
Le monde végétal regorge de mécanismes étonnants de reproduction, offrant aux jardiniers des opportunités uniques de cultiver leurs propres légumes. Parmi ces méthodes, la multiplication végétative, incluant le bouturage et le greffage, se distingue par sa capacité à produire des plantes génétiquement identiques et à offrir des récoltes abondantes. Ces techniques, utilisées depuis des siècles, sont aujourd'hui accessibles à tous, du novice au jardinier expérimenté, et constituent une solution économique, écologique et ludique pour enrichir son potager.
La Multiplication Végétative : Une Reproduction sans Graine
La multiplication végétative des plantes permet à certaines d’entre elles de se reproduire sans avoir besoin d’être pollinisées, c’est-à-dire sans reproduction sexuée. Le nom scientifique de ce processus est la “biogénèse végétale”. Contrairement à la reproduction sexuée qui donne des plantes dont les gènes sont un mélange de ceux de leurs parents, la multiplication végétative génère des végétaux identiques en terme de génétique, ce sont des clones. Cette capacité remarquable des plantes à régénérer des parties abîmées ou perdues, comme une racine sectionnée, une tige cassée ou un bourgeon arraché, repose sur la plasticité cellulaire. Cela signifie que certaines cellules végétales peuvent, en réponse à une blessure, se transformer et donner naissance à de nouveaux tissus spécialisés. Ce phénomène, lorsqu'il se produit sans intervention humaine, est une forme de reproduction végétative naturelle. L’être humain a très tôt compris qu’il pouvait reproduire et canaliser ces mécanismes à son avantage.
On connaît plusieurs types de multiplication que l’on utilise beaucoup au jardin : le bouturage et le marcottage, qui sont des modes naturels même si le jardinier s’en sert couramment, et la greffe, uniquement de la main de l’homme celle-ci. Faire pousser ses légumes à partir de restes alimentaires est du bouturage, un petit morceau du légume en question permet de donner naissance à une nouvelle plante. Le but ici n’est pas forcément d’obtenir la plante entière, car cela peut être long, voire très long, mais d’obtenir au moins une partie de la plante que l’on consomme habituellement. Et cela sans avoir besoin d’aller acheter des graines, ni même souvent sans terreau ! De plus, la multiplication végétative des légumes peut être reproduite à l’infini, cela prend peu de place et ne nécessite même pas un balcon, et c’est très amusant et éducatif pour les enfants. C’est la solution anti-gaspi, zéro déchet et particulièrement économique par excellence !
COURS DE TERMINALE SPÉCIALITÉ SVT CHAP.10: REPRODUCTION DE LA PLANTE ENTRE VIE FIXÉE ET MOBILITÉ
Le Bouturage : Redonner Vie à ses Restes Alimentaires
Le bouturage est une méthode de multiplication végétative qui consiste à prélever un morceau d’une plante (la bouture) - par exemple une tige, une feuille ou une racine - et à le placer dans des conditions favorables pour qu’il développe de nouvelles racines. Cette technique est utilisée depuis des siècles en pépinière et en jardinage, car elle permet de reproduire fidèlement des variétés sélectionnées pour leur goût, leur floraison, leur vigueur ou leur résistance.
Comment Ça Marche ? Les Mécanismes Physiques et Biologiques
Quand une bouture est prélevée, cela provoque une blessure au niveau du point de coupe. Dans les jours qui suivent, certaines cellules autour de la blessure entrent en division rapide. Elles forment un tissu de réparation appelé cal. Le déclenchement de l’enracinement dépend fortement des phytohormones, les molécules de signalisation produites par la plante. L’auxine, notamment sous forme d’IAA (acide indole-3-acétique) ou d’IBA (acide indole-3-butyrique), s’accumule près du site de coupe. Elle stimule les cellules à se diviser et oriente leur différenciation vers la formation de racines. Les cytokinines, quant à elles, ont un effet opposé : elles freinent la formation des racines lorsqu’elles sont présentes en grande quantité. Les sucres jouent aussi un double rôle. Ce ne sont pas seulement des carburants pour la croissance ; dans une bouture, l’absence de racines envoie un signal clair : il faut en former de nouvelles.
Pour réussir ses boutures, plusieurs facteurs environnementaux sont cruciaux :
- Humidité : La bouture, privée de racines, ne peut pas absorber d’eau. Une humidité élevée (souvent maintenue par un dôme ou un sac plastique) est essentielle pour éviter qu’elle ne se dessèche.
- Température : Une température modérée favorise la division cellulaire. En général, on recommande 20 à 25°C pour l’air ambiant, et un peu plus pour le substrat.
- Lumière : Une lumière vive mais indirecte est idéale. Trop de soleil peut provoquer un dessèchement rapide, mais trop peu de lumière freine la croissance.
- Âge et état de la plante mère : Les tissus jeunes (comme les extrémités tendres d’une pousse) ont souvent un meilleur potentiel d’enracinement que les bois plus âgés.
Légumes et Aromates Faciles à Bouturer à Partir de Restes
De nombreux fruits et légumes montrent une forte capacité de multiplication végétative, c’est-à-dire qu’ils peuvent repousser à partir de leurs restes. Il suffit de les consommer et de récupérer leurs épluchures pour en faire pousser de nouveaux. Suivez nos conseils pour faire pousser des légumes à partir de restes, simplement et facilement.
L'Ail
L’ail a vite fait de germer dans la cuisine, ou alors il devient vieux et un peu mou, et du coup moins attirant ! Il suffit de le planter dans un pot ou une jardinière pour obtenir rapidement de l’ail vert. Plantez les gousses dans du terreau, à 2 ou 3 cm de profondeur, en ayant soin de les enterrer avec le bout pointu vers le haut. Comblez les trous avec un peu de terreau puis arrosez 1 fois par semaine. Il est conseillé de placer le pot ou la jardinière au soleil. Les germes, devenus tiges, vont s’allonger. Vous pourrez les couper dès lors qu’elles mesurent une dizaine de centimètres tout en veillant à conserver environ 3 cm de tige pour que la pousse continue. La tige est un peu épaisse mais elle est délicieuse une fois détaillée en tranches et sautée avec d’autres légumes, avec une bonne saveur d’ail, en plus doux cependant. Elles finiront cependant par se dessécher au bout de quelques mois, mais c’est le signal de la récolte qui a sonné. Vous pourrez alors récupérer les gousses qui auront formé chacune une nouvelle tête d’ail.
Autre option, mettez les gousses dans un fond d’eau, la pointe vers le haut. La gousse ne doit pas être totalement dans l’eau, seulement le fond. Cette eau devra être remplacée tous les 2 jours pour rester propre. Placez le verre dans un endroit lumineux, le bord d’une fenêtre par exemple. Une fois que les tiges mesureront environ 3 cm et que les racines seront sorties, vous pourrez mettre votre ail en terre. À savoir : les gousses de l’ail sont des bulbilles, des bourgeons. Elles représentent aujourd’hui la seule manière de faire se reproduire l’ail car les graines de cette alliacées sont devenues infertiles au cours du temps.
L'Échalote
Si vous gardez un peu trop longtemps vos échalotes, vous allez les voir germer. Mettez-les dans de l’eau, avec les racines en bas, durant quelques heures, puis mettez-les en pot. Avec des arrosages réguliers et de la lumière vous aurez rapidement de belles tiges d’échalotes que vous pourrez couper au besoin pour agrémenter œufs brouillés, salades, quiches ou soupe. Et quelques mois plus tard, lorsque les feuilles seront sèches, c’est l’échalote en elle-même que vous pourrez récolter.
L'Oignon et l'Oignon Nouveau
Lorsque vous utilisez vos oignons, gardez-en le fond, d’une épaisseur de 3 cm, du côté où se trouvent les racines, dans un fond d’eau. Vous pouvez aussi mettre dans l’eau un oignon entier s’il a germé. En quelques jours, de belles tiges se seront développées que vous pourrez bientôt récolter. Elles s’utilisent comme les tiges d’échalotes ou d’oignon, ciselées dans une tarte aux légumes, dans une vinaigrette, une soupe. Planté en pot dans du terreau, vous patienterez plusieurs mois pour vous régaler de nouveaux oignons, en fin d’été si vous les avez plantés au printemps, au printemps si vous les avez plantés à la fin de l’été.
Le Poireau
Le poireau peut longtemps fournir du vert de poireau si vous en plantez la base (la partie blanche) avec ses racines dans de l’eau. Ne le coupez pas trop court, il est important de laisser quelques centimètres sinon rien ne poussera. Pour bien le maintenir en place, transpercez-le avec une pique en bois, seule la partie que va faire des racines doit être dans l’eau. Il vous faudra par contre changer l’eau tous les 2 jours et rincer le bas du poireau toutes les semaines. Mais quoi que vous fassiez, isolez le poireau en train de repousser, son odeur est assez forte !
La Citronnelle
Gardez quelques tiges de citronnelle et mettez-les dans un verre d’eau, au soleil. Vous n'êtes pas obligé de les mettre entières, vous pouvez en prélever quelques centimètres à l’extrémité. Elles doivent être bien vertes et encore fermes. La tige va produire des racines et repousser. Laissez-la atteindre une trentaine de centimètres avant d’en prélever. Elle continuera de pousser de cette manière mais vous pouvez aussi la planter dans un pot une fois que les racines seront développées. Cette plante aromatique exotique a une saveur très parfumée, légèrement citronnée, qui accompagne à merveille le riz, les légumes.
Le Gingembre
Certes il vous faudra attendre entre 8 et 10 mois pour pouvoir récolter une nouvelle racine de gingembre. Néanmoins, le gingembre est capable de repousser à partir d’une petite partie de sa racine. Vous l’enterrerez dans un pot rempli de terreau que vous maintiendrez dans un endroit assez sombre. Vous pourrez également surélever le pot et garder de l’eau dans la soucoupe car le gingembre aime les atmosphères humides.
Le Céleri-Branche
Un pro de la repousse ! Vous garderez son cœur pour le placer dans un fond d’eau, une nouvelle branche ne tardera pas à se former, ainsi que des racines. Ce sera le moment de l’installer dans un pot et de l’arroser régulièrement.
La Laitue, la Romaine et le Chou Chinois
La laitue peut repousser à partir de son trognon de 5 cm environ que vous placerez dans un verre d’eau, dans un endroit lumineux. L’eau doit arriver à peu près au milieu du trognon et rester à ce niveau. Il faudra environ 10 à 15 jours pour que le trognon de laitue émette des racines et de nouvelles feuilles. Attendez quelques jours avant de commencer la récolte, pour que votre laitue puisse se renforcer. Vous pourrez garder votre laitue dans l’eau ou bien la mettre dans un pot ou une jardinière et prélever des feuilles selon vos besoins. Vous ferez de même pour la romaine et autres salades. Le chou chinois, comme la laitue, repart de son cœur pour créer de nouvelles feuilles. Prévoyez de changer l’eau régulièrement.
Le Fenouil
Le fenouil montre très rapidement des jeunes pousses, et même si ce n’est pas le cas, conservez son cœur et placez-le dans un fond d’eau, dans un endroit lumineux. De nouvelles tiges vont se former.
La Pomme de Terre
Un seul morceau de pomme de terre peut vous donner plusieurs pommes de terre, d’ailleurs il était d’usage de couper en 4 les pommes de terre dans les champs pour économiser les semences. Même leurs épluchures ont ce pouvoir, si elles sont assez épaisses au niveau des yeux. Transpercez votre morceau de pomme de terre avec un cure-dent, afin de le maintenir à moitié immergé dans un verre d’eau. Une fois racines et feuilles apparues, installez le tubercule dans un grand pot, dans un sac de terreau ou encore dans une tour à pomme de terre.
La Carotte, la Betterave, le Navet
Encore un légume qui peut en former un autre à partir d’un rien. Récupérez le fond d’une carotte, la partie d’où sortaient les fanes, avec une petite épaisseur de chair. Placez ce morceau de carotte dans un peu d’eau, dans un endroit lumineux. Changer l’eau régulièrement, il faut qu’elle soit toujours claire. Racines et feuilles ne tarderont pas à pousser, vous pourrez prélever des fanes au besoin pour améliorer vos soupes. L’installation en pot est possible.
La Coriandre et le Basilic
Plutôt que de jeter les tiges de ces herbes aromatiques, gardez une ou 2 feuilles à l’extrémité des plus grandes (10 cm minimum), et mettez-les dans un verre d’eau. Changez l’eau tous les 2 jours jusqu’à ce que les racines se forment. Vous pourrez alors planter basilic ou coriandre en pot, au soleil.
La Menthe
Comme les herbes aromatiques précédentes, la menthe repousse facilement à partir d’une tige, et il est aussi nécessaire de lui garder quelques feuilles au sommet. Dès que les racines mesurent 4 à 5 cm, plantez votre menthe dans un petit pot.
Les Champignons de Paris
C’est leur queue que vous allez utiliser pour faire repousser des champignons, pour une fois vous vous garderez de les manger. En tout cas gardez en au moins un peu, que vous allez mixer et mélanger à du marc de café, un peu de terreau et un peu de compost. Versez ce mélange dans un bac que vous allez installer dans un endroit sombre, relativement frais, et si possible humide. Vous pulvériserez la surface tous les jours. Le mycélium contenu dans les morceaux de champignons va faire naître de nouveaux petits champignons. Leur culture n’est pas des plus évidentes, des tests seront certainement nécessaires pour parvenir à un résultat, mais quelle satisfaction alors !
L'Ananas
Plutôt que de jeter les pelures de l’ananas, gardez précieusement le haut que vous avez coupé avec les feuilles. Celles-ci doivent être encore bien vertes, si elles sont sèches ça ne marchera pas. L’ananas ne doit pas non plus être trop mûr, alors si c’est ainsi que vous le préférez, coupez la partie feuillue et placez le reste au réfrigérateur, emballé dans un papier film. Placez ce morceau d’ananas, feuilles en haut, dans un fond d’eau, à la lumière. Les feuilles ne doivent pas être immergées. Au bout d’1 mois environ, les feuilles vont se dessécher, mais elles seront remplacées par de nouvelles petites feuilles. En même temps, la base se garnira de racines. Vous pourrez alors planter votre ananas dans un pot après l’avoir débarrassé de ses feuilles sèches. Il vous faudra le rempoter au fur et à mesure de sa croissance. Un fruit finira par se former, après environ 3 ans de patience et si les conditions lui conviennent. Au pire vous aurez une belle plante d’appartement !
Les Lentilles
Certes il ne s’agit pas ici de multiplication végétative, car la lentille est elle-même une graine, donc issue d’une reproduction sexuée. Elle fait cependant partie de ces aliments que l’on a dans le placard et que l’on peut faire repousser si l’on n’a pas cuisiné la totalité du sachet. Cela ne concerne que les lentilles blondes ou vertes, les lentilles corail ne pourront pas germer car débarrassées de leur peau. Et privilégiez des lentilles bio. Faites tremper vos lentilles dans un verre d’eau pendant environ 12 heures puis mettez-les sur du coton ou un carré de mousseline humide, dans un contenant fermé opaque, que vous placerez dans un endroit sombre le temps de la germination. Celle-ci va prendre 5 à 6 jours. Durant cette phase, vous les rincerez tous les jours. Ensuite vous enlèverez le couvercle et vous mettrez le récipient à la lumière (pas en plein soleil !) le temps que les jeunes pousses se développent. Pensez à humidifier régulièrement. Ces pousses de lentilles peuvent être parsemées sur un plat ou bien être cuites.

La Greffe : Renforcer ses Légumes pour une Production Optimale
Lorsque le printemps arrive et que la saison des plantations l'accompagne, chacun visite les jardineries et pépiniéristes, se met en quête des graines habituelles, des plants classiques et a parfois l'envie de se laisser tenter par des plants de légumes greffés. Lorsqu'il est question de greffage, chacun pense à la vigne ou aux arbres fruitiers, mais il n'est pas question des légumes. Le greffage est une autre méthode de multiplication végétative, mais son principe diffère fondamentalement du bouturage. Cette technique repose sur la capacité des plantes à réparer leurs tissus après une blessure, en établissant une continuité entre deux systèmes vasculaires.
Qu'est-ce qu'un Légume Greffé ?
Utilisés par les professionnels maraîchers, les plants de légumes greffés sont produits par les producteurs de légumes, généralement sous serre, ce qui leur permet d’être disponible plus tôt dans la saison. Contrairement aux plants traditionnels issus de semis pratiqués par les puristes, ils sont multipliés par greffage au stade de jeunes plants. Cette technique consiste à greffer des variétés de légumes sur des « porte-greffes » robustes, performants et résistants aux maladies. Sur cette base appelée « porte-greffe », l'horticulteur vient greffer une variété peu productive. La vigueur du « porte-greffe » va alors favoriser la production de légumes !
Le greffage des légumes, qui ne se pratique que pour les légumes fruits, est plus récent. Il a débuté en France avec les premières cultures maraîchères sous serres à grande échelle vers 1960. La plus ancienne description de greffage de plantes légumières provient du livre chinois « Fan Sheng Zhi Shu », du premier siècle av J.C, et décrit le greffage de calebasse (Lagenaria). Mais le greffage des Solanacées et des Cucurbitacées n’a vraiment pris son essor que depuis les années 1920 au Japon avec le greffage de la pastèque sur courge (Cucurbita), puis dans les années 1930, l’aubergine, suivie par le melon (1950), le concombre (1960), la tomate (1970) et, plus récemment, le piment.
Les Composants Clés d'une Greffe Réussie
Une greffe est composée de deux parties distinctes :
- Le greffon : généralement un petit rameau avec un ou plusieurs bourgeons, c’est la partie de la plante que l’on souhaite multiplier pour ses fruits ou légumes.
- Le porte-greffe : qui fournit les racines et parfois une partie du tronc, choisi pour sa robustesse, sa résistance aux maladies ou sa capacité à s'adapter à des sols difficiles.
Les Mécanismes Biologiques de la Greffe
La réussite d’un greffage repose sur une séquence d’événements biologiques bien coordonnée, en réponse à la blessure provoquée par la coupe. Immédiatement après la mise en contact, les cellules des deux plantes réagissent à la blessure. Une fine couche nécrotique (faite de cellules mortes) se forme au niveau de la coupure. Dans les tissus proches de la blessure (notamment le cambium), certaines cellules se réactivent et commencent à se diviser. Le cal continue de se développer des deux côtés de l’union. Progressivement, il comble l’espace entre greffon et porte-greffe. Une nouvelle couche de cambium se différencie au sein du cal. Une fois les connexions établies, la plante redevient fonctionnelle comme un tout.
Les phytohormones jouent un rôle fondamental. L’auxine est cruciale pour déclencher la formation de tissus vasculaires. Elle est produite dans le greffon et migre vers le point de greffe. Les cytokinines, fabriquées principalement dans les racines, favorisent la formation des vaisseaux, surtout du xylème. Les sucres, produits par la photosynthèse dans les feuilles du greffon, sont aussi indispensables : ils fournissent l’énergie pour la division cellulaire et servent de molécules de signalisation.
Les Conditions de Réussite de la Greffe
Plusieurs facteurs influencent la réussite d'une greffe :
- Compatibilité génétique : Plus les deux plantes sont proches, plus elles ont de chances de réussir leur union. Les greffes entre variétés d’une même espèce ou d’un même genre sont généralement compatibles.
- Alignement du cambium : Le cambium est une fine couche de cellules entre le bois (xylème) et l’écorce (phloème). Un alignement précis de ces couches entre le greffon et le porte-greffe est essentiel pour la formation des connexions vasculaires.
- État physiologique des deux partenaires : Le greffon est souvent prélevé en dormance, pour éviter une consommation trop rapide des réserves.
- Propreté et conditions de greffage : Une coupe propre, sans infection, et une bonne pression de contact sont essentielles.
- Protection après la greffe : Le moment critique pour toutes les méthodes de greffes (hormis pour la greffe par approche) est la période de cicatrisation. Privée de circulation entre les feuilles et la racine, la plante aura tendance à se dessécher si on ne l’aide pas. L’idée est donc de placer la plante « à l’étouffée » dans une zone saturée en humidité (hygrométrie proche de 100%) pour l’empêcher de transpirer et sécher. Cette zone humide devra également être placée dans un lieu à l’abri de la lumière directe. Ensuite, il est nécessaire de placer les plants au soleil. Normalement, ils ne devraient pas avoir fière allure… ce qui est logique après un tel traitement.
- Incompatibilité : Parfois, malgré des conditions idéales, la greffe échoue. On parle alors d’incompatibilité.
Pourquoi Choisir un Plant Greffé ? Les Avantages Multiples
Les plants greffés ont de nombreux atouts, qui les rendent particulièrement intéressants pour le jardinier :
- Vigueur accrue et rendements supérieurs : Ils sont forts et vigoureux, ce qui produit des pieds plus robustes donc une production de légumes beaucoup plus importante. La vigueur du porte-greffe va favoriser la production de légumes. Un seul pied greffé peut donner plus de 10 kg de tomates, par exemple.
- Précocité de la production : Leur production est généralement plus précoce que celle des plants issus de semis. Les récoltes se font encore plus tôt lorsqu'on les cultive sous serre.
- Résistance aux stress et aux maladies : Les plants issus de greffe sont aussi plus résistants au stress, aux excès de sécheresse ou d'eau, aux conditions climatiques et terrains difficiles et aux maladies du sol qui affectent souvent les légumes. Cela permet par exemple de cultiver plus facilement des tomates au même endroit que l'année précédente, dans les petits jardins où il est difficile de pratiquer la rotation des cultures.
- Variétés de qualité : Les variétés utilisées comme greffon sont réputées pour leur production rapide, régulière et de bon calibre.
- Solution pour des conditions difficiles : La greffe est une alternative pour les légumes sous serre. Contrairement aux cultures maraîchères de plein air où il est possible de pratiquer des rotations de cultures, la panoplie réduite des légumes cultivés sous serres induit une répétition de cultures de plantes de mêmes espèces ou d’espèces très voisines sur un même sol, modifiant progressivement sa microfaune et sa microflore. Une fatigue des sols, résultant de phénomènes physico-chimiques et biologiques complexes, s’installe. Le biotope réduit sa diversité, le plus souvent au profit du développement de bioagresseurs des plantes : champignons, bactéries responsables de maladies telluriques et aussi ravageurs des racines, principalement larves d’insectes et nématodes. Le greffage est l’une des trois voies de substitution engagées parallèlement contre la fatigue des sols et le développement des bioagresseurs, avec la culture hors sol et l’introduction de gènes de résistances.
- Adaptation spécifique : Greffer les tomates (et piments, poivrons, aubergines) est une bonne solution pour augmenter la production de vos plantes tout en réduisant les risques de maladies et pathologies liées au système racinaire. Vigueur accrue, augmentation des rendements de votre potager et plus aucuns problèmes de nécrose apicale (les fameux « culs noirs »). Ceux qui vivent dans des régions froides ont forcément dû le remarquer, les aubergines stagnent un long moment après la plantation… C’est normal, l’aubergine est une plante qui nécessite une température de sol élevée pour démarrer sa croissance. En remplaçant le système racinaire d’une aubergine par celui d’une tomate, vous bénéficierez de tous les avantages de la tomate (vigueur et besoin moindre en température), sans les inconvénients de l’aubergine. Vous pouvez également greffer toutes les cucurbitacées. Une des greffes la plus pratiquée, c’est la greffe de melons sur courges et pastèques sur courges. Dans ces deux cas, les résultats sont spectaculaires en termes de production. Le basilic grec (à croissance très lente) peut être greffé sur basilic de Crimée (très vigoureux).

Les Inconvénients Potentiels des Plants Greffés
Malgré leurs nombreux avantages, les plants greffés présentent quelques inconvénients à considérer :
- Coût élevé : Tout d'abord, le prix qui voisine les 5 € peut être un réel frein à l'achat lorsqu'un plant classique même bio coûte entre 0,5€ et 1,5€. Greffer des légumes (tout comme des arbres) nécessite des manipulations, des compétences, de l’espace et comporte de nombreux risques de pertes. Tout ce ceci à un coût. Personnellement, on préfère mettre plus dans un plant d’aubergine greffé et avoir une plante qui se couvre de fruits, plutôt qu’un plant non-greffé qui produit très peu.
- Croissance vigoureuse : La croissance vigoureuse des plants greffés n'est pas forcément adaptée aux petits jardins ou alors il faut planter plus densément pour limiter naturellement son développement.
- Qualité gustative : Selon Olivier Puech, jardinier non dogmatique et youtubeur aux nombreux abonnés, montre dans son livre Les 10 clés d'abondance au potager d'Olivier ses réserves : "au niveau du goût, la balance penche au contraire souvent du côté des non greffés". Après, tout dépend si vous privilégiez la productivité à la qualité gustative.
- Soutien nécessaire : La seule difficulté est de soutenir très efficacement chaque branche dès le départ pour éviter qu'elles cassent sous le poids des fruits. Il ne suffit pas de tuteurer, il faut accrocher chaque branche.
- Pas de résistance universelle : Le système racinaire d’un plant greffé est plus puissant, donc explore mieux le sol. La résistance du porte-greffe intervient sur la racine. Les tomates greffées sur des porte-greffes « résistants » sont justes résistants aux maladies du sol. Pas au mildiou. En revanche, en cas d’attaques précoces de mildiou (genre après des grosses pluies en Juin) les plants greffés, plus vigoureux, se défendent plutôt bien à des légères attaques.
- Rendement non doublé : Avoir 2 racines ne doublera pas vos récoltes… et ne doublera pas non plus le nombre de racines (qui est proportionnel au volume aérien de la plante). Le risque de maladies racinaires sera augmenté si vous gardez la racine du greffon.
Comment Bien Planter des Légumes Greffés ?
La plantation et la culture des légumes greffés est simple et classique. Quelques points sont cependant à surveiller :
- Espacement : Espacez un peu plus vos plants que d'habitude étant donné leur hauteur une fois développés. Pour les tomates, un écart d'environ 80 cm à 1 m entre chaque ligne est conseillé pour laisser passer la lumière entre les pieds. Pour une pleine réussite assurée, la modification du mode de conduite de la plante doit être accompagnée d’une adaptation de la densité de plantation qui peut être au minimum divisée par deux.
- Point de greffe : N'enterrez pas le point de greffe situé entre le porte-greffe et le greffon. En effet, ce petit bourrelé, s'il est trop enterré, pourrait provoquer l’enracinement de la variété greffée sur le dessus (greffon), au détriment du porte-greffe de la base, choisi pour sa vigueur et sa résistance.
- Équilibrer la croissance : Les porte-greffes actuellement utilisés sont responsables de cette grande vigueur qui, si elle n’est pas équilibrée par une plus grande charge en fruits, procure des plantes à grosses tiges et grandes feuilles produisant souvent des fleurs stériles et donc très peu de fruits. Il est impératif pour le jardinier d’augmenter le nombre de branches productives sur une même plante, soit en achetant des plantes greffées à deux têtes, soit en laissant rapidement un ou plusieurs axillaires productifs se développer à partir de la tige principale.
- Apport d'azote : Il convient en outre de proscrire tout excès d’apport d’azote qui renforce le risque d’excès de végétation et rend la plante fragile.
- Moment de la greffe : Le greffage se pratique en avril. Comptez environ 4 à 5 semaines entre la greffe et la plantation. Donc pour des plants qui iront en serre mi avril, vous pouvez débuter les greffes mi-mars. Notre astuce pour avoir des greffons et porte-greffes de la même taille au moment de la greffe.
- Manipulation : Ne pas secouer les plants greffés, même après 20 jours, la cicatrisation n’est pas encore complète.
Techniques de Greffage Courantes
Plusieurs méthodes de greffage existent, chacune adaptée à des situations spécifiques.
- Greffe en fente simple ou oblique : C’est la méthode la plus efficace (pour nous). Elle consiste à faire une coupe, droite ou avec un angle de 45° (on préconise celle avec un angle à 45°) sur le greffon et le porte-greffe. C’est la même technique que pour la greffe des arbres. Cette technique permet de greffer des plantes de diamètres différents.
- Greffe en incrustation : Cette méthode est très pratique pour greffer des sujets de taille très différentes.
- Greffe à la japonaise : C’est la méthode qui, selon nous, est la plus simple à réaliser pour des débutants. Même si la manipulation demande un peu plus de dextérité et de précision.
Il est même possible de réaliser des greffes complexes, comme une double greffe par approche de deux variétés sur le porte-greffe. Par exemple, une tomate andine cornue greffée (greffe par approche) sur une tomate green zébra, le tout greffé sur tomate Protector F1 (greffe à la japonaise). C’est pas simple, ça prend du temps et ça sert pas à grand-chose… Mais c’est fun et c’est possible.
Compatibilité des Greffes : Qui Greffer sur Qui ?
Toutes les plantes de la famille des solanacées (tomates, piments, aubergines, pomme de terre et physalis) sont compatibles à la greffe. Seulement, certains mélanges sont plus pertinents que d’autres. Les principales combinaisons utilisées au niveau mondial sont : Pastèque / Lagenaria ; Concombre / Courges (C. ficifolia ou hybrides C. maxima x C. moschata) ; Melon / Courges (hybrides C. maxima x C. moschata). Le greffage d’une variété d’aubergine sur un porte-greffe tomate est le cas le plus fréquent. La limite physiologique à la technique du greffage est la compatibilité porte-greffe/greffon. Le porte-greffe peut être de la même espèce que la plante cultivée (on parle alors de greffage intra-spécifique) ou issu d’espèces très voisines (greffage interspécifique).
COURS DE TERMINALE SPÉCIALITÉ SVT CHAP.10: REPRODUCTION DE LA PLANTE ENTRE VIE FIXÉE ET MOBILITÉ
Les Légumes Perpétuels : Une Source de Récoltes Continues
Le mois d’août, et plus largement la période estivale, est idéal pour diviser, bouturer ou marcotter vos légumes perpétuels. La chaleur favorise en effet un bon enracinement et de plus grandes chances de reprise avant l’automne.
Pourquoi Choisir les Légumes Perpétuels ?
Opter pour la culture de légumes perpétuels au potager vous offre plusieurs avantages. Tout d’abord, un gain de temps, d’argent et d’énergie puisqu’il n’est pas nécessaire de ressemer chaque année. Inutile donc de vous rendre en jardinerie pour acheter de nouvelles semences. Ensuite, vos légumes vivaces se montrent plus résistants face à la sécheresse et aux maladies : leur système racinaire est plus développé que celui des légumes annuels, leur permettant de survivre aux situations difficiles. Ils offrent, de plus, des saveurs plus marquées que des légumes annuels. Grâce à vos légumes perpétuels, vous bénéficiez de récoltes continues en début et fin de saison : leur productivité est optimale vous permettant de savourer des légumes frais toute l’année. Soigneusement conservés, ils vous offrent le privilège d’une dégustation en plein cœur de l’hiver. Ces légumes vivaces constituent donc une solution idéale pour les jardiniers « paresseux » ou ceux qui partent en vacances : un jardin autonome aux récoltes abondantes qui vit au rythme des saisons et se renouvelle sans cesse.
Les Légumes Perpétuels Stars à Multiplier
Parmi les légumes perpétuels à installer au potager, citons :
- L’ail rocambole (Allium scorodoprasum) : ses feuilles se consomment en assaisonnement comme l’oseille. Plantez les bulbilles aériennes qui se forment en été.
- L’oseille (Rumex acetosa) : ses grandes feuilles au parfum doux et acidulé relèvent à merveille vos poissons et viandes blanches. Cultivable en pot ou en pleine terre, elle est à récolter au fur et à mesure de vos besoins. Divisez ses touffes en août afin de renouveler sa vigueur.
- La livèche ou céleri perpétuel (Levisticum officinale) : ses feuilles et graines parfument subtilement vos potages et vos marinades. Divisez ses grosses touffes pour une meilleure reprise au printemps.
- La cébette, cive ou ciboule (Allium fistulosum) : cette plante aromatique à bulbe est cultivée pour ses longues feuilles vertes à la saveur plus douce que l’oignon pour l’assaisonnement de vos plats. Séparez les bulbilles afin de densifier les rangs.
- La ciboulette (Allium schoenoprasum L.) : elle est connue pour son goût alliacé moins corsé que l’oignon et l’échalote. Procédez à une division simple de la touffe et plantez dans de nouveaux pots ou massifs par groupe de 4 ou 5 bulbilles.
- Le poireau perpétuel (Allium ampeloprasum) : ses fûts de petit calibre s’avèrent très savoureux tandis que ses feuilles relèvent à merveille vos bouillons, sauces et salades. Séparez les caïeux (pousses latérales) du pied-mère et replantez-les.
- Le chou perpétuel de Daubenton (Brassica oleacerae) : ses jeunes pousses rappellent le goût des brocolis.
La multiplication des plants de légumes bio est une méthode efficace pour augmenter votre récolte et améliorer votre potager. Cela consiste à créer de nouveaux plants à partir de graines, de boutures, de marcottes, de divisions de touffes ou de greffes. La collecte des graines est une étape cruciale pour la multiplication des plants de légumes bio. Lorsque vous récoltez vos légumes, laissez quelques spécimens arriver à maturité pour que leurs graines se développent. Pour faire germer les graines, vous pouvez utiliser un substrat approprié comme du terreau ou du compost, et les placer dans des pots ou des plateaux de semis. Veillez à maintenir une humidité constante et à fournir une luminosité adéquate pour favoriser la germination. Certaines plantes sont particulièrement adaptées à la division des touffes, comme les hostas, les iris, les hémérocalles et les graminées ornementales. Pour diviser une plante en touffes, commencez par déterrer la plante mère avec précaution. Utilisez un couteau tranchant pour séparer les touffes en prenant soin de conserver des racines saines pour chaque section. Lorsque vous sélectionnez des plants pour la multiplication, assurez-vous de choisir ceux qui sont en bonne santé et vigoureux. Chaque plante a des besoins différents en termes de multiplication, il est donc important de choisir les techniques appropriées en fonction de chaque espèce. Pour assurer le succès de la multiplication des plants de légumes bio, il est essentiel de respecter les conditions de température et d'humidité nécessaires à chaque technique de multiplication. Lorsque vous utilisez des outils et du matériel de multiplication, assurez-vous de les maintenir propres pour éviter la propagation de maladies et d'infections. En utilisant les différentes méthodes de multiplication des plants de légumes bio, vous pouvez augmenter votre récolte et améliorer la diversité de votre potager. Que vous choisissiez de semer des graines, de faire des boutures, de réaliser des marcottes, de diviser des touffes ou de pratiquer la greffe, assurez-vous de suivre les bonnes pratiques pour garantir le succès de la multiplication de vos plants.