La multiplication des végétaux par bouturage est une pratique ancienne et éprouvée, appréciée tant par les professionnels que par les jardiniers amateurs. Bien que cette méthode soit classique pour de nombreuses espèces, elle est notoirement moins courante pour les arbres fruitiers en raison d'un taux de succès souvent aléatoire et de la possibilité d'obtenir des fruits différents de ceux de l'arbre mère. Cependant, pour le particulier désireux de multiplier ses pruniers sans contrainte de productivité, la bouture de Prunus glandulosa peut s'avérer une expérience enrichissante et amusante. Il est important de noter que le prunier présente une certaine difficulté à l'enracinement, nécessitant l'emploi de techniques spécifiques pour maximiser les chances de réussite. Au pire, vous obtiendrez une multitude de porte-greffes robustes.

Le défi du bouturage des arbres fruitiers
Le bouturage n'est généralement pas la méthode la plus fiable pour obtenir des arbres fruitiers produisant des fruits identiques à ceux de l'arbre d'origine. Les petits fruitiers, comme le figuier, la vigne, l'actinidia et l'olivier, se prêtent mieux à cette technique de multiplication. Le prunier, quant à lui, ajoute une difficulté supplémentaire due à son faible taux de reprise, et les fruits obtenus sont souvent de taille inférieure ou de caractéristiques hétérogènes. Néanmoins, les boutures de prunier peuvent être très utiles comme porte-greffes, offrant un avantage de rapidité par rapport aux semis, notamment les boutures de prunier myrobolan, fréquemment choisies pour cette fonction.
Bouturer sur bois sec : une méthode hivernale
Il est possible de bouturer un prunier "sur bois sec" durant l'hiver, voire en automne. Cependant, le succès n'est pas garanti, car les Prunus sont réputés pour leur difficulté à s'enraciner. La réussite dépendra grandement de la variété choisie, certaines ne reprenant jamais, d'autres avec grande difficulté. Durant la période hivernale, il vous faudra prélever de jeunes rameaux ligneux d'environ 5 à 6 mm de diamètre, puis en ôter les feuilles. Ces rameaux seront ensuite découpés en morceaux d'une vingtaine de centimètres de longueur, en réalisant une coupe en biseau autour d'un œil.

Une fois les boutures préparées, regroupez-les en bottes et stockez-les au pied d'un mur exposé au nord, enterrées aux trois quarts dans une jauge composée de sable et de terreau. Dans les régions sujettes à des températures très basses, un châssis froid offrira une protection supplémentaire. Au printemps, les boutures de prunier devraient avoir développé des racines. Il sera alors temps de les transplanter en pépinière, dans un substrat léger. Bien que le système racinaire puisse être un peu fragile, cette méthode peut donner de bons résultats et permettre d'obtenir de nombreux porte-greffes. Pour un prunier "Sur Propres Racines" (SPR), il faudra compter environ dix ans avant la première récolte. La vigueur du prunier ainsi obtenu sera directement liée à la vigueur de la variété bouturée.
Le bouturage à bois sec en 3 astuces | Jardins et Loisirs
Astuces pour favoriser l'enracinement
Plusieurs techniques peuvent améliorer les chances de succès lors du bouturage :
- Plantation en biais ou horizontalement : Cette méthode permet à la présence de plusieurs bourgeons sur la partie enterrée de multiplier le nombre de zones où chaque bouture pourra émettre des racines. De plus, la partie de la bouture exposée à l'air étant plus petite, elle est moins sujette au dessèchement.
- Rameaux de 2 ans : Prélever des rameaux de deux ans est souvent recommandé, car ils sont plus riches en sève, ce qui peut favoriser l'enracinement.
La bouture sous garrot : une technique estivale avancée
La technique de la bouture sous garrot est particulièrement adaptée aux boutures réalisées au début de l'été, à partir de rameaux de l'année qui sont semi-aoûtés. Une semaine avant le prélèvement de la bouture, il convient d'appliquer un garrot (un fil de fer de faible section) juste en dessous d'un bourgeon foliaire. Cette action vise à provoquer une accumulation d'auxine, une hormone de croissance essentielle à l'enracinement, à cet endroit précis. L'auxine, produite par la photosynthèse dans les feuilles, descend vers la base du végétal via la sève descendante, dont les canaux sont plus proches de l'écorce que ceux de la sève brute, et est donc bloquée par la strangulation.
Après une semaine, la bouture est prélevée en coupant juste en dessous du garrot, puis plus précisément entre le garrot et le bourgeon. La base de la tige est ensuite trempée dans de l'hormone de bouturage (bien que cela soit facultatif, cela peut augmenter les chances de succès). Il est ensuite nécessaire de supprimer la moitié des feuilles et de planter la bouture sur 5 cm de profondeur dans un substrat de bouturage, le tout placé à l'étouffée sous une cloche. Le pot doit être conservé dans un endroit lumineux, mais à l'abri du soleil direct. Le repiquage des jeunes pruniers dans des pots individuels peut avoir lieu environ trois semaines plus tard. Il est conseillé de les maintenir dans le même environnement pendant une semaine supplémentaire après le repiquage. Cette technique favorise une formation rapide des racines.

L'auto-bouturage ou affranchissement : quand l'arbre s'aide lui-même
Le prunier, connu pour sa réfractaire au bouturage classique, peut cependant être affranchi. Cette méthode est une forme d'auto-bouturage réalisée par l'arbre lui-même. Pour ce faire, il faut planter un scion de prunier en enterrant le point de greffe. L'objectif est d'encourager le prunier à émettre ses propres racines au-dessus de ce point. Une fois que l'arbre devient autonome grâce à son nouveau système racinaire, le porte-greffe d'origine dépérit, et le prunier vit alors sur ses propres racines, ce qui est particulièrement intéressant pour obtenir des arbres "sur propres racines" (SPR) et éviter les problématiques liées aux porte-greffes drageonnants.
Autres méthodes de multiplication des pruniers
La récupération des rejets (drageons)
Il est possible de récupérer les drageons, ou rejets, d'un prunier. Cependant, il est impératif de comprendre que ces drageons proviennent obligatoirement du porte-greffe. Ainsi, vous obtiendrez un arbre qui pourra être utilisé comme porte-greffe, mais pas le prunier produisant les fruits désirés, car le point de greffe est situé bien plus haut sur l'arbre d'origine. Le prélèvement des rejets est de préférence effectué en automne. Il faut soigneusement dégager la racine pour accéder au départ du rejet, puis dégager également sous ce départ. La coupe se fait au sécateur pour séparer le rejet du pied-mère, en veillant à ne pas abîmer les radicelles du rejet.
Si le porte-greffe mesure plus de 5 mm de diamètre, la greffe peut être effectuée immédiatement et les futurs pruniers plantés. Dans le cas contraire, il faudra le planter et attendre qu'il grossisse avant de placer les greffons. Cette méthode pour obtenir des porte-greffes présente un inconvénient majeur : les rejets héritant des caractéristiques de leurs parents, les porte-greffes obtenus seront eux aussi drageonnants, ce qui peut nécessiter une gestion régulière.

Le semis de noyaux de prunes
La multiplication par semis est une option pour les pruniers botaniques et sauvages, tels que les quetsches, les Damas noirs, les prunes d’Agen, les petites mirabelles et les reines-claudes vertes. En revanche, les variétés issues d'hybridations ou de sélections, ainsi que les variétés auto-stériles, ne produiront pas de "clones" par semis. Même pour les variétés botaniques comme les mirabelles, il est rare d'obtenir un fruitier identique, car l'individu généré possédera le code génétique de ses deux parents, entraînant une variabilité génétique. Cependant, le semis peut être intéressant car le prunier ainsi obtenu développera un système racinaire fort et bien développé, favorisant une meilleure adaptation au terroir et au climat local.
La greffe : la méthode privilégiée pour les arbres fruitiers
Pour multiplier un arbre fruitier et garantir l'obtention de fruits identiques à ceux de l'arbre mère, la greffe est la méthode la plus couramment utilisée. Bien que légèrement plus technique que le bouturage, son taux de réussite est significativement plus élevé, et elle assure l'obtention d'un prunier génétiquement identique à l'original. La bouture d'un prunier mirabelle, quetsche ou reine-claude peut sembler être le chemin le plus direct pour obtenir de bons arbres fruitiers, mais la réalité est plus complexe. Non seulement le prunier se bouture difficilement, mais il est aussi peu probable de récolter à terme les mêmes fruits que ceux du prunier d'origine par cette méthode.
La bouture de cerisier du Japon : un exemple de réussite
L'admiration que peut susciter un Cerisier du Japon chez vos voisins pourrait vous inciter à demander une bouture. Parmi les solutions proposées pour multiplier un cerisier japonais, le bouturage est sans conteste la plus accessible pour le jardinier débutant. Le bouturage consiste à prélever un morceau d'un végétal (selon l'espèce, un tronçon de tige, une feuille ou un talon) et à le placer dans un substrat ou de l'eau pour qu'il s'enracine. Une fois les racines apparues, il peut être repiqué dans un contenant plus grand ou directement en pleine terre.
Il est crucial de prêter attention au fait que le cerisier du Japon est généralement un arbre greffé, et qu'il a donc bénéficié des caractéristiques de son porte-greffe. Le bouturage du cerisier du Japon peut être effectué toute l'année, à condition de bien choisir la bouture. En automne-hiver, il convient de choisir une jeune branche de moins de deux ans. Au printemps ou en été, des tiges dites semi-aoûtées sont préférables. Ce terme désigne des tiges qui ont commencé à se lignifier (à faire du bois) pour devenir des branches.
Pour la coupe, utilisez des lames stérilisées préalablement avec de l'alcool à brûler afin de prévenir la propagation de maladies. Coupez en biseau pour faciliter la plantation de la bouture en terre. Il est important de noter que le cerisier du Japon ne se bouture pas dans l'eau, car les racines produites par cette méthode seraient trop faibles pour permettre une bonne implantation de l'arbre en terre.
Après la coupe, enduisez la base de votre bouture d'hormone de bouturage (facultatif) et plantez-la dans un godet ou une terrine. La maîtrise de l'humidité est primordiale : arrosez ou pulvérisez suffisamment, mais sans noyer la bouture. Un emplacement lumineux et chaud (minimum 20°C) est également requis. Examinez attentivement vos plantules et restez à l'affût de toute maladie. Pour les éviter, certains jardiniers recommandent de saupoudrer du charbon à la surface du pot. Vous repiquerez votre bouture dans un godet lorsque les racines commenceront à sortir du pot. Si votre bouture est prête pour l'automne ou le printemps, vous pouvez également la placer directement en terre, dans un endroit abrité.
Questions fréquemment posées
Est-ce que le cerisier du Japon se bouture dans l'eau ?Non, dans l'eau, les racines auront du mal à se développer et risquent d'être trop fragiles pour une mise en terre réussie.
Peut-on bouturer un cerisier du Japon à l'étouffée ?Oui, c'est même la technique recommandée pour le bouturage d'un cerisier du Japon. Les plantes possèdent une double circulation de la sève : une montante et une descendante. La sève descendante est proche de l'écorce et sera bloquée par la mise sous cloche, tandis que la sève montante, plus proche de la moelle, ne le sera pas. Grâce à la photosynthèse, les feuilles produisent une hormone appelée auxine. L'un des effets les plus notables de l'auxine est son pouvoir rhizogène : appliquée à des concentrations suffisamment fortes, l'auxine provoque l'apparition de racines. La mise sous cloche crée un environnement humide et stable qui favorise ce processus, permettant une formation rapide des racines, généralement en trois semaines environ.
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