Le bouturage est une technique de multiplication végétale fascinante, et le Ficus, avec sa grande diversité d'espèces, se prête particulièrement bien à cet exercice, notamment pour la création de bonsaïs. Cette méthode permet d'obtenir de nouveaux spécimens fidèles à la plante mère, offrant ainsi une voie économique et gratifiante pour enrichir sa collection ou initier de nouveaux projets de bonsaï. Le bouturage, connu au Japon sous le nom de "Sashiki", est une technique particulièrement appréciée par les amateurs de bonsaïs, permettant d'acquérir de nouveaux spécimens sans engager des dépenses considérables. L'obtention de certaines variétés de bonsaïs peut s'avérer complexe et onéreuse, rendant le bouturage d'autant plus pertinent. En effet, une part significative des arbres présents dans les pépinières spécialisées sont issus de boutures, témoignant de son efficacité. Cette technique de propagation, utilisée depuis longtemps par les forestiers, les maraîchers et les producteurs de plantes ornementales pour obtenir des spécimens de qualité, résistants et productifs, s'applique également avec succès au monde du bonsaï. Elle permet de multiplier les arbres tout en garantissant que les nouveaux plants possèdent les mêmes caractéristiques génétiques que l'arbre mère, agissant ainsi comme un clone.

Les Fondements du Bouturage : De la Branche à l'Arbre
Le principe du bouturage repose sur la capacité des cellules végétales à régénérer les tissus manquants. Une bouture est essentiellement une section d'un arbre, qu'il s'agisse d'une partie aérienne (tige, rameau) ou d'une partie racinaire. Selon les espèces, ces sections peuvent être semi-ligneuses, ligneuses, racinaires ou même à feuilles. Les propriétés intrinsèques des plantes permettent à ces fragments de se développer en individus génétiquement identiques à l'arbre d'origine. Cette technique est largement utilisée pour augmenter le nombre de spécimens possédant des caractéristiques spécifiques, qu'il s'agisse de la taille des feuilles, de la couleur des fruits, de la forme de l'écorce ou de la floraison. Dans le contexte du bonsaï, où chaque détail compte pour la qualité esthétique d'un spécimen, le bouturage revêt une importance particulière. Il permet non seulement d'obtenir de jeunes plants, mais aussi de gagner plusieurs années dans le processus de formation, notamment en prélevant des boutures de diamètre déjà conséquent. Des exemples frappants existent, comme les oliviers de 20 à 30 cm de diamètre qui parviennent à former un système racinaire complet en une seule année après bouturage.
Le Ficus : Un Candidat Idéal pour le Bouturage en Bonsaï
Le genre Ficus est particulièrement bien représenté dans l'art du bonsaï, offrant une multitude d'espèces adaptées à cette culture. Parmi elles, le Ficus microcarpa, souvent commercialisé sous le nom de "Ficus Ginseng", est un excellent candidat pour le bouturage. Son nom commercial, "Ficus Ginseng", découle de sa taille spécifique visant à développer un caudex imposant rappelant les racines de ginseng. On le trouve également sous l'appellation "Ficus Ginseng Microcarpa" dans les jardineries. Originaire des forêts humides tropicales du sud de la Malaisie, du sud de la Chine, du Japon, de l'Australie et de Nouvelle-Calédonie, le Ficus microcarpa peut atteindre 25 mètres de hauteur dans son milieu naturel, développant d'impressionnantes racines aériennes qui retombent en draperies, s'enracinant parfois au sol. Ses feuilles persistantes sont coriaces, étroites, elliptiques, obovales, d'un vert foncé profond, mesurant de 6 à 12 cm de long. Dans leur habitat naturel, ces arbres produisent des akènes, des fruits sphériques pourpres virant au noir à maturité.
En culture bonsaï, le Ficus Ginseng conserve ses racines imposantes et ramifiées, souvent aériennes, ainsi qu'un tronc puissant. Sa taille lui confère un port érigé puis étalé, ne dépassant généralement pas 50 cm de hauteur. Ses tiges ramifiées portent des feuilles persistantes, luisantes, pointues, de petite taille, coriaces et d'un vert foncé éclatant, lui conférant un aspect décoratif particulièrement adapté aux intérieurs modernes. Sa culture est relativement aisée, bien qu'il soit sensible aux déplacements fréquents. Il apprécie une exposition très lumineuse, à l'abri des rayons directs du soleil et des courants d'air. Durant l'été, il peut être placé à l'extérieur, à l'ombre et protégé du vent.
D'autres espèces de ficus se prêtent également au bouturage pour la création de bonsaïs, notamment le Ficus elastica (plante caoutchouc), le Ficus benjamina, le Ficus lyrata (figuier lyre), le Ficus retusa (souvent confondu avec Ficus microcarpa), le Ficus binnendijkii (ficus à longues feuilles alii ou ficus sabre), et le Ficus pumila (figuier rampant). Il est important de noter que bien que le Ficus microcarpa soit parfois nommé Ficus retusa, la classification botanique n'est pas unanime sur ce synonyme, préférant distinguer les deux espèces. Les boutures peuvent se prélever aussi bien sur des sujets de taille normale que sur des bonsaïs. Vous pouvez donc faire une bouture de Ficus retusa bonsaï, de Ficus carica bonsaï, de Ficus ginseng bonsaï.

Les Étapes Clés pour un Bouturage Réussi
La réussite du bouturage ne se limite pas à couper une branche au hasard et à la planter. Une approche réfléchie et le respect de certaines règles sont essentiels. L'une des premières considérations primordiales est le choix de l'espèce à bouturer. Le printemps et l'été sont généralement les périodes les plus propices pour prélever et planter des boutures, bien que le Ficus, étant une plante d'intérieur, puisse être bouturé à n'importe quel moment de l'année. Cependant, le printemps reste la période idéale pour la plupart des espèces. Attention : tous les ficus libèrent à la coupe une sève blanche qui peut être irritante, il est donc recommandé de porter des gants lors de la taille.
Préparation de la Bouture
La taille d'une bouture adéquate se situe généralement entre 5 et 10 cm de long et 2 à 5 mm d'épaisseur. Pour le Ficus Ginseng, des tiges de 6 à 8 cm de long, déjà lignifiées (c'est-à-dire ayant commencé à durcir), sont préférables. Lors de la coupe d'une branche destinée à devenir une bouture, il est impératif de disposer d'un récipient d'eau pour y plonger immédiatement la section. Cela évite un dessèchement trop rapide et empêche la formation de bulles d'air dans les canaux de sève, un phénomène particulièrement dangereux pour la future bouture. La plante continue en effet à fonctionner et à faire circuler sa sève même après avoir été coupée.
L'outil de coupe joue un rôle crucial. Il doit permettre une coupe nette et précise, évitant d'écraser les tissus de la branche. Les lames de l'outil, qu'il s'agisse d'un sécateur ou d'un couteau, doivent être impeccablement propres et désinfectées avant utilisation, idéalement avec de l'eau de javel ou de l'alcool. Cette désinfection doit être renouvelée à chaque changement de plante ou d'espèce pour prévenir la propagation de maladies.
Une attention particulière doit être portée à la zone de coupe. Il est recommandé de conserver 2 à 3 entre-nœuds sous les 2 à 3 paires de feuilles terminales. C'est à ces endroits, au niveau des nœuds, que les futures racines émergeront. Les racines ne sortent jamais au milieu d'un entre-nœud. Si la bouture est trop longue, il est possible de ne planter que la partie de la tige qui contient ces nœuds potentiels. Il est déconseillé de peler le fond de la bouture pour exposer le cambium, une pratique qui peut propager des champignons pathogènes et stresser inutilement la plantule.
Concernant les feuilles, il est conseillé de conserver 2 à 3 paires de feuilles. Si ces dernières sont trop grandes, il est préférable de les retailler, en gardant les plus petites. Pour les boutures de Ficus elastica ou lyrata, une feuille seule peut produire des racines, mais ne pourra pas développer un nouveau sujet complet. La production d'un nouveau plant nécessite la présence d'un fragment de tige, même minime, à l'aisselle de la feuille, car c'est là que se trouvent les bourgeons dormants capables de se développer. Pour les boutures prélevées sur une branche comportant plusieurs sections destinées à devenir des boutures, il est important de noter que certaines auront une coupe au-dessus.
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Le Substrat et le Contenant : Un Environnement Propice
Le choix du contenant et du substrat est déterminant pour favoriser l'enracinement. Il est fortement recommandé d'éviter les contenants de fortune tels que les pots de yaourt ou les briques de lait. Il faut investir dans des pots de bonne qualité, de préférence en plastique noir, qui aident à maintenir une température stable et évitent le dessèchement trop rapide du substrat. Les pots doivent être pleins, sans trous excessifs comme on en trouve dans les passoires ou certains paniers aquacoles, afin de retenir l'humidité nécessaire. L'objectif premier à ce stade est de permettre à la bouture de développer ses racines.
Le substrat doit être spécifiquement adapté au bouturage. Les "rebus" ou les substrats récupérés au fond des étagères sont à proscrire absolument, car ils sont souvent compacts, infestés de pathogènes et de champignons invisibles. Un bon substrat doit être à la fois drainant et capable de retenir une quantité d'eau suffisante. Les substrats disponibles dans le commerce pour bouturage, souvent composés de tourbe blonde et brune, peuvent être améliorés. L'ajout de pouzzolane de petit diamètre est une excellente option pour augmenter le drainage. D'autres composants comme la perlite, la fibre de coco, la laine de roche ou l'écorce de pin peuvent être utilisés, seuls ou en mélange. Pour une production à grande échelle, certains professionnels utilisent des substrats fabriqués sur mesure, enrichis d'engrais à libération lente. Des mottes compressées de coco ou des mottes de fibre de verre sont également des alternatives intéressantes.
Préparez un contenant pour recueillir vos boutures le temps de leur reprise. Le substrat utilisé doit être très drainant et assez pauvre : une couche de pouzzolane ou de gravier pour le drainage, sur laquelle vous étalerez du terreau pour bonsaï. Arrosez régulièrement, le substrat doit rester légèrement humide jusqu’à la reprise.
L'Enracinement : Patience et Observation
Une fois les boutures plantées, la patience est de mise. Il est crucial de ne plus toucher aux pots ni de les déplacer pendant plusieurs mois. La manipulation, même pour vérifier la présence de racines, peut perturber le processus et empêcher l'enracinement. Le déplacement ou la prise en main du pot sont les principaux freins au développement racinaire. Il faut observer l'évolution des boutures de loin. L'apparition de nouveaux bourgeons ou même une éventuelle germination sont des signes encourageants, mais ne garantissent pas la présence de racines. Le véritable signal de succès est l'apparition de nouvelles feuilles et, parfois, la sortie de racines sous le pot.
La température idéale pour favoriser l'enracinement se situe autour de 25°C. Pour maintenir cette chaleur et l'humidité nécessaires, il est recommandé de placer les boutures dans des conditions "à l'étouffée". Cela peut être réalisé en utilisant un sac plastique transparent ou une bouteille renversée sur le godet, ou en plaçant les boutures dans une mini-serre. Une lumière tamisée est préférable. Il est conseillé de brumiser l'intérieur de cette "serre" 2 à 3 fois par jour. Les boutures ne devront être sorties de leur abri qu'une fois que la reprise sera visiblement engagée.

Techniques Spécifiques pour Différents Ficus
Bien que le principe général du bouturage soit le même, certaines méthodes sont plus adaptées à des espèces de ficus spécifiques.
Bouturage à l'étouffée
Cette méthode convient particulièrement aux ficus tropicaux et est efficace pour le Ficus microcarpa (Ficus Ginseng), le Ficus retusa et le Ficus pumila.
- Prélevez des tiges de 10 à 15 cm puis ôtez les feuilles inférieures sur chacune pour ne garder que 4 ou 5 feuilles à leur extrémité.
- Trempez leur base dans l’eau froide avant de les installer dans des godets individuels, dans un substrat humide composé d’un mélange tourbe et sable ou d’un terreau spécial boutures.
- Placez ensuite un sac plastique ou une bouteille renversée sur les godets, à moins que vous ne disposiez d’une mini-serre dans laquelle les installer.
- Gardez-les à l’intérieur, la température dans la “serre” doit avoisiner les 25°, sous une lumière tamisée.
- Brumisez l’intérieur de la serre 2 à 3 fois par jour. Vous ne les sortirez de leur abri que lorsque la reprise aura visiblement repris.
À savoir : la bouture de feuille d’un Ficus elastica ou lyrata ne pourra produire un nouveau sujet que si la feuille est accompagnée d’un bout de tige, aussi petit soit-il. En effet, c’est à l’aisselle des feuilles que se trouvent les bourgeons dormants, capables de se développer en nouveau ficus. Une feuille de ficus seule est par contre capable de produire des racines, mais cela s’arrêtera là.
Bouturage dans l'eau
Certaines espèces de ficus se bouturent très facilement dans l’eau. C'est le cas du Ficus elastica, du Ficus benjamina, du Ficus lyrata (figuier lyre) et du Ficus binnendijkii (ficus à longues feuilles alii ou ficus sabre). Le figuier rampant, Ficus pumila, se bouture également dans l’eau.
- Prélevez des bouts de tiges de 15 cm à 20 cm et ne gardez que les 4 ou 5 feuilles de l’extrémité.
- Placez-les dans un verre d’eau. Vous changerez l’eau régulièrement.
- Au bout de quelques semaines, vous devriez voir apparaître de fines racines. Patientez jusqu’à ce que celles-ci soient suffisamment nombreuses pour installer les plants en pot.Astuce : mettez un bout de charbon dans l’eau, celle-ci restera propre plus longtemps !
Boutures au rouleau
Cette méthode originale est très simple à réaliser, elle fonctionne très bien avec le Ficus benjamina.
- Prélevez des boutures de tête de 8 cm de long.
- Munissez-vous de sacs poubelle de 50 L que vous allez dérouler (sans les ouvrir) puis recouvrir d’un mélange de ⅔ de terreau et ⅓ de tourbe ou terre de coco.
- Vaporisez pour que le substrat soit humide, puis installez les boutures côte à côte, sans trop les serrer, en laissant dépasser la partie feuillue.
- Enroulez ensuite le sac poubelle sur lui-même, et maintenez-le tel quel avec de la ficelle.
- Posez ce rouleau debout, à l’abri. Le substrat doit rester humide.
- Environ 2 mois plus tard, vous pourrez le dérouler et constater la présence de racines, les jeunes ficus pourront alors être plantés en pots individuels.
Bouturage du caoutchouc : Les erreurs à éviter pour réussir
De la Bouture au Bonsaï : La Formation
Une fois que les boutures ont développé un système racinaire suffisant et que de nouvelles feuilles apparaissent, il est temps de penser à la formation du bonsaï. Le rempotage des boutures, ou plus précisément le "transpotage", s'effectue généralement au printemps, en avril-mai. Il ne s'agit pas de défaire la motte racinaire à ce stade, car le jeune plant est encore fragile. Le vrai rempotage, avec modelage du système racinaire, interviendra plus tard. Vous pourrez alors les rempoter dans des pots individuels.
Pour les espèces comme le Ficus, qui se prête bien à la nanification grâce à sa résistance, plusieurs boutures peuvent être utilisées pour créer des sujets tressés. Une fois vos boutures bien dotées de racines, installez-les par trois dans des pots en gardant un bon espace entre chaque petit ficus. Ne tressez pas les 3 tiges tout de suite, elles finiraient par se souder. Lorsque vous commencez à tresser, espacez bien les nœuds, de 10 cm au moins, afin que les tiges puissent grossir indépendamment.
La formation du bonsaï proprement dite commence généralement deux ans minimum après le développement des boutures. Il est alors temps de les sortir de leur pot, d'ôter le substrat pour observer les racines principales, et de décider de la mise en forme harmonieuse de l'arbre. Une bonne observation de vos ficus vous permettra de déterminer de quelle manière vous allez les mettre en forme pour qu’ils soient harmonieux. Vous pourrez ensuite les tailler et les ligaturer pour leur donner les formes désirées. Il faudra certainement rabattre leur hauteur pour leur donner une silhouette plus compacte. Pour le rempotage final, un pot large et peu profond avec un trou de drainage est préparé, garni d'une grille de drainage et de billes d'argile. Des fils attachés au fond du pot serviront à maintenir le bonsaï en place.

Entretien Spécifique du Ficus Bonsaï
Le Ficus Ginseng, comme de nombreux ficus, peut être sujet à quelques désagréments.
Gestion des Ravageurs
Les cochenilles représentent ses principaux ennemis. Il est donc essentiel de surveiller régulièrement l'apparition de ces parasites sous les feuilles et sur les jeunes tiges. En cas d'infestation, un coton-tige imbibé d'alcool permet de les supprimer efficacement.
Arrosage et Humidité
Le Ficus Ginseng apprécie l'humidité, mais déteste l'excès d'eau. L'eau stagnante dans la soucoupe est à proscrire absolument. Un à deux arrosages hebdomadaires en été et deux arrosages mensuels en hiver sont généralement suffisants.
Taille du Ficus Ginseng
La taille du Ficus Ginseng se fait durant toute la période de croissance de la végétation et consiste à pincer les nouvelles pousses aux deux, voire trois, premières feuilles, lorsqu'elles en ont déjà développé au moins six. Ceci vise à ne pas laisser les pousses s'allonger, pour que l'arbre reste petit. Durant l'été, si des grandes feuilles se développent, coupez la moitié de leur limbe.
Rempotage
Le rempotage du Ficus Ginseng s'effectue au printemps, en avril-mai, tous les deux à trois ans.