mois après que la bouture ait donné des signes de reprise, avec des bourgeons qui se développent, c’est le moment de la rempoter dans un substrat horticole ou de la replanter directement en pleine terre, selon sa vigueur. Les plantations en pleine terre se font à l’automne en priorité (une fois le système racinaire développé et pour qu'il continue de s'étoffer pendant l'hiver).
Il existe d'autres méthodes comme le marcottage. Avec le marcottage, la plante "bébé" profite de l'énergie de la plante-mère, à laquelle elle est toujours reliée. Cette méthode fonctionne parfois mieux que le bouturage, surtout lorsque la plante-mère est dans son jardin et qu'elle est difficile à bouturer.
Conseils d'experts et précautions
- Le matériel : Utilisez des outils bien nettoyés comme un sécateur ou une serpette.
- L'humidité : La plante a besoin de beaucoup d’humidité (100%) afin d’éviter qu’elle ne se dessèche ou se fane. Mettre un couvercle pour garder le taux d’humidité est une bonne solution pour s’assurer du succès de l’entreprise, à condition que le couvercle ne touche pas directement les feuilles.
- La patience : Pour que ça fonctionne, vous devrez parfois attendre 1 à 2 mois avant d’avoir les premiers résultats.
- Le bois dur : Pour le camélia ou le magnolia, ces derniers peuvent être difficiles à bouturer en raison de leur bois dur.
- Le bouturage des Bonsaïs (Sashiki) : Élever des arbres à partir de boutures est très populaire parmi les Bonsaïkas, puisque c’est une méthode très économique pour obtenir de nouveaux arbres. La taille de la bouture devrait être d’environ 5-10 cm de long et 2-5 mm d’épaisseur.

En résumé, le bouturage reste une technique accessible à tous, permettant de multiplier ses végétaux préférés tout en conservant l'héritage génétique de la plante mère. Qu'il s'agisse de plantes d'intérieur, d'aromatiques, d'arbustes fruitiers ou d'arbres d'ornement, le respect du cycle biologique de la plante, de la saisonnalité et des conditions d'humidité garantit le succès de cette reproduction asexuée. N'hésitez pas à expérimenter, car comme le soulignent certains pépiniéristes, tester différentes approches - comme laisser ou couper les feuilles pour favoriser la cicatrisation - est le meilleur moyen d'apprendre les spécificités de chaque espèce.